Critique 09/04/2008 à 11h07

« Désengagement » : Amos Gitaï en mode veilleur



Gitaï et Binoche à Nitzanim en 2007 (R.Zvulun/Reuters).

Dans un train pour le sud de la France, un Israélien converse avec une Palestinienne. Après les tracas suscités par les contrôleurs -« De quelle nationalité êtes-vous ? Palestinienne avec un passeport hollandais, pourquoi ? “- ils s'embrassent. ‘Désengagement’, dernier long métrage du réalisateur israélien Amos Gitaï, commence par un prologue utopique. Un baiser de paix symbolique qui pousse à s'extirper des conflits géopolitiques pour laisser une chance à l'amour, la passion.

Des pénibles déambulations du début…


L'affiche du film ‘Désengagement’ d'Amos Gitaï (DR).

Le film se décompose en deux parties géographiquement distinctes. La première, de loin la moins intéressante, se déroule à Avignon où Ana (Juliette Binoche) retrouve Uli (Liron Levo), son demi-frère israélien, le garçon du train. Leur père vient de mourir dans une grande maison belle et vide où Barbara Hendricks -c'est d'un chic ! - chante du Gustav Mahler.

Pour la nourrir, Gitaï s'est inspiré de ‘L'Homme sans qualités’ de Robert Musil. Si l'on saisit parfaitement son point de vue -pour se réconcilier, il faut se désengager du passé, qu'il soit familial ou politique-, on adhère difficilement à ces déambulations pénibles où Juliette Binoche, en roue libre, n'est définitivement pas à son meilleur. Tout bascule pourtant lors d'une scène cruciale chez le notaire (formidable Jeanne Moreau), où Ana n'a d'autre choix que de partir en Israël chercher la fille qu'elle a abandonnée à sa naissance. Cette dernière a maintenant 17 ans. Elle vit dans un kibboutz, sur la bande de Gaza, à l'heure où les Israéliens s'apprêtent à l'évacuer.

…à l'émotion et au cœur à la fin

C'est la deuxième partie du film, celle qui emporte l'adhésion et force le respect. Gitaï retrouve sa veine, son regard critique, son statut de ‘veilleur’ d'un pays en proie à des convulsions sismographiques qui ne lui sont évidemment pas étrangères : son fils Ben a participé au désengagement de la bande de Gaza pendant son service militaire. Le cinéaste filme des grillages, des barrières, des check-points, des franchissements de frontières, mais aussi des marches en sueur dans le désert. Il jette sa caméra au cœur de la mêlée des Israéliens et des Palestiniens, donne un poids documentaire à l'image que l'on a rarement vu. Il s'arrime à une Juliette Binoche déphasée, bousculée et géniale, contrainte à l'improvisation.

Tout, dans le volet israélien de ‘Désengagement’, passe par le cœur et l'humain : c'est un rabbin, qui, dans une synagogue, résiste à l'arrivée des soldats puis laisse partir la Torah. Ce sont des maisons qu'on arrache, comme les dents d'une gencive, mais au bulldozer. Le crescendo tendu des réactions pour le moins mitigées des militaires. Les anathèmes lancés par des Palestiniens ultras (une référence au monologue final de ‘Kedma’) qu'Ana, faute de parler hébreu, ne comprend pas. Il y a, enfin, l'émotion qui emporte les retrouvailles d'Ana et de sa fille aux mains pleines de peinture (voir le prologue de ‘Kippour’), sitôt rassemblées, sitôt séparées.

Pour ‘Désengagement’, Gitaï s'est vu refuser les financements de son pays qui ne jugeait pas le film ‘israélien’. Curieux paradoxe quand toute l'œuvre du cinéaste s'emploie justement à dénouer les nœuds réels et symboliques de cette partie du globe.

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  • pablico
    pablico
    Sudoku et Nord de face
    • Posté à 11h29 le 09/04/2008
    • Internaute
      Sudoku et Nord de face

    premières réflexions à chaud :
    faire parti d'un groupe, d'une nation, cela enrichit ou bien appauvrit les sentiments, le cœur et l'âme ?
    faire parti d'un groupe, d'une nation, Cela rapproche-il des autres, ou nous éloigne, voire nous coupe des autres groupes ?

    l'effet de groupe, ne nous enlève pas un peu (beaucoup) notre humanité ?

    Hors de notre contexte habituel, donc libre socialement, de redevient-on pas sincère, humain ?

    • cowboysolitaire
      cowboysolitaire répond à pablico
      doctorant
      • Posté à 11h38 le 09/04/2008
      • Internaute
        doctorant

      Vous avez mille fois raison, le problème étant que la nature de l'homme,animal social, l'amène nécessairement à chercher quelqu'un à qui s'identifier. La peur face à la liberté absolue nous amène à nous rassembler, à revendiquer l'appartenance à certains groupes, et ceci à l'exclusion des autres. De tous temps les hommes ont été jugés en fonction de ces appartenances. C'est surement regrettable mais probablement aussi inévitable

  • SiDi
    SiDi
    En état de choc
    • Posté à 11h46 le 09/04/2008
    • Internaute
      En état de choc

    On pourrait presque avoir pitié d'une bande d'envahisseurs, en lisant ça...

    • Compte supprimé le 3 janvier 3
      • Posté à 13h12 le 09/04/2008

      David Vincent, sors de ce corps ! ...

    • Jean-Baptiste
      Jean-Baptiste répond à SiDi
      • Posté à 13h39 le 09/04/2008

      Que voulez vous dire ? Qui sont les envahisseurs ?

      • pablico
        pablico répond à Jean-Baptiste
        Sudoku et Nord de face
        • Posté à 14h25 le 09/04/2008
        • Internaute
          Sudoku et Nord de face

        à mon souvenir on les reconnait à leur auriculaire raide.

         
        • Jean-Baptiste
          Jean-Baptiste répond à pablico
          • Posté à 15h15 le 09/04/2008

          Que voulez vous dire ? C'est cryptique ici

          • leconcombrevert
            • Posté à 15h18 le 09/04/2008

            Ben, je dirai que vous manquez de culture. Vous n'avez pas de télé comme tout le monde : -)

            • Jean-Baptiste
              • Posté à 15h39 le 09/04/2008

              Effectivement je n'ai pas de télé.

              Mais j'ai l'impression qu'on fait des allusions et qu'on utilise des vocabulaires cryptiques.

              Pour moi phalange = suplétif des nazis

              Raide je ne capte pas par contre Israel=Nazi je dis non.

              JB

          • parti
            parti répond à Jean-Baptiste
            • Posté à 20h58 le 09/04/2008

            nin nin nin... nin nin nin...nin nin nin...nin nin nin...le maxi flip du haut de mes 8-10 ans
            vive l'enfance, la quatrième dimension et au delà du réel (non ne règlez pas l'image de votre téléviseur ! )

        11 autres commentaires
      • SiDi
        SiDi répond à Jean-Baptiste
        En état de choc
        • Posté à 14h27 le 09/04/2008
        • Internaute
          En état de choc

        Le mot désengagement, ou retrait, est utilisé pour désigner les colonies démantelées.

        Doit-on rappeler que ces colonies sont tout aussi illégales que l'occupation de la France en 1940 ?

        Je n'ai rien contre Israël en tant qu'Etat, contre les Israëliens en tant que peuple, mais je ne considérerais jamais les colons comme des « citoyens » d'une quelconque « démocratie ».

         
        • leconcombrevert
          leconcombrevert répond à SiDi
          • Posté à 14h43 le 09/04/2008

          @SiDi

          Le démantelement était la phase précédant le retrait d'Israel d'un territoire occupé.
          Où est le mal ?
          Où est le problème ?
          Y-en-a-t-il un ?

          Il me semble que vous avez une drole d'idée de ce que sont des « citoyens » et une « démocratie », idée qui ne correspond pas à ce que ces mots veulent dire normalement.

        • Jean-Baptiste
          Jean-Baptiste répond à SiDi
          • Posté à 15h40 le 09/04/2008

          Ca pue

          • Cratère
            Cratère répond à Jean-Baptiste
            • Posté à 18h10 le 09/04/2008

            C'est le phosphore blanc dans les rues de Beirouth qui pue et qui tue. Mais il ne faut pas en parler...

        3 autres commentaires
  • www.laguerredesmots.com-yannick
    • Posté à 12h02 le 09/04/2008

    @rue89

    désolé de prendre cet article en otage mais si on efface mon commentaire parce que je dis du mal de l'annonceur (leclerc), ça nous situe ou au niveau de la censure ? Si je dis du mal de Auchan, mon commentaire va-t-il être supprimé ? Si je dis du bien de Auchan ? L'annonceur a-t-il son mot à dire sur le contenu du site ? Si je donne cent mille euros à Rue89, allez vous supprimer les commentaires qui me contredisent ?

    Je sais que ma provocation était gratuite ( à ma décharge je souffre de pubophobie et la moindre publicité me rend agressif), que vous avez besoin d'argent pour tourner, je serais même prêt à vous donner trente euros par mois si ça pouvait éviter la pub, et je suppose que vous avez déjà répondu à ces questions dans un autre article, si c'est le cas, pourriez vous m'en donner l'adresse

    • pablico
      pablico répond à www.laguerredesmots.com-yannick
      Sudoku et Nord de face
      • Posté à 12h46 le 09/04/2008
      • Internaute
        Sudoku et Nord de face

      @rue89
      pourquoi il n'y a plus des dessins humoristiques aujourd'hui sur rue89 ? ?

      • dalun
        dalun répond à pablico
        • Posté à 12h53 le 09/04/2008

        mr et mem leclerc , rendez nous chimulus et ses compères ! ! ! sinon , je boycotte la flamme olympique , ; : ! : ; , ! !

      • compte supprimé 24
        • Posté à 13h44 le 09/04/2008

        Oh oui, j'espère que c'est juste technique, sinon je serais malheureux. Un journal sans bubulles, c'est fade comme de l'eau du robinet.

         
        • Ardente Patience
          Ardente Patience répond à compte supprimé 24
          (ménagère)
          • Posté à 00h26 le 11/04/2008
          • Internaute
            (ménagère)

          Coucou ! J'adore les bulles ... en revanche, l'eau de robinet ne pourrait être fade que parce qu'on n'en manque pas !

        1 autres commentaires
    • françoise.V
      françoise.V répond à www.laguerredesmots.com-yannick
      p'tite lyonnaise
      • Posté à 14h29 le 09/04/2008
      • Internaute
        p'tite lyonnaise

      Pas mal de réponse dans cet article :
      Lien

      Pour les dessins, Rue89, OK on peut passer par les blogs, mais bon, c'est pas très sympa, le procédé, ni pour les dessinateurs, ni pour les riverains...

      • leconcombrevert
        • Posté à 15h26 le 09/04/2008

        Bonjour Francoise,

        ton lien tombe à pic !

      • dalun
        dalun répond à françoise.V
        • Posté à 17h10 le 09/04/2008

        vu . ils ont relaché le chi et ses potes ! j'irais donc assister à la descente de la flamme ..faut pas prendre en otage des povs crobarteux ! ! non mais.

  • cooper59
    • Posté à 00h28 le 10/04/2008

    c'est assez surprenant de voir les internautes de rue89 se dechirer sur les sujets touchant a l'actualité israelo palestinienne et là , sur cet article consacré au merveilleux pacifiste Amos Gitai , plus rien , ni divergences , ni post enflammés , rien ou presque . Est ce la position pragmatique et finalement humaine de Gitai qui aurait transpirée dans cet interessant article ? a mediter . Moi qui suit le travail de Gitai et des autres realisateurs (palestiniens ou israeliens) depuis pas mal de temps , cet article me rejouis . Et j'en profite pour repeter qu'il y a beaucoup de monde , des deux cotés , qui en ont marre des exces , de Tsahal , du Hamas ,du Fatah , des faucons , des vrais , des marchands de canons , des lobbys , US ou pas , bref de tous ces vautours qui s'acharnent sur la sainte carcasse en faisant du blé ! A croire qu'on a inventé les religions pour avoir un bon pretexte a se taper dessus , et là , y'en a trois dans le meme perimetre , c'est vous dire le bordel ! En tout cas Gitai fait partie de ces mecs qui luttent contre des moulins a vent sous les quolibets des exités de la parole divine , et ça c'est pas facile !

    • Compte supprimé le 3 janvier 3
      • Posté à 10h50 le 10/04/2008

      Bonjour Cooper,

      D'Amos Gitaï, je n'ai vu que « Terre Promise » qui m'a beaucoup plu et en même temps embarrassé.
      Pour nouer des rapports d'intimité entre le regardeur et le regardé, Gitaï utilise, un peu à la manière d'un Casavetes dans « Meurtre d'un bookmaker chinois », la caméra portée ou bien encore, s'exerce à des éclairages inédits du visage de ses acteurs par le biais de lampes torches, de phares de voiture, etc...

      Or, à mon sens, son cinéma n'en reste pas moins, par bien des aspects, esthétisant. Comme s'il se regardait un peu trop tourner. Et ça me gêne.
      Cela étant, il est quand même très fort ;

      Je garde en mémoire, je pense pour toujours, ces images comme volées de cette terre promise à tous les excès dont tu parles si bien, vues par l'intermittence d'une bâche qui se soulève à l'arrière d'un camion au petit matin.

      Puisque tu as l'air de très bien le connaître, peux-tu nous conseiller quelques-uns de ses films ?

      Merci et bonne journée.

  • cooper59
    • Posté à 11h34 le 10/04/2008

    bonjour Broglio , je prefere ses documentaires a ses films , par exemple « house » qui date des années 60 et qu'il continue par « une maison a Jerusalem » 20 ans plus tard et enfin « news from house » en 2005 , ces trois docs suivent la vie d'une maison , de ses differents proprietaires et d'un quartier et de ses habitants . Interessant pour comprendre le conflit et surtout comment les gens le subissent . Si je devais conseiller un film , peut etre « free zone » et surtout « kippour » celui là c'est un magnifique film . Pour les realisateurs palestiniens je citerais le sublime « noces en galilée » de Michel Khleifi , entre autres . voilà , a noter que les realisateurs palestiniens et israeliens travaillent pas mal ensemble sur leurs projets respectifs , ils sont devenus inseparables .C'est de la contre culture vu l'environnement ,ils subissent tous les aleas de ce conflit (jusqu'a la prison pour certains) ce sera peut etre un jour de la culture purement et simplement .cordialement .

  • Compte supprimé le 3 janvier 3
    • Posté à 11h52 le 10/04/2008

    Merci beaucoup Cooper ; je note tout ça.
    Re-bonne journée à toi.

  • NELEPHANT
    • Posté à 23h29 le 10/04/2008
    • Internaute

    Pas encore vu, mais ce que vous en dites les uns et les autres est assez alléchant.

    Gitai est capable d'avoir des tons très différents, entre l'austère et janséniste Kadosh ( coquetterie de mise en scène : il y confie un rôle de rabbin ultra orthodoxe à un acteur arabe)et le quelquefois hilarant Alila ( il faut y voir Ronit Elkabetz en fliquette ripou et hystérique).

    Gitai est juste comme pas deux dans Kippour, où trois compères égarés sur les routes de la guerre tentent de préserver leur part d'humanité.