Débat sur l’engagement des troupes en Afghanistan mardi après-midi à l’Assemblée, sommet de l’Alliance atlantique mercredi à Bucarest... C’est une semaine décisive pour le positionnement international de la France, et l’un des domaines où la “rupture” promise par Nicolas Sarkozy est en train de devenir réalité.
Le président de la République a en effet décidé de faire prendre un virage fondamental à la politique extérieure de la France. Il l’a fait par petites touches. A Washington d’abord, à Londres ensuite, avec deux discours en forme de déclarations d’amour aux deux piliers de l’Alliance atlantique. Puis par un geste concret en augmentant les effectifs combattant français en Afghanistan, répondant à l’appel plus que pressant de Washington.
Jusqu’où ira ce flirt poussé? Jusqu’au bout. Nicolas Sarkozy a déjà annoncé la couleur. Il veut que la France sorte de son ambiguité diplomatique, héritage du gaullisme, et s’installe, "franchement et nettement" disait-il en janvier, "au sein de la famille occidentale". Cela ira, si le plan de l’Elysée fonctionne, jusqu’à la réintégration de la France au sein des structures militaires de l’Otan dont l’avait retirée le général de Gaulle. Cela pourrait se faire dès l’an prochain, à l’occasion du sommet du 60e anniversaire de l’Alliance, dont le président propose qu’il se tienne... à Paris!
C’est un changement de cap fondamental. Dans les faits évidemment, à l’exception de l’Irak, la France a pris part à toutes les opérations militaires occidentales depuis quinze ans, et l’armée française est de plus en plus OTAN-compatible. Mais politiquement, la France avait maintenu haut et fort, et Jacques Chirac y tenait, l’idée d’une "différence française". Nicolas Sarkozy est prêt à l’effacer, à condition que Washington permette l’émergence d’une réelle défense européenne, arrimée à l’Otan, mais disposant de son autonomie.
Ce choix n’est pas sans risque. Resserer les rangs d’un "bloc occidental" autour des Américains trace des lignes d’affrontement claires que la France, jusqu’ici, s’était refusée à cautionner. La France accepte de renoncer à sa spécificité diplomatique, une posture sans doute difficile à tenir pour un pays dont le poids relatif sur la planète s’est fortement réduit. Mais que gagnera-t-elle à la banalisation? Ce n’est pas évident.
D’autre part, il est pour le moins hasardeux d’amorcer ce rapprochement avec une administration Bush largement discréditée. Certes, il s’agit d’une démarche de fond, qui se poursuivra quel que soit le président à Washington. Mais, sans tomber dans l’antiaméricanisme primaire, il y a quelque paradoxe à vouloir bâtir une Europe alignée sur les Etats-Unis, au mépris de ses valeurs et intérêts spécifiques.
L’opposition a certes obtenu gain de cause dans sa demande d’un débat parlementaire sur l’Afghanistan. Mais un débat peut en cacher un autre, et celui qui concerne l’ancrage atlantique de la France est d’une autre ampleur. Et ce débat-là n’a pas encore commencé dans le pays.
Pierre Haski
► Edito diffusé mardi 1er avril sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.

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"La France accepte de renoncer à sa spécificité diplomatique, une posture sans doute difficile à tenir pour un pays dont le poids relatif sur la planète s’est fortement réduit. Mais que gagnera-t-elle à la banalisation? Ce n’est pas évident."
La 'spécificité' francaise s'exprimera au sein des divers forums que ce soit au sein de l'OTAN, de l'ONU ou de l'UE. C'est jutstement en retournant au commandement militaire de l'OTAN que la France va pouvoir augmenter son influence. Ce n'est pas en s'excluant des discussions que l'on gagne le plus de poids. Et puis, je ne vois pas ce qui est si spécifique: la France n'a jamais quitté l'OTAN, si la France avait vraiment voulu etre spécifique, elle serait partie complement de l'OTAN, ce qu'elle n'a jamais fait. Quitter le commandement militaire sans quitter l'Alliance était une posture incongrue. D'autres Etats membres de l'Union européenne ont, quant a eux, toujours refusé de faire partie de l'OTAN (Irlande, Autriche, Suede et Finlande).
Le gain est connu: relancer le Royaume-Uni a la construction de la Politique Européenne de Sécurité et de Defense qui s'est ralentie depuis le départ de Blair. Et puis, 1000 soldats sur les 60'000 présents, cela reste un geste modeste.
Le probleme est dans le programme de campagne de Sarkozy. Il était populiste parler de retrait des troupes (meme s'il ne l'a pas dit si explicitement.) Il est toujours dangereux de mettre la politique étrangere dans les programmes: les politiques étrangeres évoluant dans d'autres paragdimes que ceux des campagnes électorales.
Mais j'aimerais savoir ce que les socialistes proposent sur l'Aghanistan et l'OTAN. Retrait de toutes les troupes? Retrait total de l'OTAN? Vraiment?
Allons au delà de la polémique sur la décision prise par Sarkozy sans consulter le parlement.
Renforcer les troupes françaises en Afghanistan, ça va apporter quoi à ce pays, et à la France ?
Je ne remets pas en cause la qualité de nos militaires qui sont appréciés y compris à l'ONU pour leur professionalisme dans toutes les opérations extérieures.
Mais sur le terrain tout le monde sait que 1000 hommes supplémentaires, déployés dans l'est du pays, ne feront pas la différence face aux talibans, qui sont partout dans le pays au milieu des populations civiles.
Il faut donc d'abord définir une stratégie politique et militaire, et ensuite mettre en oeuvre les moyens sur le terrain d'appliquer cette stratégie.
Kouchner et Sarko annoncent d'ailleurs qu'ils ont demandé à leurs partenaires de l'OTAN de revoir la stratégie actuelle. A les écouter, on en déduit que celle-ci n'est pas satisfaisante à leurs yeux.
En conséquence, je me demande par quel miracle ils peuvent déjà décider de moyens à mettre en oeuvre pour appliquer une stratégie qui n'est pas arrêtée !
Cela ressemble davantage à la tactique du pompier amateur, qui jette un saut d'eau pour essayer de contenir le feu.
Nos gouvernants ne sont pas totalement idiots (et s'ils le sont, leurs conseillers et généraux d'armée sont là pour les éclairer), ils savent tout cela.
Clarifions les enjeux. Si nos soldats meurent en nombre demain en Afghanistan ( il y en a déjà qui y sont morts au combat depuis 5 ans), quelle sera la justification ?
- pour établir la paix et assurer le développement de ce pays. Cet objectif semble secondaire. Il suffit de voir les pays africains instables depuis des décennies, et ce dans l'indifférence générale, pour comprendre que nos démocraties n'agissent pas par pure générosité en Afghanistan.
- pour empêcher le re-développement de camps d'entrainement terroristes protégés par un gouvernement taliban, qui lanceraient des opérations sur l'Occident. ça semble être un motif un peu plus crédible de l'engagement de l'OTAN et de la France.
La France ne peut déployer beaucoup plus d'hommes (budgets militaires limités, autres opérations en Afrique), mais par l'exemple donné espère pousser d'autres pays européens à envoyer aussi des renforts (Allemagne...). Là encore, on se heurte aux limites et au flou de la stratégie actuelle.
- pour conforter la position française dans d'autres domaines, plus cruciaux aux yeux de nos gouvernants.
Sarkozy cherche avant tout à plaire aux Américains et aux Anglais, dans le cadre d'un rapprochement qui va au-delà du simple destin de l'Afghanistan et de la lutte contre le terrorisme. Est-on prêt à accepter ce sacrifice de nos soldats ? Encore faudrait-il qu'on connaisse ces enjeux en détail pour pouvoir juger du prix à payer par nos soldats ?
68% des français sont contre le déploiement supplémentaire de soldats français en Afghanistan, qui ne vont servir à rien .Il faut le dire dans votre papier. D'ailleurs, le guerre en Afghanistan est un fiasco sans nom avec Karzai contrôlant à peine 20% du territoire et les talibans 56%. Ce conflit qui va encore durer des années connaitra la même fin que la guerre afghano-soviétique: la victoire des fondamentalistes islamistes (en l'espèce les talibans). En effet, malheureusement pour les afghans, Karzai a montré son seul vrai visage, celui de plus grand trafiquant de drogues au monde de par son soutien actif à son frère dealer. Il n'a rien fait poour créer un Etat moderne digne de ce nom. Les raisons structurelles de l'avénement des talibans sont toujours là et bien là: corruption,drogues, lutte de clans...
Quant à Sarkozy, son atlantiqme serait comique s'il n'était pathétique.Ainsi, il est atlantiste quant les anglo-américains n'ont jamais été aussi faibles et discrédités en raison notamment de la catastrophe irakienne.C'est à se demander à quoi réfléchi notre Iznogoud de pacotille.
Parler de "rupture atlantiste" me semble tout à fait exact, mais au-delà, la France tend à diviser la défense européenne et à commettre la même erreur que les USA. Celle de croire ou de faire croire en la "guerre sans mort".
En effet, rappelons que dans une guerre extérieure, les capacités militaires matérielles et techniques ne font que devancer et qu'encadrer un corps de soldats qui se doivent d'occuper un territoire donné et de le pacifier.
Aux Etats-Unis, l'émergence au début des années 2000 du concept de "guerre sans mort" a mené à son point d'aboutissement une préférence originelle pour l'affrontement asymétrique. Il admet, formalise et aggrave l'incapacité traditionnelle au sol de l'armée. Faire la guerre au moindre coût pour soi-même et à coût maximal pour l'ennemi peut découler d'une saine logique (évidemment, du point de vue de l'attaquant)... Reste que l'absence d'une tradition militaire américaine au sol rend très difficile l'occupation du terrain. Le conflit irakien le démontre largement aujourd'hui.
Avec cette nouvelle annonce du président de la République, on ne peut que constater que ce concept de "guerre sans mort" continue à prendre culturellement de l'importance en Europe. Une armée européenne, bien que connaissant le combat au sol, serait sans doute d'ici peu de temps guère plus efficace que l'armée américaine.
Et ce, à l'inverse de l'armée russe qui démontre toujours dans le Caucase que la Russie peut encore – mais pour combien de temps ? – prélever sur sa population l'impôt du sang, avec le soutien du corps électoral (encore que cela fut plus complexe lors du conflit afghan dans les années 1980).
À mon sens, cette capacité est une ressource militaire de type social et psychologique que l'Amérique a déjà perdu et que l'Europe finirait par perdre si elle adoptait une politique de guerres à l'extérieur équivalente.
Cette capacité, que les États-Unis ont déjà perdu, a "l'avantage" de ne pas masquer la réalité de la guerre. Ne plus l'avoir c'est s'exposer à être toujours pire pour se protéger soi, c'est se voiler la face quant aux réalités des conflits armées, c'est aussi les rendre psychologiquement à la fois plus facile (trop facile) à engager et impossible à gérer (quand la réalité a repris ses droits). L'Union européenne doit garder son expérience de la guerre, son savoir et sa capacité à la faire telle qu'elle est toujours. L'alignement sur la démarche américaine serait une erreur dramatique. Cessons de faire croire aux population qu'une guerre peut être "propre" et qu'on peut donc la décider sans les consulter.
Parce que c'est bien cela qui a eu lieu. La décision d'envoyer des Français combattre en Afghanistan n'a même pas été réellement débattu au sein du Parlement... et a été annoncé en "avant-première" à l'étranger, au Royaume-Uni. Nicolas Sarkozy décide et ensuite fait semblant de consulter la représentation nationale avec un débat sans vote. Comme l'a rappelé Jean-Louis Bianco, nous sommes une des rares démocraties dans le monde où l'on peut envoyer des troupes et les laisser sur place sans que le Parlement n'en débatte sérieusement et encore moins ne vote. Cela relativise les belles promesses sur son rôle...
Nicolas Sarkozy se comporte en autocrate et continue à faire des "courbettes" à G. W. Bush en essayant d'être le "bon élève". Il souhaite réintégrer tout à fait l'OTAN sans saisir semble-t-il ce qui avait conduit de Gaulle à s'en retirer. Lorsque certains avancent ici que "nous sommes de fait dans l'OTAN", ils oublient que de Gaulle avait demandé un directoire partagé de l'Organisation que les Américains le lui avaient refusé. Le retrait "politique" a donc un sens, mais le chef de l'État français semble prêt à y rentrer sans obtenir la garantie sur le rôle que jouerait la France ou même l'Europe en son sein. Souvenons-nous que pendant les opérations en Serbie et au Kosovo, même les Britanniques n'étaient pas informés des frappes, décidées unilatéralement.
L'Union européenne a besoin d'une puissance militaire commune qui soit d'abord axée en Europe pour défendre le territoire de l'UE ou y empêcher des affrontements armés. Dans ce cadre, nous devons devenir totalement autonomes de l'OTAN ou au moins diriger en son sein de façon indépendante toutes ses actions sur le territoire européen. Bref, il faudrait au minimum un "SACEUR" (celui qui commande les troupes militaires de l'OTAN sur le continent européen) européen et non plus américain nommé par le président des États-Unis, confirmé par le Sénat américain et approuvé par le Conseil de l'Atlantique Nord. Or, Nicolas Sarkozy n'a absolument pas obtenu cette condition en proposant une réintégration complète de la France...
Que faut-il faire en Afghanistan ? Il est facile de répondre à ceux qui répètent "ce n'est peut-être pas une bonne chose d'envoyer des renforts, mais vous ne proposez rien". D'une part, on peut constater une action comme étant mauvaise et donc s'y opposer, même sans proposer d'alternative. Heureusement !
D'autre part, sans retirer nos troupes, il ne faut tout simplement pas en envoyer de nouvelles. L'Afghanistan connaît de graves problèmes avec un trafic de drogue qui s'intensifie, un nombre d'attentats toujours plus important et des aides financières qui n'arrivent pas aux habitants. Jean-Louis Georgelin, chef d'état-major des armées, a rappelé sa ferme opposition à l'envoi de renforts car il craint de voir des unités françaises piégées « dans une logique d'escalade » semblable à celle que connaît l'Irak et considérées comme des forces d'occupation. Depuis 2003, le nombre des militaires alliés a plus que quadruplé en Afghanistan (aujourd'hui, environ 50 000 hommes) sans que la situation ne s'améliore, au contraire : c'est une sorte de guet apens taliban. Michael McDonnel, directeur national américain du renseignement affirme que les talibans et les chefs de tribu qui leur sont favorables contrôlent 70% du territoire afghan. Enfin, le général américain James Jones, ancien commandant suprême des forces de l'OTAN, affirme que « l'OTAN n'est pas en train de gagner la guerre en Afghanistan ».
Bref, y renvoyer de nouveaux renforts ainsi, c'est agir à l'aveugle. La bonne méthode serait que l'on débatte entre Européens, notamment au Parlement à Strasbourg, avant toute nouvelle opération militaire. Il faut agir d'abord pour soutenir le mouvement démocrate en Afghanistan, pour s'assurer de l'arrivée des aides et enfin définir sérieusement une stratégie militaire face à une guérilla très bien organisée, qui comme je le rappelle plus haut, conduit à des combats violents et à des risques de morts nombreuses.
Nicolas Sarkozy affaiblit l'Union européenne de la défense en décidant si rapidement et sans réflexion. Pourtant, ce qui est avant tout nécessaire, c'est une politique étrangère européenne plus active qui cherche à harmoniser les positions de ses États membres face aux défis spécifiques que rencontre l'Union, au lieu d'attendre passivement les décisions des responsables de la politique étrangère américaine, puis de se disputer sur la réaction adéquate.