Suite de la série d'instantanés de Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian consacrée au Liban, ce pays où les Syriens ne sont pas toujours bienvenus…
On s'installe dans la Mercedes déglinguée de Maher. Les sièges s'enfoncent dans un nuage de poussière. Les portières grincent comme les dents de ce Syrien de 28 ans échoué à Beyrouth pour mieux gagner sa vie. Maher a peur. « Je suis chauffeur de taxi clandestin », dit-il après quelques minutes alors sa voiture se perd dans le flot de véhicules klaxonnant. Mais Maher n'a pas le choix :
« Ici, je gagne trois à quatre fois plus par jour qu'à Damas. Je peux encaisser jusqu'à 100 dollars. »
Une petite fortune, ajoute-t-il. Et Bachar El Assad ?
« Je m'en fous complètement. Il fait ce qu'il veut. Mais je sais qu'à cause de lui, je suis mal aimé à Beyrouth. Comme tous les Syriens. A cause de lui. »
Maher n'évoque d'ailleurs jamais les sujets politiques avec ses clients. En plus, il ne veut pas se griller, explique-t-il en exagérant son accent libanais parfait. Sa meilleure défense.
« Tout le monde croit que je suis Libanais. J'ai grandi entre Damas et Beyrouth. Et si les gens me parlent mal de la Syrie, je ne réagis pas. Je garde ma nationalité pour moi. Je défends mon porte-monnaie. Ce n'est pas Bachar qui remplit les casseroles de ma famille. »
Le jeune homme mal rasé profite d'un feu rouge pour montrer son permis de travail : une simple feuille cartonnée où est écrit à quelle date il a traversé la frontière entre le Liban et la Syrie. Damas est à moins de trois heures de route. Autant dire que c'est la porte d'à côté et la main-d'œuvre syrienne vient goûter en masse aux douceurs libanaises, même s'il n'est pas facile de trouver un emploi dans un pays en crise. Maher le sait. Normal qu'il ne réagisse pas aux provocations des uns et des autres. « J'ai trop besoin de travailler. »
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Syriens et Egyptiens, depuis de nombreuses années sont considérés comme « mangeant le pain » des travailleurs libanais et mal-aimés puisqu’ils acceptent de travailler pour un salaire inférieur…
Maher me rappelle un « garagiste » syrien qui avait installé un container/atelier sur le bord de la route du côté de Jounieh… Salut Hanni !
Mouais… faut relativiser. Si tu veux, les gars comme Maher faisaient la loi y a encore trois ans à Beyrouth, ce qui n’était pas le moindre des paradoxes vu qu’à Damas, les braves gens s’écrasent ou on les écrase. Sans compter que bon nombre de ces travailleurs étaient des agents du renseignement et que les libanais avaient intérêt à faire gaffe en entrant dans un taxi à pas critiquer la « Grande Soeur », au risque de se faire cueillir quelques heures plus tard… Alors à l’époque, Maher (j’entends quelqu’un comme Maher, puisque le commun des mortels ne peut distinguer un bon garçon d’un vilain espion), avec ses allures de libanais, c’était le danger ultime! Tout ça pour dire que, comme souvent en Orient, les choses fonctionnent à visage renversé et que les bourreaux d’hier sont les victimes d’aujourd’hui…jusqu’à la prochaine boucle.