Nicolas Sarkozy ou la politique de la calculette
La formule est de Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière, et elle fait mouche : « Le gouvernement a remplacé les réformes par une calculette. » Une calculette qui serait bloquée sur les soustractions. Celle des 4 euros par ci, 4 euros par là, qui sont retirés des poches des Français, et qui affectent, évidemment, les plus pauvres et les plus fragiles.
Coup sur coup, plusieurs mesures ont fait l’effet d’une douche froide. D’abord, l’annonce par Nicolas Sarkozy, initialement passée inaperçue, de la suppression de la carte de réduction pour familles nombreuses à la SNCF -un choix difficilement explicable dans un pays si fier de son taux de fécondité-, puis la décision du gouvernement d’imposer une deuxième hausse des tarifs du gaz en quelques mois. Certes, à chaque fois, les sommes sont négligeables. 4 euros par mois pour une famille moyenne pour le gaz, expliquait le ministère des finances. Mais ils s’ajoutent aux 3 euros par mois déjà imposés par GDF au premier janvier.
Avez vous remarqué comment on convertit toujours les pourcentages de hausse en nombre d’euros, pour en minimiser l’impact psychologique ? Cela ne change rien à l’arrivée, et c’est euro après euro que le pouvoir d’achat des Français se trouve amputé, à la fois par les choix des pouvoirs publics, qu’il s’agisse des tarifs de l’énergie, ou des franchises médicales par exemple, et, bien sûr, par la hausse des prix alimentaires qui connaissent une flambée mondiale.
Nicolas Sarkozy et François Fillon ne parviennent pas à se défaire de l’image désastreuse d’impuissance qu’ils ont donnée au début de l’année, lorsque le débat sur le pouvoir d’achat a éclaté. Elle se double aujourd’hui d’un handicap supplémentaire : celui du sentiment qui s’installe d’une cure de rigueur qui ne dirait pas son nom, dont les plus bas salaires et les exclus feraient les frais les premiers.
Le problème est que le gouvernement n’a guère de marge de manoeuvre. La tempête économique mondiale ne se calme pas, les prix de l’énergie continuent d’atteindre des sommets, et la croissance ne sera pas au rendez-vous de 2008. La France subit sans avoir trop de choix. Mais un président élu sur la base du volontarisme et en promettant de « protéger » les Français, ne peut pas se défausser entièrement sur la conjoncture.
Le gouvernement a plusieurs affaires difficiles sur les bras : comment éviter la rupture avec Martin Hirsch, le Haut Commissaire aux solidarité actives, quand Nicolas Sarkozy a annoncé que son projet de RSA devrait s’adapter au contexte budgétaire, en clair être revu à la baisse ? Comment, encore, éviter une extension du mouvement lycéen quand celui-ci a pour mot d’ordre principal l’annulation des suppressions de postes d’enseignants, alors que le président de la République a clairement réaffirmé ses choix sur ce sujet ? Comment, surtout, inverser la tendance et donner le sentiment aux Français que dans la période de vaches maigres qui s’annonce, les sacrifices seront équitablement répartis. On est, de ce point de vue, bien loin du compte.
Pierre Haski
► Edito diffusé jeudi 10 avril sur Europe1. Retrouvez l’édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.
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Avec vue sur le vieux port...
Avec vue sur le vieux port...
Monsieur Haski,
A la suite de la lecture de votre article, les remarques suivantes me viennent à l’esprit :
- concernant l’impuissance du politique face à certains problèmes économiques, cela ne date pas d’aujourd’hui et je suis surpris que l’on s’en étonne encore. En son temps, même Jospin l’avait exprimé... Dans une économie mondialisée, dirigée par une logique purement financière donc loin d’une vision industrielle, il est claire que les politiques ont une prégnance de moins en moins importante sur les questions économiques. Toutes décisions prises de façon unilatérales dans un pays se paient cash pour le dit pays, les fonds d’investissements actionnaires exerçant les pressions nécessaires pour relocaliser les outils de production là où l’herbe est plus verte... De ce fait, les politiques ne peuvent encore qu’agir à la marge. C’est une trsite évolution de nos sociétés, mais c’est la réalité que nous vivons depuis plusieurs décénnies maintenant, et la gauche vivrai la même chose...
- Au delà des contraintes imposées par une mondialisation devenue trop financière et spéculative et plus industielle, nous avons en France un problème récurrent de déficits cumulés sur plusieurs postes, fruit d’un manque évident de courage et de volonté d’une caste politique trop soucieuse de ses acquis et de conserver son pouvoir. Nous sommes dans un discours de « rigueur » depuis plus de trente ans, toujours avec les mêmes arguments mais sans vraie réponse...impactant par là même sur la crédibilité des politiques.
- Pour son élection, Mr Sarkozy avait su, tout comme chirac en 1995, jouer sur les bonnes cordes en composant une symphonie qui receuilla la majorité des électeurs auditeurs. Aujourd’hui, la musique dérape et le pouvoir ne sait plus de quel instrument jouer. Alors, il sort les tambours après avoir jouer les violons, en attendant de nous jouer les flûtes quand les résultats ne seront pas au rendez-vous....les sirènes viendront certainement chanter avec les joueurs de flûtes, alors là, nous pourrons nous dire que nous toucherons le fonds...
- Notre pays à besoins de réformes, de ce réformer en profondeur sur nombre de sujets (retraite, sécu, travail, entreprise, éducation....). A avoir trop attendu, les réformes d’aujourd’hui trouve une résistance plus forte. En un mandat, ce gouvernement voudrait rattraper 30 ans...La méthode choque plus que le fonds, car c’est d’une certaine façon brutale. Tout le monde parle de reforme, veut faire des réformes, mais dès que le concret se pointe, le réforme semble devenir chimère...
- Un autre problème de notre pays aujourd’hui réside dans le manque de débat contradictoire argumenté et constructif. Nous avons pour notre plus grand malheur une opposition aussi vide de proposition que le sont nos caisses... ce vide ne sert pas notre démocratie, et leurs querelles d’égo en dit long sur leur capacité à prendre des responsabilités si ces gens devaient revenr au pouvoir. Il nous montre aussi combien les politiques ont en fait décroché avec les réalités et le monde concret du citoyen. Cela nous montre aussi leurs limites, celles que peu ont oser avouer sans être ensuite sanctionner par les urnes (Jospin le montre bien...).
Il serait temps que nos politiques disent enfin que sur certains points, ils n’ont plus aujourd’hui réellement le pouvoir. L’économique est un de ces points. Seul, c’est dire au niveau d’un pays, rien n’est réellement possible. Les contraintes extérieures sont plus fortes. C’est une des réalités et du résultat de la forme actuelle de la mondialisation. Tant que nous ne sortirons pas de cette orientation financière, sans une réflexion et une inflexion sur ce modèle de développement, nous continuerons de subir ce système en agissant à la marge, comme un placébo pour faire » croire que » à nos concitoyens... jusqu’à la prochaine grande crise qui semble pointer juste parce que des peuples ont faim...Et quand le peuple à faim, nous sommes bien placé pour savoir ce qui se passe.




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