Sur le terrain 26/03/2008 à 20h50

Seize postes en moins : blocus au lycée de Chelles


A la veille d'une journée de mobilisation dans le secondaire, la mobilisation baisse et l'amertume gagne au lycée Bachelard.

Infosignalée par
un internaute

Au lycée Bachelard de Chelles, le 20 mars (DR)

(De Chelles) Dans l'académie de Créteil, le rectorat ne répond plus. Parents d'élèves, enseignants, journalistes... nombreux sont ceux qui se sont cassé les dents sur le standard, toute la journée de mercredi, alors qu'une quinzaine de lycées étaient encore bloqués dans cette académie qui recoupe trois départements (Val-de-Marne, Seine-Saint-Denis et Seine-et-Marne).

Rendez-vous était pourtant pris à 17h30 avec le recteur en personne, qui devait recevoir une délégation d'élus, profs et parents du lycée Gaston Bachelard de Chelles, en Seine-et-Marne. C'est par hasard, alors qu'une enseignante de l'établissement passait dans le bureau du proviseur, qu'on avait appris le matin-même que le rendez-vous était tout simplement annulé. Aurélie Lecoeur, professeur d'histoire-géographie à Gaston Bachelard et représentante Force Ouvrière, raconte :

« Sans cette collègue, personne n'aurait cru bon de nous prévenir que le recteur ne recevait plus aucun enseignant mais seulement des chefs d'établissement jusqu'à nouvel ordre. »

C'est pourtant en échange de cette promesse d'entretien arrachée après « deux heures et demie à tambouriner sous les fenêtres du rectorat à une soixantaine venus grâce à un bus prêté par la mairie » que le blocus avait été levé à Gaston Bachelard. Durant trois jours, au retour des vacances d'hiver, profs et parents d'élèves avaient en effet bloqué « en quasi totalité » l'établissement pour protester contre les suppressions de postes à la rentrée prochaine.

Seize postes supprimés, cinq classes fermées

Dans ce lycée d'enseignement général et technologique qui compte aujourd'hui 1373 élèves, pas moins de seize postes doivent être supprimés. En termes de classes, cela signifie une seconde et quatre terminales en moins en septembre. La plupart des matières sont concernées, avec trois postes de moins en mathématiques, un en histoire-géo, un autre en philosophie, quatre en Sciences et technologies industrielles... Les syndicats reconnaissent qu'on observe un « léger fléchissement » dans le nombre d'inscrits mais « rien de comparable avec des fermetures de classes de cette ampleur ».

Alors, depuis l'annonce du nombre de suppressions de postes, tous les enseignants se sont remis à l'arithmétique. Dans la cour, Marie Omont, qui enseigne le français et le cinéma, fait ses comptes, des tresses ramenées autour de l'ovale du visage :

« Cinq classes de moins, ça signifie des classes de 35 élèves, sinon davantage. Et, pour pas mal de profs, une classe en plus en charge. Nous, ce que nous objectons, ce sont des arguments pédagogiques : on ne s'occupe pas pareil de classes de 25 ou de 35 élèves. On n'accorde pas le même temps à la préparation des cours ou à la correction des copies si l'on a trois ou quatre classes. »

A côté d'elle, une collègue qui enseigne la philosophie renchérit :

« Dans ma discipline, il est hors de question de corriger plus de 165 copies par mois. Au-delà, ça devient n'importe quoi. Il n'y a pas de mystère : quoiqu'on en dise, moins on a d'élèves, mieux on s'en occupe. »

Quoiqu'on en dise ? Après le semi-échec de leur blocus et le lapin du recteur, l'écoeurement : pour justifier la fermeture de classes et l'augmentation du nombre d'élèves dans celles qui restent, le proviseur se serait emparé des statistiques au bac. Moins de 70%, selon les profs du lycée qui estiment qu'il s'agit « d'un des moins bons résultats de l'académie » mais avancent, eux, cet argument pour réclamer des classes moins nombreuses.

« Nous n'avons plus d'interlocuteur »

Contacté par Rue89 mercredi, le chef d'établissement n'a pas donné suite à nos appels. Mais des enseignants racontent qu'on a fait pression sur eux pour qu'ils cessent de « monter les élèves contre l'établissement ». Aurélie Lecoeur, FO, précise :

« On comptait sur le proviseur pour plaider notre cause auprès du rectorat mais la voie hiérarchique n'a pas fonctionné. Nous n'avons plus d'interlocuteur. »

Devant le lycée, les élèves vident petit à petit les lieux : on est mercredi midi. A la veille de la journée de mobilisation, l'agitation semble ordinaire. Ni plus sauvageonne ni plus motivée qu'ailleurs. Ici, le blocus n'a pas débouché sur des scènes de casse, contrairement à d'autres établissements des environs. Alors qu'une douzaine de lycées sont encore bloqués dans l'académie, il n'y aura pas de nouveau blocus à Gaston Bachelard, jeudi, même si certains profs feront grève. C'est le cas d'Aurélie Lecoeur, la représentante FO :

« Le blocus a divisé les enseignants. Parmi ceux qui voulaient faire quelque chose après l'annonce des suppressions de postes, certains préféraient la grève, qui est un moyen légal ; d'autres ont choisi le blocus. »

Presque trois semaines après le début de la mobilisation, on sent les enseignants du lycée chellois un peu écoeurés et les rangs se clairsemer. Quand on appelle la salle des profs, une voix féminine répond sèchement : « Mobilisation ? Rappelez plus tard... »


Manifestation FCPE le 20 mars au lycée de Chelles (DR)

Entre 1700 et 2033 euros nets mensuels, primes comprises

Pour Marie Omont, on a réussi à diviser les profs en leur faisant miroiter un plus gros volume d'heures supplémentaires, alors qu'ils s'estiment mal payés. Elle-même a bientôt dix ans d'ancienneté, dont huit dans ce lycée en zone classée sensible.

Si elle concède dans un sourire qu'il y a « parfois de quoi être démotivé », elle n'a pas demandé de mutation car elle enseigne aussi le cinéma dans cet établissement qui compte une section spécifique. Agrégée depuis 1999, elle a justement une fiche de paye dans son sac. Elle touche 2033 euros nets, ancienneté et prime de ZEP comprises, « mais je suis agrégée ; pour mes collègues certifiés qui débutent, c'est plutôt 1700. »

La plupart des seize postes supprimés correspondent à des départs à la retraite qui ne seront pas remplacés. Mais pas seulement : une prof de français doit être réaffectée dans un autre établissement, si ce n'est pas à cheval sur deux. Marie Omont précise :

« Dans ces cas-là, la règle c'est que le dernier arrivé trinque. Mais si vous prenez mon cas, par exemple, je vis à Paris. Si j'étais réaffectée plus loin en Seine-et-Marne, ce serait impossible. »

De la gare RER de Chelles, la Gare de l'Est, à Paris, n'est qu'à un petit quart d'heure, Saint-Lazare à 25 minutes. Mais, entre la gare et le lycée, dans une périphérie mal déservie par les bus, il faut compter trente minutes. Aux bonnes heures.

Mercredi soir, les mails continuaient à circuler pour savoir qui, des profs de Gaston Bachelard, iraient à Paris manifester, jeudi, à l'appel de l'intersyndicale.

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  • Commandant Bubule
    • Posté à 23h06 le 26/03/2008
    • Internaute

    L'exemple de ce lycée illusre bien ce à quoi les professeurs et les élèves doivent s'attendre. Il permet aussi de démonter les arguments de ceux qui veulent supprimmer des postes d'enseignants.

    En effet, un de ces arguments consiste à mettre en parallèle la baisse du nombre d'élèves avec la supression de postes de professeurs. Or, l'exemple de ce lycée témoigne d'un déséquilibre entre la baisse du nombre des élèves la suppression de postes d'enseignants : la dernière serait trops importante par rapport à la première.
    D'ailleurs, si on prend en compte les évolutions démographiques récentes, le nombre d'élèves va bientôt augmenter dans le secondaire en raison de la hausse des naissances à partir de 1998.

    Quand aux prétendues économies qui seront faites suite à ces suppressions de postes d'enseignants, tout porte à croire qu'elles seront très peu conséquentes. Il faudrait, pour que les lecteurs de cet article s'en rendissent compte, qu'ils lussent l'article de Rue89 intitulé « En grève pour faire de nos élèves des citoyens » (cet article se situe à la page 3 de la rubrique « Cité ».

  • caroo
    • Posté à 12h21 le 27/03/2008
    • Internaute

    Il y des académies où le recteur se défausse sur les inspecteurs d'académie pour gérer la dotation globale horaire. Il y a des lycées où une baisse envisagée de 12 % de l'effectif des élèves entraine une suppression de 26 % des postes de titulaires...

    Il y a des endroits où l'on écrit ainsi à l'inspecteur d'académie :

    Monsieur l'inspecteur d'académie,

    Parents d'élèves du Lycée de Sainte Foy la Grande, nous ne pouvons pas accepter la réduction de 12 postes d'enseignants envisagée pour la rentrée prochaine, sur les 46 existant actuellement : 26 % d'enseignants titulaires supprimés sur un seul établissement !

    Notre enfant qui fréquente cet établissement a besoin lui aussi d'un enseignement de qualité. Il quitte chaque matin le domicile à 6h30 pour n'y rentrer le soir qu'à 18h30. C'est chaque jour 2h de plus en moyenne qu'un élève qui habite a proximité de son lycée. Cet établissement est pourtant le plus proche de notre domicile, le seul desservi par des transports scolaires. C'est en outre un établissement qui dispose de nombreux atouts pour compenser l'inconvénient de la distance. Ses équipements sont particulièrement performants. Mais pour suivre une scolarité satisfaisante, nos lycéens éloignés ont aussi et surtout besoin de conditions de travail sereines, avec des effectifs qui permettent de compenser le handicap de la fatigue des longs trajets quotidiens et des nuits courtes. Ils ont aussi et surtout besoin de continuer à pouvoir compter sur des professeurs qualifiés et stables dans leurs postes, et des équipes pédagogiques solides. Ils ont droit comme tous les lycéens à un enseignement riche, avec un large choix d'options. Ils ont aussi droit à des projets pédagogiques ambitieux soutenus par des professeurs motivés et présents.

    Or il est totalement déraisonnable d'imaginer un seul instant que ces besoins légitimes puissent être satisfaits et ces droits élémentaires respectés si, comme vous le prévoyez , 20 % des horaires sont dorénavant effectués par des vacataires. Et comment accepter la suppression de 2 postes de professeurs titulaires d'EPS alors qu'il y a déjà 14h supplémentaires d'EPS dans cet établissement ? Si vous
    mettez votre projet à exécution, quels sont les vacataires de toutes les disciplines, nécessaires pour assurer les enseignements prévus aux programmes, qui accepteront de faire la route quotidiennement depuis Bordeaux ( 3h au minimum aller retour) et pendant une année pour 5 heures précaires par semaine ?

    Comment, Monsieur l'inspecteur d'académie, peut-on
    honnêtement et en conscience envisager de telles solutions ?

    Aussi, en tant que parent d'élève du Lycée Elisée Reclus , je refuse que les lycéens de cet établissement soient sacrifiés, et avec le Conseil d'Administration je dénonce les conditions de préparation de la rentrée 2008 :

    * Suppression de 12 postes d'enseignements sur 46.(26%)
    * Suppression de 5 divisions.
    * Taux d'heures supplémentaires trop élevé qui implique un recours à du personnel précaire.
    * Dotation Globale Horaire insuffisante pour assurer les dédoublements dans des conditions satisfaisantes.

    Ces mesures auront de graves conséquences sur la qualité de l'enseignement et sur l'avenir du lycée.

    En conséquence, avec le conseil d'Administration, je demande :

    * Le maintien de 5 divisions de Seconde afin de pouvoir accueillir l'ensemble des élèves du secteur de recrutement.
    * La transformation de 36h supplémentaires en heures postes.
    * Une augmentation de 15 heures de la Dotation Globale Horaire.
    * Le maintien de 4 postes d'enseignements sur les 12 supprimés. »

    Et si telle n'était pas votre ultime décision, Monsieur l'inspecteur d'académie, je vous demande de bien vouloir porter à ma connaissance les motifs qui justifieraient valablement le sacrifice de cet établissement et de ses élèves.

    Pourrez-vous nous expliquer sans honte les raisons de cette injustice profonde, de cette inégalité intolérable devant le service public de l'éducation nationale, dont seraient alors victimes nos enfants, au seul prétexte que leurs parents ont choisi (ou pas) de vivre dans des territoires de la République auxquels l'éducation nationale semble désormais renoncer ?

    Persuadée que vous prendrez en considération les justes requêtes des parents d'élèves et de l'équipe éducative...

  • compte supprimé à la demande du riverain 30.03.09
    • Posté à 12h50 le 27/03/2008

    Vous devriez poster ceci, peut-être un peu abrégé et commenté, à Bruno Le Maire (à cette heure dans la rubrique « l'info à trois voix ») qui souligne les « bons » résultats de l'UMP en matière de baisse du chômage mais admet qu'il faut faire plus en faveur des quartiers en difficultés. Il propose un « nouvel Etat social ». Si je ne me trompe, l'Education Nationale n'est pas évoquée une seule fois pour fonder cet Etat merveilleux.