L'edito

La France en guerre en Afghanistan : ça vaut bien un débat ?

La France est un curieux Etat, où le président de la République annonce à l'étranger qu'il va envoyer des troupes faire la guerre à l'autre bout du monde, avant même d'en informer son propre pays ou au moins ses élus. Nicolas Sarkozy a ainsi donné au Parlement britannique la primeur de l'annonce, qui sera officialisée la semaine prochaine au sommet de l'Otan en Roumanie : la France va envoyer un millier de soldats français supplémentaires en Afghanistan, où se trouvent déjà quelque 2000 militaires français.

Devant l'indignation de l'opposition, mercredi à l'Assemblée nationale, le gouvernement a concédé que les ministres de la défense et des Affaires étrangères se tenaient à la disposition des Commissions parlementaires pour en parler. Pour être tout à fait honnête, la pratique n'est pas nouvelle, et les socialistes qui s'en plaignaient hier, l'ont subie en silence quand François Mitterrand régnait à l'Elysée. Mais cela n'enlève rien à l'argument.

Malgré ce parfum opportuniste, le député PS Henri Emmanuelli n'avait pas tort lorsqu'il qualifiait hier la France de « seule démocratie occidentale où une situation de guerre peut perdurer sans que le Parlement ne l'autorise ou n'en soit informé ». Le parlement britannique, où se trouvait hier le président Sarkozy, est un bon exemple de lieu de débat des engagements militaires du Royaume Uni, comme Tony Blair l'a vécu à ses dépens lorsque son aventure irakienne a mal tourné.

L'envoi de nouvelles troupes mérite discussion à plusieurs titres. D'abord parce que Nicolas Sarkozy, pendant la campagne électorale, avait déclaré que la présence à long terme des troupes françaises en Afghanistan ne lui semblait pas décisive. S'il a changé d'avis, qu'il explique aux Français pourquoi.

Surtout que depuis cette époque, les conditions dans ce pays se sont déteriorées : l'année 2007 a été la plus meurtrière depuis l'engagement international dans ce pays en 2001 pour renverser le régime des talibans. Cette guerre approuvée par les Nations unies est différente de celle d'Irak, mais faut-il pour autant une escalade militaire ? Avec quel objectif, alors que de sérieux doutes émergent sur les résultats de la stratégie suivie ? Pas de réponse.

Ensuite, ce renforcement de la présence française au sein de la force internationale en Afghanistan accompagne une réflexion plus large sur un retour de la France dans les structures militaires de l'Otan dont l'avait retirée le général de Gaulle en 1966. Là encore pas de débat public.

Au moment où va s'engager l'examen de la réforme des institutions, le sujet n'est pas mineur. Le président de la République va avoir le droit s'adresser au Parlement français, alors que, paradoxalement, il pouvait déjà le faire à Washington ou à Londres. Mais cette présidentialisation s'accompagne d'un renforcement limité des pouvoirs du Parlement. Demain comme aujourd'hui, le parlement restera à l'écart des grands enjeux de politique extérieure et de défense. Un débat parlementaire semble pourtant s'imposer avant d'envoyer des soldats vers une mission lointaine dont certains ne reviendront pas.

Pierre Haski

Mise à jour le 28/3/2008 : Le gouvernement a finalement accepté d'organiser mardi après-midi un débat, mais sans vote, à l'Assemblée nationale puis au Sénat.

► Edito diffusé jeudi 27 mars sur Europe1. Retrouvez l'édito de Pierre Haski tous les mardi et jeudi à 7h42 sur Europe1, et en podcast en cliquant ici.

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6 commentaires sélectionnés

Portrait de Annie

De Annie

11H38 | 27/03/2008 | Permalien

Lorsque le Royaume Uni est entré en guerre contre l'Irak, il n'y a eu aucun débat parlementaire non plus. La France dans ce sens n'est pas dans une position unique. Le problème est qu'il y a déjà des soldats français en Afghanistan. Donc la question de l'implication française est réglée. La France est impliquée ; il y a par conséquent deux solutions : soit la France retire toutes ses troupes et de désengage totalement de l'Afghanistan, soit elle est soutient ses « alliés » et renforce ses troupes. Elle ne peut pas rester assise entre deux chaises. L'Afghanistan est comme l'Irak un véritable bourbier dont personne ne sortira grandi, deux pays déchirés par des guerres intestines, pour lesquels les pays occidentaux n'ont aucun élément de solution. La question n'est pas de discuter d'un possible renfort des troupes, mais d'un retrait définitif de l'Afghanistan.

Portrait de V comme vendetta

De V comme vendetta

Ecrivain | 15H38 | 27/03/2008 | Permalien

Quand la France a-t-elle décidé de sa politique étrangère à l'Assemblée ? Sous la Constituante, en envahissant l'Europe « allons z'enfants… Etc. » ; sous la 3eme, guerres de l'époque coloniale, contre la Chine entre autres… etc. ; et sous la 4 eme, l'Algérie, les fameux « événements ».

Les « débats » parlementaires n'ont jamais arrêté l'humeur guerrière de la République, au contraire…

D'un point de vue constitutionnel, il n'y a aucune irrégularité juridique à ce que le chef de l'État annonce un accroissement du contingent français dans un pays où le cadre de l'action est strictement défini par des résolutions de l'ONU.

Je m'étonne même du caractère crypto nationaliste de votre édito : ce que vous avez l'air de reprocher le plus est le lieu de l'annonce : à l'étranger et par des organes de presse étrangers : est-ce le plus important ?

Portrait de pomme53

De pomme53

Médiation | 18H55 | 27/03/2008 | Permalien

Pourquoi le président SARKOZY a-t-il changé d'avis concernant l« envoi de troupes en Afghanistan ? Vaste programme !
A quoi peut bien servir d'envoyer des troupes Françaises supplémentaires en Afghanistan aujourd'hui, alors que nous sommes déjà présents dans ce pays, à hauteur de 2000 hommes ?
En quoi 1000 hommes de plus vont-ils faire la différence sur ce théâtre d'opérations déjà encombré de multiples contingents ?
Venir en aide à l'alliance Anglo-Américaine débordée par les charges Talibannes de Kaboul ?
Organiser avec le flair “spécial frenchie” de nouvelles recherches pour retrouver BEN LADEN ?
Montrer nos nouveaux et coûteux matériels de guerre aux spécialistes Américains ?
Difficile à croire !
Le renforcement militaire de la France en Afghanistan, décidé de façon unilatérale par Nicolas SARKOZY, alors que lui même, avait été un temps, d'avis contraire, va coûter très cher au Pays des droits de l'Homme dont les caisses sont vides !
La représentation parlementaire nationale, qui elle, souhaitait un débat autour de cette participation militaire, devra se contenter de la décision présidentielle et accessoirement des explications des secrétaires et ministre d“état . Au besoin, par une manipulation constitutionnelle, ledit président montera bientôt à la tribune de l'Assemblée Nationale pour leur susurrer combien leur avis l‘indiffère !

Il semble que la raison soit ailleurs ; ne serait-ce pas une manoeuvre destinée à préparer’ l'opinion publique Française à d'autres expéditions militaires prévues elles en… Syrie ? en Iran ? à des fins de luttes contre le terrorisme ou désigné tel !
On comprend mieux aujourd'hui la résistance du Président CHIRAC , et son refus de s'aligner sur les positions d'outre atlantique, devenues depuis l'avènement de BUSH, une véritable menace pour la paix dans le monde ! Et maintenant sur le territoire Français !

Au-delà de cette participation militaire Française, il s'agit de ‘ sensibiliser ’ l'opinion afin qu'elle cautionne au moment opportun, un déploiement beaucoup plus important contre les ‘forces du mal’ !
Quelles sont-elles ces forces du mal ? Où sont-elles ? ‘ Dieu ’ seul le sait !
Les médias sauront en temps voulu faire oeuvre de pédagogie évangéliste en ce sens !
Au-delà de ce calcul à court terme, les risques de déstabilisation sont très grands, et ceux d'attentats en représailles sur notre sol , plus grands encore…
On se souvient des attentats en Espagne et en Angleterre, en réponse au renforcement par ces pays, de contingents militaires en territoires Musulmans (Afghanistan et Irak) .
Avec Nicolas SARKOZY comme chef suprême des armées, l” hypothèse d'un conflit en territoire Musulman, considérée comme quasi inexistante avant son élection, devient extrêmement crédible depuis son élection !
Son désir de paraître devant les Américains comme un incontournable champion de la lutte du bien contre le mal (vous allez voir ce que vous allez voir ! ) risque de nous entraîner dans des situations de guerre dont nous ne reviendrons pas indemnes ! !
Est-ce vraiment notre destin ? Est-ce vraiment notre combat ?

Portrait de DAvid-0007

De DAvid-0007

16H07 | 27/03/2008 | Permalien

L'oNU demandes aussi un soutien humanitaire et de reconstruction du Pays… n'aurait-il pas été plus judicieux d'en discuter serieusement et d'aider les fgans ds ce sens plutôt que de ne penser qu'avec l'option militaire ?
je ne dis pas qu'ils ne serviront à rien, evidement il vont aider à sécuriser un petit peu qq villages et autres ONG (surtout celles qui travaillent sur les itinéraires des convois logistiques déstinés aux militaires ! ), mais il faut voir un peu plus loin et avouer, ds le contexte de la région et des enjeux stratégiques et pétroliers, que nos soldats vont finalement là-bas plus pr des intérêts capitalistes, à destination d'une minorité de lobbies ultra-puissants, plutôt que d'apporter un réel bien-fait au pays.
je le repète : on est plus a une guerre prêt pour le pétrole et toutes les manipulations qui y sont inérantes

Portrait de Caius

De Caius

Expert en management | 16H25 | 27/03/2008 | Permalien

Que la France décide d'envoyer des renforts militaires en Afghanistan ne serait pas forcément choquant. Pourquoi ? Parce que cette intervention militaire, contrairement à l'aventure irakienne, est appuyée par l'ONU. Parce qu'elle a visé, initialement, à renverser un régime obscurantiste, totalitaire et meurtrier, qui soutenait le terrorisme, et dont la plupart des Afghans sont certainement heureux d'être débarrassés. Parce que la première mission des forces française est de former l'armée afghane pour qu'elle puisse, à terme, assurer elle-même la sécurité du pays. Parce que le seul foyer de lutte armée dans ce pays demeure le fait de ces talibans qui refusent d'admettre avoir perdu le pouvoir, et qu'il faut être deux pour faire la paix.

Non, ce qui est choquant, c'est la manière désinvolte dont cette décision est prise. Que je sache, on n'a pas signalé la présence d'une avant-garde talibane aux portes de Paris, qui justierait que l'exécutif prenne en urgence une décision unilatérale, sans qu'il en soit auparavant débattu avec le parlement.

L'annonce faite par Nicolas 1er, sans consultation préalable, et qui plus est en en réservant la primeur à des interlocuteurs étrangers, est bien le « fait du prince ». C'est un profond mépris des institutions démocratiques, et l'on aimerait en entendre davantage parler dans la presse que du menu du repas offert par Her Majesty.

Portrait de Pierre Haski

De Pierre Haski 9

Rue89 | 17H11 | 27/03/2008 | Permalien

@V comme Vendetta : ce n'est pas du « crypto nationalisme », c'est du simple respect de la démocratie. J'aimerais, sans illusions vu la majorité, que le Parlement débatte et approuve l'envoi de troupes sur un front de guerre avant que le président puisse bomber du torse à Londres ou à Bucarest. Il faut croire que la demande n'est pas illégitime puisque Sarkozy vient d'annoncer (à Londres..) qu'il y aurait bien un débat au parlement !

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