
Au Printemps de Bourges le 18 avril, la rappeuse marseillaise radicale Keny Arkana, prône la désobéissance civile dans son troisième album qui vient de sortir. A ceux qui taxent son discours d'utopiste, elle répond cash que l'illusion est dans le camp néolibéral et qu'elle « se considère plutôt comme une idéaliste réaliste ».
Du haut de ses vingt-quatre ans, cette jeune pasionaria à la silhouette gracile, qui dit veiller à se tenir à la bonne distance des dogmes, des croyances et des idéologies, taille sa route dans une rare indépendance d'esprit. Contre toute attente, Keny Arkana se revendique d'NTM plutôt que des rappeurs marseillais d'IAM. Cette indépendance et sa légitimité, elle les a acquises dans la rue, au cœur de la cité phocéenne, où elle a atterri pour fuir le cauchemar de la vie de foyer. A douze ans, Keny Arkana délaisse le collège et commence à rapper pour ses potes et pour dénoncer l'absurdité d'un système qu'« il faut niquer“.
Gandhi, Luther King et le sous-commandant Marcos pour mentors…
Avec ‘La Rage’, son flow péchu et persuasif et ses lyrics affûtés forcent le respect de son auditoire, Keny Arkana envahit la Toile à la vitesse de la lumière bien avant que son label, Because, ne s'intéresse à elle.
Depuis, sa volonté sincère de changer le monde en prônant la désobéissance civile, l'autogestion et l'auto-organisation, loin de s'émousser avec le temps et la reconnaissance, reste sans faille. Keny Arkana s'entête à marcher dans les pas de ceux qui ont dit ‘non’ avant elle, tels le Mahatma Gandhi, Martin Luther King, le sous-commandant Marcos (qu'elle est allée rencontrer dans le Chiapas) et ‘tous les anonymes qui sont morts dans la lutte’, comme elle n'oublie jamais de le rappeler.
Pas étonnant que le sociologue Philippe Corcuff, en fin analyste de ses lyrics, ait écrit à son propos :
‘La rhétorique de Keny Arkana est proche de celle du sous-commandant Marcos.’
Ses origines argentines héritées d'un père qu'elle ne connaît pas éclairent en partie le fait que son regard soit résolument tourné vers l'Amérique latine. L'engagement, la spiritualité et l'imaginaire de la rappeuse y ont trouvé leur source d'inspiration auprès des ‘piqueteros’ argentins, des guérilleros et de la lutte zapatiste.
S'imposer dans l'univers masculin du rap hardcore
Keny Arkana occupe aujourd'hui une place à part au sein du hip hop français. Elle est, en effet, une des rares à s‘être imposée dans l'univers masculin de la scène rap et qui plus est dans celui du rap hardcore. De même que quand on parle avec cette contestataire altermondialiste, on réalise que la lutte dans laquelle elle s'inscrit n'est pas une vaine vue de l'esprit ni la rémanence d'une révolte adolescente, mais tout simplement sa raison d'être.
Alors que la plupart des rappeurs de sa génération se contentent (dans le meilleur des cas) de chanter la révolte, cette pasionaria, qui n'a de cesse de dénoncer un système prédateur pour l'homme et la planète, prône carrément la révolution. Et comme elle le martèle dans ce nouvel album, la désobéissance civile est selon elle le plus sûr chemin pour arriver au changement auquel elle croit dur comme fer’.
Et si les jeunes et nombreux auditeurs de Skyrock (où, à son corps défendant, ses chansons passent en boucle) la vénèrent, Keny Arkana ne les caresse pas pour autant dans le sens du poil. Elle ne perd pas une occasion, en grande sœur soucieuse d'éveiller les consciences, de critiquer la radio qui a le mieux, selon elle, ‘neutralisé le rap en participant à sa récupération commerciale’. Pour elle, seul prime le message :
‘Mon engagement est prioritaire. Je ne suis pas attachée au concret, ce qui m'importe c'est l''être’ plus que l''avoir'.”
Alors elle anticipe sur tout ce qui pourrait venir le brouiller ou le pervertir et refuse systématiquement “de participer à la société du spectacle”. Exception faite lors de la dernière cérémonie de remise du prix Constantin pour lequel elle était nommée et où elle a accepté de rapper devant la ministre de la Culture, sur son très subversif “Nettoyage au Kärcher‘, devant un public médusé… (Voir la vidéo)
Pas une rappeuse mais une contestataire qui fait du rap’
Son nom est un pseudo et elle fuit les caméras et les micros comme la peste afin d'éviter toute récupération de son image et de son discours par les médias. Elle se fout de la notoriété et du vedettariat et ne manque jamais de rappeler qu'elle ‘n'est pas une rappeuse mais une contestataire qui fait du rap’.
Et elle le prouve depuis un an, en organisant en parallèle de ses concerts, à chaque nouvelle date, des appels aux sans-voix, pour ‘libérer la parole et créer des espaces de liberté et d'initiatives solidaire’. Au sein de ces assemblée populaires, elle retrouve notamment certains de ses fans qu'elle initie de fait à une forme de citoyenneté :
‘Ça me permet aussi de mettre en pratique la démystification de la scène et de l'artiste.’
► Lire aussi : L'ABC de la lutte selon la rappeuse Keny Arkana


















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De cyp
| 10H35 | 08/04/2008 |
C'est vachement bien ; je suis en train de l'écouter en boucle, potentiomètre calé comme une poignée de moto sur une nationale.
Comme le prézydent est de passage à Cahors et qu'au milieu des lycéens qui lui gueulent « Casse-toi pauv » con » y a mes enfants, c'est tout à fait dans l'ambiance.
Cinq pastilles rouges pour Keny Arkana de la part d'un vieux schmoll qui n'a jamais baissé les bras.
De sparks
12H35 | 08/04/2008 |
Bonjour,
A l'age qu'a cette jeune fille, rockin » squat avait déjà saisi que « ce n'est pas une chanson qui va changer la condition des hommes ».
La contestation en tant que telle est une composante pauvre de la musique, et je rejoins les commentaires allant dans le sens du manque d'interet qu'ont tant le son, que le verbe de cette jeune fille. Toutefois, il lui reste le temps de progresser, de réfléchir et de s'instruire, c'est là la difficulté sur laquelle a buté le sus nommé, non que je le blame d'aucune façon.
La route est longue, peu nombreux ceux qui restent interessants dans la durée. Mais la musique n'est pas un vecteur de changement social global, il ne faut pas se leurrer.
De romu
13H02 | 08/04/2008 |
Ah ben tiens j'avais envie de pondre et proposer un article pour la sortie de son mini album mais mon inexpérience m'a découragé, quelle agréable surprise en arrivant sur l'accueil de rue89 !
Keny Arkana est comme elle le dit plus qu'une simple rapeuse, ses lyrics sont vraiment percutants et bien écrits, et certaines chansons sont très accessibles pour les non-adeptes de rap à qui un simple extrait de ce genre de musique évoque la racaille et la superficialité du message.
Il faut surtout la voir en concert pour comprendre sa place à part dans le rap ; l'ayant vu à Marseille aux Docks des Sud en décembre dernier, ça a été le spectacle le plus marquant de ma vie. Des gens de tout les horizons, des hippies, des « hiphop », des vieux, des jeunes, mais surtout une réelle bonne ambiance au parfum de mini révolution, de rage fédératrice !
Si seulement tout ce beau monde pouvait se retrouver en dehors de concert pour des assemblés diverses …
Ecoutez vraiment les paroles, de tout les morceaux, à ceux qui lui crachent dessus sans vraiment la connaitre…
De Servais-Jean 4591
HS | 15H02 | 08/04/2008 |
Généralement le rap ne m'inspire pas beaucoup mais là vous m'avez bien eu.
Cependant je me demande si à 65 balais c'est bien raisonnable.
Et puis en regardant le nombre de commentaires je suis rassuré sur mon état mental.