Sur le terrain

Carte postale du Liban (1/4): Pierre et les loups

Cette semaine, Rue89 présente, en quelques instantanés de Sid Ahmed Hammouche et Patrick Vallélian, une série consacrée au Liban, ce pays qui n’a toujours pas de président.

Rambo, star du sud (DR).

Le Liban n’a toujours pas de président. Pierre lève les épaules. Cadre dans une banque de Beyrouth, ce jeune homme toujours sur son trente-et-un sourit  :

"Mon pays, c’est comme une ‘charmouta’, une pute quoi  ! Chaque jour, elle s’offre à celui qui veut bien la payer et mange à tous les râteliers. Puis, le lendemain, elle se refait une nouvelle virginité devant sa glace avant de recommencer à travailler. Ici, les politiciens de tous les partis prennent le Liban pour une fille de joie. Mais personne ne paie la facture."

Dans les médias libanais, c’est toujours la même mélodie du désespoir. Le Hezbollah menace. Le gouvernement Siniora se défend. Les maronites jouent les absents. L’ombre de la Syrie plane. Bref  : rien de nouveau à l’ombre des cèdres. Les analystes racontent toujours la même rengaine. La guerre, c’est pour bientôt. Ou pour jamais. Lassé, Pierre, comme la majorité des Libanais, a décroché et préfère se concentrer sur son café.

"Pour sortir mon pays de la crise, il faut regarder dans le marc de café… Il est bien noir  !  "

Situation bloquée. Comme le centre-ville et les ministères, toujours paralysés par le village de tentes de l’opposition. Reste que tout fout le camp, mon bon monsieur. Si les abris de fortune sont encore fièrement plantés sous les fenêtres du Premier ministre, leurs habitants de l’alliance explosive chrétienne-chiite ont repris leur vie de tous les jours. Loin de leur camping sauvage. "C’est un avertissement, plaisante Rita, une chrétienne alors qu’elle traverse à toute allure le centre-ville au volant de son 4X4, juste pour dire qu’on peut revenir rapidement. Au cas où."

Le Liban est donc figé dans l’attente d’un nouvel équilibre politique. Et le déséquilibre ne profite pas aux chrétiens, soulignent les Libanais. Dans le jeu de dupe actuel, ils n’ont plus de représentants officiels, explique Mounia  :

"Les chiites ont Nabih Berry comme président du parlement. Les sunnites ont Siniora, comme chef du gouvernement mais depuis le départ d’Emile Lahoud de la présidence, les chrétiens, plus que jamais divisés, n’arrivent pas à s’entendre sur un nom."

Dans les quartiers sunnites et chiites, il se dit de plus en plus ouvertement que le pays peut très bien vivre sans président. "Et donc sans chrétien", s’inquiète Pierre.


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Quinine | traducteur et amoureux des chats
11H57 07/04/2008

J’imagine que quelqu’un a déjà proposé de leur céder Sarkozy, puisqu’ils n’ont pas de président, et que quelqu’un d’autre a déjà parié que ce serait le thème de la première réaction?

 
leconcombrevert | entier !
12H56 07/04/2008

Bonjour Quinine,

l’un ou l’autre se laisserai bien tempter par cette proposition, mais, non, c’est trop cruel, après 30 ans de poisse le Liban mérite mieux!

 
Quinine | traducteur et amoureux des chats
14H44 07/04/2008

Bonjour, Concombre,
Toujours entière ?
Je retire ce que j’ai dit. C’est vrai, le Liban n’a pas mérité Sarkozy. Le drame, c’est que nous non plus.

 
www.laguerredesmots.com-yannick | pays de gex
12H47 07/04/2008

ouaip un pays sans président et sans gouvernement, et on nous traite d’utopistes.
Peut-être que ça sert tout simplement à rien ?

 
romi45 | découvre l'information
13H06 07/04/2008

nouveau (ou actuel) refuge pour tous les extremistes, terroristes de la planete

 
Ekios
14H20 07/04/2008

Romi45 je te trouve détestablement … juste.

*soupir triste*

J’ai de la chance, moi, petit Français de France que je suis, à clapoter pépère derrière mon clavier pendant que ma gamine fait sa sieste, en maugréant que Mercredi, déjà, je vais devoir retourner bosser.

Mais je me rappel de Février dernier, lorsque j’étais à Beyrouth, en « vacances » dans la semaine du 14 … le fameux le terrible, 14 Février…

Comme les plaques québécoises, je me souviens, donc, de l’ambiance, de la teneur de l’air, de la couleur des regards entre les gens, à quelques jours du « grand jour ».

Il y avait de l’angoisse, de la peur, et, aussi illogique que ça puisse paraitre, il y’avait un m’enfoutisme et un fatalisme incroyable.

Je me vois encore m’engeuler avec ma belle sœur, lui argüant qu’elle avait, ainsi que toute sa famille, le passeport Canadien, qu’ils pourraient vivre nettement mieux que  »ça ».

Pourtant leur « ça » pourrait être idyllique, elle prof d’université, son conjoint, ingénieur pour une grande banque, designer au talent incroyable … ils vivent à l’occidentale et on des moyens importants, mais pourtant dans un pays qui couve la guerre tous les jours. Un pays qui semble attendre une certaine forme de fin du monde, en local.

Je me souviens, encore, lorsque justement ma belle soeur nous emmenait faire un tour à la « Colina » elle a pilé quasiment au milieux de la route, quand je lui demande « ce qu’il lui prend » elle me répond, l’air calme : «  »rien, devant y’a une voiture de l’ONU, la même qui s’est faite péter dernièrement … on va la laisser prendre du large, tranquillement …*elle sourit*  »« 

Elle avait l’air calme, ma Nadia, mais une veine prête à éclater sur sa tempe l’avait trahis … elle a eu peur, une minute seulement. Mais elle, comme tous les autres, ont peur, une minute, par ci par là, tous les jours.

Et ils attendent.

Avec cette peur aléatoire qui vient les relancer comme un mauvais rhumatisme.

Mais au fait, qu’est ce qu’il se produit, instinctivement parlant, lorsqu’on en arrive à ne plus supporter la peur ?

*soupir encore* Allez, publions. Après tout, moi aussi j’ai peur à chaque fois que j’entends -Liban- dans l’actualité.

 
romi45 | découvre l'information
14H53 07/04/2008

excuse moi si je t’ai choqué, mais ce que je voulais dire, c’est que quand une zone est sans controle c’est la que peuvent se refugier toutes les dangereuses personnes, ou groupuscules de cette planete.
En aucun cas je n’ai voulus parler des libanais qui essayent juste de vivre sans comme tu le decris tres bien  » la peur permanente au ventre »

cordialement

 
Ekios
15H05 07/04/2008

Oui tout a fait, c’est justement ça, qui me fait mal, c’est que tu ais raison, la vérité Libanaise me fait mal.

Sans soucis donc.

 
philoupe
20H24 07/04/2008

« Dans les quartiers sunnites et chiites, il se dit de plus en plus ouvertement que le pays peut très bien vivre sans président. « Et donc sans chrétien », s’inquiète Pierre. »

Bizarre .. moi j’y vis. Et je n’ai jamais entendu l’ombre d’un soupçon d’une remarque qui me laisserait penser que…. Il est parfois difficile pour un journaliste de faire la part des choses et de ne pas se faire souvent malgré lui le porteur d’un message qui lui échappe, en l’occurence celui d’une minorité toujours prête à se dresser sur ses ergots et a revendiquer par tous les moyens une maronitude prétentieuse et décevante! Que Pierre s’inquiéte donc, ca lui fera les pieds!

 
leconcombrevert | entier !
12H21 13/04/2008

Ça sent bon le cèdre! Allons voir plus au sud ce que ça donne. Faut passer le permis d’abord.