critique 26/03/2008 à 16h04

Julian Schnabel revisite le Berlin de Lou Reed

François Justamente | Amateur de radio, critique


Lou Reed et Julian Schnabel (Vincent West/Reuters).


L’affiche de ’Berlin’ de Julian Schnabel (DR).

L’Américain Julian Schnabel offre une deuxième vie à « Berlin » de l’ex-leader du Velvet Underground, sorti en 1973. Pour ce documentaire musical, le cinéaste a filmé un concert à Brooklyn où le rocker interprète pour la première fois sur scène les titres aujourd’hui cultes de son album maudit.

Après de brillants débuts au sein du Velvet Underground dont il était le leader et le fondateur, Lewis Allan Reed alias Lou Reed a connu une carrière solo des plus étonnantes. En effet, même si ses premiers enregistrements avec le Velvet ont eu une influence majeure sur tout ce qui se produit de façon indépendante dans la pop depuis, le monsieur n’a jamais eu un caractère facile et le travail en équipe n’a pas toujours été simple. Au début des années 1970, il se lance dans une carrière solo.


Pochette de l’album ’Berlin’ de Lou Reed (DR).

Dès « Transformer », son deuxième album, aidé par David Bowie à l’apogée de sa Ziggy Stardust mania, c’est un succès inespéré et unanime autour notamment de « Walk On The Wild Side », puis de « Satellite Of Love », « Vicious » ou encore « Perfect Day ». Requinqué par l’enthousiasme que cet album suscite, il se lance dans un projet ambitieux avec de grandes orchestrations signées Bob Ezrin et un sujet inhabituel. « Berlin » est construit comme « Astral Weeks » de Van Morrisson ou « Melody Nelson » de Gainsbourg, il raconte une seule et même histoire.

Malheureusement, l’accueil de la critique est désastreux et le public n’accroche pas. Le choix de Bob Ezrin, à peine âgé de 23 ans, avec les lourdes responsabilités qui lui incombent, choque le label chargé d’éditer cet album. « Berlin » ne sera jamais joué sur scène et restera pour Lou Reed un album « maudit ».

Retour en 2008. Aujourd’hui, les hits de Lou Reed sont dans tous les esprits et alimentent régulièrement les bandes sons de films. Il participe même à la composition de la bande originale du deuxième film de Julian Schnabel, « Avant la nuit », inspiré de l’autobiographie de l’écrivain et poète cubain Reinaldo Arenas (« Antes que anochezca »).

Comme Lou Reed, Julian Schnabel est originaire de New York. A la fois peintre renommé et cinéaste sur le tard, on lui doit pour le grand écran « Basquiat », pour qui il a une fascination, ainsi que, plus récemment, « Le Scaphandre et le papillon » inspiré du récit de Jean-Dominique Baudy et qui lui a valu de nombreuses récompenses.

Pour « Berlin », Julian Schnabel est comme dans un fauteuil. Les moyens nécessaires à la bonne exécution de l’album sont mis en place et Lou Reed se retrouve sur scène en compagnie, en plus du combo rock habituel -basse, batterie et guitares-, d’un piano et d’une section cuivre, ainsi que d’un chœur emmené par Antony (d’Antony and the Johnsons) et Sharon Jones. Pour illustrer l’histoire que relate cet album, la fille de Julian Schnabel, Lola Montes Schnabel (ça ne s’invente pas), a tourné quelques scènes avec Emmanuelle Seigner jouant le rôle de Caroline. Ces scènes en plus d’être projetées pendant le concert, viennent ponctuer le film.

Habillement monté, ce projet s’emploie à montrer le geste artistique, s’attarde par des plans resserrés sur les mains des musiciens dans l’acte de création. Bien qu’un chef d’orchestre coordonne la section cuivre et le Brooklyn Youth Chorus, le vrai patron sur scène reste Lou Reed. Il dirige toute sa petite troupe au doigt et à l’œil, signifie d’un mouvement de main l’accélération du tempo, l’allongement d’un chorus. Les échanges avec son guitariste sont nombreux et le plaisir qu’ils prennent ensemble est communicatif.

« Berlin » est interprété à l’identique ; on y retrouve le glam, la voix rauque oscillant sans cesse à la frontière du chanté et du parlé, et les riffs blues rock explosifs. Une belle expérience pour (re)découvrir cet album longtemps banni des platines. Un enchantement qui aurait pu peut-être bénéficier de sous-titres pour mieux pénétrer dans cet univers des plus sombres.

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  • 15 réactions
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  • Redroom
    Redroom
    La V2, une grosse merde.
    • Posté à 17h34 le 26/03/2008
    • Internaute 23589
      La V2, une grosse merde.

    Merci de nous parler de ce grand monsieur.

    Une voix unique, terrible, on se demande d’où elle sort, accompagnée par une musique simple et efficace et illustrée par de vrais textes avec de vraies paroles dedans.

    Qui plus est, un homme libre ayant choisi de passer sa vie à suivre les « autres » chemins.

    Moi, cette Amérique là, je l’adore.

    • Stephane MOT
      Stephane MOT répond à Redroom
      Author & Chief AtoZ Officer
      • Posté à 18h59 le 26/03/2008
      • Internaute 17943
        Author & Chief AtoZ Officer

      Si « Berlin » et le Velvet restent des must, j’avais pas mal aimé son « New York ». La fameuse voix, sans artifices, et des textes toujours corrosifs.

      De Schnabel, je ne connais que le très décevant Basquiat où il essayait de caser ses propres oeuvres. J’espère qu’il rend un meilleur hommage à Lou dans ce docu.

      • Compte supprimé le 3 janvier 3
        • Posté à 21h00 le 26/03/2008
        • Internaute 10904
          in angulo

        « De Schnabel, je ne connais que le très décevant Basquiat où il essayait de caser ses propres oeuvres. »

        Bien vu, stephanemot.
        Je ne peux que souscrire.

    • Sexus Empiricus
      • Posté à 19h36 le 26/03/2008
      • Internaute 6004

      D’accord (en bémol) avec « Survivant », rock’n roll animal bénéficie d’une formation solide : c’est du robuste. Même la pochette avait du chien. Malgré le « respect » que j’ai pour cet album (un peu pieux comme respect ?), ce n’est pas le son de Lou Reed que mes oreilles placent au-dessus du reste.

      Sans nommer aucun album, Redroom dit à mon sens l’essentiel.
      Si j’ajoutais une remarque sur le caractère de cochon du bonhomme, ce serait pour trouver à redire. Un travers d’artiste (les grands sont souvent invivables, mais tous les mal lunés à grosse tête ne font pas non plus des artistes : ça ne suffit pas, sinon ce serait trop facile, et nous aurions des millions d’artistes).

      Quand on ne comprend rien aux textes de Lou Reed, comme c’est mon cas, reste son organe (je veux dire sa voix), et les compositions minimales dont il a le secret.

      Berlin est un album parfait dans son genre. J’ai l’impression (archi-fausse, bien sûr, à mettre sous le coup - disons - de l’émotion) que Lou Reed a sorti ce bijou en ayant en tête La Salamandre de Tanner.

  • survivant
    • Posté à 18h13 le 26/03/2008
    • Internaute 25864

    Pour moi « rock’n roll animal » reste de loin son meilleur album. Enfin, même si ça ne rajeunit pas dans tous les cas ça détend un peu l’atmosphère de reparler des zicos qui sont encore debout. Merci François Justamente.

  • Leprivilégié
    Leprivilégié
    Nous sommes tous le connard de (...)
    • Posté à 20h07 le 26/03/2008
    • Internaute 20644
      Nous sommes tous le connard de (...)

    Fan de Bowie depuis 1970 et je le suis toujours, j’ai découvert Lou Reed, entre autres, grâce à lui et curieusement ce n’est pas Transformer (produit par Bowie), mon Album préféré mais Berlin et plus encore sa participation au Velvet Underground.. J’achèterai si un Dvd sort de ce documentaire. Mais ce qui « m’interpelle » le plus c’est la photo de lou Reed jointe à l’article....sex, drugs and rock’n Roll ... . Je vais remettre un bon Velvet, « I’m waiting for the man » de quand il était - nous étions jeunes. Merci François Justamente

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 20h12 le 26/03/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Hey, Babe . Take a walk on the Street 89 ’ wild side

  • Marc
    • Posté à 20h21 le 26/03/2008
    • Internaute 5828

    J’ai rien à dire... Lou est dans mon panthéon... aux coté de Coltrane, Miles Davis, Don Cherry (qui a participé à un album de LR « the bells »), Hendrix, Molvaer...

    arfff....

    si ça vou branche... Heroine vidéo de 74... c’est cadeau : Lien

  • cooper59
    cooper59
    nazer c pueril et con
    • Posté à 21h03 le 26/03/2008
    • Internaute 18535
      nazer c pueril et con

    Article interessant , mais pourquoi Berlin serait un album banni des platines ? Tous mes potes l’ont , moi aussi , il use les platines depuis plus de trentes ans , se vend en occaz . Bon , si vous voulez qu’ils soit maudit et banni ça me derange pas . Je vais aller voir le film evidemment .

  • Grums
    Grums
    à bâbord + +
    • Posté à 07h52 le 27/03/2008
    • Internaute 36859
      à bâbord + +

    Merci à tous,
    Ca m’a raffraîchit la mémoire de vous lire. Au fil des lignes m’est venu ce petit air que tout le monde connait de Take awalk on the wild side. Je vais aller bosser avec ça dans la tête, suis en scoot et il fait beau, ça commence bien. Bonne journée à tous.

  • titote1
    • Posté à 12h06 le 27/03/2008
    • Internaute 22562

    tudjuuu ! j’ai encore le bras qui m’demange ! ! ha ha ! merci pour l’article et la video 74 ..
    On etait jeunes , on etait fous .. mais come c’etait bonnnnn ! !

    • cooper59
      cooper59 répond à titote1
      nazer c pueril et con
      • Posté à 01h30 le 28/03/2008
      • Internaute 18535
        nazer c pueril et con

      personnellement j’ai pas changé mes habitudes de l’epoque , concerts , bars , curiosité pour ce qui se passe , road movie avec mon break (420 000 bornes) , saut par la fenetre si j’entends le mot mariage ou credit , jamais de toubib tant que c’est possible et ça marche , suis toujours aussi en forme ! toujours fou et c’est toujours bon , vois pas pourquoi j’aurais du changer quoique ce soit titote !

  • vladtepes
    • Posté à 13h16 le 27/03/2008
    • Internaute 29735

    Trop bien, la photo qui illustre l’article.

    Je savais pas que Darry Cowl et Charlélie Couture étaient potes à ce point-là ! ...

  • cooper59
    cooper59
    nazer c pueril et con
    • Posté à 21h44 le 27/03/2008
    • Internaute 18535
      nazer c pueril et con

    Walk on the wild side , j’peux plus l’ecouter , y’a des trucs comme ça qui saturent ; le velvet et Nico pas de probleme .

  • demian
    • Posté à 22h20 le 27/03/2008
    • Internaute 32647

    I know where temptations lies
    inside of your heart

    you can talk during this