Lors de la campagne électorale en vue des élections législatives du 9 mars en Espagne, le thème de l'immigration s'est invité au coeur du débat, notamment à l'initiative du Parti populaire, la formation de droite conduite par Mariano Rajoy et restée dans l'opposition à l'issue du scrutin.
Placer l'immigration au centre des débats électoraux ne semblait constituer en rien une nouveauté… sauf peut être en Espagne. Contrairement à la France contemporaine, où des vagues de migrants se sont déposées successivement pour former la richesse de notre nation, l'Espagne du XXe siècle s'est caractérisée par une longue tradition d'émigration.
Tout d'abord vers l'Amérique latine à partir de la fin du XIXe siècle. A cette même époque, plusieurs milliers d'Espagnols émigrent aussi vers une France métropolitaine en manque de main d'oeuvre. A la fin des années 30, la défaite des républicains lors de la guerre civile entraîne un exode de quelque 450 000 Espagnols. Il s'agit en l'occurrence d'une émigration éminemment politique.
Enfin, pour des raisons économiques, ce sont des milliers d'Espagnols qui partent tenter leur chance vers l'Europe industrielle (en Allemagne ou en Suisse, en France aussi, mais dans une proportion moindre) dans les années 50, 60 et même 70. Ce n'est qu'à partir des années 80 que cette tendance commence à s'inverser.
Ces flux migratoires vers l'Espagne ne cessent de croître à partir de l'intégration dans la CEE en 1986. Le rythme des entrées s'accélère sous l'effet de l'essor économique des années 1986-1991. La crise du début des années 90 contribue à stabiliser cette tendance. La reprise de l'emploi dès 1995 marque le début d'une immigration massive, qui tend à modifier profondément la composition de la population espagnole.
Les immigrés représentent près de 10% de la population espagnole
Dorénavant, l'Espagne se situe parmi les pays de l'Union européenne dont le pourcentage d'immigrés est le plus élevé. En 2004, ils représentaient autour de 7% de la population espagnole dont 1,5% se trouvaient en situation irrégulière. En 2006, les statistiques officielles faisaient état de 3 884 000 étrangers vivant en Espagne soit 8,8% de la population totale.
Les derniers chiffres officiels de décembre 2007 font état de 3 900 000 immigrés en situation régulière. Si l'on comptabilise les sans-papiers, l'Espagne doit avoisiner les 4 500 000 étrangers soit plus ou moins 10 % de sa population.
Jusqu'à la fin des années 90, les résidents communautaires dépassaient en nombre les étrangers extracommunautaires. Ce n'est plus le cas, et actuellement les communautaires représentent moins d'un tiers des étrangers vivant en Espagne.
Le nombre de personnes originaires des pays d'Europe de l'Est (surtout les Roumains qui représentent à eux seuls 8,5 % des étrangers mais aussi les Bulgares) a considérablement augmenté ces dernières années.
Parmi les immigrés extracommunautaires originaires du continent africain, les Marocains sont très largement majoritaires devant les immigrés originaires du Sénégal, de Gambie, du Nigéria… De fait, les Marocains constituent la première nationalité étrangère en Espagne.
Quant aux Latino-Américains, ils occupent une place importante dans le paysage de l'immigration. Les Equatoriens sont les plus nombreux au point de constituer la deuxième communauté étrangère, suivis des Colombiens (8%), des Dominicains, des Argentins et des Péruviens… Pour résumer, les flux migratoires vers l'Espagne (exception faite des résidents originaires des pays de l'UE) proviennent essentiellement du Maroc, d'Amérique latine et d'Asie (Chine et Philippines).
Les régularisations massives de sans-papiers ont créé un appel d'air
Les différentes politiques de régularisation entreprises par l'Etat espagnol, la dernière en date étant celle de 2005, année de la régularisation de 700 000 immigrés sans-papiers par le gouvernement Zapatero, ont constitué un véritable appel d'air. Comme le rappelait El País récemment, environ 200 000 immigrés arrivent en Espagne chaque année en possession d'un visa et d'un contrat de travail en bonne et due forme.
La plupart des immigrés ont entre 20 et 40 ans et occupent des emplois souvent précaires dans les secteurs des services à la personne (les Equatoriennes ou Colombiennes en particulier), de l'agriculture intensive, de la construction ou encore de l'hôtellerie.
On ne peut que reconnaître la contribution positive de cette main d'œuvre étrangère à la création de la richesse nationale. Les revenus des Espagnols ont augmenté en cinq ans de 623 euros par personne grâce aux immigrés selon un rapport de l'Office économique du gouvernement publié en 2007.
Une société plurielle et multicuturelle bâtie en un temps record
A l'heure où le Parti populaire souhaite adopter une série de mesures plus coercitives à l'encontre des immigrés, s'inspirant en cela de ce qui se fait déjà de ce côté-ci des Pyrénées, il n'est pas vain de rappeler que la remarquable mutation espagnole de ces dernières années est aussi le fruit de la contribution positive des étrangers vivant et travaillant sur son sol.
C'est bel et bien une Espagne arc-en-ciel qui s'est constituée en un temps record, à peine une quinzaine d'années. L'Espagne des premières années de ce troisième millénaire est une société plurielle et multiculturelle qui n'a plus grand-chose à voir avec l'Espagne du tardo-franquisme.
Mais la célérité des changements survenus ces dernières années en termes d'immigration n'a pas encore permis l'adaptation de la législation pas plus que de la société espagnole à cette réalité nouvelle.
Il s'agit là d'un défi pour l'ensemble de la collectivité tant socialement que culturellement. Cette nouvelle donne sociale engendre des heurts de plus en plus fréquents entre Espagnols de souche et populations immigrées.
Des agressions racistes à l'encontre des travailleurs marocains à El Ejido (province d'Almería) en février 2000 aux affrontements entre Espagnols et bandes de jeunes latino-américains dans la banlieue madrilène assez récemment, l'intégration des étrangers ne se fait pas sans embûches. A n'en pas douter, l'immigration est devenue en quelques années l'un des défis majeurs qui se pose à l'ensemble de la société espagnole.
Le pays de l'UE où les agressions racistes sont les moins fréquentes
Déjà certains débats font rage: la question du port du voile islamique à l'école, les immigrés et l'insécurité, etc. Toutefois, il serait erroné d'affirmer qu'il existe un sentiment généralisé de rejet des immigrés en Espagne. On parlera plus volontiers d'un sentiment d'inquiétude face à un phénomène massif dont la nouveauté ne laisse pas de déconcerter nombre d'Espagnols.
Bien qu'une propension fallacieuse consistant à unir immigration et insécurité soit apparue récemment dans le discours politique, notre voisin reste l'un des pays de l'UE où les agressions à caractère raciste sont significativement les moins fréquentes.
Puisse l'Espagne de demain protéger toutes les couleurs de son nouvel arc-en-ciel sans tomber dans les dérives xénophobes qu'une partie de la droite ibérique semble déjà prompte à alimenter comme l'a prouvé la dernière campagne électorale.

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Sans compter tous les fumeurs français et européens qui vont aller se réfugier dans les bars espagnols ...
ceci dit, plus sérieusement , quand vous allez en vacances sur les magnifiques cotes de l' Andalousie ,avec hélicoptères qui font des rondes , camps militaires avec barbelés et cadavres de réfugiés noirs qui surnagent au milieu des wind surfeurs blonds sur la plage de Tarifa , ca ne donne pas vraiment l' impression d' une belle société "Arc en ciel"..
Enfin un article qui remonte le moral et qui mériterait d'avoir plus d'écho.
Peu importe si c est trop beau pour être vrai ! enfin une info positive !
Une société arc en ciel avec plein d'orages...l'utopie ne résiste jamais face à la dure réalité pluri-ethnique source de multiples conflits.
Réfugiés politiques du sarkosisme, réfugiés économiques de l'ultra-libéralismes, allons tous nous installer dans l'Espagne de Zapatero. Nous y serons, semble t-il, accueillis d'une manière plus cordiale que la France n'a accueilli les réfugiés républicains de 1938-1939...
Question à Rue89:
Pourquoi mon "com" a-t-il été supprimé?
Merci pour la réponse.
Il s'agit en fait de plusieurs "coms"...
Puis-je avoir une explication?
Merci.
Il y a deux points que j'apprécie dans cet article
1)le rappel des fluxs migratoires en Espagne et le bilan chiffré actuel. Il manque quelques sources cependant.
En France lorsque des journalistes, ou des politiques parlent d'immigration, ils ne s'intéressent qu'à l'instant présent. Pire les chiffres les plus connus sont le nombre d'expulsion ou de régularisés...On se demande à quoi sert l'INSEE par exemple.
2)l'écléraige qui est donné surla manipulation politique (de la droite) lors du traitement de ce sujet, surtout en période électorale. Je cite Fadela AMARA: "C'est dégueulasse!"
ALors, que comme les français les espagnoles ont d'autres problèmes (immobilier cher, jeunes payés à 1000€ qui sont de véritables "Tanguy"...)
En revanche il y a deux choses que je n'apprécie pas:
1)"On ne peut que reconnaître la contribution positive de cette main d'œuvre étrangère à la création de la richesse nationale" Si l'on reste que sur le terrain économique on arrive à trier les bons immigrés des mauvais immigrés, et à l'exploitation outrancière de la main d'oeuvre.
Il faudrait peut être adopter d'autres critères pour apprécier l'immigration.
Il est vrai que l'économie est un des premiers facteurs d'émigration.
2) J'ai crû lire un phrase de Marine Lepen lorsque vous affirmez :"les régularisations massives de sans-papiers ont créé un appel d'air"
Le chiffre (200000) que vous reprennez du journal El Pais représent-t-il une baisse ou une augmentation ? Si oui de combien de pourcentage? Sur ces entrées combien de sorties ?
Comment pouvez-vous affirmez que c'est la régularisation de 2005, comme unique facteur qui serait- à l'origine d'une évolution du nombre d'entrées ?
J'ai oublié aussi le titre un peu racoleur.Méfions nous des belles expressions:
"France blancblackbeur", "Nation arc-en-ciel sud-africaine", "Melting pot des USA" ...
"Puisse l'Espagne de demain protéger toutes les couleurs de son nouvel arc-en-ciel sans tomber dans les dérives xénophobes qu'une partie de la droite ibérique semble déjà prompte à alimenter comme l'a prouvé la dernière campagne électorale."
Tu peux toujours rêver. Ca ne marche nulle part, le foutoir multiracial. L'Espagne s'en protège par un strict communautarisme - aucune intégration n'étant possible ni tentée, face à une telle avalanche allogène et allochtone -, qui finira obligatoirement par des affrontements entre communautés.
"Bien qu'une propension fallacieuse consistant à unir immigration et insécurité soit apparue récemment dans le discours politique..."
Dans tous les pays à forte immigration, la criminalité comme la population carcérale d'origine étrangère, se situe entre 2/3 et 3/4 des statistiques totales, c'est-à-dire que 66 à 75 % des crimes, des délits et des détenus sont générés par une frange de la population comprise entre 8 (Espagne) et 20 % (Suisse).
Tout cela a marché le temps du boom de l'immobilier. On pouvait avoir des ouvriers du batiment pour pas cher et tout le monde y trouvait son compte, même l'espagnol moyen surendetté qui comptait sur la valorisation perpétuelle de son logement.
Mais la bulle immobilière est en train d'éclater, les entreprises du batiment font faillite les unes après les autres, les espagnols ne peuvent plus payer leurs traites, et des centaines de milliers d'ouvriers immigrés vont se retrouver au chomage.
On verra alors dans quelque temps si c'était une si bonne idée que ça de faire venir des centaines de milliers d'immigrés.........
Votre vision est passablement déformée. Les immigrés sont loin de tous travailler dans le bâtiment: l'accession des femmes espagnoles à la vie professionnelle s'est faite largement en raison de la multiplication des emplois domestiques, attribués au "sous-prolétariat" (pardonnez-moi l'expression) que sont les immigrés privés de tout titre de citoyenneté, tandis que bon nombre d'immigrés sont gérants de petites entreprises (du style épiceries, taxiphones, etc.)
En attendant vos prévisions catastrophiques, les immigrés paient une large partie des retraites des Espagnols
(pour tout cela, voir le récent dossier d'El Pais consacré à l'immigration et dont la publication a été soulignée par Rue 89)
Mais c'est bien sûr ! C'est parce qu'en France on emploie pas assez de sous-prolétaires dans la domesticité que nos caisses de retraite sont vides.
On dit de l'immigration qu'elle "dope" l'économie. Il faut comprendre ce mot dans le sens qu'on donne au sport. Les effets immédiats sont miraculeux. Mais à long terme désastreux. 700.000 régularisés, notamment dans l'agriculture et le bâtiments. Problème le bâtiment va s'effondrer en Espagne et l'agriculture n'étant pas durable ces deux secteurs vont licencier massivement. Et l'Espagne va rejoindre la cohorte des pays taraudés par les immigrés dehors ! Elle n'aura aucune excuse, suffisait de regarder en Europe.
Ah ces milliers d'hectares de serres puisant l'eau dans la nappe phréatique millénaire et la vidant.(cf. "we feed the world")
M'enfin un pays qui n'aura pas assez d'eau pour tout le monde cet été, je plains les pro-immigrés.