Le départ de l'Irlandais Bertie Ahern, une chance pour l'Europe?

Bertie Ahern le 14 juin à Dublin (Patrick Bolger/Reuters)

(De Belfast) Avec la démission annoncée de Bertie Ahern du poste de Premier ministre de la République d’Irlande, c’est une page qui se tourne dans l’histoire politique du pays. Celui que l’on surnomme le ‘téflon- taoiseach*, car tous les scandales « glissent » sur lui, s’est finalement fait accrocher par la justice pour une histoire d’usage frauduleux de deniers publics.

Difficile de croire que cet homme soit devenu la figure centrale de la politique irlandaise de ces dix dernières années. En effet, Bertie Ahern, malgré un sens de l’humour certain, n’a rien de charismatique, faisant campagne en anorak alors que son mentor Charles Haughey dépensait des fortunes en chemises taillées sur mesure. Ahern a surtout réussi à passer entre les gouttes des procès de corruption qui décimèrent son parti, le Fianna Fáil, dans les années 1990.

Néanmoins, projetant une image de bon gestionnaire, usant de son talent de négociateur dans un paysage politique complexe et forçant son accent du nord de Dublin; il réussit à obtenir le poste de Premier ministre en 1997. Son habilité à faire des compromis ne s’est pas limitée à la création d’alliances gouvernementales: il parvient à arracher les accords du Vendredi Saint, en 1998, avec l’aide de Bill Clinton et de Tony Blair, qui cimente toujours la paix en Irlande du Nord.

Compromis européen

L’autre succès d’Ahern est la présidence du Conseil européen lors du premier semestre de 2004, qui réussit à imposer un compromis sur la Traité constitutionnel européen aux Etats membres après la catastrophique présidence italienne dirigée par Silvio Berlusconi.

Bertie a connu aussi des échecs, comme le rejet du référendum sur le Traité de Nice en 2001, qui a aboutit à un deuxième référendum en 2002 approuvant la ratification du traité. Car l’Irlande possède la spécificité unique au sein des Etats-Membres de l’Union européenne que tout changement de la Constitution irlandaise doit être validé par un référendum. L’Irlande est d’ailleurs le seul Etat membre de l’UE à ratifier le traité de Lisbonne (qui vient d’être ratifié par la Diète polonaise ce mercredi) via un référendum. On peut se poser la question de savoir si la démission de Bertie n’est pas aussi le résultat de pressions européennes, inquiètes à l’idée que des électeurs irlandais choisissent de sanctionner un Premier ministre accusé de corruption au lieu de voter en faveur de la ratification du Traité.

L’hypothèque irlandaise sur l’Union

Que va devenir Bertie? On évoque régulièrement sa candidature au poste de Président du Conseil européen, qui va débuter en janvier 2009. Mais cela reste improbable. D’une part, Bertie jure qu’il n’en a aucune envie. D’autre part, certains Etats membres ne voient pas d’un bon œil l’élection d’une personnalité venant d’un pays où Schengen n’est pas appliqué et qui est plutôt réticent face à la construction de la Politique européenne de sécurité et de défense que la France va tenter de relancer pendant sa présidence du Conseil, lors du deuxième semestre de 2008.

Le départ de Bertie Ahern devrait profiter au camp du oui pour le Traité de Lisbonne, qui espère ainsi éviter le vote sanction. Cette coalition rassemble tous les partis politiques à l’exception du Sinn Féin et des Verts, qui n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur une ligne politique commune. Dick Roche, le ministre irlandais des Affaires européennes, déclarait à la BBC ce matin qu’il n’y aura pas de deuxième référendum, contrairement à l’épisode de la ratification du Traité de Nice.

Cela montre l’importance du vote qui va avoir lieu en juin. Personne ne sait vraiment ce qu’il se passera si les Irlandais rejettent le traité de Lisbonne. Une chose est sûre, c’est que l’Union européenne entrerait alors dans une crise politique majeure. Les Irlandais sont-ils prêts à prendre ce risque?

*Taoiseach: Premier ministre en irlandais. Se prononce « ti-choc. »


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Par kapoios
20H18    02/04/2008

Ben c’est bien dommage, moi je l’aime vraiment bien cet Ahern. Quant à l’insinuation qu’il fallait le faire démissioner pour avoir le vote « correct » pour l’Europe, alors là il s’agit d’une affirmation d’un mépris écoeurant sur la souveraineté du peuple Irlandais ! Voyons, on doit faire capoter leurs propres dirigeants pour le « bien » de l’Europe ?
Enfin, quant à la pseudo-analyse du l’espace Schengen, merci, mais c’est tout faux. L’Irlande est un pays pro européen s’il en ai (normal quand on voit comment elle en a drôlement bénéficié). Si Schengen n’y est pas appliqué, c’est à cause de la dépendance qu’à l’Irlande vis-à-vis du Royaume-Uni (en gros des accords similaires de libre circulation depuis l’indépendance de l’Irlande, et bien plus encore en fait), et c’est bien le Royaume-Uni qui refuse Schengen. Quant à la coopération militaire, il est vrai que l’Irlande tient à sa neutralité (même le fait qu’elle ait toujours été appliquée reste discutable), et voit donc d’un mauvais oeil que l’Europe impose une politique étrangère. C’est d’ailleurs l’argument le plus fréquent qu’on entend ici contre le traité de Lisbonne (plus des arguments vaguement religieux, mais qui restent quand même plus anécdotiques).