
Football : pourquoi je me fiche complètement de cette banderole
Scandale. Émotion. Bruit médiatique. On éditorialise, on s'interroge, car la France d'en haut, d'en bas, du milieu, vient de subir un choc terrible. S'agit-il de l'entrée en vigueur prochaine du nouveau Code du travail ? De la transformation à peine discrète du Grenelle de l'Environnement en Azincourt de la Biodiversité ? Vous n'y êtes pas, voyons, ces choses ne sont que peccadilles.
Le choc, c'est le déploiement, par une bande de supporters du PSG, d'une banderole de trente mètres de long insultant les gens du nord de la France. Dans le monde politique, l'indignation est générale, et ce soudain mais sans doute éphémère consensus droite-gauche fait chaud au cœur. Le rêve de François Bayrou se réalise : lorsque l'enjeu est majeur, les hommes et les femmes de bonne volonté, d'où qu'ils viennent, savent faire front commun.
D'ores et déjà, Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur, annonce les grands moyens : on va procéder à des tests ADN sur la banderole pour identifier les coupables, on va voir ce qu'on va voir.
A quand les tests ADN sur les bananes jetées aux joueurs Africains ?
Sérieusement, c'est quoi, ce cirque ? De quoi s'agit-il ? Il se passe que la France, ses journalistes, son personnel politique se trouvent confrontés à un phénomène archi-connu : la passion du football, poussée à fond, ça produit de la haine à l'état brut. Et, le cas échéant, des blessés voire des morts. Une banderole insultante pour le camp d'en face est déployée par une bande de supporters. Et alors, quoi de neuf sous le soleil (que les gens du Nord ont dans le cœur) ? Pourquoi un tel émoi, si on ramène cet événement à son contexte, un match de foot ? Que je sache, personne n'envisage de mener des tests ADN sur les bananes que des « passionnés de football » jettent aux joueurs Africains, si ? Justement : traiter un Noir de singe, c'est déplorable mais que voulez vous, ces choses-là arrivent, madame la ministre… Tandis que remuer la tronçonneuse dans les plaies de drames sociaux terribles, qu'un cliché tenace juge récurrents dans une région bien de chez nous, alors là, non, trop c'est trop. Surtout lorsque, par ailleurs, les spectateurs se ruent par millions vers un film qui se fait fort de réhabiliter ladite région avec humour. Ce coup de canif dans un consensus bon-enfant, plus de quarante ans après la célèbre chanson d'Enrico Macias, c'est la mouche dans le lait, la transgression absolue, impardonnable.
Saluts nazis, insultes racistes, violence, tout est bon pour être infréquentable
La transgression : avec la connerie à l'état chimiquement pur, c'est sans doute la notion qui résume le mieux le phénomène des hooligans. Voilà des gens qui, l'espace d'un match, désinhibés par la bière et/ou un fort sentiment tribal, rompent les barrières qui séparent l'homo sapiens du primate et ce, bien souvent, en conscience. Le but n'est pas tant d'exprimer bruyamment son soutien à une équipe donnée que de hurler à la face du monde : « Moi et mes potes, on craint vraiment, on le sait et on vous emmerde ». Saluts nazis, insultes racistes, violence, banderoles outrancières, tout est bon pourvu que cela souligne une infréquentabilité définitive.
Ce qui me frappe depuis vingt-trois ans (les morts du Heysel), dans tout ça, c'est : 1) qu'on s'en étonne ; 2) qu'on rejette le hooliganisme à la marge de ce qui serait le « vrai » football.
Le football est, quoi qu'on en dise, bien davantage qu'un spectacle sportif. C'est également une formidable pompe à fric, ainsi qu'un amplificateur de passions grégaires locales ou nationales (« A bas Paris, vive Marseille » ou « Aux chiottes les Boches, allez la France ») toujours vivaces. L'exaltante griserie d'un affrontement, soulignée par une présence totalitaire au sein des médias -vente d'espaces publicitaires oblige : cocktail détonant pour exciter un maximum de gens, excitation dont on espère bien qu'elle aura un effet démultiplicateur sur le business de ce spectacle. Le tout sur fond de sociétés, en Europe comme ailleurs, où les inégalités se creusent, où les sentiments d'appartenance, locaux ou nationaux, se résument à des notions d'autant plus basiques que « le politique » est perçu comme lointain : des sociétés où le foot, pour un nombre croissant de gens, c'est tout ce qui reste de tangible comme sentiment du « nous ».
Dès lors, qu'une frange des spectateurs persiste, malgré les injonctions de bienséance, ou plutôt à cause de ces injonctions, à vivre cette excitation jusqu'à l'extrême, rien d'étonnant. Et le hooliganisme n'est pas une incongruité du football en tant que spectacle totalitaire, il en est au contraire un effet consubstantiel et inévitable, sinon l'aboutissement.
Alors :
- le jour où les médias cesseront de nous bassiner quotidiennement avec tous ces matches « importants »,
- le jour où les maires de tout bord hésiteront davantage à subventionner leur équipe locale qu'à investir dans des crèches,
- le jour où on traitera les supporters ivres de haine comme on traite les étrangers sans papiers,
- le jour où on trouvera officiellement indécent qu'un footballeur gagne 100 ou 1000 fois le salaire d'un professeur agrégé,
ce jour-là, oui, ce jour-là, je m'indignerai avec les autres du comportement des supporters du PSG.
D'ici-là, cette putain de banderole, je m'en fous.
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De ClaireChar
15H42 | 03/04/2008 |
Je suis vraiment surprise par les réactions des internautes et par l'article publié.
Cette animosité contre tous les supporters de foot est absolumment grotesque
Le côté « honteux qu'un footballer gagne plus q'un professeur agregé » c'est du populisme de bas étage.
Il existe des milliers de gens qui « supportent » leur équipe, qui sont contents d'aller au match, d'y emmener leurs enfants et tout ça sans être des débiles profonds.
Les ambiances de certains matchs sont extrêmement touchantes.
Vous seriez également surpris d'apprendre que de nombreux professeurs agregés sont fans de foot !
Non mais vraiment je ne trouve pas que ça élève le débat même si je rejoins l'article sur de nombreux points notamment le caractère dérisoire de cette banderole par rapport à toutes les insanités que l'on peut effectivement entendre dans certains stades de la part de certains supporters dont tout le monde gagnerait à ce qu'ils soient interdits de stade à vie
De yapadebug
16H13 | 03/04/2008 |
Moi ce qui me choque c'est que tout le monde s'accorde à dire que le mot « chomeur » est une insulte. C'est dans l'air du temps ça, un chomeur c'est une honte, un fainéant. C'est l'effet Sarkozy, sans doute ? Et personne n'a relevé ça, tout le monde trouve ça normal, bien sûr, à commencer par la presse bien pensante…
A quand le boitier anti-chomeur ?
De Another Pingu
16H54 | 03/04/2008 |
Le problème de ceux qui parle des banderoles est que souvent ils n'ont absolument aucune idée de ce dont il parle.
Cette fameuse banderole n'est pas destinée à la région Nord mais bien aux Red Tigers (ultras lensois). Ces derniers avaient d'ailleurs prévu pour les parisiens un « Paris, une équipe de merde pour une ville de merde ». Et là vous pourriez me dire que c'est du « racisme régional ». Je vous réponds qu'entre Lille et Lens on retrouve le même type de banderole (exemple « Lens le tiers monde à 30 km de l'Europe »). Bien sur on peut trouver ça hideux mais à la vérité, ceci n'est qu'une tentative de chambrage entre kop. Rien de choquant là dedans, le tout est de le prendre pour ce que c'est : de l'humour. N'allez pas non plus croire que les supporters qui le font croient réellement à ce qu'ils écrivent.
Autre point, sachez que l'épouvantail des salaires exorbitants reste vrai. Mais pour autant, la majorité s'accorde à encenser la d1 anglaise. Il semblerait que les 120 000 € mensuels ne choquent plus. J'ajouterais que si les sportifs de haut niveau (foot, basket et base ball) sont payés aussi cher c'est parce qu'il y a des gens pour le faire. Ne les accusons pas de vouloir toucher leurs parts du gâteau.
Enfin, j'aimerais tordre le cou à un concept. Un pseudo supporter n'existe pas. On peut supporter un club ET être d'extrême droite ou gauche. De même, ultra ne veut pas dire hooligan.
De Adikt
23H28 | 03/04/2008 |
Je n'ai pas lu les commentaires jusqu'au bout mais je dois dire que je suis très partagé sur le contenu de l'article.
J'habite en Espagne depuis cette année, et j'y ai découvert le football, ainsi que le plaisir d'aller voir un spectacle comme un autre. Alors quand je lis (tant dans cet article que dans ses commentaires) que vouloir voir du foot sans accepter que des hooligans en fasse partie c'est comme vouloir de la pastèque sans pépin, je suis passablement affligé. Ici (en Espagne donc), un tel événement n'aurait tout simplement pas pu se produire puisqu'il ne viendrait à l'idée de personne de faire passer ce genre de message dans un stade de foot. Le dernier supporter qui a été violent a pris 4 mois de prison ferme (pour avoir jeté une bouteille d'eau sur le gardien de l'équipe adverse), et a quitté le stade sous les huées des autres supporters, encadré par la sécurité. À Barcelone, où je vis, j'ai vu les stades propres, sisi ! Ça existe !
Plutôt que d'accepter les hooligans dans les stades comme une fatalité, et regretter que dans ce milieu, « le politique ne soit perçu que comme lointain », on devrait plutôt se demander pourquoi des sanctions n'ont toujours pas été prises, que ce soit pour les banderoles, les bananes, ou tout autre acte raciste ou plus simplement anti sportif. Quant au reste de l'article, il aligne une suite de banalités sur lesquelles tout le monde est d'accord - la majorité des joueurs de foot aussi d'ailleurs : le salaire des joueurs, le délaissement de l'intellect pour le culte de l'argent, les « matchs importants », les crèches dans les villes ( ? ? ! ! ), tout cela me laisse perplexe. Le paroxisme étant tout de même : « traiter un Noir de singe, c'est déplorable mais que voulez vous, ces choses-là arrivent, madame la ministre… ». Alors comme il ne s'agit « que » d'un match de foot, ce ne serait pas grave ? ? Étonnante vérité.
Parce que c'est aussi dans les stades que naît la politique, OUI, j'espère que des sanctions seront prises, et qu'elles seront prises vite : la démocratie -et ses valeurs-, sont partout, et il faut les défendre jusque dans les stades ! Et pourtant je suis en accord avec le fait qu'un match de foot n'est qu'un match de foot. Mais admettre ce racisme, ou bien même ce régionalisme (comme première forme de nationalisme donc) dans les stades comme une fatalité, ce serait demain accepter des scènes comme on a pu en voir au parlement italien il y a peu, et dire « ce ne sont que des parlementaires ». « Le jour où on traitera les supporters ivres de haine comme on traite les étrangers sans papiers », ceux qui déploient des banderoles de ce genre seront punis, et ce sera bien.
Pour terminer, j'ajouterai que je partage avec vous le mépris des gens qui réclament des tests ADN. Qui veut aujourd'hui nous faire croire que l'on n'a aucune idée de qui a déployé une telle banderole ?
Ceci étant, j'adore ce site et c'est merveilleux de pouvoir échanger points de vue et visions du monde (sportif ou pas) de cette manière, n'est-il pas ?
Bonne continuation.
De Sutpen
03H16 | 04/04/2008 |
Pourquoi je ne me fiche pas de cette banderole :
- le nouveau code du travail, le grenelle de l'environnement empêchent que l'on puisse s'intéresser à cette question ?
- « la passion du football, poussée à fond, ça produit de la haine à l'état brut. Et, le cas échéant, des blessés voire des morts. » C'est la fatalité, c'est comme ça, faudrait être con pour essayer de le changer
- « traiter un Noir de singe, c'est déplorable mais que voulez vous, ces choses-là arrivent, madame la ministre… » alors il faut laisser faire parce que ces choses là arrivent, alors qu'elles peuvent être (parfois) réprimandées ? Pauvres joueurs, ils vont être heureux de l'apprendre
- « Ce qui me frappe depuis vingt-trois ans (les morts du Heysel), dans tout ça, c'est : 1) qu'on s'en étonne ». On s'en étonne pas, on s'en choque. Il faudrait trouver ça normal car inhérent au foot ? Donc ne pas parler des morts, car cela fait partie du jeu, et circulez.
- « le jour où les médias cesseront de nous bassiner quotidiennement avec tous ces matches “importants” ». Le jour où les gens ne seront plus passionnés par le foot, ce qui n'est pas une tare en soi, certainement les médias n'en parleront plus. Idem pour le tennis,le cyclisme ou la formule 1… De quel sport faudrait-il parler alors ?
- « le jour où on traitera les supporters ivres de haine comme on traite les étrangers sans papiers ». Celui-là est profondément démago et en contradiction avec le reste puisque « que voulez-vous madame la ministre, ces choses là arrivent »
- « le jour où on trouvera officiellement indécent qu'un footballeur gagne 100 ou 1000 fois le salaire d'un professeur agrégé ». Tout aussi démago, on aimerait tous que les profs agrégés puissent gagner autant qu'un chef d'entreprise mais c'est pas le cas. C'est le problème du capitalisme, pas du foot. Les clubs sont de plus en plus riches, il est quand même normal que les joueurs en profitent, non ? S'ils étaient payés au smic alors que les clubs se font des millions, ça vous semblerait plus approprié ? Bref le problème c'est pas le salaire des joueurs qui ont bien raison de négocier, c'est l'argent qui circule dans le milieu du foot à cause des droits de retransmission notamment.