Nouveaux programmes: consultation, piège à profs?

Dans les écoles, les professeurs discutent encore des changements,
mais déjà, les nouveaux manuels commencent à circuler.

La grande consultation des enseignants vantée par Xavier Darcos n'est-elle qu'un cache-sexe? C'est ce que commencent à croire de plus en plus de professeurs des écoles, alors que le ministre de l'Education nationale vantait pas plus tard que le 20 février la dynamique consultative dans sa présentation officielle des nouveaux programmes.

Sur le site du ministère de l'Eduction nationale, un document de présentation daté du même jour porte d'ailleurs la mention explicite:

"Les nouveaux programmes de l'école primaire. Projet soumis à consultation."

Un "appel des 19" contre la réforme


Le 29 mars, un cortège de pédagogues ont publié "l'appel des 19". Cette lettre adressée à Xavier Darcos est signée des "responsables de 19 organisations du monde éducatif et spécialistes", disponible sur Internet, dénonce "un appauvrissement sans précédent des apprentissages":

"Loin de contribuer à la réussite de tous les élèves, il pénalisera de fait ceux qui ont le plus besoin d’école. Il ne favorisera pas la maîtrise de l'ensemble des connaissances et des compétences que l'école se doit de faire acquérir à tous les élèves. Il tourne le dos à l’ambition des programmes de 2002, qui était de doter tous les élèves des outils nécessaires pour réussir au collège."

Entre le 30 mars et le 4 avril, les auteurs de l'appel des 19 affirment avoir recueilli pas moins de 14 435 signatures électroniques à leur pétition.

Officiellement, tout indique donc que rien n'est encore acté. Seulement voilà: des enseignants, de plus en plus nombreux à nous contacter, affirment avoir reçu dans leurs écoles des specimens destinés à la rentrée prochaine, tenant compte des changements soumis à consultation. Les enseignants s'interrogent: a-t-on fait semblant de les associer à la réforme? Les éditeurs ont-ils pris l'initiative d'acter de futures modifications, alors même que rien n'avait été décidé?

Hélène Gaborit, professeur des écoles à Alfortville, à la sortie de Paris, se sent flouée:

"Le samedi 29 mars, tous les enseignants de mon école ont été réunis. On a téléchargé les programmes sur Internet, puisqu'ils ne nous ont pas été envoyés, et nous en avons discuté. Mardi 2 avril, au retour du week-end, je découvrais comme d'autres collègues des manuels scolaires envoyés par les éditeurs.

Or ces spécimens prennent acte de plusieurs modifications, notamment en lecture et en calcul. On ne va pas nous faire croire que les éditeurs les ont écrit en un week-end, surtout si la consultation est encore en cours! De qui se moque-t-on? "

Précipitation

Aujourd'hui chargée d'une classe à double niveau CP-CE1, elle enseigne depuis 1982, et n'est pas syndiquée. Elle qui n'a pas souvenir d'une consultation de cette ampleur sur le contenu des programmes depuis le début de sa carrière dénonce "la précipitation dans laquelle le ministère a agi":


Côté ministère, on soutient qu'aucun programme officiel n'a pour l'heure été adopté:

"La consultation court jusqu'au 15 avril, date à laquelle on étudiera les remontées des enseignants, qui peuvent pour l'instant consulter l'ébauche des textes sur notre site."

Et les spécimens des maisons d'édition reçus par les enseignants?

"Ca, c'est avec les éditeurs qu'il faut voir. Au ministère, ça ne nous concerne pas. Libre à eux d'imprimer les livres qu'ils veulent, il n'y a rien à en dire..."

En fait, la réponse un peu crispée des services du ministère de l'Education nationale révèle la tension qui entoure ce dossier. Y compris chez les éditeurs, d'où il se dégage une impression générale de cacophonie.

Au service communication de Hatier, on fait valoir un peu vertement que "contrairement à d'autres éditeurs sur la place de Paris, la maison n'a justement pas décidé d'envoyer de specimens avec les modifications. Vous croyez quoi: qu'on teste nos manuels auprès des enseignants, comme si c'étaient des cobayes?"

"Pour les éditeurs, c'est une vraie catastrophe"

Mardi 2 avril, l'école Victor-Hugo d'Alfortville, où enseigne Hélène Gaborit, recevait deux exemplaires de manuels scolaires de chez Bordas, estampillés "Nouveaux programmes 2008 soumis à consultation", et un autre specimen, de Nathan, sur lequel était indiqué en tout et pour tout "Edition 2008", sans autre mention de la consultation. D'autres enseignants relèvent qu'on a accolé la mention "Nouveautés 2008" sur certains exemplaires.

Nathan s'étonne pour sa part de "cette polémique":

"Les plans d'édition sont prévus sur le long terme, et on espère bien que ce sera conforme aux changements définitifs. Bien sûr, on va toujours dans le sens du vent, et heureusement: nous sommes des entreprises privées, notre but est de donner satisfaction aux enseignants. Nathan n'a pas d'avis à donner sur la consultation du ministère."

Responsable des manuels de primaire au sein de la même maison d'édition, Mahin Bailly, va plus loin et plaide:

"En primaire, on sait pertinemment que des enseignants travaillent avec des manuels complètement périmés car il n'y a pas de budget pour renouveler le parc pour chaque enfant. En outre, nous avons notre liberté d'éditeur et les auteurs font des choix.

Dès que nous avons pris connaissance des changements, début février, nous avons remanié certains contenus par rapport au document, en fonction de ce qu'il était vraisemblable d'imaginer du nouveau programme."

Chez Bordas, on ne conteste pas que les changements en cours engendrent "une vraie catastrophe":

"L'usage, c'est que nous disposions d'un laps de temps suffisant pour écrire nos ouvrages, près de 14 mois en général. Nos manuels avaient besoin d'être rénovés, nous avons donc entrepris une nouvelle édition pour la rentrée scolaire 2008. Fin janvier, les épreuves sont parties chez l'imprimeur. Soudain, Nicolas Sarkozy annonce une vaste consultation, relayé par Xavier Darcos.

Pour nous, c'est un drame: il a fallu rattraper in extremis les exemplaires, en précisant bien par une astérisque que certains changements étaient soumis à consultation. Nos catalogues étaient déjà faits.

Nous avons décidé d'envoyer quand même les manuels, soit 80 000 copies adressés aux écoles primaires pour qu'elles puissent faire leur choix et passer commande. En croisant les doigts pour qu'il n'y ait pas trop d'évolution d'ici la rentrée de septembre, sinon il faudra tout refaire durant l'été."

Que penser, alors, des remarques de certains professeurs des écoles qui pistent depuis quelques jours les similitudes entre les programmes des specimen et le document soumis à la consultation? Toujours chez Bordas, on en vient à juger que "ce serait un heureux hasard: nos manuels ne seraient pas complètement à refaire!":

"On prend aussi la température sur le terrain. Quand on prépare un ouvrage, on espère que les conseilleurs qui nous font remonter des modifications éventuelles connaissent leur sujet. Il faut bien anticiper."

Quiproquos entre éditeurs et gouvernement? Amateurisme? Consultation hypocrite? Les critiques du monde enseignant vont crescendo sur le mode opératoire calamiteux. Mais pas seulement: les détracteurs brocardent aussi le contenu des nouveaux programmes. Pour Hélène Gaborit, l'enseignante d'Alfortville, comme pour d'autres internautes de Rue89, la nouvelle mouture est "rétrograde" parce qu'ils privilégient "des apprentissages mécanistes et la mémorisation":



L'institutrice de CP-CE1 d'Alfortville n'est pas la seule à protester contre les textes dont elle a pris connaissance: Rue89 a reçu plusieurs témoignages en ce sens et la mobilistion s'accélère sur le Net.


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Par karcha
20H20    04/04/2008

il y a dans ces programmes comme des relents du bon vieux temps... on sent nettement la craie, l'encre dans les encriers ( on entend crisser les plumes ), l'odeur du buvard et du protège-cahier... on voit renaître le maître avec sa baguette, qui écrit sa bonne leçon de morale au tableau sous le regard attendri des élèves attentifs ( sauf le cancre au fond, qui décidément ne fait aucun effort, qui se complait dans sa fange et qui au bout du compte n'a et n'aura que ce qu'il mérite... dans le meilleur des cas il sera manuel, si tant est qu'il apprenne à lire, ce qui ne semble pas évident comme il est parti... et pourtant, BA ba.. ce n'est pas compliqué nom d'une pipe !...). Et le maître avec sa blouse grise ?... On le veut aussi....s'il vous plait Monsieur le ministre, rendez- nous le maître avec sa blouse grise....

 
Par CORINNE29
21H58    04/04/2008

Pour répondre à Pierrrre, une pétition c'est toujours mieux que de laisser passer ces programmes sans réagir!
Je suis bien placée pour rassurer les enseignants, les remontées sont extrémement négatives et même si nous n'étions pas dupes sur le mot "consultation", nous y avons répondu pour montrer combien nous refusons ces programmes en bloc.
Quelle personne avec un minimum de logique peut penser que l'on va venir en aide aux élèves en difficulté en proposant à des CM1, le programme actuel de math de 5ème, comment va-t-on aider ces enfants en leur proposant en fin de moyenne section ce qui est demandé en milieu de CP actuellement?
Parents, réveillez-vous, le seul but de ces programmes est de réduire le nombre d'enseignants et donc de mettre plus d'enfants dans les classes: à 20 ou 50, pour faire des exercices de Bled, il n'y a pas de problème!!
Ces programmes ont été élaborés par un groupe d'influence qui s'appelle les SLECC et uniquement par eux, ils nient toutes les recherches actuelles sur le développement de l'enfant, ils prennent les élèves pour des oies à gaver mais surtout pas pour des êtres pensants, on voudrait nous faire croire qu'ils sont ambitieux, ils sont en réalié tout le contraire, ils réduisent les enfants à des mahines à apprendre sans comprendre et en regardant Canal+ hier soir, nous avons eu un bon exemple du résultat de l'apprendre sans comprendre, notre cher ministre incapable d'effectuer une régle de trois,il ne se souvenait plus comment faire et comme il n'avait pas compris comment cette régle est construite, il n'a pas pu la retrouver: est-ce vraiment ce que les français veulent pour leurs enfants,
Moi, pas.
Réduire les problèmes de la socièté française à des programmes moins ambitieux que ceux de Jules Ferry, c'est vraiment se moquer du monde.
La vidéo de Canal est sur leur site si vous ne l'avez pas vue, allez-y, c'est terrible, quant à la pétition en ligne elle est sur le site du café pédagogique, et n'est pas réservée aux enseignants.

 
Par michelem
01H46    05/04/2008

Retraitée depuis septembre de l'E.N,je viens de recevoir une charmante lettre de l'I.A m'indiquant que je pouvais reprendre du service !!!Après avoir cru à une blague d'anciens collègues,j'ai téléphoné au service indiqué qui m'a répondu qu'effectivement,je pouvais ressortir mes craies,buvards,encriers et plumes diverses ...En Ille et Vilaine,on n'hésite pas à se moquer des parents ,des jeunes sur liste complémentaire qui attendent un poste ,des syndicats qui n'ont pas eu leur mot à dire,et enfin des retraités à qui l'on fait miroiter un complément de retraite ...
J'ai préféré retourner dans mon jardin ...
Je n'ai pas vraiment envie de tester les nouveaux programmes ...
Bon courage à tous mes collègues en activité !!!