Dans une interview à Rue89, l'ex-ministre de la Culture répond à la polémique sur sa visite en Côte-d'Ivoire et s'en prend au PS.

Certains affirment que Jack Lang est inquiet, mais lui assume parfaitement. Interrogé par Rue89 sur sa virée du week-end dernier avec le président Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire, le député socialiste considère qu'elle était même « très intéressante », nullement gêné par le reportage de la télévision ivoirienne RTI diffusé en France par Bakchich :
Au cours de notre entretien, Jack Lang a répété qu'il considérait Laurent Gbagbo comme « un humaniste », se fiant à son « intuition ». Il en a également profité pour tacler les dirigeants socialistes, notamment le Premier secrétaire du PS François Hollande, qui auraient participé à la « diabolisation » du président ivoirien. Interview.
Pourquoi vous êtes-vous rendu en Côte d'Ivoire ?
Ce sont des amis qui m'ont approché. Jean-Marie Le Guen [vice-président de l'Assemblée nationale, ndlr], qui est un ami, m'a parlé il y a quelques semaines de la situation en Côte d'Ivoire et m'a dit : « Voilà, Gbagbo aimerait te rencontrer. Il a été très blessé par la façon dont Hollande l'a traité au moment de la guerre civile. Il a confiance en toi. » C'est vrai que j'ai acquis là-bas une sorte de sympathie pour différentes raisons : mon anticolonialisme ancien, mon attirance pour l'art traditionnel, mon amitié avec les musiciens comme Youssou N'Dour et d'autres…
Pourquoi Laurent Gbagbo souhaitait-il vous voir vous ?
Gbagbo souhaitait que quelqu'un comme moi vienne se rendre compte sur place de la situation et aide à une forme de réconciliation. Une réconciliation intérieure. Il m'a demandé de rencontrer les différents leaders qui naguère se sont affrontés physiquement : Soro qui est devenu Premier ministre, Bédié l'ancien Président qui a été chassé par un coup d'Etat, Ouattara qui vient du Nord et qui n'était pas là mais que j'ai appelé…
Une réconciliation avec les socialistes français également, mais je crois que je n'arriverai pas à les convaincre, Hollande a prononcé des propos définitifs. C'était un travail de contact, une visite d'amitié, une visite très intéressante. J'étais mon propre envoyé, si j'ose dire.
N'avez-vous pas eu peur de créer la polémique ?
Gbagbo est un homme de gauche, un humaniste. Il connaît l'histoire du mouvement socialiste français mieux que certains socialistes d'aujourd'hui. C'est un patriote qui a été élu démocratiquement, autant que la démocratie fonctionne en Côte d'Ivoire. C'est un président légitime et légal. Il s'est trouvé confronté à une situation de rébellion et d'invasion de la part de troupes venant du Nord et notamment du Burkina Faso. On ne va pas reprocher à un président en fonction de se battre pour préserver l'unité de son pays.
Après, un affrontement c'est un affrontement, on ne fait pas dans la dentelle. Ce qui n'est pas normal, c'est que l'agressé -Laurent Gbagbo et son gouvernement- ait été présenté dans les médias européens ou américains comme l'agresseur.
Je ne suis pas enquêteur, je ne suis pas chargé de dire le bien et le mal, mais mon intuition et le témoignage de gens en qui j'ai confiance me permettent de dire que cet homme a été injustement calomnié, maltraité par le gouvernement français de l'époque. Et certains dirigeants socialistes français manipulés ou mal informés ont participé à cette diabolisation.
Aviez-vous besoin d'aller en boîte de nuit pour vous en rendre compte ?
J'ai dit à Laurent : « Si tu es si populaire, allons donc se promener dans les quartiers populaires. » Et on a descendu cette magnifique rue, en toute décontraction, avec un dispositif de sécurité très léger. Il y avait une sorte d'enthousiasme et de respect dans les regards des Ivoiriens qu'on a croisés. On est ensuite allés en boîte, elle s'appelle le Queen's [qui appartient au footballeur Didier Drogba, ndlr]. Vous savez, la Côte d'Ivoire est un des pays où la musique bouge le plus.
Faites-vous encore de nombreux voyages de la sorte ?
J'ai eu dans ma vie ce privilège, par l'action que j'ai menée, de voyager. Mais la plupart de mes voyages sont motivés par des envies personnelles. J'ai une attirance particulière pour les pays du Sud, l'Afrique et l'Amérique du Sud. J'ai beaucoup voyagé au Vénézuela chez mon ami Hugo Chavez. Aujourd'hui, les hommes politiques, Hollande notamment, ne voyagent pas, et c'est très regrettable.


























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De comptecourant
11H35 | 05/04/2008 |
Sauf que pendant ce temps-là, pendant que Jack Lang gesticulait en discothèque, le peuple crevait de faim. Mais ça, ça lui passe au-dessus du cigarillos.
En tous cas, je peux lui dire que les ivoiriens réfugiés en France n'ont pas le même point de vue que lui sur Gbagbo, ça devrait aussi l'interpeler.
Enfin, l'opinion des socialistes français ne devrait faire ni chaud ni froid à Gbagbo s'il était si sûr de son fait, le problème c'est que toute l'internationale socialiste pense qu'il sent le souffre.
Quoi qu'il en soit, le problème de fond demeure, Gbagbo a été appuyé et se maintient par et grâce à l'Etat français et les Ivoiriens n'encaissent plus d'être traités comme des colons. Par ailleurs, il convient de préciser que la Côte d'Ivoire c'est aussi 1/3 de la population globale d'origine étrangère, d'où les tensions et le racisme qui a été reproché aux Ivoiriens.
La situation est beaucoup plus compliquée que ne se plait à la décrire Jack Lang dont on connait les aptitudes à retourner sa veste toujours au bon moment. En tout cas, il va danser avec qui et où il veut, sa carrière est terminée il est libre de tout engagement comme on dit dans le privé.
De aline richard
Journaliste | 12H20 | 05/04/2008 |
Je suis vraiment choquée que Rue 89, média que je respecte, n'ait pas évoqué avec Jacques Lang la question de la disparition à Abidjan, le 16 avril 2004, du journaliste Guy-André Kieffer, dont les papiers sur la corruption et les tripatouillages sur l'argent du cacao posaient problème à Gbagbo et à son épouse Simone. (Pour en savoir plus sur notre site : http://www.guyandrekieffer.org)
Je me fiche pas mal de Lang, Emmanuelli et tous les autres heureux et fiers de serrer la main de criminels. Ce qui me déplaît est de voir, une fois encore, l'affaire Kieffer passée sous silence par un média (et ça n'est pas TF1) comme si l'enlèvement et probablement le meurtre de ce journaliste n'étaient pas importants.
Je pose la question à mes confrères de rue89 et d'ailleurs : si on est pas capable de ne pas oublier ce genre de sujet, de traiter comme journaliste des affaires touchant à la pratique de notre métier, peut-on alors vraiment parler de nouvelle presse, dérangeante, indépendante ?
Pour celles et ceux que ça intéresse, nous menerons une action dans quelques jours à Paris à l'occasion du 4ème anniversaire de la disparition de GAK, le 16 avril, donc. Vous pouvez m'envoyer un mail et je vous donnerai les infos.
(alinexrichard@yahoo.fr)
Aline Richard
Journaliste à La Recherche
Présidente de l'association « Vérité pour Guy-André Kieffer »
De François Doutriaux
Juriste et enseignant chercheur | 12H36 | 05/04/2008 |
Les relations entre la France et Gbagbo sont complexes.
Lorsqu'il était en exil sur notre territoire, il n'a bénéficié d'aucune reconnaissance officielle (que ce soit des socialistes ou de la droite), et était jugé comme « encombrant » : Houphouët-Boigny le considérait comme plus dangereux pour lui à Paris qu'à Abidjan, et a obtenu de la France qu'elle le pousse à retourner dans son pays…
Son programme (socialiste), les périodes d'emprisonnement qu'il a subi en côte d'ivoire et le fait qu'il ait imposé (certes dans des conditions rocambolesques) un semblant de démocratie dans son pays aurait pourtant du lui valoir les faveurs du quai d'Orsay.
Aprés la guerre civile de 2002, Gbagbo n'était même pas présent lors de la conférence de Marcoussis (qui le maintien pourtant au pouvoir, assortie d'un premier ministre de « conciliation ») : 60% du pays est contrôlé par les forces rebelles et il a, de fait, perdu la guerre, bien qu'il conserve le pouvoir sur la partie du pays contrôlée par les forces gouvernementales.
Les relations avec la France se sont dégradées en 2004, lorsque Gbagbo, qui a trés lourdement investi dans le militaire (avions et hélicoptéres de combat, armement lourd, enrôlement de nombreuses troupes) cherche à reprendre deux villes rebelles et dénonce les accords de Marcoussi.
Les Français s'y opposent et obtiennent que les casques bleus s'interposent entre l'armée ivoirienne et les rebelles.
En résulte le bombardement de Bouaké du 6 novembre 2004 (9 soldats français sont tués) et les manifestations « spontanées » (accompagnées de pillages) devant notamment la base militaire française. La France anéantie en riposte la maigre flotte aérienne ivoirienne dans sa totalité, et réprime les manifestations dans des conditions qui restent polémiques.
Les français affirment que certains manifestants étaient armés. Gbabgo écrit dans le Nouvl obs que l'armée française a « décapité » de jeune smanifestants ivoiriens.
Les seuls faits connus (bilan des hopitaux ivoiriens) : 57 civils tués, 2226 blessés, 10 gendarmes tués côté ivoirien. 80 blessés côté français. Les blessures et les morts sont pour l'essentiel faits par armes à feu.
A cette occasion, le parti socialiste a rompu avec celui de Gbagbo (le FPI, qui apprtient à l'internationale socialiste)
La crise prend fin en 2007, sur injonction de l'ONU, avec la loi d'amnisitie de bgagbo en faveur des rebelles, la nomination de Soro (leader de l'opposition, qui fait l'objet d'un attentat à la roquette trois mois aprés la signature des accords de Ouagadougou, probablement organisé par des officiers de son propre camp, qui lui reproche une absence de consultation) en tant que premier ministre et les accords politiques de Ouagadougou, qui prônent notamment une politique de pardon.
En 2006, quelques mois avant le sommet d'Ouagadougou, Gbagbo affirmait au Monde que le « temps des négociations était fini » et souhaitait proposer un « plan alternatif » à l'Union Africaine, largement influencée par la France. Il menaçait plus ou moins ouvertement de rompre avec la communauté internationale , avertissement relativement claire aux Français s'ils tentaient d'influencer les négociations (arbitrées par Compaoré) pour obtenir sa destitution.
Les relations de Gbagbo avec les états voisins sont plutôt bonnes (à l'exception du Burkina Fasso, qui acceuillait par ailleurs les forces rebelles avant la guerre civile de 2002).
Ses liens avec Kadhafi (qui s'est rendu en Côte d'ivoire en 2007 et y a été acceuilli triomphalement) sont obscurs mais celui-ci le soutient (la France a cependant récemment prouvé que reçevoir le leader Lybien, grand humaniste et démocrate éclairé, n'était semble-t-il pas problématique…).
Selon Chirac : « Laurent Gbagbo est un chef populiste, charismatique et nationaliste, qui ressemble par certains côtés aux fascistes ».
De fait, depuis 2002 et particulièrement depuis 2004, les disparitions et assasinats de journalistes se sont multipliées en côte d'ivoire : l'affaire de la disparition de Kieffer (la justice française met directement en cause Gbagbo), la mort de Jean Héléne (assassiné par un policier ivoirien, condamné depuis à 17 ans d'emprisonnement), la séquestration et la torture pendant plusieurs jours de Dembélé Vazoumana, la disparition de Amadou Dagnogo (qui travaillait notamment sur les dissessions au sein des rebelles), etc..
De plus, les sièges de plusieurs radios ont été incendiés, les livreurs de journaux et les journalistes font l'objet de fréquentes agressions ou tentatives d'intimidation, voir de licenciements ou de menaces d'annexion directe par le gouvernement. Les kiosques distribuant des journaux « antinationaux » sont régulièrement détruits.
Les « jeunes patriotes », mouvement téléguidé par Gbagbo et que celui-ci refuse de dissoudre, constituent une véritable milice parralléle qui terrorise la population civile et « concurrence » les forces de sécurités officielles. Ils interviennent notamment largement dans le contrôle de la presse. Certains journalistes ivoiriens parlent d'« escadron de la mort » sur le « modéle » soudanais et RSF les qualifie de « prédateurs de la liberté de la presse ».
L'ONU classe sur ce terrain la côté d'ivoire (rapport annuel 2007) comme l'un des pays les plus dangereux d'afrique pour les journalistes, nationaux comme étrangers : l'organisation considére que le président Gbagbo est intouchable et que depuis 2006, un véritable contrôle de l'information par la contrainte a été instauré, tant par des moyens « légaux » que par l'instrumentalisation de la violence des « jeunes patriotes ».
De fait, le conseil d'administration de RTI a été dissous (suite à la diffusion - jugée « séditieuses » par Gbagbo) d'un discours du premier ministre intérimaire, Konan Banny, estimant « impérieux » de surseoir à l'exécution des décréts réintégrant dans leurs fonctions les responsables administratifs suspendus dans le cadre de l'affaire des déchets toxiques d'Abidjan) et entièrement repris en main par le pouvoir présidentiel.
Le président Gbagbo est un homme complexe qui affronte dans son pays une situation qui ne l'est pas moins.
Le qualifier « d'humaniste » et le présenter exclusivement sous l'angle victimaire est, à tout le moins, une excessive simplification…
De Le Yéti
yetiblog.org | 13H43 | 05/04/2008 |
PIÈCE MONTÉE
Jack Lang est l'exemple même du personnage de théâtre, artificiel et creux, entièrement monté et maintenu sous perfusion par les médias.
S'il eut son heure de gloire (méritée) lors de son passage au ministère de la Culture, qu'en reste-t-il depuis, après tout ce temps de navrant délitement ? Quelle assise populaire justifie encore sa présence médiatique, lui qui saute d'une région à l'autre sans parvenir à s'y faire la moindre place durable. Lui qui multiplie l'annonce venteuse de projets qu'il ne mène jamais à bout (ah, ses multiples annonces de candidatures, toutes avortées ! ), qui se discrédite à coup de retournements de veste toute empruntes d'une veulerie aussi désolante que comique.
Le voici aujourd'hui en une de Rue 89, invité à s'exprimer sur ses soirées night-club avec une caricature de dictateur. On pourrait se demander ce que de si pathétiques élucubrations people viennent faire là. Mais bon, après tout, par ces temps troublés, tout le monde semble avoir acquis le droit de droit de faire et de dire les conneries qui bon leur semblent. Alors…