"Mais puisqu'on vous dit que ce n'est PAS de la rigueur!", répètent en boucle le banc et l'arrière-banc de la Sarkozie, alors que le Président présente ses 140 mesures d'économies. Ils ne sont pas les seuls: les journaux économiques pouffent doctement au mot de rigueur: il ne s'agit selon eux que de simples broutilles, bien insuffisantes pour redresser les comptes. De quoi rêvent-ils, ces commentateurs? D'une vraie saignée budgétaire -et donc sociale? Car de quoi parle-t-on? De coupes budgétaires dans le secteur du logement, de l'emploi, de la santé, de la formation professionnelle... Que pense du débat sur le mot "rigueur" la famille qui va être écartée d'une HLM parce que le plafond de ressource est abaissé de 10%?
En réalité, le débat ne devrait pas être "est-ce de la rigueur ou non?" mais "est-ce une bêtise ou non?". En l'occurence, lancer un tel plan, alors que la croissance pique du nez, est pire qu'une bêtise: c'est une erreur de pilotage macroéconomique.
Lorsque la croissance ralentit, les recettes fiscales s'érodent. C'est un phénomène naturel, universel et intemporel. Chercher à compenser cette érosion par des hausses d'impôts ou des baisses de dépenses ne fait qu'aggraver la situation. Car la croissance ralentit alors davantage, ce qui mine un peu plus les recettes fiscales... Les économistes suggèrent donc de laisser jouer les "stabilisateurs automatiques", comme ils disent, c'est à dire de laisser le déficit gonfler, quitte à le réduire plus hardiment quand reviendra la croissance. Les plus keynésiens suggèrent même de creuser franchement le déficit, pour aider la machine à redémarrer. Sont-ils fous? C'est souvent l'idée qu'on a d'eux en France, mais pas forcément ailleurs. Pour relancer l'économie, les Américains n'hésitent jamais à distribuer l'argent public (parfois même sous forme de chèques, comme l'a fait George W.Bush!) sans se soucier trop, à court terme, de l'équilibre budgétaire.
Qu'il soit nécessaire de rationaliser l'Etat et ses dépenses ne fait pas de doute. Mais on confond dans ce débat deux sujets: la réforme de l'Etat et le pilotage conjoncturel. Ces quelques milliards "économisés" auraient pu être redistribués d'une autre façon, via d'autres dépenses plus intelligentes ou plus juste, ou via des baisses d'impôts (TVA sur les produits de première nécessité, par exemple). Tel n'a pas été le choix du président, qui préfére tenter de stopper la dérive du déficit. En termes économiques, cela n'a pas grand sens, mais voilà: la France doit honorer ses engagements européens, qui passent par le respect du fameux plafond de déficit public de 3% du PIB. Alors que la France s'apprête à présider l'Europe, le 1er juillet, Nicolas Sarkozy a choisi de donner un gage à l'orthodoxie ciselée à Maastricht. Mais on est ici assez loin de la rationalité économique.
Pascal Riché

Commentez les articles de Rue89 en vidéo avec votre webcam.





En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
Après avoir distribué allègrement 15 milliards de paquet fiscal aux plus riches, on va économiser 7 milliards sur le dos des plus pauvres.
Je sais, je me répète, mais bon, ça a du mal à passer...
En fait de rigueur, c'est du vol pur et simple !
Sarkozy distribue notre argent à ses copains. Sarko Baba et les 40 voleurs !
Très bon edito.
La question que l'on peut se poser aujourd'hui, c'est y a t-il un pilote de l'avion?
La croissance freine, mais avec ce plan de rigueur on risque de caler surtout quand on sait que le seul moteur de la croissance française c'est la consommation.
Ce qu'il faudrait faire, c'est un vaste plan keynésiens avec une politique de grand travaux( voie ferré pour le ferroutage à l'échelle européenne, construction de ligne à haute tension, politique pour les énergies propres, logement...)
Ces élément doivent être accompagné d'une réappropriation du service public pour assurer une cohérence, un vivrensemble dans la politique d'aménagement du territoire.
Tout ceci appuyée sur une politique fiscal claire(enchevêtrement inutile d'exonération, de niche...)visant a imposer les grandes société plus fortement(quelques point supplémentaire) pour permettre d'un autre coté une politique de développement des PME-PMI (baisse d'impôt) pour les rendre compétitif à l'international.
Rationalisé les dépenses de l'État: oui mais par le haut, pas par le bas.
@ yapadebug: c'est normal que tu te répètes ce paquet est vraiment dur à avaler...à vrai dire il me reste en travers de la gorge et me rend fou.