
(De Seleah, Soudan) Du sable, 40°C à l’ombre, une chaleur sèche, brulante et une voie de chemin de fer. Seleah est un village perdu au milieu du Darfour. On y dénombre une population de plus de 25000 personnes. A la base, ce village soudanais ne comptait que 4000 âmes. Si les 20000 nouveaux arrivants ont fui les exactions des milices Janjawids, ils se sont aussi massés à Seleah car on y trouve de l’eau. Dans cette ville sale, faite de paille et de bâches en plastique, il n'y a que deux forages. L’un est géré par le gouvernement, l’autre par Solidarités. Nous sommes la seule ONG présente en permanence à Seleah. Il y a deux ans, nous avons construit le second forage de la ville.
Deux forages, c’est bien, encore faut-il avoir une bonne place dans les longues files d’attente pour espérer puiser l’eau dont la famille aura besoin dans la journée. Dans le cas contraire, on ne peut se permettre d’attendre deux jours. Il faut alors prendre son courage à deux mains, son âne et partir sur des chemins peu sûrs pour près de six heures de marche aller-retour au puits le plus proche. Survient alors le deuxième problème, plus économique celui-ci. Perdre six heures chaque jour pour trouver à boire ne permet pas de développer quoi que ce soit. Comment tenir un commerce, cultiver quelques légumes ou faire du négoce quand on perd tout son temps à chercher de l’eau?
Pour voir ce diaporama en plein écran, cliquez ici.
La gestion équitable de Solidarités
Pour remédier à ce problème de temps d’attente, notre association a mis en place une gestion propre et claire du forage qu’elle entretient en partenariat avec la communauté locale. Si la file d’attente est trop longue, les femmes –car se sont elles qui s’occupent de l’eau– peuvent aller s’inscrire auprès des gardiens du forage. Elles leurs indiquent leur nom et laissent sur place leurs jerricanes (offerts par l’Unicef). Ainsi, elles peuvent repartir s’occuper l’esprit libre et revenir à l’heure de la prochaine distribution. Cette initiative semble simple et pourtant…
Au forage du gouvernement, la distribution d’eau prend une autre tournure. C’est l’anarchie. Chacun se bat pour obtenir une bonne place dans la file d’attente et ne peut la quitter sous peine de la perdre. Un attroupement trop imposant et les gardiens armés de bâtons frappent au hasard pour disperser la foule.
Au-delà de l’accès à l’eau, nous mettons en place des sessions d’éducation à l’hygiène: lavage des mains, construction de latrines, couverture des denrées, etc… Au forage, Solidarités tente de prévenir les risques de contamination par une méthode simple. On ne peut allez se ravitailler en eau sans avoir au préalable nettoyé les mousses stagnantes à l’intérieur des bidons. Quelques caillasses, de l’huile de coude et l’on secoue. Stratégie simpliste et pourtant indispensable. A notre forage, on paye au mois. Un dollar pour quelques bidons chaque jours. Cette gestion nous permet de venir en aide à plus de 500 familles sans discrimination. "Riches" ou "pauvres" sont traités de la même manière.
15 litres par jour par famille
Quand on s’attarde sur les chiffres, ils sont effrayants. Les familles de Seleah ne disposent que de 15 litres d’eau par jour. 15 litres, c’est très peu pour boire, se laver, cuisiner et entretenir un potager. Quinze litres pour une famille d’au moins quatre personnes. La consommation d'une famille de quatre personnes en France s’élève à plus de 350 litres par jour. Vingt fois celle d’une famille de Seleah.
Il ne s’agit pas de se sentir coupable d’utiliser de l’eau. Il faut juste ne pas oublier, savoir qu’ailleurs la situation est différente et parfois désastreuse. Il y a un an sortait sur les écrans "Si le vent soulève les sables", un film franco-belge sur la situation de ces familles africaine contraintes de quitter leurs villages où l’eau se fait trop rare. Un exode dramatique à travers des pays en guerre, où chaque pas amène son lot de souffrance –meurtre, enrôlement et l’eau, l’eau qui manque toujours.
L’Afrique et son problème d’eau paraissent loin. Et pourtant, déjà, en Espagne et dans le sud de la France, les nappes s’assèchent, la désertification avance et la pluie se fait plus rare d’année en année. Chaque goutte d’eau compte.
► Photos: Christophe Martins et Tugdual de Dieuleveut

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Le problème des pauvres en Afrique... Alors que nous avons tant de problèmes avec les droits de l'homme en Chine !
Darfour, Afrique : Cela fait des années qu'il y a des milliers de morts, qu'il y a des enfants vendus.... Que les femmes sont violentées.
On ne s'en préoccupe seulement "que" maintenant ???
Oui, mais pas le temps !
Tout cela au moment où l'on parle de pourparlers au Tchad-Darfour-corne-de-l'Afrique, et...et...
Et le Tibet ?
Nous avons avec tous les BHL exploité les forêts en Afrique pour maintenant discourir devant les caméras...!
Nous pleurons sur les droits de la femme !!
Nous pleurons sur les droits de l'homme !!
Mais en ce moment, hélas, je crois savoir que les caméras sont tournées vers les JO, la Chine, et Carla en visite à Londres, où elle accompagne Nicolas.
(Il me semble aussi que tout cela est de la fautes de autres... Enfin, des Américains.
Moi je n'ai rien à faire des Américains, mais il faut bien un bouc émissaire, non?
Et puis la Chine cela sonne mieux, non?)
Alors forcément, le Darfour... En ce moment On en parle moins.
Moi, il me semble que les "droits de l'homme ", cela concerne "tous" les hommes, et "toutes" les femmes.
Tout l'monde manque de tout, on est trop nombreux sur Terre et on se fait la guerre pour le peu de ressources naturelles qui restent - Join us: http://www.vhemt.org
Ah, tout le monde (je souligne) manque de tout? Première nouvelle.
Oui, qui ne manque de rien? Nous? Les États-Unis? Si c'était vrai, il n'y aurait pas de guerre en Irak ni de clientélisme à la sauce Françafrique pour commencer.
"L'extinction progressive de l'espèce humaine par l'abandon volontaire de la reproduction permettrait à la Biosphère de recouvrer une bonne santé. Le manque d'espace vital et les pénuries en ressources naturelles trouveraient leur solution si la population humaine était moins nombreuse et moins dense."
Mais biensûr, en même temps ne te fais pas de soucis, une telle mentalité ne donne pas envie de te faire des enfants ;)
Dis ce que tu veux, mais en tous les cas bon nombre de problèmes sont liés à l'activité humaine trop importante (spoliation des ressources naturelles, pollution, réchauffement climatique, famines, etc...). À moins que tu dises que rien de tout ça n'existe. Faut s'attendre à tout, de nos jours.
Nous ouvrons le robinet. L'eau coule. Elle est propre, potable. Nous la laissons couler à tort et à travers, 150 litres par jour pour la chasse d'eau, nous la considérons comme un droit… Jusqu'à quand?
Au lieu de compatir bêtement sur la sécheresse et la misère là-bas depuis notre position de nantis de l'eau (quelle contribution utile cela apporte-t-il?), ne ferions-nous pas mieux de respecter ce bien précieux et indispensable, en interdisant en vrac: la culture de maïs là où le sol manque d'eau, les arrosages en plein soleil, le pompage à tort et à travers, la privatisation de la distribution d'eau, le drainage qui lessive les terres, l'épandage de lisiers et autres phosphates qui se retrouvent immanquablement à asphyxier les rivières…
C'est de notre responsabilité de permettre un accès à l'eau potable, ici, aux générations futures.
cher Humain, vous dissertez sur la généralité vague des problèmes mondiaux alors que l'article nous ramène au bord du puits, contrairement à votre vol plané sur la stratégie universelle ce qui m'intéresserait de mieux comprendre c'est les principes de la file d'attente et le tarif de 1€ mensuel, je signale au passage que le lien pour voir en plein-écran renvoie vers un site de publicité pour le film. Bref je trouve l'article intéressant mais un peu court on a la place sur le net on n'est pas dans le métro, je voudrais comprendre comment une famille de 4 personnes se débrouille avec 15 litres d'eau par jour, à quoi ressemble le potager par exemple.
Un potager au Darfour !!!
Cher ami, Quelle drôle d'idée ! Pourquoi pas un jardin des plantes ou mieux les jardins suspendus de Babylone !!!
C'est l'article de T. de Dieuleveult qui évoque la culture de quelques légumes, et plus loin, la culture d'un potager.
Je rejoins ce que dit Humain ;
Combien se sentent concernés par ces infos ?
Oui c'est dramatique, et pendant ce temps là...
sarko fait le clown en Angleterre, des soldats sont tués dans les points chauds du monde etc...
et à la télé, en ce moment on dissèque la façon de manger de carla !
Pour en revenir à l'article, le 22 mars c'était la journée mondiale de l'eau : j'en ai pas vraiment entendu parler.... A mais oui, on était occupés à regarder le roitelet et sa cour, désolée.
Madame Mitterand (seule première dame de France qui mérite ce titre à mes yeux !) dans sa fondation France Libertés fait bien mieux qu' apprendre à tenir une fourchette à la cour du roi soleil !
à visiter le site :
http://www.france-libertes.fr
Et puis aussi son blog :
http://danielle-mitterrand.blog.lemonde.fr/
Et puis aussi quelques photos de Philip Poupin :
http://www.philip-photos.com/photos-fr-darfour-2-0.html
Merci pour ce lien ; les photos sont magnifiques et pleines de sens.
Oui, Philip a du talent et du courage.
Le métier de photoreporter est difficile.
je suis comme vous consternée de constater que cet article (plus récent il est vrai) suscite si peu de réactions en comparaison de celui qui porte sur Carla et compagnie. Cela dit, mis à part dire notre indignation, que faire? Remarque: c'est une vraie question et non un appel à baisser les bras!
Consternée, madame, certes mais si vous regardez les posts auxquels vous vous associez, on se rend compte qu'ils traitent de Mme Mitterand et des ses qualités, supérieures apparemment à celles de Not'belle carla...
Comme quoi nul n'est parfait.
en marge de cet article : les femmes qui sont de corvée d´eau...et de bois, risquant le viol pour chaque voyage...et les hommes qui attendent au camp...
Faux les hommes sont sur la route des femmes pour les violer... Sinon qui les violent?
effectivement c'est logique.
Un passage de la revue Altermondes qui vient de paraitre :
"L’eau, un pilier fondamental des dynamiques de développement.
Dans un monde aux richesses sans précédent, 1,1 milliard d’humains n’ont pas accès à l’eau potable et 2,6 milliards ne bénéficient pas de système d’assainissement de base."
Cet article pose plus de questions qu'il ne donne de réponse. MSF a pris la décision il y a quelques années de cela de ne faire payer aucun service, que ce soit d'approvisionnement en eau ou médical. Pourquoi faites-vous payer l'eau?
Par ailleurs, 15 litres devraient représenter la consommation par jour et par personne selon les normes sphère. Envisagez-vous, vous ou le gouvernement, de forer d'autres puits? ou bien l'eau fait-elle défaut pour cela.
Pour finir, une coordination avec les services gouvernementaux semble s'imposer. Est-ce possible? Comment votre communauté vit-elle les deux types de service qui lui sont offerts? Privilège-t-elle un service par rapport à l'autre?
25 000 personnes 2 puits, bien sur que non tout le monde ne peut beneficier de l'aide de solidarités. Les normes Sphere oui, mais la elles ne sont pas applicable. L'eau manque.
Faire payer l'eau: Solidarités n'est pas MSF et d'autre part les forages ont des coups de fonctionnement très lourd. Ce ne sont pas des puits manuel
Pour l'avenir, la communauté de Seleah s'est prise en main et a payé elle même pour des études géophysique dans le but de trouver une autre nappe. Elle fournira les résultats a Solidarités pour qu'en partenariat, ils gèrent ensemble ce nouveau forage.
Les gens ne privilégient ni l'un ni l'autre. Ils se débrouillent et c'est bien la le problème. Au forage du Gouvernement l'eau se paye au jerricane. Les riches en prennent autant qu'ils veulent les pauvres autant qu'ils peuvent. Au final il revient moins chère de payer un dollar par mois que de payer tous les jours au jerricanes. L'accès a l'eau serait pire si solidarités n'était pas sur le terrain.
Le gouvernement soudanais aide quand il le souhaite et freine également quand il le souhaite les travaux entrepris par Solidarités et les autres ONG.
Je vous remercie de vos explications. Encore une question, la dernière je promets: Y a-t-il un projet pour relocaliser cette communauté, ou du moins les personnes déplacées? Il est évident d'après ce que vous dîtes que la situation n'est pas tenable à long terme, s'il y a pénurie d'eau.
Bravo pour votre action. Bravo pour l'article.
Moi je m'en fous je chie dans l'eau potable ah ah
Et au fait, je me demandais l'autre jour, à quel moment les allemands se sont-ils rendus compte que les gens dans les centre pour san...les camps de concentration étaient exterminés ?
Heureusement que maintenant les pauvres sont éliminés loin de chez nous parce que j'aurais failli avoir mauvaise conscience.
quelques commentaires de quelqu'un qui a travaillé 18 mois au Darfour
- quelqu'un s'étonne plus haut quand on parle de jardin potager : le Darfour est une région d'agriculture et d'élevage qui peut passer pour "riche" dans un contexte sahelien.
Une bonne saison des pluies de juin à septembre rend tout vert avec bien sûr les variantes du plus jaune (sable) au nord au plus vert au sud. Mais la zone a toujours été exportatrice de légumes, fruits, maïs et viandes (moutons, chèvres, vaches, chameaux), ça n'est pas pour rien que l'aéroport de Nyala peut recevoir les avions gros porteurs frigo qui exportaient la viande vers les pays arabes et Khartoum.
Ajoutez y un climat meilleur (10° de moins qu'à khartoum) et vous trouverez une des raisons de la guerre : pourquoi ne pas virer des tribus qui ne sont pas de mon clan pour les remplacer par les miens et en plus vendre les bonnes terres aux Saoudiens et Koweitis, c'est déjà ce qui se fait dans la vallée du Nil ou l'an dernier à Kosti ils ont massacré à la mitrailleuse des paysans expulsés de leurs bonnes terres irriguées vendues aux riches saoudiens.
Ajoutez à ça qu'il y a des prospections pétrolières au Sud Darfour avec de bonnes probabilités de résultat vu le voisinage de zones dèjà en exploitation (Abiei et sud soudan).
Au sujet de faire payer l'eau, j'approuve totalement cette tendance générale au sein des humanitaires de faire participer les bénéficiaires en 3 étapes :
1 - quand on arrive dans l'extrème urgence d'un désastre où tout le monde est à terre : on donne !
2 - ensuite, à la fois pour aider les communautés à se reconstituer et pour responsabiliser personnes et groupes on fait payer une participation, le "cost-sharing"
3 - le but étant d'arriver à la prise en charge totale de l'action par les communautés par un recouvrement total des coûts (le "cost recovery") pour mettre en place une structure coopérative communautaire qui CONTINUERA APRES NOTRE DEPART et aider le tissus économique et des échanges à se reconstituer.
Je l'ai fait pour les dispensaires et les médicaments, d'autre le font pour l'eau...
Faire autrement en donnant à long terme aboutit à un désastre :
- les gens habitués à recevoir exigent tout et plus : il y a de très gros problèmes dans les camps du Darfour; J'en ai vécu un au camp d'AbouChoq à El Fasher (Nord Darfour) avec mise en danger des personnels humanitaires.
- les communautés se délitent complètement : plus d'organisation, plus d'autorité, plus de travail en commun, les jeunes refusant l'autorité des anciens et ne se sentent plus dépendants/co-responsable de la communauté. Ils deviennent des proies faciles pour le recrutement de milices et les manipulations du gouverneur.
- le tissus économique est totalement détruit car tout est gratuit, les relations sociales et d'échanges sont explosées : imaginez votre ville ou village avec ses médecins, pharmaciens, PME, commerces, artisans, service d'eau municipal... si un riche mécènes (un Bill Gates ?) arrivait et donnait tout à tout le monde pendant 3 ans : génial !!! et puis hop, il se casse, laissant les gens sans rien car tout les acteurs économiques ont été ou ruinés ou partis.
Voilà pourquoi le grand soucis des humanitaires responsables est d'articuler le plus vite possible Urgence > reconstruction > développement > auto- suffisance.
Quant à MSF... bof !
L'actu Darfour et celle des trente quatre autres guerres en cours actuellement sur la planète trouvent un échos passionnant sur le blog du CICR > http://cicr.blog.lemonde.fr