Après le fiasco de la flamme, la balle est dans le camp de Pékin

La tournée mondiale de la flamme olympique avait été conçue comme une campagne de relations publiques chinoise. Elle tourne aujourd’hui au désastre, avec cette image de l’invraisemblable dispositif policier nécessaire pour protéger ce symbole d’un esprit olympique devenu un mythe.

Pour le gouvernement chinois, le revers est de taille. Il avait conçu ces Jeux olympiques comme le point d’orgue du retour de la Chine au coeur du monde, après une éclipse de 150 ans. Ce retour est une réalité incontournable du monde d’aujourd’hui, tant économiquement que diplomatiquement. Mais le géant chinois n’a pas réussi à transformer l’essai au niveau des opinions publiques, du moins dans les pays occidentaux, où il conservait, avant même les événements du Tibet, l’image d’un pays autoritaire et peu respectueux des drois de l’homme.

Le gouvernement chinois, estimant sans doute que le rapport de force avait tourné à son avantage, n’a pas réellement cherché à déminer le terrain à l’approche de cette année olympique. Depuis des mois, on savait qu’il y avait un durcissement des contrôles, de la censure, des mises à l’écart de toute voix dissonnante. Le Tibet est venu, le mois dernier, fracasser le dernier espoir de passer cette année olympique sans que ne soit posée la question de la nature du pouvoir chinois.

Le gouvernement chinois réagit comme on pouvait le redouter, en restant inflexible, son orgeuil national blessé. La semaine dernière encore, le dissident Hu Jia, très connu à l’étranger, était condamné à 3 ans et demi de prison pour avoir publié cinq articles et donné deux interviews, un délit d’opinion caractérisé. Une manière de dire au reste du monde: nous faisons ce que nous voulons chez nous.

Le problème est que si le pouvoir chinois a d’ores et déjà perdu la bataille des relations publiques internationales, il est en train de gagner celle de son opinion intérieure. La grande majorité des Chinois a réagi aux événements du Tibet avec une ferveur nationaliste, acceptant le discours officiel sur le « séparatisme tibétain », même si le dalaï lama proclame haut et fort qu’il ne demande que l’autonomie. De même, le contrôle de l’information et la force de la propagande sont tels que les incidents sur le parcours de la flamme sont perçus comme autant d’attaques d’ennemis supposés de la Chine, que seul le parti communiste serait en mesure de contrer.

Le divorce entre la Chine et le monde serait un désastre, s’agissant d’un cinquième de l’humanité, et d’un pays devenu un élement–clé de l’équilibre du monde. Il ne reste que quatre mois pour faire passer le message, au gouvernement comme à la population chinoise, que la « fête olympique » peut encore être sauvée si Pékin s’engage sur une autre voie. C’est la leçon que le pouvoir chinois devrait tirer du fiasco de la flamme, et, sans perdre la face, faire les gestes qui changeraient la donne. La balle est dans le camp chinois. Mais, à entendre les premières réactions à Pékin, il est à craindre qu’il en tire une leçon opposée: celle d’une ligne plus dure encore.

Pierre Haski

► Edito diffusé mardi 8 avril sur Europe1. Retrouvez l’édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.


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08H59    08/04/2008

Tout cela était malheureusement à prévoir, compte tenu de la main mise totale des dirigeants chinois sur l’information, qui ne permet pas aux chinois matraqués par la propagande officielle, de se faire une opinion par eux mêmes, y compris sur internet qui est verouillé avec la complicité active des groupes occidentaux, ce qui est un comble.

Et quand on voit un responsable du CIO abonder dans le sens des autorités chinoise en parlant de ” la haine des manifestants envers les chinois” on ne peut qu’être consterné par l’imbécilité de tels propos provocateurs, déformant les messages des manifestants qui à aucun moment ne s’en prennent au peuple chinois, mais seulement à leurs dirigeants.

 
09H49    08/04/2008

« Il ne reste que quatre mois pour faire passer le message, »
Je vois mal comment on vas convaincre le peuple Chinois que ceux qui ont amélioré du tout au tout leurs condition de vie en 50 ans sont des salaud!
Ça risque d’être aussi difficile que de leurs prouver que ceux qui tuaient des Han et des Hui à Lhassa étaient de gentil pacifiste. « Bonne » chance.
La vision des occidentaux est tellement à mille lieu de la réalité qu’elle en devient presque pathétique, il suffit de voir que les Chinois à Paris étaient tous la avec leurs drapeau pour soutenir la flamme olympique, même 10 ans d’actions de RSF et Amnesty à Pékin, ne transformerons pas le Pékin de base en Chinois Parisien, Chinois Parisien lui même à milles lieux des avis des boycotteurs Français.
« C’est la leçon que le pouvoir chinois devrait tirer du fiasco de la flamme, et, sans perdre la face, faire les gestes qui changeraient la donne. »
Sans perdre la face??? Vous rigolez? En effet si un fléchissement de politique Pékinoise serais une preuve d’ouverture et d’intelligence pour les pays occidentaux, ce serais,pour le peuple Chinois, une preuve de faiblesse et un coup dure pour le PCC.
Pékin a toujours été le Yang, masculin, dure et fort comme du granite, ça a toujours été la politique impériale, et post-impériale sous l’empire rouge. Pour le meilleurs (la stabilité, la paix, l’évolution sociale) et pour le pire (l’intransigeance, la dureté, son caractère parfois sans pitié).
Vous parlez à plusieurs reprise du « Monde », »dire au reste du monde », »divorce entre la Chine et le monde », »perdu la bataille des relations publiques internationales ».
Il serait bon que vous fassiez une différence claire entre le Monde,l’internationale et l’occident, ou alors prouvez moi que la position du « reste du monde » est pareil que la votre , allez interviewer des vietnamiens, des laotiens, des équatoriens, des brésiliens, des vénézueliens, des russe, des Africains… bref, des non-occidentaux.
Je voudrais rajouter que d’accuser la Chine des violences policières Françaises est tout simplement stupide, alors même que vos impôts payent un dispositif de police 365 jours par ans devant l’ambassade des USA à Paris et que celles de ma famille payent le même mais à Bruxelle, sans que cela ne semble choquer personne. pourquoi ne criez vous pas que c’est l’autoritarisme Américain qui déteint sur la France quand le Président des USA viens faire un tour à Paris ou à Bruxelle entouré d’une véritable armée?
C’était les garde rouge qui frappais sur les Mao en 68 à Paris? C’était les forces spéciales Chinoise qui chargeaient les manifestant Anti-CPE. De qui se moque on?

 
10H50    08/04/2008

Stratégiquement, il me semble que les actions d’hier sont bénéfiques, non pas pour essayer de déstabiliser un régime totalitaire de mon point de vu indestabilisable pour l’heure, mais davantage pour faire pression sur le CIO dans l’attribution des jeux.

En effet, ne plus prendre les valeurs du sport en otage commercial d’un distributeur de boissons, voyant, par l’attribution des jeux à Pekin, la pénétration d’un marché gigantesque, me semble une avancée pour le sport.

Alors oui à la bordélisation du parcours de la flamme, non pas pour tenter jouer sur une dictature infaillible, mais pour faire pression sur le CIO dans l’attribution des jeux. je suis plutôt partisan du « quand des avancées significatives auront été remarquées, nous ouvrirons des discussions », plutôt que le « on fait les jeux, on fait du commerce… et peut-être qu’il y aura évolution… peut-être … mais au final, on s’en fout »..

Redonnons sa place au sport !!! sa véritable place.

 
Par matrasov
11H09    08/04/2008

On est tous contents : nous les supermen de la planète (France, terre des arts, des armes et des lois) on a été à la hauteur hein ! super politiquement correct ! Qu’est-ce qu’on leur a mis ! aux chinois… d’ailleurs Noel Mamère et Baupin nous ont tout expliqué (à ce propos relire « Ravage » de Barjavel - comme lui ils sont partout).Et puis kolossal les titres de gauche ce matin ! A quelle claque ! Je pose juste une question, les J.O ne sont pas attribués à la Chine mais à l’Inde ? l’Iran ? l’Indonésie ? l’Egypte ? l’Algérie ? le Vénézuela ? le Zimbabwe ? le Pakistan ? On dirait quoi ? Que ça ferait bouger les choses, non ? L’édito parle du retour de la Chine après 150 ans, pourquoi pas dire 168 ans, après qu’un état dealer (l’Angleterre) ait envahi le pays parce que l’empereur Daoguang avait ordonné de brûler les 2000 tonnes d’opium que les rois des droits de l’homme voulaient leur fourguer. Mais vous croyez vraiment que les chinois ignorent leur propre histoire ? Tous les écoliers chinois connaissent l’esprit chevaleresque des anglais et des français à leur égard, ils conaissent même le sublime texte de Victor Hugo « lettre au capitaine Butler »sur le sac du Palais d’Été.
Allez les nouveaux gardes rouges, hardi ! sus au péril jaune

 
Par daniel
11H10    08/04/2008

Le problème c’est votre perception des réalités, vous pensez avoir votre propre opinion et que les Chinois sont fanatisés par un pouvoir autiste (je suis d’accord avec ce dernier point).

Toute les discussions que j’ai sur le sujet montre que notre perception de l’opinion chinoise est qu’il n’y en a pas, du fait de la censure et de la propagande.

Ainsi vous vous permettez d’insulter la Chine en pensant n’insulter que son gouvernement, imaginant que cela l’affaiblirait.

C’est notre erreur fondamentale. Nous pensons qu’il faut être courageux et se montrer ferme envers le pouvoir Chinois, ce qui est louable, mais nous tombons directement dans l’action hostile tout en continuant à acheter des produits made in China car ils ne sont pas chers.

Vous écrivez, ce n’est pas une action raciste, mais elle sera perçu comme telle, malgré votre bonne foi évidente.

 
Par Aargh
11H16    08/04/2008

« Alors devrions nous faire attention à plaire à celui qui tient la télécommande ? pourquoi ? pourquoi faire puisqu’il se contrefout de ce que nous pensons et de ce que nous disons ? être plus compréhensif reviendrait simplement à être d’accord ou silencieux ou aveugle. Ce serait une defaite. »
tout-à-fait. Le PCC ne connaît que le rapport de force et nous n’avons que la force de nos convictions alors il ne faut rien céder sur ce point.
L’exemple infâme des Sérandours, Killy et autre Rogge montre bien qu’ils ont perdu tout sens de ce que solidarité, fraternité ou liberté signifient. Ils étaient prêts à n’importe quelle farce pourvu que leur joujou (et leurs privilèges) ne soient pas atteints. L’aveu le plus explicite de leur déraison est qu’ils sont prêts à faire les jeux quelquesoient les conditions politiques du pays d’accueil au motif qu’on ne mélange pas politique et sport. Et pourtant, il y avait bien des conditions de ce type dans le contrat initial d’attribution des jeux à la Chine. Aujourd’hui, dans leur désarroi, ils ne voient que les jeux et le sport complètement isolés de la sphère sociale et politique.

 
11H25    08/04/2008

Cher Pierre,
Vous avez raison de mettre l’accent sur les effets pervers d’un boycott des JO. Il n’est jamais assez citée la phrase de McLuhan:  » L’indignation morale est la stratégie commune pour conférer de la dignité aux imbéciles. »
Bien à vous,

 
Par GanLanShu
05H09    09/04/2008

« Le problème est que si le pouvoir chinois a d’ores et déjà perdu la bataille des relations publiques internationales, il est en train de gagner celle de son opinion intérieure. » Voilà, tout est dit… Il est autrement plus urgent et vital pour le Parti d’unifier, même virtuellement, l’intérieur que d’obtenir un certificat de bonne conduite de l’étranger. Les troubles dans les provinces sont nombreux, le sentiment d’injustice sociale est de plus en plus présent et de plus en plus exprimé. Redonner un sentiment d’appartenance au drapeau, faire taire toute voix discordante, envoyer des signaux forts à l’étranger arrogant, étayent la méthode largement éprouvée par le pouvoir: valoriser l’oubli de soi au profit de l’intérêt supérieur de la Nation. Et il faut imaginer, même si c’est difficile, que tout cela fonctionne avec pour toute information le 20h de TF1 - dans le meilleur des cas! La désinformation est massive et extraordinairement perverse puisque les Chinois sont persuadés que les étrangers sont manipulés par leurs propres systèmes d’informations! En substance: le Dalaï Lama a réussi à nous faire croire qu’il n’était pas séparatiste mais eux, les Chinois, savent bien que c’est un fourbe qui ne souhaite que l’indépendance (sic!). Et il est vrai que notre vision de la Chine est faussée par l’information que nous décidons de retenir… Hu Jia et Liu Xiaobo ne sont pas connus en Chine! Si vous vous avisez d’en parler, vous obtenez le sourire habituel… Vous êtes en train de parler d’un homme (1!), une sorte d’anomalie conceptuelle, face à quelqu’un qui s’exprime au nom de 1 300 000 000 d’autres lui-même! Je ne cherche bien évidemment pas à justifier quoi que ce soit de la politique chinoise, seulement à essayer de faire comprendre qu’un peuple qui n’est pas passé par le siècle des Lumières, n’a pas connu la révolution psychanalytique (tuer le père vs bu xiao!), qui a vu (ou plutôt ‘su’)son bld St Michel et sa Sorbonne mitraillés par l’armée, qui ignore qu’il a eu et a des Cohn-Bendit, et enfin est consittué à 60% de ruraux très faiblement scolarisés pour qui la survie alimentaire n’est pas le concept romantique du peintre ou de l’écrivain, et bien ce peuple n’a aucune chance de comprendre ni même d’entendre ce qu’on lui dit. Le pouvoir, sur un plan intérieur joue donc sur du velors, le sait, et ne va donc pas se gêner pour encore durcir le ton à destination de l’étranger. Serait-ce grosse parano de penser que tout cela était tellement prévisible que les J.O., contrairement à l’opinion égocentrique occidentale d’une volonté d’ouverture sur le monde, ne sont à Beijing que pour régler, provisoirement, les problèmes intérieurs en revitaisant la fibre nationaliste grâce à l’opposition étrangère?