A la une 27/03/2008 à 14h41

Marée noire : Total paye, mais ne s'explique pas



Les opérations de dépollution dans l'estuaire de la Loire (Gilles Bridier).

Dix jours après l'accident, des nappes de fuel venues de la raffinerie Total bordent toujours l'estuaire de la Loire. La préfecture de Loire-Atlantique et l'entreprise Total, responsable de cette nouvelle pollution, ne peuvent que confirmer l'ampleur des dégâts : 100 tonnes déversées dans la Loire, et 300 qui stagnent toujours autour de la raffinerie, située à Donges. Paimboeuf, Saint-Nazaire, la Plaine-sur-Mer et d'autres communes ont également été touchées par cette pollution.

Mais la principale victime est bien sûr la Loire, seul fleuve encore sauvage de France (hors des villes, ses berges ne sont pas aménagées), et son estuaire, classé Natura 2000. Entre Paimboeuf et Donges, c'est un écosystème riche mais fragile qui est mis en péril. D'autant que la pétrole de l'Erika avait déjà souillé la région il y a moins de dix ans.

Avec cette nouvelle marée noire, Total cristallise les colères. De nombreux élus dénoncent une mauvaise gestion de la crise. François de Rugy, député Verts de Loire-Atlantique, a demandé la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la sécurité des installations portuaires. Et trouve curieux que les circonstances exactes de l'accident ne soient toujours pas connues :

 » Est-ce un défaut de sécurité, d'entretien, de surveillance ? Total ne dit rien. On se pose des questions. Contrairement à l'attitude adoptée lors de l'Erika, ils se montrent très généreux, assumant pleinement la responsabilité de l'accident, et affirmant vouloir tout rembourser.

 » Je finis par me demander si Total ne préfère pas payer la facture d'une pollution plutôt que de plancher sur la prévention. »

Pour autant, le député estime que le problème dépasse Total. C'est plus généralement sur la sécurité portuaire qu'il y a lieu de s'interroger. Car en deux ans, les accidents se sont multipliés.

Trois autres pollutions en deux ans

Toujours à la raffinerie de Donges, en mai 2007, un incident dans les lignes d'eaux de déballastage provoque la fuite d'eaux huileuses directement dans la Loire. Quelle quantité et quelles conséquences sur l'environnement ? Nul ne semble le savoir.

Janvier 2006, au terminal de Montoir, à quelques kilomètres de là : deux méthaniers entrent en collision. L'un des bateaux est touché, et laisse échapper, toujours dans la Loire, 30 à 40 tonnes de gasoil. En décembre 2006, enfin, et cette fois au large de l'estuaire, le navire Safe Marine Liman signale avoir perdu de sa cargaison 13 fûts. Ils contenaient de l'isopropanol et du toluène, produits hautement toxiques.

Face à cette accumulation, le collectif anti-marée noire multiplie les manifestations et dénonce un dysfonctionnement dans la sécurité du site portuaire du Donges. Gabriel Ceroni, fondateur de l'association Natur-Action, rattachée au collectif, va plus loin. Selon lui, les plans Polmar, plans d'intervention en cas de pollution maritime, doivent être radicalement améliorés :

 » Aucun plan Polmar ne tient réellement la route, les moyens mis en place sont dérisoires ! Dans les alentours, il n'y a aucun bateau capable de récupérer dix tonnes. Et qui nettoie les plages ? Des bénévoles et des intérimaires.

 » Imaginez si la pollution contenait des produits nucléaires, que ferait-on ? Il faut créer des emplois d'éboueurs de la mer, avec des professionnels formés à ce problème. »

Comme pour l'Erika et le Prestige, cette marée noire mettra du temps à disparaître. Pourtant, le prétrole échappé de ces cargos échoués ne représente que 10% de la pollution maritime, loin derrière les dégazages en pleine mer et les rejets de déchets domestiques.

Réalisé avec l'aimable participation de Benjamin Triskell

  • 9407 visites
  • 41 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • La Grenouille
    • Posté à 15h58 le 27/03/2008

    Je suis étonné comme cette catastrophe écologique locale (oui c'est bien plus qu'un simple incident réglé en 2h) est peu relayée dans les médias, surtout quand ces mêmes médias ont braqué leurs projecteurs pendant des semaines sur le Grenelle de l'environnement.

    Ce nouveau cas de pollution aux hydrocarbures mérite qu'on s'y attarde, histoire de faire un état des lieux de la gestion de ce genre de problème écologique, de savoir si des dispositifs ont été mis en place depuis l'Erika, de déterminer les responsabilités respectives.

    Au niveau du gvt, je n'ai entendu que Borloo qui a avoué que la pollution était plus dramatique que prévue...
    Quid du président et de l'ensemble des députés ?

    Car encore une fois Total reste discret et se garde bien de présenter ses excuses ou de quelconques responsabilités.

  • Mengneau Michel
    • Posté à 17h34 le 27/03/2008
    • Internaute

    Voilà l'article que j'avais fait passé dimanche 23 sur différents sites. Quelques jours après on a toujours pas de réponses...

    TOTAL se fout encore de nous !

    L'apparente célérité relatée dans les médias le 17 mars avec laquelle Total aurait alerté les autorités et puis la mise en place d'une cellule de crise laisse pour le moins dubitatif, voire interrogateur.

    D'après ce que l'on sait c'est le dimanche 16 à 16h45 que la fuite aurait été isolée et seulement à 18h que la préfecture prévenue aurait mis en place la cellule de crise. Donc tout laisse à supposer que l'employé chargé de surveiller les canalisations à vélo n'est pas près de gagner le tour de France car 1h15 pour joindre le premier téléphone venu il faut pédaler en marche arrière, et pendant ce temps là quelques tonnes de fuel allaient se répandre dans l'estuaire. Puis en ayant dit à la préfecture que la fuite était en voie de colmatage, ce n'est qu'à 22h que le pollueur prétendra à celle-ci avoir maitriser l'accident.

    Le lundi vers 1 heure du matin les pécheurs signaleront la présence des premières nappes…

    La première constatation est que l'on peut remarquer sans être un spécialiste que la rapidité d'intervention n'est pas flagrante. D'ailleurs un certain ministre à la chevelure ondoyant et dont le nom se termine par deux « oo » aurait parlé de lenteur. Mais comme je me méfie de ce drôle d'oiseau qui pour faire de la « com » afin de s'attacher la sympathie des populations est capable de raconter n'importe quoi, il est donc préférable de se tourner vers les associations pour avoir des renseignements plus objectifs.

    Nous laisserons à la justice, si elle ne subit ne pas de pression, déterminer comment les événements se sont déroulés et déterminer si il y a eu faute ou pas. Néanmoins, le doute quant à la bonne volonté de Total dans ce genre d'affaire est latent puisque l'on a appris aussi que la canalisation datait de 1972. Je veux bien que des contrôles périodiques effectués par la Drire en autres soit un garant de sécurité, mais il n'en reste pas moins qu'une canalisation ayant 36 ans d'âge présente toujours des signes d'une certaine vétusté. Il ne faut pas en être étonné, ce genre de pratique est coutumière chez Total qui frète aussi des bateaux pourris naviguant sous pavillon de complaisance et dont que le personnel y est esclavagés et payés avec des lance-pierres. Avec ce genre de pratique on comprend mieux comment cette société à déclaré un résultat net en 2007 de 12 585 millions d'Euros, et les actionnaires se frottent les mains pendant que les oiseaux crèvent mazoutés par leurs obsessions de profits.

    La LPO ainsi que d'autres associations s'inquiète à juste titre de cette situation, d'autant que Total est coutumier du fait, l'Erika en 1999, fuite à Donges en 2003, deux méthaniers se sont télescopés en 2006 répandant 30 tonnes de fuel, et maintenant 400 tonnes pour la nouvelle fuite. A la suite de cette nouvelle négligence plus de 20 km de côtes sont pollués avec par endroit des épaisseurs atteignant 40 cm, ce qui fait craindre de nouveau à un mazoutage de la faune et particulièrement des oiseaux, et pourtant Total et le Préfet se veulent rassurant. Y-en a marre !

    Une nouvelle fois j'ai l'impression qu'on nous prend pour des cons !

  • Dongtrieu
    Dongtrieu
    curieux
    • Posté à 08h53 le 28/03/2008
    • Internaute
      curieux

    Contrairement à ce qui est écrit sur plusieurs commentaires, Total (voir son site Internet) a donné la cause de la pollution dés le 17 mars et présenté ses excuses.Cet incident est naturellement inacceptable mais le monde n'est pas manichéen avec les bons (écolos) d'un coté et les méchants (industriels) de l'autre.