Les Jeux olympiques tournent au cauchemar. Pour tout le monde. Le spectacle de cette flamme pathétique protégée par 3000 policiers à Paris, après l'état de siège de Londres la veille, est devenu un piètre symbole pour la « grande fête du sport », ou pour le mythe, depuis longtemps disparu il est vrai, de « l'esprit olympique ».
Pathétique aussi, le spectacle qu'a donné ce weekend le gouvernement français, à la suite de la déclaration audacieuse, mais absurde il est vrai, de Rama Yade dans Le Monde, posant « trois conditions » à la Chine pour que Nicolas Sarkozy soit présent, en tant que président en exercice de l'Union européenne, à la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin. Absurde parce que ce n'est pas à une modeste secrétaire d'Etat française de poser des conditions à la puissante Chine si l'Europe veut être entendue : cela aurait dû être le fait du Conseil des ministres des affaires étrangères des 27 la semaine dernière, mais celui-ci n'a pas pu s'entendre sur autre chose que sa « vive préoccupation ». Alors le poids de Rama Yade dans la balance…
Mais ce qui était étonnant dans le weekend fatal de la diplomatie française, c'est qu'une déclaration pareille ait pu passer sans avoir été validée par le ministre des Affaires étrangères et/ou l'Elysée. Sur une affaire aussi importante, c'est un dysfonctionnement grave, et il faut avoir l'assurance d'un Bernard Kouchner pour aller ensuite à la télévision pour affirmer : « Mais tout cela est parfaitement clair » ! Ce qui est clair, c'est que le gouvernement français, comme bon nombre de ses homologues, est déchiré sur sa position vis-à-vis de ces jeux. Pour avoir esquissé un pas de deux en retrait et déclaré que « tout est possible », Nicolas Sarkozy fait déjà l'objet d'une campagne hostile en Chine, et Pékin a menacé de représailles, vraisemblablement économiques, ceux qui saboteraient la « grande fête » des JO. Comment ne pas paraître s'aplatir devant la puissance du moment, sans pour autant trop la contrarier : c'est la quadrature du cercle du « président des droits de l'homme » devenu aussi le « président des gros contrats ».
Mais l'attitude du pouvoir chinois est tout aussi pathétique. Sa crispation nationaliste sur le Tibet, qui lui permet d'avoir l'opinion chinoise avec lui, est inquiétante : il joue avec le feu. Tout comme la provocation d'avoir condamné le dissident Hu Jia à trois ans et demi de prison pour cinq textes et deux interviews à la presse étrangère, c'est-à-dire un délit d'opinion caractérisé. Alors que tous les regards sont fixés sur la Chine, quel est le message que les dirigeants chinois ont voulu lancer au monde : « Ça ne vous regarde pas » ? Evidemment que ça regarde tout le monde…
Les JO étaient conçus comme la cerise sur le gâteau du retour de la Chine au « centre du monde », la célébration de la puissance retrouvée de l'ex-empire du milieu : la fête aura un goût amer et cette puissance a pris dans ces conditions des allures sinistres. Sauf si Pékin se ressaisit et fait -sans perdre la face, au contraire…- des gestes conciliants d'ici à cet été. Ceux que recommendait Rama Yade samedi, par exemple : libérer des prisonniers politiques, dont Hu Jia, permettre une information indépendante sur les événements du Tibet, dialoguer avec le dalaï lama…
Tout aussi difficile est l'attitude de ceux qui veulent défendre les droits de l'homme en Chine et s'opposer à une mascarade de JO. Les événements du Tibet l'ont montré, le fossé est considérable entre une opinion chinoise chauffée à blanc sur une base nationaliste, et le reste du monde débordant de bons sentiments. L'incompréhension est en train de céder la place à de l'hostilité ouverte, et c'est dramatique.
C'est un rendez-vous qui risque d'être raté car si l'action contre ces JO ne sert qu'à donner bonne conscience aux manifestants occidentaux sans être comprise par les premiers concernés, le peuple chinois, elle n'aura pas servi à grand chose, et surtout, elle aura sans doute refermé la Chine sur un huis clos tragique avec le parti communiste. Comment faire passer en Chine même le message humaniste qui devrait accompagner ces Jeux, mais surtout accompagner le déploiement de la puissance chinoise dans le monde ? C'est le défi que les détracteurs des JO doivent relever d'ici au mois d'août.
Les JO sont un rendez-vous symbolique important entre la Chine et le monde. Il appartient à ces trois acteurs -le pouvoir chinois, les gouvernements étrangers, et les défenseurs des droits de l'homme- de ne pas le rater.
Pierre Haski




















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De machinchose
10H49 | 07/04/2008 |
sur le fond de votre édito j'apprécie que vous ne soyez pas aussi « raisonnable » que ce cher joffrin qui signe encore une fois aujourd'hui un de ces éditos consternant dont il a le secret. Il y a une chose me semble t il qui n'est pas vraiment débattu c'est le fait qu'on peut aussi s'opposer aux jeux en chine non pas pour être compris des chinois mais parce que personnellement on ne veut plus valider l'association du fric avec le pire. Or les JO a pekin c'est aussi potentiellement ça. la démonstration que le fric se trouve bien partout où on veut bien l'accueillir. Et que les droits de l'homme, des peuples ou que sais je tout ça les sponsors, nous même, on s'en bat l'oeil.
Moi c'est ça qui me dérange. J'en ai marre des JO plus pourris chaque fois que la fois précédente. et cette fois ci caution d'un régime qui se fout de nous. Un peu comme un Khadafi en visite à Paris.
Et je dois dire que quelques pays qui boycotteraient ces jeux pour le Tibet, pour le Darfour, pour les droits de l'homme eh bien je ne suis pas sur que ça serait ridicule ou naïf.
De daniel
10H57 | 07/04/2008 |
C'est vrai l'attitude du pouvoir Chinois est pathétique et il fallait entendre le porte-parole de l'ambassade Chinoise répondre ce matin comme un robot aux questions de France-info et déclamer : « il n'y a pas de répression au tibet ».
Dans un monde fait de bling-bling et de communication, ils sont totalement à coté de la plaque.
Maintenant d'un autre coté, je trouve tout aussi pathétique l'outrance de rsf qui ne sait que souffler sur les braises sans jamais chercher de solution, qu'ils aillent prendre des leçons chez John Kamm
http://www.duihua.org/
Je ne dirais rien sur Rama Yade…
De Santiano
11H08 | 07/04/2008 |
Bravo Pierre Haski pour le 1er partie de votre édito ; dans le seconde on retrouve votre préchi-précha habituel - et vous critiquez « les bons sentiments » des occidentaux ! - sur attention aux Chinois qui vont se refermer sur eux-memes blablabla mais c'est déjà le cas ; la logique d'opposition ? Elle est déjà présente. Vous avez vu les manif à Londres ? eh bien combien de chinoisd e la diaspora qui criaient leur haine du Tibet et de l'Occident drapeau rouge aux 4 vents ; et pourtant ils ont vécu en Occident, sont allés dans les universités occidentales mais sont ontologiquement hostiles à tout ce qui contrarie la mère-patrie ! C'est Huntington qui avait raison : mais bon c'est seulement quand Xinhua aura racheté Rue89 pour diffuser la bonne parole que vous ouvrirez les yeux mais il sera trop tard !
De Aargh
du Vaucluse | 11H32 | 07/04/2008 |
« si l'action contre ces JO ne sert qu'à donner bonne conscience aux manifestants occidentaux sans être comprise par les premiers concernés, le peuple chinois, elle n'aura pas servi à grand chose, et surtout, elle aura sans doute refermé la Chine sur un huis clos tragique avec le parti communiste »
pourquoi ce procès d'intention de « bonne conscience » ?
sur quoi fonder l'idée que l'efficacité ne passe pas par une critique vigoureuse et sans concession de la position du régime chinois sur le tibet ?
parce que les chinois sont nationalistes et chauvins ? d'abord le sont-ils tous, et ensuite, est-ce une raison pour les conforter dans le confort de leur vision nationaliste ?
De toute façon, on ne voit guère ce que pourraient être les voies d'une intervention efficace sur le régime ou sur les « pékins » de base, les effets de l'écrasante, massive et si ancienne propagande du PCC ne laissant pas beaucoup de place à la discussion rationnelle.
Il me semble que le seul espoir de déstabilisation de cette langue de bois instituée, c'est de réitérer avec ténacité et persistance le refus de tous les démocrates de bonne foi de faire le jeu de cette propagande, de réaffirmer sans fin notre dégoût de la position chinoise et notre soutien aux minorités opprimées, dont les tibétains.
De C. Creseveur
D'actualité | 14H01 | 07/04/2008 |
Le relais de la flamme ce midi est une honte pour la France. On pourrait dire encore une honte pour l'Olympisme, mais le pouvoir marchand de cette manifestation sportive est tel qu'au pied de la tour Eiffel il n'y avait que des invités des grandes marques qui sponsorisent l'événement. Autant dire que l'esprit du sport ne ressemble plus qu'au bruit du billet froissé.
Au milieu de tout ça Douillet, lui qui prétendait que « seuls les athlètes pouvaient… qu'il fallait laisser les athlètes… et couffin patin », a été formidable de ridicule quand le service de protection rapproché chinois (ce n'était même pas le GIGN ! ) a coupé le gaz de son flambeau (donc éteint la flamme), au moment même où il devait passer le relais à Teddy Riner, sous les fenêtres de Canal Plus !
C'est le relais le plus bidon, le plus grotesque, le plus pitoyable et le moins sportif auquel on ait jamais pu assister.
Le plus ridicule est que dans le même temps Mireille Ferri, présidente adjointe du conseil général d'Ile de France, a été arrêtée par les forces de police alors qu'elle venait manifester avec un extincteur de poche symbolique.
Sarkozy vient de nous faire à Paris le spectacle minable d'un Etat policier, digne de ce qui passe en Chine.
Dommage que le président n'ait pas demandé que le relais se fasse entre deux rangs de chars Leclercs : le passage de flambeau entre relayeurs aurait donné lieu à un bel echo des événements de Tien An Men, il y a presque 20 ans.