
Un sous-préfet suspendu en France pour être » sorti de sa réserve » … Un site internet néerlandais suspendu par un fournisseur d'accès américain pour l'empêcher de diffuser un film anti-islam… Un journaliste converti par le pape en Italie, provoquant un tollé dans la communauté musulmane. Aucun rapport entre ces trois événements ? Pas si sûr…
Le point commun, c'est évidemment le débat croissant en Europe sur les limites de la liberté d'expression dès lors qu'on touche à la sphère communautaire. Il est d'ailleurs significatif que ces trois affaires ne concernent pas toutes la même communauté, car si l'on dit l'islam particulièrement sensible à sa représentation publique, il n'est pas le seul. Reprenons les séparément.
L'affaire du sous-préfet de Saintes, Bruno Guigue limogé par la ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, est assez paradoxale. Le porte-parole du ministère expliquait dimanche soir sur France 2 que ce n'était pas le fond de ce qu'avait écrit Bruno Guigue qui était en cause, mais le fait de ne pas avoir respecté le sacro saint » devoir de réserve » . Mais il est évident que si le sous-préfet avait contribué à un forum internet sur la crise économique mondiale, sur l'avenir de l'art contemporain ou sur les nouvelles tendance de la mode masculine, personne n'y aurait trouvé à redire.
Il se trouve que le sous-préfet a exercé sa plume sur Israël, sujet dit » sensible » . Il est d'ailleurs l'auteur d'un livre (que je n'ai pas lu) intitulé » Proche-Orient, la guerre des mots » , publié en 1998 par les éditions l'Harmattan, et il écrit régulièrement sur le site Oumma.com, » premier site de l'islam francophone sur Internet » , comme il se décrit lui-même. Sur ce site (qui n'est pas l'annexe d'Al Quaeda comme certains voudraient le croire…), pas moins de 18 articles sont référencés sous son nom et sa fonction de sous-préfet n'est pas mentionnée.
L'article incriminé, intitulé » Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l'ONU » , constitue en fait une réponse à une tribune publiée dans Le Monde par des intellectuels comme Claude Lanzmann, Pascal Bruckner, Elie Wiesel, etc. Une réponse qui ne fait pas dans la nuance et qui se laisse aller à certaines formules plus que douteuses, comme cette ironie sur le fait qu'en Israël, » grâce à la loi religieuse, on s'interrompt de torturer durant le shabbat » . Dans un autre article, Bruno Guigue écrit :
« Il n'est nul besoin d'accréditer la thèse négationniste pour saper la légitimité d'un Etat qui drape son propre fascisme dans la tenue rayée des déportés. »
Avec ces formules douteuses, ce normalien et énarque à la plume trop facile est souvent » border line » , à la limite d'un antisémitisme ou d'un négationnisme qui le feraient tomber sous le coup de la loi. Mais, on l'a dit, le ministère de l'Intérieur ne lui reproche paradoxalement pas le fond de ce qu'il écrit, mais le simple fait de s'exprimer en violation de ce droit de réserve. Le ministère est évidemment hypocrite car c'est de la question israélienne qu'il s'agit d'abord, de la » question juive » en France aussi. On est là dans le tabou, le malaise, le non-dit, la zone grise de la liberté d'expression en France, et le ministère de l'Intérieur a tort de se cacher derrière une clause administrative pour réduire au silence un haut fonctionnaire dissonnant.
Zone grise encore, s'agissant cette fois de l'islam en Europe. Où se trouve la limite acceptable du débat public, de la critique ou de la satire de la religion musulmane ? On se souvient évidemment de la crise suscitée par les caricatures, pour la plupart nulles rappelons-le, du prophète Mohammed dans la presse danoise, qui semble d'ailleurs revenir en deuxième saison.
Cette fois, c'est un » provocateur » néerlandais, le député d'extrême droite Geert Wilder, qui est au centre du débat, avec l'annonce, à grand renfort de publicité, de la prochaine diffusion sur Internet de son film » Fitna » (« la discorde » en arabe), présenté comme un document très provocant sur l'islam, suivie d'un coup de théâtre avec la suspension de son site internet par son fournisseur d'accès, l'américain Network Solution. La société américaine dit avoir reçu » un certain nombre de plaintes » .
Personne n'a évidemment vu ce film et certains se demandent s'il existe réellement. Mais il a plongé les Pays-Bas dans un débat douloureux sur les limites de la liberté d'expression. Débat qui avait déjà entouré le personnage, également sulfureux, de Théo Van Gogh, ce cinéaste finalement assassiné en 2004 par un intégriste marocain vivant aux Pays-Bas.
Le gouvernement néerlandais, déjà critiqué dans l'affaire de la protection de l'ancienne députée Ayaan Hirsi Ali, n'a pas voulu, cette fois, transiger à la liberté de ce député de produire un film incendiaire. Dont le résultat sera de rendre les musulmans furieux, ce qui permettra à ce député de les montrer du doigt comme une communauté dangereuse et intolérante… L'interdire serait, dans le même raisonnement, faire la preuve qu'on ne peut pas » tout dire » dès lors qu'il s'agit d'islam : le piège est complet, et le débat public sur la place de l'islam en Europe en sort perdant.

Dernier dossier, celui du journaliste italien Magdi Allam, 56 ans, ex-musulman baptisé par le pape et qui a publié dimanche, dans le grand quotidien Corriere della Sera, dont il est le directeur adjoint, un pamphlet contre son ancienne religion. Il écrit :
» J'ai dû prendre acte que, au-delà du phénomène des extrémistes et du terrorisme islamique au niveau mondial, la racine du mal est inhérente à l'islam, qui est physiologiquement violent et historiquement conflictuel. »
Cette prise de position frontale, intervenant au-lendemain de son baptême par nul autre que le pape, s'accompagne d'une critique de la timidité de l'église dans son prosélytisme vis-à-vis des musulmans. On touche là à un domaine explosif, réminiscence des croisades du passé dont le discours intégriste s'inspire et s'abreuve. Magdi devenu Christian Allam sait ce qu'il fait quand il allume cette mèche.
Dans ces trois affaires, de nature très différente, on touche au poids des mots dans un contexte, qu'on le veuille ou pas, de plus en plus communautarisé. La société laïque française ou le communautarisme néerlandais sont confrontés à différentes versions du même problème, auquel il n'y a pas de réponse claire ni évidente. Comment » Vivre ensemble » , selon le beau slogan de la journée à laquelle Rue89 s'est récemment associé, sans pour autant renoncer à ce qu'on est et à ses valeurs ? Un cap difficile à tenir en ces temps troublés.




















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De gavroche...
16H18 | 24/03/2008 |
On se trouve effectivement confronté aux fondements des droits de l'homme : la liberté des uns commence là où […] (tout le monde connait)
En l'occurrence, on peut publier une tribune, un film, des propos autant que l'envie s'en fait sentir, mais à condition de ne pas appeler à la haine (raciale, communautaire, ethnique,…) et à la discrimination.
Ce qui m'inquiète dans ces trois exemples, c'est que nul n'est fait mention de jugement. Il s'agit :
1/ d'une sanction disciplinaire, mais celle-ci appelle un « jugement » interne (qu'en est-il ? )
2/ d'une rupture de contrat entre un FAI et un client
3/ de propos « jugés » comme appelant à la haine des musulmans, mais « jugés » dans la presse.
C'est cela qui est surprenant pour moi : il y a une sanction d'une éventuelle « faute », mais par un pouvoir qui n'en a pas…le pouvoir (le pouvoir exécutif, le pouvoir économique et le pouvoir médiatique).
quant à la disparition de la liberté d'expression, je ne crois pas : ces trois dossiers auraient-ils fait tant de bruit dans ce cas ?
gavroche…
De psyche
Agitateur d'inconscience | 16H18 | 24/03/2008 |
Bonjour à tous,
« L'expression, une liberté en voie de disparition ? »
NON ! Si elle ne vient pas contrarier les lobbys politico-financiers !
à psyche
De Servais-Jean
4591
alpha-béta | 18H08 | 24/03/2008 |
psyche
Et j'ajouterai, si elle n'empiète pas sur le domaine réservé de celui qui s'est surtout fait connaître à l'étranger pour ses discours complètements idiots.
Ceux de Latran, Dakar, etc.
De PIFOU2
Glopeur/Pas Glopeur | 16H22 | 24/03/2008 |
« L'expression, une liberté en voie de disparition ? »
Pas Glop !
De Ouiquende à Rome
16H30 | 24/03/2008 |
La liberté reprend demain !
De Infovite
Plébéien. | 16H32 | 24/03/2008 |
L'expression, une liberté en voie de disparition ?
L'expression est la mise en œuvre non pas d'une seule liberté mais de plusieurs libertés.
En effet, la liberté tient sa force de sa dimension plurielle.
Une liberté n'existe que par rapport à sa volonté de préserver les autres afin de pouvoir mieux s'accomplir dans un vivre ensemble vital à toutes.
Cependant, l'actualité témoigne involontairement, que les pouvoirs politiques s'y entendent pour dénaturer cette richesse culturelle en donnant une définition restrictive et fluctuante de la liberté d'expression en fonction d'intérêts étrangers à toutes considérations humanistes.
L'expression est alors bornée à des fins partisanes.
La finalité du vivre ensemble devrait être la seule référence permettant de reconnaître une expression liberticide.
Les peuples ont seuls cette capacité, pas les Etats !
Leurs voix solidaires ne se laisseront pas assassiner par un silence imposé.
http://info-espress.over-blog.com/
De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 16H34 | 24/03/2008 |
Monsieur Haski, si je suis globalement d'accord, avec l'analyse de vos trois exemples et l'interprétation que vous en donnez, je vous soumets les termes exacts qu'a employé le supérieur hiérarchique, Jacques Reiller(préfet de Charente-Maritime), au sujet de Bruno Guigue : « il a donc “enfreint” le principe même du devoir de réserve ».
« Même s'il voulait publier un ouvrage sur les vases Ming, il devrait en référer, c'est la seule règle », sermonne-t-il.
Vous le spécialiste, le « Sinologue », que penser de ces « circonvolutions » de language préfectoral !
Qu'aurait il dit, s'il avait redécouvert le « vase de Soisson » ?
à adaunis
De Infovite
Plébéien. | 16H55 | 24/03/2008 |
Une voix qui manquait à la liberté d'expression !
Heureux de te retrouver parmi nous.
De jack burton
16H36 | 24/03/2008 |
Espérons que Charlie Hebdo va soutenir ce sous-prefet.
Ou qu'un certain philosophe qui est aussi prof d'histoire et il y a peu de temps recruté au CNRS va se faire limoger en vertu d'un devoir de réserve précédemment cité.
à jack burton
De SimonBolivar
23H46 | 24/03/2008 |
Ma seule espérance est de vous voir prendre votre courage à deux mains et d'aller en Israël et plus précisément à Gaza et d'y interviewer les palestiniens…vous seriez désagréablement surpris…le conflit Fatah/ Hamas fait bien plus de morts que les ripostes d'Israël…il va sans dire que si Paris recevait quotidiennement des tirs de missiles vous jugeriez normal de ne pas riposter…c'est une vue…et vous avez raison espérons que charlie hebdo va vous soutenir..parceque l'histoire nous rappelle qu'il y a 60 ans certains ont jugé qu'après tout les allemands étaient un moindre mal face au dépotisme juif…Je vous en prie si ces informations vous interessent écoutez et lisez la presse étrangère..une presse de journalistes indépendants…
à SimonBolivar
De jack burton
01H52 | 25/03/2008 |
Vous avez raison lisons la presse étrangère.
Je vous propose de lire cet article du Gardian :
http://www.guardian.co.uk/world/2005/jun/28/comment.israelandthepalestin…
qui traite de l'impunité des soldats Israeliens.
Mais bon il est certain que répandre du sel sur les plaies améliorent grandement la cicatrisation.
à SimonBolivar
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 11H22 | 25/03/2008 |
« parceque l'histoire nous rappelle qu'il y a 60 ans certains ont jugé qu'après tout les allemands étaient un moindre mal face au dépotisme juif… »
Simon Bolivar, le vrai, doit avoir le mal de mer dans sa tombe a vous voir tordre l'histoire ! Beurk
De Eric citoyen
"Casse ta tv" c'est ta seule chance... | 17H57 | 24/03/2008 |
Bonjour à toutes et tous,
Nous participons de nous même à cette disparition…
Chaque jour nous autorisons le pouvoir politique à entraver nos libertés.
A un rythme de plus en plus rapide, nous fabriquons notre propre prison…
Il existe même déjà le panneau …
Citoyennes, citoyens souriez… vous êtes « déjà » en prison !
Bésitos
Eric Bloggeur Citoyen
http://monmulhouse.canalblog.com/
De Suppriméàlademandeduriverain17.02.09
16H42 | 24/03/2008 |
Ce que je trouve déplorable dans le cas du sous-préfet c'est d'abord mettre le devoir de réserve en avant comme argument de licenciement, et ensuite dire que ses propos étaient insoutenables. Or, c'est le fond qui est intéressant, ses propos sont-ils réellement insoutenables et incompatibles avec sa fonction de citoyen ? Je ne le pense pas, personnellement, tout au contraire. Ce qui revient à dire que si le sous-préfet voulait s'exprimer sur les exactions commises par Israel, il devait le faire sous un nom d'emprunt, un pseudo, en toute discrétion, en tout anonymat. Sommes-nous aussi dans le collimateur du gouvernement et des associations sectaires si nous osons donner notre point de vue sur cette question ?
De Jonas2
Les mouches ne me trouveront pas as... | 16H43 | 24/03/2008 |
Ceux qui s'autocensurent, ou pire, s'octroient la liberté d'exprimer ce qu'ils ne pensent pas, me laissent tout aussi dubitatif.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 16H47 | 24/03/2008 |
La frontière est ténue entre la liberté d'expression et la liberté de raconter n'importe quoi. Et pour cause : il n'y en a pas vraiment.
C'est la liberté d'expression de Faurisson qu'a défendue Chomsky ; c'est contre la liberté de raconter n'importe quoi que Vidal-Naquet s'est insurgé. Aujourd'hui encore, je serais bien en peine de les départager tant ils me paraissent l'un et l'autre avoir raison ; et aujourd'hui encore je me demande si une loi comme la loi Gayssot est bien l'instrument le plus adéquat.
Dans la confrontation, je me demande en particulier si la censure, fût-elle légale, est un moyen plus probant que le débat. Après tout, les « travaux » de Faurisson se flattaient de méthodes universitaires que Vidal-Naquet n'a eu aucune peine à démonter : c'est bien la démonstration de Vidal-Naquet qu'on retient pour disqualifier Faurisson, pas ses condamnations.
Au-delà du cas du négationnisme « crypto“-nazi, si je suis passé par la loi Gayssot, c'est qu'on peut dater de de ce moment, me semble-t-il, le développement d'une propension à déterminer ce qui est licite ou illicite. Qu'on ajoute à cela le sentimentalisme doloriste ambiant qui infecte jusqu'aux travaux universitaires (lire sur ce sujet le livre de Prochasson, ‘L'Empire des émotions’, chez Démopolis), et le tableau sera édifiant.
Incontestablement, il existe une tentation de l'imprimatur, et elle n'est pas réservée aux instances religieuses. Loi Gayssot plus exaltation victimaire, le cocktail est parfait pour tenter d'instituer, côte à côte, de multiples religions civiles qui, toutes, prétendent à la sacralisation de leurs bases. Le sacré est, avant tout, ce qui ne peut être touché, faute de quoi il serait souillé. C'est précisément ce qui s'est passé dans le cas de Pétré-Grenouilleau, cet historien (pourtant incontestable, lui) des traites négrières qui s'est retrouvé au tribunal.
Enfin, il y a tout de même une chose amusante à observer : les multiples tentatives de censure plus ou moins effective auxquelles nous avons pu assister n'ont jamais fait que donner plus d'audience aux textes mis en cause. On se rappellera même qu'on avait soupçonné (avec quelque motif) Houellebecq d'avoir planifié un coup publicitaire dans ce genre à l'occasion de la parution d'un de ses romans.
à thierry reboud
De Léonard
chercheur (errer humanum est) | 12H06 | 25/03/2008 |
Je trouve votre commentaire extrêmement pertinent.
Il est à mon sens regrettable qu'il y ait une loi qui détermine un discours illicite sur quoi que ce soit.
« Incontestablement, il existe une tentation de l'imprimatur, et elle n'est pas réservée aux instances religieuses. Loi Gayssot plus exaltation victimaire, le cocktail est parfait pour tenter d'instituer, côte à côte, de multiples religions civiles qui, toutes, prétendent à la sacralisation de leurs bases. Le sacré est, avant tout, ce qui ne peut être touché, faute de quoi il serait souillé. C'est précisément ce qui s'est passé dans le cas de Pétré-Grenouilleau, cet historien (pourtant incontestable, lui) des traites négrières qui s'est retrouvé au tribunal. » (thierry reboud)
En effet. Pour prolonger la discussion, voici une question : n'est-il pas étonnant que ce soit dans un pays prétendûment laïque qu'il y ait une loi « sacralisant » la choah ? Alors que dans un pays comme les Etats-Unis où le discours religieux fait partie du décor ambiant, il n'existe pas de telle loi déterminant le discours illicite ? N'est-il pas préférable qu'il y ait une loi interdisant la censure (bill of rights, first amendment -- dans le cas américain) plutôt qu'une déclaration affirmant la liberté d'expression ?
Le point capital est que contrairement à la constitution américaine, la constitution française n'interdit pas au législateur de limiter la liberté d'expression. (Voir par exemple l'article de Troper, http://www.phdn.org/negation/gayssot/troper.html )
NB : le fait qu'il y ait le premier amendement dans la constitution américaine n'implique pas qu'il n'existe pas de censure de fait de l'expression au Etats-Unis (à la télévision, dans les media, dans le monde du travail). Mais cette censure de fait n'est pas une censure de droit, elle n'est pas inscrite dans la loi. C'est là la différence que je voudrais discuter.
à Léonard
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 12H27 | 25/03/2008 |
Merci, que voulez-vous que je vous dise ? Je ne vais tout de même pas râler quand vous me lancez des fleurs. Le plaisir de lecture est incontestablement partagé.
Sur la question de la sacralisation de la shoah, c'est un peu ce que j'avais en tête en répondant ailleurs à Caro : la shoah fonctionne par bien des aspects comme une religion civile. La République a besoin de sacré, elle le puise en général dans l'histoire. (Ah, les vieilles lectures de Renan ! )
En France, sauf erreur de ma part, il n'existe pas de censure a priori (sauf si l'on considère le visa de contrpole cinématographique comme un processus de censure). Pour les écrits, en revanche, il n'existe rien de tel.
Du reste, à strictement parler, Guigue n'est pas censuré : son texte demeure accessible et il ne lui est pas interdit de continuer de publier. Ce qu'on lui interdit, c'est de le faire dans le cadre de sa fonction (qui est soumise à un devoir de réserve très strict). Cette observation rejoint tout à fait votre remarque sur la censure effective aux Etats-Unis. Elle existe d'ailleurs à l'identique en France, notamment dans le cadre des entreprises privées (de communication ou industrielles).
D'une certaine façon, on peut considérer que cette absence d'une censure a priori remplit la même fonction que le premier amendement étasunien.
à thierry reboud
De anonyme courageux
20H13 | 25/03/2008 |
Voici mon « post » sur l'article du préfet
Par cet article vous venez de nous rappeler que la liberté d'expression ou d'opinion n'est pas totale en France. Certains sujets sont absents du débat public soit par la loi soit par des règlements (statutaires).
La question que nous devons nous poser, Doit on réglementer, en autre par la loi, l'opinion ou l'expression, ce qui ne l'empêche pas d'exister mais de façon clandestine ou doit on la laisser libre totalement et l'affronter en débat public ?
Pour ma part je préfère la seconde, car le débat permet d'être plus crédible car il emmène une réflexion pour chaque opinions ou expression, là ou loi ou le règlement nous est imposé.
La liberté d'expression qui existe au US permet de voir des néonazis s'exprimer librement (et pas clandestinement comme en France) et le débat public, lui fait, qui il est le pays, qui soutient, le plus de tout les pays du monde, le sionisme et cela n'est pas paradoxale.
Et vous ? quel est votre opinion sur la liberté d'expression , des limites ou pas ?
à anonyme courageux
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 17H17 | 28/03/2008 |
Je crois que vous tapez à côté de la plaque.
La tribune de Guigue est toujours accessible, ce qui démontre assez que son expression n'est pas en cause (à moins qu'elle soit, a posteriori, jugée condamnable).
Ce qui est en cause, c'est la position depuis laquelle il s'exprime : on peut juger qu'il y a là-dedans une part de tartufferie, il reste que c'est pour son manquement à son obligation de réserve qu'il est sanctionné.
Qu'on conteste la néessité d'une obligation de réserve pour le corps préfectoral, cela peut bien entendu se concevoir et se défendre.
Pour ma part, je crois que cette obligation de réserve est nécessaire parce qu'elle participe de la laïcité (qui, peut-être faut-il le rappeler, ne s'arrête pas à la question religieuse, mais concerne plus généralement la neutralité de l'Etat).
Un préfet ou un sous-préfet est par nature le représentant de l'Etat. Je crois donc que sa neutralité doit être absolue et son devoir de réserve aussi.
à thierry reboud
De françoise.V
p'tite lyonnaise | 21H49 | 26/03/2008 |
Sauf erreur de ma part, Pétré-Grenouilleau ne s'est justement pas retrouvé au tribunal, il y a eu retrait de plainte sous un motif aussi fumeux que la plainte d'origine…
De DidierB63
Devant un écran | 16H52 | 24/03/2008 |
La liberté d'expression : que de conneries sont dites et écrites en son nom.
Votre article en expose trois beaux exemples.
Pour désagréables qu'elles soient, les opinions ne doivent pas être interdites a priori. Si problème il y a, c'est en justice qu'il devrait être réglé, après que l'opinion ait été exprimée. Et pas avant, en usant de censure.
Je ne sais plus qui disait : Je ne suis pas d'accord avec ce que tu dis, mais je me battrais pour que tu puisses le dire.
Parce que, au delà de ce que je peux penser des opinions exprimées par Mrs Guigue, Wilder et Allam, de leur liberté d'expression dépend la mienne.
http://polemiquons.over-blog.com/
à DidierB63
De valiha
17H34 | 24/03/2008 |
C'est Voltaire … enfin j'en suis presque certaine mais ! ! ! !
à valiha
De DidierB63
Devant un écran | 17H50 | 24/03/2008 |
Vous avez raison : j'ai fait une petite recherche, et c'est bien lui. Merci du tuyau ! : -)
Encore que la citation originale semble être celle-ci :
« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »
De caro
délinquante avérée | 16H53 | 24/03/2008 |
En fait, les 3 problèmes soulevés n'en font qu'1 : a-t-on le droit de critiquer l'islam ?
1 - Je rappelle (voir commentaire d'Andriouchka à la suite d'un autre texte) que toute la première partie de la pétition du Monde que critique Guigue est sur le droit au blasphème. Or quels religieux organisent des manifestations monstres, dès qu'il y a soupçon de critique de l'islam (cf l'histoire des caricatures danoises) ?
2 - débat de la place de l'Islam en Europe aux Pays Bas
3 - pamphlet de Magdi Allam contre sont ancienne religion : l'islam.
Pour finir : Guigue n'est pas le 1er fonctionnaire à se ffaire épingler sur le fameux « devoir de réserve ». Analyse d'un haut fonctionnaire de l'HP :
« Les nouvelles technologies de communication obligent les membres de la fonction publique et en particulier les fonctionnaires d'autorité à une extrême prudence même en dehors de l'exercice des fonctions dès lors qu'ils expriment une opinion politique, religieuse, notamment sur des blogs ou forums en raison des traces laissées par l'adresse I. P. (attribuée par le fournisseur d'accès) identifiable chez l'hébergeur de sites Internet . Les discussions présentent dans ces conditions un caractère public et peuvent faire l'objet de poursuites par l'autorité de nomination.[7], voire par l'hébergeur qui serait lui même attaqué . »
à caro
De Thi0u
Etudiant en Statistiques et Traitem... | 17H24 | 24/03/2008 |
Les 3 problèmes sont surtout des questions de religions… encore une fois…
à caro
De Aziz Thuram né en mai 68
17H34 | 24/03/2008 |
Le monsieur parle de torture ( a tort ou a raison ) dans les prisons israéliennes, mais c » est « a-t-on le droit de critiquer l » islam » ?
Pas saisi ? ? ?
Y a pas une relation avec le « si ce n » est toi c » est donc ton frere » ?
à Aziz Thuram né en mai 68
De caro
délinquante avérée | 18H03 | 24/03/2008 |
il faudrait lire le texte de Guigue sur oumna.com ou un des nombreux sites qui l'ont reproduit et en trouver le plan :
- critique du droit au blasphème (droit au blasphème défendu sur le Monde et que m'ONU veut mettre à mal)
- défense de la « charte des pays arabes » sur les droits de l'homme et donc de la charia
- d'où attaque d'Israël, avec quelques idées plutôt révisionistes (je ne parle pas des tortures dans les prisons)
un petit passage :
« Les régimes religieux ont des exigences que n'ont pas les autres. On peut le déplorer, mais ils sont chez eux. L'offense à la religion, dans certains pays, est considérée comme une forme de racisme. Faut-il que nous allions les convaincre du contraire, et de quelle manière ? La peine de mort, enfin, est cruellement appliquée en Iran. Mais les aspects odieux du régime de Téhéran ne le résument pas pour autant, et le régime saoudien n'a rien à lui envier. Surtout pas l'amitié des Etats-Unis, où un président texan a été élu sur sa réputation d'exécuteur intraitable des criminels supposés. Sans parler d'Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles. »
Le titre de l'article est :
Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l'ONU
Il est évident qu'on a le droit de critiquer la politique israélienne et je ne m'en prive pas. Il est évident également que je défends le droit au blasphème et pour toutes les religions.
à caro
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 18H22 | 24/03/2008 |
Salut Caro.
Il se trouve que j'ai sous le nez le texte publié dans le Monde du 28 février.
J'ai beau le lire et le relire : les faits de blasphème n'y sont mentionnés qu'anecdotiquement, et le droit au blasphème à peu près autant. Le passage le plus clair se trouve vers la conclusion : « Si, par malheur, l'ONU devait consacrer l'imposition de tels critères, si le blasphème devait être assimilé à du racisme […], ce serait une régression aux conséquences désastreuses… ».
Ce qui est en cause dans cet article, c'est beaucoup plus fondamentalement une « offensive idéologique conjointe des pays musulmas et dictatoriaux » (je cite le sous-titre), en particulier dans la perspective de Durban 2.
Par ailleurs, n'as-tu pas l'impression que les faurissonneries fonctionnent avec nous (toi et moi) comme des blasphèmes ? C'est-à-dire qu'elles heurtent ce que nous avons de plus sacré (« sacré » signifiant bien intouchable) ?
A titre personnel, je n'accorde aucune importance à dieu (quoi que ce soit) et j'ignore si c'est ton cas. Mais peux-tu concevoir que, pour certains, dieu soit le plus sacré ? Et si, comme je le crois, tu prônes le respect envers autrui, peux-tu concevoir que ce respect consiste aussi à éviter de s'essuyer les pieds sur ce qu'autrui a de plus sacré ?
à thierry reboud
De caro
délinquante avérée | 19H38 | 24/03/2008 |
Salut Thierry,
J'ai lu (pas relu) la pétition. C'est effectivement une préparation à Durban 2 où certains pays, vu ce qu'il s'est dit au 1, ne veulent pas participer, par ex le Canada.
Je ne confonds pas blasphèmes (ayant trait à la Religion) et faurissonneries (révision de l'Histoire). Autant j'accepte les premiers, n'ayant ni de près ni de loin, des convictions religieuses, plutôt tendance « ni Dieu ni Maître ; -) et ce pour TOUTES les religions, autant le révisionnisme me révulse.
Eviter de s'essuyer les pieds sur ce qu'autrui a de plus sacré ? Jolie phrase si elle était universelle. Hélas, elle est loin de l'être et les radicaux religieux de toutes les religions ont comme une tendance à vouloir imposer leurs idées à tout le monde. Ce ne serait pourtant pas bien difficile de ne pas faire de prosélytisme, non ?