
Non, Dang n’accompagnera pas son mari Wit au bar de l’hôtel où ils viennent à peine de descendre. Tandis que la porte claque, elle sombre déjà dans un sommeil cotonneux. Le jet-lag du vol New York-Bangkok l’a épuisée. Il tiendra Wit éveillé jusqu’à l’aube. « Ploy » est l’histoire de cette nuit blanche: la rencontre d’un quadra malheureux en ménage (Pornwut Sarasin) et d’une minette accoudée au comptoir d’un bar (Lalita Panyopas) fait ainsi bifurquer le cinéma vers le fantasme.
Le cinéaste Pen-ek Ratanaruang (« Vagues Invisibles ») s’applique à prolonger de jour l’évanescence nocturne, comme une nuit américaine dramatique, et crée de facto un climat entre ombre et lumière. Au petit matin, l’homme mûr invite la jolie métisse de dix-huit ans à se reposer dans sa chambre. Comme si de rien n’était…
Sa femme, échaudée, somme celui qui a découché de virer la nymphette sur le champ. Le mari, la femme et Ploy: le réalisateur nous titille d’un éventuel plan à trois qu’une histoire parallèle -les jeux sexuels d’une bonne et d’un maître d’hôtel dans une chambre contiguë- semble accréditer.
Le long métrage est pourtant un jeu de chausse-trapes, ferrant le spectateur d’ambiguïté en ambiguïté sexuelle. Du script à la mise en scène, Pen-ek Ratanaruang pompe dans le vivier « Lost in Translation » de Sofia Coppola, ses codes esthétiques (la sensualité ouateuse de la photographie, les cadrages qui atomisent les corps) pour mieux les dévitaliser. « Ploy » est ainsi un film d’une violence inouïe mais, que Ratanaruang s’évertue à contrôler.
Chez le Thaïlandais, le suspense colle aux pulsions sexuelles, comme si le jet-lag que subissent les trois héros décalait l’intrigue dans une zone où l’inconscient a droit de cité. Verte de rage que la bombe adolescente dorme sur son canapé, Dang profite du sommeil de son mari pour l’étouffer sous un oreiller. On frôle alors le glauque, mais Dang se réveille en sursaut. C‘était un mauvais rêve que le cinéma permet d’exprimer en toute impunité.
Sous l’emprise de ce brillant delirium, « Ploy » réinvente la classique crise du couple et le démon de midi. Après une engueulade matrimoniale, le réalisateur lâche le trio d’expatriés en plein Bangkok: Ploy la Suédo-thaïlandaise qui attend l’arrivée de sa mère européenne; Wit qui vit depuis longtemps aux Etats-Unis où il a rencontré Dang, ancienne star du cinéma thaïlandais dont l’étoile a blêmi.
L’expatriation, gage de réussite dans nos sociétés mondialisées, scelle cruellement la destinée de l’ex-actrice vedette. Déboussolée par les mutations urbaines de Bangkok, elle tombe dans le piège d’un inconnu qui la viole et entreprend de la liquider. Fantasme? Réalité? Le film se clôt comme il avait commencé: dans un taxi qui ramène le couple Wit Dang jusqu’au tarmac de leur avion. Sans un mot d’explication.
► Ploy de Pen-ek Ratanaruang, avec Lalita Panyopas, Pornwut Sarasin, Apinya Sakuljaroensuk. Sortie le 16 avril.






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vous savez quand on veut savoir le déroulement d’un film on va le voir… On a pas envie qu’on nous l’écrive! Ce qu’on attends d’une critique de film c’est un commentaire… et je ne sais si vous avez aimez ou pas ce film et pourquoi?
comme on dit en thaïlandais
Apalatangg unar itul illang pen kratang llutang etalang buluglang klan alangulet teletrang bulak artrang tang bluinglang elllebralong lugnglang hhuillleubraing lelbletalang tul
Tu n’as pas honte d’écrire des choses pareilles !!!!!:-)
Les nuits de Bangkok, toute une histoire, le Patpong des années 80-90, et puis Nana de Sukumvit 5…
Bangkok a bien changé, est devenu périphérique, depuis les nouvelles folies se sont déplacées vers le Nord Est, Saigon qui revit.
Evitez le Sud et ses tsunamis… Une ville encore un peu épargnée par les routards du sexe industriel, au Nord, Changmai…
Ravi d’entendre parler de ce très beau Ploy. Je n’étais pas sûr de sa sortie en salle. Un film vaporeux qui sonde plus profond qu’il n’y paraît. Pen-ek Ratanaruang n’a rien pompé sur sur la jeune Coppola… j’ai l’impression que certains ont découvert le cinéma asiatique avec « lost in translation » c’est très curieux. Oubliez cette comparaison erronée et laissez-vous porter dans la brume.
Votre article me donne envie de le voir ce film . Thx
La bande-annonce :
http://www.youtube.com/watch?v=EK_mBeghxPQ
Ben moi, ça me gonfle d’avance, ce film : la pornographie traitée comme un truc intello, j’ai déjà donné avec Brando.
Les fantasmes, c’est perso et l’étalage ne me dit rien qui vaille. Comme disent les ch’timis : « grand diseux, petit faiseux »…
pour rejoindre le premier commentaire… Vous en dites beaucoup trop sur le film! Maintenant on sait comment ça se termine, plus la scène de l’oreiller décrite.. Dès qu’elle arrivera on saura que c’est un fake.. merci..