Reportage dans le service des » soins de confort » de l'hôpital de Villejuif, après le débat sur l'euthanasie dû à Chantal Sébire.

Elle passe une goutte d'eau sur ses lèvres. Elle a les doigts tremblants. Nicole a 63 ans. Allongée sur son lit à l'Institut Gustave Roussy à Villejuif (Val-de-Marne), elle s'interrompt régulièrement pour boire. La morphine l'assèche un peu. Elle est comme engloutie par sa chemise de nuit blanche. Ses jambes, ses bras sont nus et grêles. La chambre est claire, silencieuse. La pompe à morphine clapote.
Depuis 2005, Nicole vit avec un cancer rare, un imprononçable corticosurrénalome. Depuis un peu plus d'un mois, elle est en situation palliative. Les soins palliatifs soulagent la douleur et ont pour but d'améliorer la qualité de vie des personnes. Ils n'ont plus pour objectif la guérison mais l'accompagnement. Nicole va mourir. Elle parle par murmures rauques :
» J'ai toujours su qu'on ne pouvait pas me guérir. Mon médecin me l'a dit. Mais lorsque j'ai arrêté la chimiothérapie, je n'ai pas pu le dire à mes parents et à mes enfants. Je ne veux pas qu'ils s'affolent. »
Nicole va mourir bientôt. Elle s'y est préparée. D'abord par les larmes :
» J'ai énormément souffert. Je n'arrivais pas à me dire que j'allais être séparée de ma famille. J'ai alors eu un immense chagrin. Il fallait que j'en passe par là. Et j'ai repris le dessus. »
Nicole est alors allée voir son fils à Dax, pour lui dire sa mort toute proche et cuisiner. Elle a pu lui parler. Le voyage l'a affaiblie. Beaucoup. Elle est rentrée en ambulance à l'hôpital. Les patients en soins palliatifs peuvent, s'ils le veulent et en concertation avec leurs médecins, poursuivre leurs soins à domicile. Nicole sort de l'hôpital dans deux jours :
» Je veux mourir dans notre maison, ce sera mieux pour mon mari, il sera entouré. Je préfère partir doucement. Si c'est trop difficile, je sais qu'il faudra m'hospitaliser. »
Elle sourit et ajoute, en plaisantant, qu'il s'agit d'une décision prise en commun accord avec son mari. Nicole a le visage anguleux et épaissi, les lèvres sèches, les cheveux fins. Son alliance enserre un peu son doigt. Elle évoque souvent ce mari-madeleine qui ne parle plus depuis la maladie mais qui verse beaucoup de larmes. Elle a peur de le laisser seul :
» Il ne veut pas voir le psy que lui ont proposé mes médecins. Il ne veut pas trop discuter. Il m'a apporté du saumon hier. J'en ai mangé un peu pour lui faire plaisir. »
C'est d'ailleurs l'heure du déjeuner. En soulevant la cloche, Nicole exagère un rire :
» Je n'ai déjà plus d'appétit mais là ! Vous appelez ça de la nourriture ? »
La maladie, c'est de la douleur et beaucoup d'angoisse :
» J'avais peur de la chimio avant. Après, j'ai eu peur des soins palliatifs parce que c'est la mort. Mais j'ai pu continuer encore un peu ma petite vie. Mon ménage et ma cuisine. Je suis bonne cuisinière. J'ai tenu le coup. Ça a été mon confort. »

Les médecins parlent aussi de » soins de confort » pour désigner les soins palliatifs et les soins de support. Sabine Voisin-Saltiel, responsable de l'équipe mobile de soins palliatifs de l'hôpital, et Sarah Dauchy, psychiatre et responsable du Disspo (département interdisciplinaire de soins de support aux patients en onco-hématologie) expliquent recourir à cet artifice du langage pour faciliter les premier contacts avec les patients et la famille :
» Pour autant, ce ne sont pas des soins accessoires. Il s'agit de soins nécessaires pour mieux prendre en compte la qualité de vie des malades. »
Aucune demande d'euthanasie en vingt-cinq ans
Au Disspo, les médecins et infirmières travaillent en coordination avec des psychiatres, des psychologues, des assistantes sociales, des diététiciennes, des kinés et des socio-esthéticiennes. Ce département existe depuis 2003, date de la création de la première unité de ce type en France. Depuis, une vingtaine de centres ont été ouverts pour prendre en charge l'ensemble des besoins des patients. » Physiques, sociaux, spirituels et psychologiques » , précise Sabinee Voisin-Saltiel.
Oncologue depuis vingt-cinq ans, elle dit n'avoir jamais eu la moindre demande d'euthanasie qui dure :
» il y a une évolution entre le moment où les patients vont bien et celui où ils ne souhaitent plus qu'une chose : être soignés, écoutés. »
Sarah Dauchy partage la même analyse : » L'euthanasie est une question complexe, et la représentation que s'en fait le patient évolue souvent dans le temps et suivant son état. Bon nombre de personnes bien portantes pensent qu'elles ne pourront pas supporter de souffrir, ou de voir leur état physique se dégrader. Mais les choses changent lorsqu'elles sont confrontées directement à la maladie. Je me souviens d'un patient atteint d'un cancer très avancé. Il disait vouloir mourir, ne pas supporter l'attente. Il avait deux frères suicidés dans des situations analogues. Il a fini par réaliser que sa vie n'était pas réduite à sa maladie. Ne plus avoir d'espoir thérapeutique ne veut pas dire ne plus avoir d'espoir du tout. »
Nicole a parfois voulu en finir :
» Ce n'était pas vraiment à cause de la douleur physique mais parce que j'étais fatiguée. »
Sa parole, souvent suspendue parce qu'elle est essoufflée, dit son épuisement. Elle reprend :
» Je m'en veux aussi de faire ça à ma famille. J'aurais voulu les épargner. »
Les familles sont également prises en charge par les équipes de l'hôpital. Parce qu'il est compliqué de savoir un proche en soins palliatifs, les médecins souhaitent davantage d'information. Sabine Voisin-Saltiel souligne :
» La notion de soin palliatif est floue. On imagine les mouroirs d'autrefois et l'abus de morphine mais c'est fini. Il y a eu énormément de progrès. Le passage des soins curatifs aux soins paliatifs ne doit pas apparaître comme une rupture. »

La confusion avec le débat sur l'euthanasie agace les deux médecins :
» On parle de changer la loi Léonetti alors qu'elle n'est pas vraiment connue. Elle a tout de même renforcé le droit à recevoir des soins palliatifs, l'obligation pour tout médecin de les mettre en œuvre. Elle s'oppose à l'acharnement thérapeutique. A l'obstination. Elle place le patient au centre de la décision puisqu'il peut désigner une personne de confiance, membre ou pas de sa famille. Une sorte de référent pour transmettre les souhaits du patient lorsqu'il n'est plus en état de le faire. »
Elles plaident toutes deux pour une meilleure information, dès le début du traitement du malade. Quitte à s'opposer aux soignants qui refusent encore d'entendre parler de soins palliatifs. » Ils ont du mal à accepter l'échec thérapeutique » explique Sabine Voisin Saltiel. Sarah Dauchy s'emporte lorsque le cas de Chantal Sébire est évoqué :
» Il ne faut pas mélanger les débats, et en particulier confondre les notions de dignité et d'autonomie. Que signifie être digne ? Depuis quand cela serait synonyme d'être indépendant et autonome ? Etre handicapé, prendre des médicaments, c'est être indigne ? La société a du mal à faire face à la question de la dépendance, qui sollicite chacun de nous de deux façons : comme pouvant être dépendant mais aussi devant assistance à ceux qui le sont devenus. »
» Je me dis que ce sera comme dormir mais j'ai peur »
Nicole évalue sa douleur à 8, sur une échelle allant jusqu'à 10 :
» Ma meilleure journée c'était hier. J'ai pu me mettre debout avec mon déambulateur. Je me suis trouvée assez bien. »
Sa position trahit son inconfort. Elle ajuste les coussins bleus derrière sa tête et regarde l'infirmière : » S'il me voit comme ça, il va pleurer. » Laquelle la rassure : le nécessaire sera fait avant la visite de son mari.
Les soins palliatifs, c'est aussi cela : rassurer, accompagner parce que rien n'est fini. Nicole ne parle jamais de la mort, selon ses médecins. Ce vendredi matin, elle avoue pourtant avoir peur :
» Je pensais être plus courageuse mais je me vois finir. Je me dis que ce sera comme dormir mais j'ai peur. J'ai vécu 63 ans. C'est déjà bien. »
Elle tousse un peu puis souhaite une bonne journée à ses visiteurs.





















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De Miss K prof traitée d intello de service par son IEN
01H26 | 02/04/2008 |
A Madame Zineb Dryef :
Merci pour votre article.Pour informer vos lecteurs et l'étoffer, il serait d'une grande importance que vous n'oubliez pas ceux dont on ne parle jamais dans ces sujets : les enfants.
Le cancer ne les oublie pas,les services d'oncologie pédiatrique les accueillent tout au long de leur maladie, jusqu'à la fin.
Il serait enrichissant et constructif que l'opinion publique prenne connaissance de leur quotidien et des conditions de leurs fin de vie et pour ce faire,que vous fassiez le déplacement dans un sevice d'oncologie pédiatrique : ce sont de petits services avec un petit nombre de lits (15 chambres environ à l'Hôpital de la Timone à Marseille, un peu plus à l'Institut Gustave Roussy de Villejuif).
Les soins palliatifs dont vous parlez constituent le quotidien de ces services qui pourtant ont en charge quelques 200 petits patients à l'année.
Les traitements palliatifs pour les accompagner en fin de vie sont peu ou prou les mêmes que pour les pathologies adultes. Mais ils ne bénéficient pas d'un service de soins séparé,car ce sont de petites unités, malgré la gravité des pathologies.
Leur fin de vie est tout aussi éprouvante pour eux et pour leurs proches ; dans un service si petit, difficile de ne pas entendre les hurlements quotidiens de ceux qui souffrent trop (pardon du réalisme de mes propos , mais la réalité est ainsi).
Madame Dryef, merci de penser à parler d'eux pour un débat constructif et participatif.
Déplacez-vous dans un de ces services, pour prolonger votre propos. Tous les enfants et leurs familles vous en seraient reconnaissants. Cela nous changerait de la chape de plomb qui les entoure.
Le silence n'est pas constructif et ne les aide pas à espérer : tous aspirent à une fin dans les meilleures circonstances.
à Miss K prof traitée d intello de service par son IEN
De Zineb Dryef
(auteur)
Rue89 | 13H34 | 02/04/2008 |
Bonjour,
Les équipes mobiles de soins palliatifs prennent aussi en charge les enfants. Mais il n'existe pas d'unité pédiatrique spécifique.
De Renard
09H50 | 02/04/2008 |
Vous nous montrez la belle face du problème des soins palliatifs.
Nicole est émouvante, voulant restée belle pour son mari, pour ne pas qu'il pleure.
Elle s'excuse presque ! ! ! , du chagrin causé aux siens ! ! . Non ce n'est pas à vous Nicole de vous excuser, ce sont ceux n'écoutant pas les personnes malades, responsables de telle situation.
Pour avoir rendu visite à un Ami dont seul nos ages nous séparaient. Je peux vous dire le manque de moyens criants de ces unités de soins.
Comme en clin d'oeil, Marianne traite cette semaine de ce sujet ! ! ! ! , avec une approche bien différente de la votre et me semble t'il plus proche de la réalité.
De Pierre Morin Cherubini
13H26 | 02/04/2008 |
EN LIEN AVEC LA DEMANDE DE MME CLARA BLANC
UNE RÉFLEXION DE ABBE VERNOY
L'Ange de la mort est toujours désinvolte
« Tu ne tueras pas ! » est l'un des principes vitaux de la civilisation. Le simple bon sens nous permet d'appréhender cette loi universelle. Mais l'émotion finit par faire perdre le bon sens et la mesure des conséquences.
Hormis le Christ, personne ne pourra jamais sonder la souffrance de l'autre, surtout sa souffrance morale. Nos mots sont trop abstraits pour la dire ; et cette abstraction libère l'émotion. Si on ne la canalise pas, ce sont alors des torrents insensés qui déferlent, jusqu'à en perdre le jugement.
Le technicisme éloigne l'homme de sa réalité humaine ; ses maximes finissent par rendre insupportables des souffrances, des difficultés, des limites et des imperfections, pourtant liées à notre nature.
Et l'opinion glisse vers une conception inhumaine et dangereuse de la dignité.
Pourtant l'histoire de l'humanité, à travers ses innombrables tragédies communes ou individuelles, nous montre comment et avec quelle excellence la dignité humaine se manifeste dans les pires épreuves. Quel exemple que cette petite « Marie » dans l'affaire Fourniret !
N'est-il pas absurde de voter et de légiférer sur le « Tu ne tueras pas » ?
Dans le Monde diplomatique de mai 2005 (De l'« euthanasie » à la « solution finale »), Suzanne Heim montrait comment, dès 1939, les nazis ont manipulé l'opinion pour obtenir un consensus. Le 1er septembre 1939, Hitler permettait « d'élargir les compétences des médecins, afin qu'il puisse être accordée une mort charitable aux malades jugés incurables à vue humaine ». En 18 mois, 70 000 malades mentaux furent euthanasiés. Un sondage d'avril 1941 manifestait que « Dans 80 % des cas, les proches sont d'accord, 10 % protestent et 10 % sont indifférents ».
Qui est en droit de tuer ?
À travers les cas livrés récemment au public, certes terribles mais aussi discutables, on a évité les questions fondamentales et les soins palliatifs ont été traités de manière injuste et malhonnête.
Qu'en sera-t-il demain, des déprimés et de tous ceux dont une épouvantable opinion jugera la vie invivable ?
Qui aura encore confiance en ses proches, en son médecin ?
N'oublions jamais que la civilisation repose sur cette confiance mutuelle quant au respect de la vie.
Abbé Marc Vernoy
1, rue Neuve-des-Horts
34690 Fabrègues
à Pierre Morin Cherubini
De Thiery
17H17 | 02/04/2008 |
Membre depuis 3H et 54 mns………….
à Thiery
De françoise.V
p'tite lyonnaise | 18H37 | 02/04/2008 |
Bonjour Thierry, j'ai signalé ce post parcequ'il contient une adresse, apparement privée, ça me met mal à l'aise autant que le post en lui-meme…
à françoise.V
De Thiery
10H00 | 03/04/2008 |
Oui, mal à l'aise.
Certains sujets attirent inexorablement se genre de « clientèle »
De Ninouchka
13H39 | 02/04/2008 |
grace à la médecine, nous gagnons quelques semaines de vie à chaque trimestre. C'est formidable, nous allons tous vire jusqu'à 120 ans. Peu importe dans quelles conditions, l'important étant de vivre vieux, vivre mieux est sans importance. Je n'ai aucune intention de vivre 120 ans. Pas plus que vivre pendant des mois comme un légume quand la maladie s'installera dans mon corps pour le martyriser et le faire souffrir. Je n'ai pas envie non plus de devoir être défoncée à longueur de temps car les médecins refusent de me donner la mort. Alors je fais ce que beaucoup font, je prévois. Je fais en sorte d'avoir auprès de moi ce qu'il faut pour pouvoir choisir sans demander la permission à qui que ce soit le jour de mon départ. J'ai toujours pensé que c''était l'unique liberté de l'homme et je compte bien me servir de cette liberté le moment voulu.
Merci pour les soins palliatifs mais tout le monde ne partage pas ce point de vue et si ces services sont formidables et doivent continuer à exister, il serait judicieux de comprendre que nous ne sommes pas tous les mêmes et que nos choix ne regardent que nous et nos proches et que les médecins ne sont que des accompagnant et non pas des curés devant décider de ce qui est bon ou non pour nous.
De bruay en artois
silicose plus irradie | 14H41 | 02/04/2008 |
hi je ri car a Beaurepaire ou je me voi mourir par manque de medecin car l heure de la retraite a sonne pas de medecin apres minuit emalgres des appels au samu de grenoble la seule solution les pompiers mais ils ne peuvent me faire une intra veineuse de celestene