Portraits

Nyima, Lobsang, Jampa et Gonpo, Tibétains exilés à vie

Ils sont 500 à 600 à séjourner et à travailler à Paris. Les destins de ces exilés tibétains se croisent, se confondent : des vies familiales déchirées, le choix d'un exil irréversible, d'abord vers l'Inde ou le Népal, puis vers l'Europe. Ils sont trentenaires, à cheval entre ces deux générations dites » autonomistes » et » indépendatistes » que Pékin voudrait voir se déchirer.

Des êtres affables qui, comme leur guide spirituel, le dalaï lama, prônent l'apaisement des rapports sino-tibétains. Dans leurs propos, aucune haine antichinoise, aucun sentiment de rancoeur affiché à l'encontre de pays comme la France, qui refuse de froisser Pékin sur la question tibétaine. Mais une réelle souffrance partagée.

« Je n'ai vu ma famille que cinq heures »

Dans l'appartement qu'elle partage avec son compagnon français, au nord de Paris, Nyima m'accorde un peu de son rare temps libre. A 34 ans, cette Tibétaine a repris des études d'histoire et prépare un mémoire sur les relations diplomatiques entre le Tibet et la Grande-Bretagne. Les après-midis, elle file à l'Ofpra, où elle travaille comme traductrice franco-tibétaine :

 » Je vois des réfugiés politiques tibétains pleurer parce qu'il y a écrit « chinois » sur leur carte de séjour. »

Nyima est originaire d'un village qu'elle préfère ne pas mentionner pour protéger sa famille. A 11 ans, elle quitte le pays. Ses parents la confient à son oncle, qui l'emmène en Inde, à Dharamsala, » le petit Lhassa » , où elle rejoint l'école fondée par Jetsun Pema, la soeur du dalaï lama. Plus tard sa » marraine française » l'accueille :

 » Je ne sais pas pourquoi mes parents m'ont envoyée en Inde, pour que j'ai une vie meilleure, j'imagine. Je n'ai jamais eu l'occasion de leur demander. »

Pendant vingt ans, Nyima n'a eu aucun moyen de communiquer avec sa famille : » Ils n'avaient pas le téléphone dans le village. » En 2004, elle tente une première fois de rencontrer ses parents. Elle paie un passeur pour traverser clandestinement la frontière. C'est un échec. Elle retente l'expédition en 2007, avec succès. Pendant cinq heures, elle retrouve sa famille, qu'elle n'avait pas vu depuis vingt-cinq ans :

L'enfant de la diaspora

Jampa a 35 ans. Ce beau Tibétain à la peau mate et à la longue crinière noire est né en exil à Daarjeling, dans le nord de l'Inde. En 1959, lorsque l'armée chinoise envahit le Tibet, les parents de Jampa, fidèles disciples du dalaï lama, suivent leur mentor jusqu'en Inde. Tant que le Tibet sera sous le joug politique de Pékin, Jampa, enfant de la diaspora, n'a aucune chance d'y pénétrer :

 » Je rêve d'y aller. Moralement, c'est difficile. J'ai le sentiment de ne pas avoir d'identité. »

Alors il compense comme il peut, en enseignant la langue et la culture traditionnelle tibétaines. Jampa a vécu en Inde jusqu'en 1997, avant de venir en France via une association d'aide aux réfugiés tibétains :

 » La culture tibétaine véhicule des valeurs fortes de pacifisme et de spiritualité. Les Tibétains craignent que la politique d'assimilation culturelle aggressive que mène Pékin depuis des décennies n'asphixie notre civilisation. »

La fuite précipitée

Dans le quartier indien du XVIIIe arrondissement de Paris, il retrouve dans un restaurant son ami Lobsang, 37 ans, ancien fermier originaire de l'Est du Tibet. Ce farouche défenseur de la culture tibétaine parle un français approximatif, mais il a beaucoup de choses à dire. Jampa sert de traducteur :

 » C'est triste de voir les conséquences de cette modernisation imposée par Pékin. Des bars et des prostituées partout à Lhassa, la discrimination à l'embauche si on ne parle pas mandarin, le pillage de nos ressources naturelles. J'ai toujours exprimé mon mécontentement, en collant des affiches, en participant aux manifestations. »

En 2000, Lobsang est contraint de fuir son pays en urgence :

 » Un jour, les policiers sont venus me chercher chez mes parents. J'étais absent, les voisins m'ont averti. J'ai immédiatement quitté le pays. Pour les autorités chinoises, il n'y a rien de plus grave que de manifester contre le régime, de remettre en cause la stabilité politique. Si tu te fais arrêter pour avoir manifesté, tu risques ta vie, où au mieux quelques années de prison et la torture. »

Après un court séjour au Népal, Lobsang a débarqué en France. Aujourd'hui, il mène une double vie : à la fois musicien-chanteur en langue tibétaine et cuisinier dans un restaurant parisien. Il sort un papier de sa poche : » Voilà ce qui se passe en ce moment » . Sur la feuille, des visages tuméfiés, des photos de cadavres de Tibétains tués par balle. » Des proches m'ont fait parvenir ces images par mail. » Depuis une semaine, Lobsang ne parvient plus à joindre sa famille au téléphone.

« En Inde, ils n'acceptent plus les Tibétains »

Après un exil de sept ans en Inde, Gonpo, 39 ans, vit en France depuis juillet dernier avec sa femme et sa fille de 11 ans :

 » En Inde, ils n'acceptent plus les Tibétains maintenant. Nous sommes clandestins là-bas. »

Comme le dalaï lama, il est originaire de Amdo, région autrefois dévastée par l'Armée populaire de libération : » Ils ont tué mes grand-parents et pillé leurs biens » . Gonpo a eu » le privilège » de suivre des études et d'apprendre le mandarin. Dans son village, il est devenu traducteur pour le gouvernement chinois :

 » Tout le monde ne va pas à l'école au Tibet, c'est trop coûteux. Sur les 4000 personnes de mon village, je suis le seul à maîtriser le chinois. »

En 1994, il rejoint un groupe d'une quinzaine de militants décidés à mener des actions concrètes pour protéger la culture tibétaine :

 » Le gouvernement chinois nous interdit de poursuivre nos études en langue tibétaine et considère le bouddhisme comme un poison. Ça énerve les gens. »

Gonpo et ses accolytes publient un magazine, aussitôt censuré. Depuis l'Inde, ils impriment aussi des livres sur la vie du dalaï lama et les font envoyer aux écoles tibétaines :

 » Des amis policiers ont commencé à me mettre en garde. Ils m'ont dit : « Attention, tu travailles pour le gouvernement chinois. »

Entre temps, son frère, moine bouddhiste, est arrêté dans un monastère et emprisonné trois ans, sans réel motif. Au bout du compte, Gonpo devra fuir. Derrière lui, il laisse sa mère, aujourd'hui décédée, et son père, qu'il pense ne jamais revoir, à moins d'obtenir des papiers français. Mais, Gonpo est lucide : » Il a 73 ans. Lorsqu'on se parle au téléphone, on pleure. »

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Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 20H45 | 25/03/2008 | Permalien

Au delà de la détresse humaine des tibétains,et des problemes geopolitiques il y a aussi , la destruction des langues et des cultures dans le monde . Et il y a aussi la destruction de la faune et de la flore .
En bref la destruction de la diversité qu » on va tous payer un jour .
Et les chinois ne seront pas les seuls responsables ..

Portrait de Le Babar

De Le Babar

21H18 | 25/03/2008 | Permalien

J'arrive à m'expliquer ( pas à comprendre ni à excuser ) certaines attitudes répressives lorsqu'elles sont motivées par l'appât du gain (pétrole en Irak ou en Tchetchenie) , par des besoins de protection (Israël)… dans le cas du Tibet j'avoue ne pas comprendre quel peut être l'intérêt de la Chine , excepté le besoin de domination et d'implantation d'un modèle , qui malheureusement me fait penser à des heures plutôt sombre de mon programme d'histoire .
J'aimerai bine comprendre les intérêt cachés si il y en a ?

Portrait de pene-r

à Le Babar Portrait de Le Babar De pene-r

21H30 | 25/03/2008 | Permalien

De ce que j'en ai compris (à confirmer donc) ! !
Les intérêts chinois se situent au niveau des minerais (forts nombreux) et de l'eau (en fait quasi tout les grands fleuves d'Asie partent du Tibet).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tibet#Ressources_naturelles

Portrait de NouNouiLL

à pene-r Portrait de pene-r De NouNouiLL

00H18 | 26/03/2008 | Permalien

Enfin c'est tout de même un peu plus compliqué, cela se situe en dehors des matières première.
D'une part, une indépendance est jamais voulu par un état parce qu'elle le délégitime. Il s'est contruit avec une territoire plus ou moins colonisé. Admettre, l'indépendance, c'est admettre la colonialisation…
D'autres part, cela valorise d'autres indépendance, c'est à dire pour la chine au maximum 50% de son territoire qui pourrait avoir des idées secessionnistes…
Et puis on sait jamais, si il y a un (autre) conflit avec l'inde ça peut toujours être un avantage. (D'ailleurs ils ont pas mal de contencieux…)
Et puis si c'était les seuls… Les américains ont sous leur tutelle porto-rico … Et parlons même pas des Dom-tom et ex colonie européenne…

Sinon j'ai rarement vu un article prendre autant position et se réclamé en même temps sans aucune haine antichinoise…
En faite, sous couvert de taper uniquement sur le gouvernement, cela passe comme lettre à la porte, mais on voit bien qu'aux chinois est associé une image de vices et de péchés matérialiste, avec la prostitution, les bars,la langue étrangères et l'athéisme … J'appelle ça de la haine …

Et puis le récit des photos de cadavres, donne vraiment une image morbide au récit qui est totalement hors propos à mon gout…

Portrait de pene-r

à NouNouiLL Portrait de NouNouiLL De pene-r

13H19 | 26/03/2008 | Permalien

Merci de ces précisions ; -)

Par contre je ne trouve pas spécialement l'article antichinois. C'est sûr que c'est l'opinion exprimé de Tibétains exilés et ils ne vont pas leur jeter des fleurs. En m'intéressant à droite à gauche à ce conflit (bien avant ces derniers troubles) c'était à peu près l'idée que je m'en faisais. Les témoignages apportent juste quelques anecdotes (pour moi).

En faite, sous couvert de taper uniquement sur le gouvernement, cela passe comme lettre à la porte, mais on voit bien qu'aux chinois est associé une image de vices et de péchés matérialiste, avec la prostitution, les bars,la langue étrangères et l'athéisme … J'appelle ça de la haine ..
C'est marrant mais je n'avais pas retenu du tout ce passage (Je me demande même si je l'avais vu en première lecture) ! ! J'en ai retenu les difficultés de rentrer au pays pour visiter la famille et les difficultés à parler et échanger avec les autres (et c'est peut être caricatural ? ? ).

D'autres part, cela valorise d'autres indépendance, c'est à dire pour la chine au maximum 50% de son territoire qui pourrait avoir des idées secessionnistes…
Ce n'est pas ce que demande la « clique du Dalaï Lama » il me semble. Ils demandent de l'autonomie et veulent rester « Chinois ».

Portrait de ZYXXYO

à NouNouiLL Portrait de NouNouiLL De ZYXXYO

21H43 | 26/03/2008 | Permalien

D'accord.
Ce qui s'est passé au Tibet est grave, des deux côtés, mais entre ceux qui ont lynchés (et incendiés) des innocents _parce qu'ils étaient non Tibétains_, et ceux qui ont tiré sur la foule, pourquoi présente t-on les bons Tibétains d'un côté, les méchants chinois de l'autre ?
Je dénonce le manichéisme ambiant actuel aux relents anti chinois.

Les manifestations n'étaient elles pas racistes finalement (« ratonnades ») car quand une foule « courageuse et pacifique » lynche un individu car il est chinois cela s'appelle du racisme, cela s'appelle même en France une ratonnade.

Mesdames, Messieurs les journalistes, je ne vois pas le point de vue côté chinois en France.
Cela me fait penser à la TV chinoise où l'on ne voit pas le point de vue Tibétain.

Portrait de pene-r

à ZYXXYO Portrait de ZYXXYO De pene-r

01H36 | 27/03/2008 | Permalien

Il y a une différence assez subtile avec la Chine, c'est qu'ici les chinois de France peuvent s'exprimer librement et répondre par eux même (je ne suis pas sûr par contre que les chinois de France, Hors Ambassade, soient en désaccord profond avec les Tibétains) ! !

Portrait de daniel

à pene-r Portrait de pene-r De daniel

12H20 | 28/03/2008 | Permalien

Sur ce dernier point, interrogez les, vous verrez bien.

Portrait de Auda Louis

à ZYXXYO Portrait de ZYXXYO De Auda Louis

Retraité du BTP | 11H30 | 28/03/2008 | Permalien

Vous avez parfaitement raison et je pense comme vous !
J'ai un petit fils qui travaille en Chine,il va épouser une Chinoise,et ses parents sont actuellement en Chine aussi,et ils m'envoient des photos de la vie de tous les jours là bas,çà n'a rien de choquant et en plus,pour le confort,les facilités de vie,c'est autre chose qu'en France,ni les métros,ni les trains ne sont tagués,les indications écrites en chinois et en dessous en anglais,tout est propre ! pas comme en France ! Dans les hotels,sans que ce soit des hotels de grand luxe,les chambres,avec salon,sont bien équipées,tout le nécessaire de toilette,télé,ordinateur,et même sêche cheveux et pantoufles (43 euros ! )service impécable,on est loin de trouver cela en France !
Les Chinois ont fait de gros progrés en respect des droits de l'homme,( ce n'est plus la Chine de Maho)et pour le reste,ils nous donneront bientot des leçons !
A mon avis,boycotter les jeux ne serait pas la bonne façon de les encourrager a continuer dans cette direction.
Je comprends que certains Thibétains veuillent leur indépendance,mais avons nous le droit de s'immiscier dans leur politique ?
Sachons simplement respecter leurs idées comme nous voulons que l'on respecte les notres.

Portrait de l écrevisse

à NouNouiLL Portrait de NouNouiLL De l écrevisse

13H00 | 27/03/2008 | Permalien

En effet, pour moi cet article est tout simplement le pire que Rue 89 ai pondu sur le sujet, ça commence fort avec la phrase : « ces deux générations dites “autonomistes” et “indépendantistes‘(pas indépendatistes) que Pékin voudrait voir se déchirer. ’ … A bon ? Pourquoi ? Depuis quand ? Qu'est ce qui vous fait dire ça ? Pékin n'a jamais, jusqu'à maintenant, fait de différence entre les deux camps, il suffit de voir comment elle traite le cas du DL qui est pour l'occident un autonomiste mais pour Pékin toujours le même séparatiste aidé par la CIA qu'il était du temps des premières rébellions de 59, qu'il soutenait, ça c'est prouvé… Qu'en est il vraiment aujourd'hui… personne ne le sais.
Pour le reste de l'article je rejoins NouNouiLL, les Chinois coupable de tout les vices, bientôt on apprendra dans la presse que c'est les Chinois qui sont coupable de la création de capitalisme…
Autre phrase qui interpelle (l'auteur est uniquement coupable de ne pas avoir réagit puisque cette phrase ne vient pas d'elle) ‘ Tout le monde ne va pas à l'école au Tibet, c'est trop coûteux. Sur les 4000 personnes de mon village, je suis le seul à maîtriser le chinois.’ ” J'aimerais qu'on m'explique là, si ces salaud de Chinois on fait une école trop coûteuse pour les Tibétain comment ce fait il que la population scolarisée soit passée en l'espace de 30 ans de 3 à 5 pc à 85 à 90 pc de la population ? Peut être les cours serais donné uniquement en Tibétain… pas possible on nous dis ici dans la presse qu'il sont uniquement en Chinois… à ne plus rien comprendre. (En fait l'enseignement est bilingue)
Il est juste d'interviewer ces jeunes gents, le problème est de ne jamais laisser la paroles qu'au anti-Chinois qui pleurs de voir écrit “chinois” sur leur carte de séjour. Il faudrait aussi interroger des Han, des Hui, des Tibétains vivant à Beijing (certainement beaucoup plus nombreux que ceux vivant à Paris) mais ça l'agence Xinhua l'a déjà fait alors plutôt que de passer du coté obscure de la force autant s'abstenir n'est ce pas ?

Portrait de eelisa

à pene-r Portrait de pene-r De eelisa

Délinquante au coin de la rue | 14H15 | 26/03/2008 | Permalien

C'est tout à fait ça !

J'ai entendu ce matin qu'en fait à long terme, un très grand nombre d'êtres humains dépendraient de l'eau de Tibet.

Portrait de CHRIS 19

à Le Babar Portrait de Le Babar De CHRIS 19

militant assiciatif | 22H33 | 26/03/2008 | Permalien

Comme par hazard ! ! !

.(……….)
L'année dernière au Tibet, des géologues du gouvernement chinois ont découvert de vastes réserves de cuivre, de plomb, de zinc et de fer, autant de minerais que la Chine doit aujourd'hui importer massivement. En outre, le Tibet est la principale source d'eau douce du pays. L'empire du Milieu contrôle ainsi l'amont des plus grandes rivières de l'Asie du Sud et du Sud-Est puisque le Brahmapoutre, le Mékong et la Salouen prennent leur source dans les hauts glaciers du Toit du monde. Ces fleuves irriguent l'Inde, le Bangladesh, le Myanmar, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam.
La Chine, qui manque d'eau et d'électricité, développe un programme massif de construction de barrages. Les centrales hydroélectriques chinoises fournissent près de 100 millions de kW, soit 23 % de l'électricité nationale. Pékin a fait part de son intention de tripler ses capacités hydroélectriques d'ici à 2020. Ses plans comprennent la construction de toute une série de barrages sur les parties chinoises du cours du Mékong et de la Salouen, dont le cours se poursuit vers le Sud-Est asiatique, où les populations craignent une baisse du débit et de la qualité de l'eau.
Cet impact de la croissance chinoise sur les pays voisins est souvent négligé et sous-estimé. Il sera pourtant au cœur des discussions des six pays riverains du Mékong – Chine, Myanmar, Cambodge, Laos, Thaïlande et Vietnam –, qui doivent se réunir à Vientiane à la fin du mois pour discuter de l'aménagement du fleuve et de l'intégration de leurs économies. Face à la puissance croissante de la Chine, les autres pays ne devraient pas peser lourd.

http://www.courrierinternational.com/article.asp ? obj_id=83915

Portrait de Louve Bleue

à Le Babar Portrait de Le Babar De Louve Bleue

en survie | 11H08 | 27/03/2008 | Permalien

Des intérêts cachés ? Il ne faut voir malheureusement que l'invasion puis l'intolérance d'esprits bornés qui ne peuvent « voir » que leur propre vérité et qui condamnent celle des autres. Les autres étant ici les tibétains bouddhistes . Il y a bien d'autres intolérances de par le monde d'aujourd'hui. Le gouvernement chinois n'en a pas le monopole, loin de là ! Et justement le bouddhisme enseigne le respect, la tolérance…

Portrait de CHRIS 19

à Le Babar Portrait de Le Babar De CHRIS 19

militant assiciatif | 15H22 | 28/03/2008 | Permalien

Les spoliations de terres à l'origine de la révolte

Sous prétexte de défendre l'environnement, les autorités chinoises ont privé de leurs terres les paysans et les nomades tibétains. Cette situation explique en grande partie la mobilisation générale de la population locale
Le soulèvement tibétain de mars 2008, comme ceux de 1959 et de 1987, sera écrasé par l'implacable puissance de l'armée chinoise. Il ne saurait y avoir affrontement plus inégal : des nonnes et des moines drapés de brun contre l'extraordinaire machine répressive de la puissance mondiale émergente. Depuis quelques mois, des unités mobiles de réaction rapide, dont l'unique vocation est de réprimer la population, s'entraînaient ostensiblement dans les rues des villes tibétaines, répétant le scénario qui est aujourd'hui en train de se jouer. Les manifestants savent qu'ils vont mourir, et ils sont prêts à donner leur vie. Tout comme lors des grandes révoltes tibétaines qui ont éclaté il y a vingt et cinquante ans, beaucoup mourront sous la torture dans des cellules de prisons secrètes. Quand le monde aura détourné le regard ou ne pourra plus voir ce qui se passe, les Tibétains, qui en cette année olympique ont tout risqué pour attirer l'attention de la communauté internationale sur l'indignité de la Chine, vont mourir.
Quels sont donc les griefs des Tibétains à l'égard de la Chine d'aujourd'hui ? Comment se fait-il que les Tibétains et les Chinois, deux peuples qui se côtoient depuis des millénaires, ne parviennent pas à s'entendre ? La couverture médiatique se focalise sur les causes immédiates du différend, mais l'histoire de cet antagonisme est bien plus ancienne. Le modernisme capitaliste chinois est aujourd'hui pour les Tibétains aussi problématique que le fut par le passé la répression étatique. La Chine injecte des sommes faramineuses au Tibet, pour financer des lignes de chemin de fer, des routes, des infrastructures touristiques et payer de hauts fonctionnaires omnipotents.
On pourrait à première vue y voir l'effet du progrès. Si Lhassa ressemble désormais à n'importe quelle ville chinoise tentaculaire, ce n'est jamais, estiment beaucoup de non-initiés, que le prix de la modernité. Mais les retombées matérielles de cette modernisation échappent totalement aux Tibétains. La grande majorité d'entre eux vivent dans des zones rurales à peu près aussi vastes que l'Europe occidentale, avec leurs troupeaux de yacks, de moutons et des chèvres, vivotant tant bien que mal sur des lopins dont les limites ont été tracées au cordeau il y a plusieurs décennies par des bureaucrates chinois qui refusent de réviser ce cadastre à mesure que les familles s'agrandissent et que de nouvelles familles se forment. La pauvreté est endémique chez les Tibétains, même si les moyennes statistiques établies sur des provinces entières, mêlant l'expansion urbaine et l'état d'abandon des campagnes, prétendent que le niveau de vie a augmenté.
La dernière menace en date qui plane sur les modes de vie tibétains s'est parée des atours de l'écologie. Sous prétexte de protéger les cours supérieurs des grands fleuves chinois – le Yangtsé et le Fleuve jaune –, des milliers de nomades tibétains ont été expulsés de force de leurs terres et réinstallés dans des villes nouvelles misérables plantées au milieu de nulle part. Dès lors, leur savoir-faire et leur connaissance intime de la terre et de la gestion durable leur sont devenus inutiles. Mais il est rare qu'on leur propose une quelconque reconversion. Désormais, les nomades sont chassés d'une zone immense qui ne cesse de s'étendre, pour devenir des réfugiés écologiques sous l'allégation mensongère que, par ignorance et négligence, ils seraient les grands responsables de la dégradation d'une vaste superficie de prairies – la deuxième du monde. Privés par la force de leur voix et du droit de constituer par eux-mêmes des associations, les nomades n'ont aucun moyen de manifester leur attachement à leur terre, dont ils ont maintenu pendant des millénaires la productivité et la faune sauvage. L'élite du Parti communiste, essentiellement composée de Chinois urbains, les considère comme des gens stupides et grossiers, n'ayant aucune éducation et aucune notion scientifique. Il n'existe aucun partenariat entre les autorités et les habitants de ces terres, car ce sont deux mondes fondamentalement différents, tant en termes d'appartenance nationale que d'histoire, d'expérience et de conception du monde

Portrait de daniele

De daniele

21H55 | 25/03/2008 | Permalien

tu as bien compris

Portrait de Gevrey

De Gevrey

22H10 | 25/03/2008 | Permalien

@pastournik :

Alors c'est silence aujourd'hui ? ! ! Grève de l'indignation sur le Tibet ? ! ! En panne de véhémence ? ? ! !

Un peu d'imagination quoi ! Et vous trouverez de quoi vaillamment replacer votre habituel refrain anti américain primaire … Un complot par exemple : personnes (A part vous) ne le sait mais les tortionaires chinois sont en réalité aux ordres des ploutocrates de Washington … Les Yankees en réalité responsables des atteintes aux droits de l'homme du tibet ! Mais c'est bien sur, c'est Pastournik !

Portrait de jcb29arz

De jcb29arz

Retraité à Dijon (Bourgogne) | 23H29 | 25/03/2008 | Permalien

PETITION CONTRE LE TIGRE CHINOIS…
SOUTENONS LE PEUPLE TIBETAIN

501,082 personnes ont signé la pétition dans les dernières 48h. … puis…
607,309 personnes ont signé la pétition dans les dernières 72h. … puis…
736,017 personnes ont signé la pétition ces cinq derniers jours… puis…
815,902 personnes ont signé la pétition dans les derniers 5 jours… puis…
916,634 personnes ont signé la pétition dans les derniers 7 jours.
Aidez-nous à atteindre 1,000,000 A diffuser massivement…

http://www.avaaz.org/fr/tibet_end_the_violence/98.php/ ? CLICK

« Soyons tous des “Dalaï Lama” à notre niveau… Résistons contre le tigre chinois… Les Tibétains doivent nous servir d'exemple… Le Tibet doit être LIBRE…

Mesdames, Messieurs les Maires de France, et nous tous, sur nos véhicules, sur nos maisons… partout où c'est possible, comme André Rossinot sur la Mairie de Nancy… Brandissons le drapeau Tibétain ! »
http://img208.imageshack.us/img208/9012/thibetflagsc2.jpg

« On s'intéresse à ses membres comme parties de son corps, pourquoi pas aux hommes comme parties de l'humanité ? » Dalaï Lama

Portrait de ckabir

De ckabir

08H28 | 26/03/2008 | Permalien

A Babar et aux autres
le Tibet est une zône hautement stratégique où les chinois ont déjà installé des bases militaires, des radars etc

Portrait de ckabir

De ckabir

08H29 | 26/03/2008 | Permalien

A Babar et aux autres
le Tibet est une zône hautement stratégique où les chinois ont déjà installé des bases militaires, des radars etc

Portrait de V comme vendetta

De V comme vendetta

Ecrivain | 09H05 | 26/03/2008 | Permalien

En complement, un blog d'une Chinoise Han, Tang Danhong, originaire de Shengdu, capitale du Sichuan, poète et documentaliste, passionnée par le Tibet.
Ne mettons pas tous les « Chinois » dans le même sac.
http://chinadigitaltimes.net/2008/03/tibet-her-pain-my-shame/

Portrait de Enguerrand

à V comme vendetta Portrait de V comme vendetta De Enguerrand

poubellier au Zimbabwe | 11H16 | 26/03/2008 | Permalien

Ni tous les joyaux dans la même manche, hein, mon Vévé…

Portrait de Gaëlle Pialot

De Gaëlle Pialot (auteur)

Etudiante en journalisme | 11H06 | 26/03/2008 | Permalien

Réponse au commentaire de NouNouiLL :
cet article n'a rien d'antichinois, il donne la parole aux Tibétains : les bars et la prostitution à Lhassa, c'est eux qui en parlent, je ne fais que rapporter leurs propos. Idem pour les photos. D'où l'utilisation des guillemets….

Les Tibétains n'auraient-ils donc pas le droit à la parole ?
Gaëlle

Portrait de NouNouiLL

à Gaëlle Pialot Portrait de Gaëlle Pialot De NouNouiLL

14H53 | 26/03/2008 | Permalien

Non, je ne voulais pas dire que l'article en lui même était anti-chinois.Excusez moi.
Je critiquais juste la phrase : « Dans leurs propos, aucune haine antichinoise » alors qu'a mon gout ils le sont.

Enfin quand au droit, cela me semble limite… Oui tout le monde à le droit à l'expression, mais tout le monde ne l'a pas…
Le gouvernement chinois l'a eu ? oui, mais autant ? Et les han et hui qui se font taper dessus ? Et les méchants policiers tibétains et chinois ?
Or les exactions(sur ce conflit tout particulièrement ) semblent partagé entre les communautés//ethnies//partis//camps, non ?

Pour Akaz, toutes les raisons sont bonnes pour s'essuyer sur la Chine… Les délocalisations, les conditions de travail, la fin des cultures traditionnelles, les produits de mauvaises qualités, la pollution et les grands projets, les aides au dictature contre du pétroles…
Or tout cela, nous en sont autant responsables qu'eux… Mais au préfère, par effet de mode, ou par volonté de stigmatiser une méchante dictature, se reporter sur les autres ?
Mais la stigmatisation dans une optique paix, je ne crois pas que cela marche…

Portrait de ZYXXYO

à Gaëlle Pialot Portrait de Gaëlle Pialot De ZYXXYO

07H43 | 27/03/2008 | Permalien

Si vus êtes étudiante en journalisme je m'étonne que vus ne vous contentiez que d'un seul point de vue, Tibétain.
Il faudrait les deux points de vue.

Portrait de l écrevisse

à ZYXXYO Portrait de ZYXXYO De l écrevisse

12H36 | 27/03/2008 | Permalien

Très juste ZYXXYO je l'ai aussi souligné.

Portrait de CHRIS 19

à ZYXXYO Portrait de ZYXXYO De CHRIS 19

militant assiciatif | 16H47 | 28/03/2008 | Permalien

Le 22 mars, un groupe d'écrivains, d'universitaires et de militants des droits de l'homme chinois ont publié une lettre ouverte soutenant l'appel à la paix du dalaï-lama et demandant au gouvernement chinois de modifier sa politique vis-à-vis du Tibet. Voici leur texte.

Douze propositions pour traiter la situation du Tibet :

1. Le mode actuel de couverture partiale de l'information des médias officiels chinois a pour effet d'attiser la haine interethnique et d'aggraver les tensions ; il est extrêmement préjudiciable à l'objectif ultime de préservation de l'unité nationale. Nous appelons donc à l'arrêt de ce genre de propagande.

2. Nous apportons notre soutien à l'appel à la paix du dalaï-lama et espérons que le respect des principes de bienveillance, de paix et de non-violence conduira à un règlement judicieux de ce conflit. Nous dénonçons tout acte de violence à l'encontre de civils innocents et exhortons vivement le gouvernement chinois à mettre un terme à sa violente répression. Nous appelons les Tibétains à ne pas sombrer également dans la violence.

3. Comme le gouvernement chinois prétend « avoir suffisamment de preuves attestant que c'est la clique du dalaï-lama qui a organisé, fomenté et soigneusement planifié » les incidents, nous souhaitons qu'il produise ces preuves et nous lui proposons d'inviter le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à mener une enquête indépendante sur ces preuves, le déroulement des événements et le nombre de morts et de blessés, afin d'infléchir les opinions contraires et lever le scepticisme à ce sujet dans la communauté internationale.

4. Nous estimons que des propos aux relents de Révolution culturelle, tels que ceux tenus par les dirigeants du Parti communiste chinois de la région du Tibet, qui ont affirmé que « le dalaï-lama [était] un chacal en robe bouddhique, un démon à face humaine et à cœur de bête », ne contribuent pas à l'apaisement de la situation ni à donner une bonne image des pouvoirs publics chinois. Nous considérons que le gouvernement chinois, tant désireux de s'intégrer dans la communauté internationale, doit adopter pour ce faire un style de gouvernement conforme à celui du monde moderne et civilisé.

5. Nous avons noté que le jour même des premières flambées de violence à Lhassa (le 14 mars), le responsable de la région autonome du Tibet déclarait « avoir suffisamment de preuves attestant que c'est la clique du dalaï-lama qui a organisé, fomenté et soigneusement planifié » les incidents, ce qui montre que les autorités du Tibet savaient à l'avance que des émeutes allaient se produire, mais qu'elles n'ont pas su les prévenir ni les contenir efficacement. Il convient donc d'enquêter sérieusement sur d'éventuels manquements au devoir et de sanctionner les fautifs.

6. S'il s'avérait impossible de prouver que les incidents avaient été organisés, fomentés et soigneusement planifiés et s'il s'agissait finalement d'un simple soulèvement populaire, il faudrait rechercher les responsables à l'origine de ce soulèvement et des fausses informations destinées à tromper le gouvernement central et la population. Il faudrait en tirer sérieusement les enseignements et faire le bilan de cette expérience pour éviter de refaire les mêmes fautes.

7. Nous demandons instamment que ces événements ne donnent lieu à aucun examen de passage systématique ni règlement de compte à l'encontre des simples Tibétains. Les personnes arrêtées doivent absolument être jugées selon une procédure judiciaire publique, équitable et transparente afin de déboucher sur un verdict devant lequel toutes les parties s'inclineront.

8. Nous exhortons le gouvernement chinois à autoriser les médias chinois et étrangers notoirement crédibles à entrer au Tibet pour effectuer des reportages et interviews en toute indépendance. Nous estimons que la chape de plomb actuelle n'est pas de nature à inspirer confiance à la population chinoise et à la communauté internationale, elle nuit à l'image d'honnêteté du gouvernement chinois. Si le gouvernement détenait la vérité, il ne craindrait pas des investigations pointilleuses. Ce n'est qu'en faisant preuve d'ouverture que notre gouvernement pourra vaincre la défiance actuelle de la communauté internationale à son encontre. [Une délégation de la presse étrangère a finalement été invitée à se rendre pour trois jours à Lhassa à compter du 26 mars.]

9. Nous appelons les citoyens chinois et les Chinois de l'étranger à conserver leur sang-froid et à faire preuve de tolérance, en se livrant à une réflexion approfondie. Un nationalisme exacerbé ne peut que susciter des réactions antipathiques dans la communauté internationale et porter préjudice à l'image internationale de la Chine.

10. Dans les années 1980, les troubles s'étaient limités à Lhassa, alors qu'aujourd'hui ils s'étendent à toutes les zones tibétaines [incorporées dans les provinces chinoises dans les années 1950]. Cette dégradation de la situation en dit long sur les graves lacunes du travail effectué au Tibet ; les services concernés doivent en tirer toutes les conséquences et revoir complètement cette politique ethnique, qui a échoué.

11. Afin d'éviter que ne se reproduisent de tels incidents, le gouvernement doit absolument respecter les droits à la liberté d'expression et à la liberté de religion et de croyance, qui sont stipulés clairement par la Constitution chinoise ; il doit permettre au peuple tibétain d'épancher ses mécontentements et ses espoirs, et autoriser les citoyens chinois de toutes ethnies à donner librement leur avis et à critiquer la politique du gouvernement vis-à-vis des minorités ethniques.

12. Nous espérons que les malentendus se dissoudront entre Tibétains et Chinois Hans pour donner place au développement des échanges et à l'union. Les services gouvernementaux comme les associations et les personnalités religieuses doivent tous œuvrer en ce sens. Il nous faut absolument éliminer toute haine interethnique, parvenir à la bonne entente des différentes nationalités chinoises et non pas continuer à étendre la fracture entre les peuples. Si un Etat veut éviter la division de son territoire, il doit d'abord éviter toute scission ethnique.

Wang Lixiong, Liu Xiaobo et vingt-huit autres intellectuels chinois

Portrait de Akaz

De Akaz

Malfini | 11H33 | 26/03/2008 | Permalien

« Sinon j'ai rarement vu un article prendre autant position et se réclamé en même temps sans aucune haine antichinoise… »

Donc critiquer la politique de la chine au Tibet, montrer les exactions, c'est être antichinois, faire de la sinophobie(je sens que je vais lancer une mode la) ?
Ca me rappelle quelquechose tiens…

Portrait de Pas lolo

à Akaz Portrait de Akaz De Pas lolo

fasciné | 14H42 | 26/03/2008 | Permalien

http://contreinfo.info/article.php3 ? id_article=1846

Il y a le lien vers l'article original dans The Economist.

Dans le même ordre d'idée, il y a eu en décembre 1999 un excellent article de Daniel Pearl dans le Wall street Journal sur la réalité du conflit du Kosovo.

Bien entendu, ce genre d'informations provenant d'organes de propagande bolchéviques n'est pas repris dans la presse déontologique française type le Monde ou Libé.

Faut dire que des places d'attaché(e)s culturelle dans les ambassades ou de porte-parole de procureur dans des tribunaux médiatiques, ça se mérite.

Portrait de boumboumbadaboum

De boumboumbadaboum

13H47 | 26/03/2008 | Permalien

Je vous invite à lire ce qui suit. C'est assez instructif et cela permet de regarder les choses autrement :

Violences au Tibet : un avis alternatif
(par Elisabeth Martens )

Les faits

D'après des témoins occidentaux présents sur place, e.a. James Miles, journaliste pour « The Economist » , les violences commises à Lhassa durant cette semaine – date de commémoration de la « Rébellion nationale de mars 59 » - ont été inaugurées par des Tibétains, dont des lamas qui encourageaient des groupes de jeunes à commettre des actes destructeurs.

Les manifestations de violence étaient organisées : les Tibétains portaient des sacs à dos remplis de pierres, de couteaux et de cocktails molotov. Les morts causés par ce drame sont tous des Chinois. Les dégâts matériels, destruction de commerces, incendie de véhicules, étaient clairement tournés contre les Chinois. Les manifestants tibétains s'en sont également pris à des écoles primaires, des hôpitaux et des hôtels.

De sorte que les Occidentaux présents sur place, pour la plupart des touristes, se demandaient quand la police allait intervenir. Rejointe par l'armée chinoise, elle est intervenue suite à deux jours de violence. Les autorités chinoises craignaient-elles la réaction des pays occidentaux ? … pays qui, en réalité, n'attendaient que cette intervention pour parler de « répression sauvage par l'armée chinoise et de chasse aux manifestants ». Comment lire ces faits ?

Y a-t-il lieu de parler d'un « génocide culturel » au Tibet ?

En Chine vivent six millions de Tibétains répartis sur différentes provinces, principalement le Tibet, le QingHai, le Gansu, le Sichuan et le Yunnan. Ces six millions de personnes sont bien loin de toutes désirer l'indépendance du Tibet. Il leur apparaît clairement, dans leur vie quotidienne, que la Chine leur a apporté beaucoup plus qu'elle ne leur a retiré. En 50 ans, la population tibétaine a triplé grâce aux soins de santé et aux améliorations dans les domaines agricole, économique et autres.

Depuis les années quatre-vingt, la culture et la religion du Tibet s'exercent librement, les enfants sont bilingues, des instituts de tibétologie ont été ouverts à l'intention des jeunes Tibétains, les monastères regorgent de lamas (même des jeunes enfants), et, en rue, les fidèles font allègrement tourner leurs moulins à prière. Il ne s'agit nullement d'un « génocide culturel », tel qu'on le présente chez nous. En réalité, la très grande majorité des six millions de Tibétains se méfie de la communauté tibétaine en exil qui représente pour eux un danger de déstabilisation.

Au sein de la communauté en exil, les avis sont d'ailleurs assez partagés, par exemple, Pangdung Rinpoché du monastère de Sera, actuellement exilé à Munich, dit textuellement que « le Dalaï Lama, en commercialisant le Bouddhisme tibétain, cause plus de dégâts à la culture tibétaine que le gouvernement chinois » . Il est pourtant évident que la Chine exerce un contrôle sur les provinces tibétaines, mais que vise ce contrôle chinois ? Il vise uniquement les « divisionnistes », qu'ils soient Tibétains, Chinois, Occidentaux, lamas, laïcs, vieux, jeunes, hommes ou femmes. Ces personnes, qui par leurs actes ou leurs paroles cherchent à en entraîner d'autres dans une lutte pour l'indépendance, sont sévèrement poursuivies et punies, tels les manifestants de cette semaine.

D'après le gouvernement chinois, cette lutte est poussée par la communauté en exil et soutenue par le discours ethnique que tient le Dalaï Lama. On ne peut nier qu'il existe des différences culturelles entre les Tibétains et les Chinois, on pourrait même parler d'un gouffre. Toutefois, les heurts qui ont lieu régulièrement au Tibet ne relèvent pas d'un conflit ethnique, mais sont l'expression de la tension existant entre la Chine et l'Occident depuis 50 ans.

A qui sert le discours ethnique ?

Mettre en avant un « conflit ethnique » en vue de diviser un pays est un procédé bien connu des gouvernements occidentaux. Rien que durant ces deux dernières décennies, on peut citer comme exemples : les Balkans, l'URSS et le Moyen Orient, sans oublier plusieurs conflits en Afrique. En ce qui concerne la Chine, les Etats-Unis se sont attelés à cette tâche dès le début de la Guerre Froide. Depuis 50 ans, le Tibet est un de leurs plus valeureux chevaux de bataille, dont le Dalaï Lama est le fier destrier.

Dès 1949, le ministère des Affaires étrangères des Etats-Unis déclarait que « ce qui nous importe n'est pas l'indépendance du Tibet, mais l'attitude à adopter vis-à-vis de la Chine » . Dix ans plus tard, le Dalaï Lama choisit clairement ses alliés et décide l'exil, moyennant gros financement et soutien logistique de la CIA . En 1989, Sa Sainteté perçoit le prix Nobel de la Paix, la même année que le mur de Berlin s'est vu chuté et que la Place TianAnMen s'est vue hantée par une statue de la liberté en papier mâché. En 2007, le Dalaï Lama est décoré du plus prestigieux insigne du Congrès américain et déclare que « Bush est désormais un membre de sa famille ».

Ce dernier événement n'a été que peu relayé par les médias européens : on comprend leur embarras face à cette alliance affichée du Dalaï Lama avec le gouvernement des Etats-Unis, alors que la politique extérieure de ce dernier est de plus en plus interpellée par l'Europe. L'enjeu du conflit Chine-Occident, exprimé à travers les violences de Lhassa, n'est pas un « petit Kosovo », mais il s'agit du tiers de la Chine, un territoire qui vaut cinq fois la France et qui ouvre l'accès au gigantesque marché économique chinois, de quoi faire basculer l'économie mondiale !

Mission de l'Occident bien pensant : imposer la démocratie, coûte que coûte

Les violences qui ont eu lieu à Lhassa cette semaine sont à lire dans la continuité : 1949-59-89. Sans doute, on peut les considérer comme un « feu vert » donné par les Etats-Unis, relayé par le Dalaï Lama et concrétisé par quelques jeunes Tibétains à qui on a dû promettre monts et merveilles occidentales en bout de course. Ils deviendront des héros nationaux, à moins qu'ils ne croupissent dans les prisons chinoises.

Espérons toutefois que ces incidents ne soient pas un « exercice de style », précurseurs d'une série d'autres violences dont il n'est pas difficile de prévoir les échéances : les JO de Pékin cet été 2008, la date anniversaire des 50 ans de la « Rébellion nationale » en mars 2009, et l'expo universelle à Shanghai en 2010. Autant d'événements médiatiques qui vont rassembler la presse internationale et sur lesquels compte l'Occident pour mettre la Chine au pas de sa « démocratie ». Mais peut-on réellement en vouloir à la Chine de mener sa barque indépendamment des exigences de notre marché et loin de notre éthique démocratique ? N'oublie-t-on pas trop facilement que c'est ce marché économique, mis en place par nous-même et enrobé dans nos « Droits universels de l'homme », par lequel meurent de faim et de soif des centaines de milliers de personnes par jour ?

1. www.economist.com : « Fire on the roof of the world » (14/3/08), « Lhasa under siege » (16/3/08)
2. Pangdung Rinpoché cité par Gerald Lehner dans « Zwischen Hitler und Himalaya, Die Gedächtnislücken des Heinrich Harrer », Czernin Verlag, 2007
3. dans les archives du « Foreign Relations of United States » : images.library.wisc.edu/FRUS/EFacs
4. voir les mémoires tibétaines des anciens agents de la CIA : Conboy K., Morrison J., « The CIA's Secret War in Tibet », U.P.Kansas 2002

Portrait de eelisa

De eelisa

Délinquante au coin de la rue | 14H13 | 26/03/2008 | Permalien

Voir aussi :

http://www.avaaz.org/fr/tibet_end_the_violence/57.php ? cl=66515499

et de plus une bonne action, une pétition à signer.

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