C'était prévisible, la réforme de l'audiovisuel dit « extérieur » donne en spectacle la récurrente difficulté de la France à organiser l'évolution d'un secteur soumis aux forces de la concurrence internationale. Prévisible parce que, depuis qu'il est question « d'harmoniser » les antennes françaises, les projets successifs n'ont abouti, le plus souvent, qu'à justifier la nécessité d'en préparer de nouveaux… En témoigne l'abondante littérature des rapports générés par le sujet. Une simple consultation des propos qui accompagnèrent la naissance de France 24 offrirait un édifiant résumé des sommets de cacophonie et de contradictions auxquels peut atteindre la puissance française quand elle déploie tout son talent.
Souvenez-vous, France 24, chaîne d'information mariant France Télévisions et TF1, était supposée mettre un terme à la cacophonie en question. Au lieu de quoi, une nouvelle réforme est en chantier. Classique, et révélateur d'un dysfonctionnement plus général. Toujours différé, jamais saisi dans sa totalité, le dossier « Audiovisuel extérieur » peut aussi s'observer en métaphore de ce qui fait obstacle à une plus large réforme de l'audiovisuel français. Une réforme dont le dernier avatar a pris les contours d'un oukase (aussi salutaire qu'inquiétant) décrétant la suppression de la publicité sur les chaînes publiques.
Il ne s'agit pas, ici, de revenir sur les légitimes réticences affichées par les partenaires en francophonie de TV5 Monde. Ou sur la pertinence (à démontrer) d'un holding France Monde. Ni sur la désignation, controversée, du tandem Pouzilhac-Ockrent pour diriger l'improbable nouvel édifice… Non, il s'agit d'essayer de comprendre les raisons pour lesquelles une réforme est à la fois nécessaire et promise au sort des précédentes. Raisons qui se déclinent en quelques constats : déficit de projet global, inversion des priorités, absence d'incarnation stable, perception erronée du périmètre de « l'extérieur », confusion des genres et des centres de décision.
Déficit de projet
Ce n'est pas faire injure au réformateur que de s'interroger : peut-on entreprendre une refonte de l'audiovisuel extérieur sans l'inscrire, préalablement, dans le réaménagement « intérieur » qui s'impose aujourd'hui à la France ? Profusion des chaînes, révolution numérique, érosion des modèles économiques existants, bouleversement des modes de consommation d'images liés à Internet… autant de faits qui rendent urgent de repenser l'architecture et le financement des médias. De tous les médias.
Dans ce contexte, croire qu'il suffira d'augmenter d'un « holding » les programmes de TV5, RFI et France 24 pour en faire une structure plus efficace relève d'avance du vœu pieu.
Cette option aurait un sens si chacune de ces entités présentait un profil capitalistique autonome les rendant plus faciles à rapprocher par consentements et objectifs mutuels. Mais au contraire, en plus d'être des chaînes aux fonctions et intérêts redondants (information, francophonie, culture, présence diplomatique…), elles offrent un cas limite d'aliénation par imbrication de financements et d'actionnaires hétéroclites. S'y mélangent en effet les objectifs et les ressources, de l'Etat, de TF1, de la redevance, de France Télévisions, du Quai d'Orsay, d'Arte, de la publicité… N'en jetez plus ! Les réunir sans se pencher sur le système audiovisuel national dont elles sont les « extrémités » géographiques ne les unira pas. Qui plus est, l'audiovisuel extérieur ne se réduit ni ne se résume à ces trois sociétés.
Périmètre erroné
A propos de culture et d'information, ne serait-il pas temps, par exemple, de moderniser en l'unifiant le périmètre d'un « extérieur » français arbitrairement figé aux seuls contours de TV5, RF1 et France 24 ? A l'heure où Internet métamorphose tous les médias en entreprises multimédias, en producteurs et diffuseurs sans frontières de sons, d'images et de textes, il est singulier de raisonner avec une vision aussi réductrice de l'audiovisuel extérieur. Et ce au détriment d'entreprises qui ne sont pas moins internationales. Escamotés lors de la création « abracadabrantesque » de France 24, les sorts respectifs d'Euronews, de CFI et de l'AFP pourront-ils encore longtemps être tenus à l'écart ? Le cas d'Arte
De même, souvent évacuée au discutable prétexte d'une double nationalité, la question de l'inclusion d'Arte à une réflexion sur l'audiovisuel extérieur mériterait au moins d'être examinée. Tant qu'à repenser l'ensemble du système, pourquoi exclure du processus une chaîne culturelle internationale, initialement construite pour l'Europe et qui aujourd'hui affiche une vocation plus « mondiale » ? Souhaitable, la rationalisation budgétaire évoquée pour remodeler l'audiovisuel extérieur (budget total, autour de 300 millions d'euros) peut-elle indéfiniment faire l'impasse sur le cas d'une chaîne franco-allemande qui à elle seule en coûte à peu près autant ? Inversion de priorité
Elle est ici patente. On a beau chercher, on ne voit pas en quoi il était urgent pour l'Elysée de commencer par le Rubik's cube des antennes internationales. Et moins encore de poursuivre par la spectaculaire, mais pour l'instant « gratuite » (façon de parler), décision de révoquer la publicité. On ne se souvient pas que le rayonnement audiovisuel de la France ait été au cœur des engagements de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle. Pas davantage à leur périphérie. Même préoccupante absence de convictions présidentielles pour ce qui est de l'audiovisuel « Intérieur ».
Et c'est bien là le problème, car à l'inverse de « l'extérieur » (bancal de naissance mais relativement bien portant) l'audiovisuel intérieur, public mais aussi privé, est lui en état de fièvre et de doute, sinon de déclin. S'y accumulent tous les symptômes d'une crise identitaire, structurelle et financière majeure qui appelle, pour le coup, une véritable réforme harmonisant « anciens » et « nouveaux » médias. Si urgence il y a, c'est à anticiper les effets d'une nouvelle donne technologique qui conduit à l'effacement des distinctions traditionnelles entre médias, à la disparition virtuelle des frontières entre pays, et à la dissolution même des passéistes concepts d'audiovisuel « intérieur » et « extérieur ».
Désincarnation
Chaque année plus urgente, cette réforme ne peut passer que par un projet clair, débattu, et surtout incarné. Historiquement, toutes les réformes décisives ont été celles d'hommes qui les ont initiées et portées. L'ORTF des années 1960 fut une « création » du général De Gaulle, son « éclatement » en 1974 une volonté de Valéry Giscard d'Estaing, la modernisation des ondes en 1982 revient à François Mitterrand, le séisme des privatisations à Jacques Chirac en 1986…
Or cette incarnation, aujourd'hui, soit fait défaut, soit est excessive. Omniprésent dans les médias Nicolas Sarkozy était depuis son élection, aux abonnés absents sur le sujet « Audiovisuel ». Aucun programme connu, pas un discours de référence sur le sujet ! Et soudain, début janvier, sans consulter personne, un show surjoué sur le thème : « Finissons-en avec la pub ». Décision jetée en pâture, aux journalistes comme aux entreprises concernées, sans explication ni mesures d'accompagnement. Résultat : comme sous l'effet d'une cyclothymie réformatrice, le secteur est passé d'une vague réforme jusqu'alors en pilotage automatique à un bouleversement radical mené en pilotage autocratique.
Confusion des genres
Tout se passe comme si la boulimique aptitude du Président à « se servir » des médias le dispensait d'observer le devoir qu'il a aussi de « les servir » en garantissant leur devenir. Outre qu'il nuit d'avance au futur de toute réforme, ce flou programmatique entretient la confusion sur qui souhaite et décide de quoi, en France, en matière d'audiovisuel. Confusion aggravée par l'image de bienveillance accordée aux seuls détenteurs de grands groupes privés.
Certes, pour « l'audiovisuel extérieur », un comité de « pilotage » avait été mis en place. Un rapport de plus fut rendu. Et la cacophonie persiste… Le même scénario se profile pour l'audiovisuel intérieur. Car faute de l'indispensable conjugaison, au sommet de l'Etat, d'une « voix » et d'une « voie » réformatrices fortes, ces comités et commissions en sont réduits à gérer humeurs diplomatiques et suspicions corporatistes. Quand ce n'est pas, en intermittents du spectacle de la concertation qu'ils sont, à habiller d'un voile de démocratie consultative une décision présidentielle prise en amont. Le tout sur fond d'interrogations, de manœuvres et d'appétits contradictoires dans toutes les cases du jeu audiovisuel français.
Depuis l'automne, pas une semaine sans que ne surgissent bruits de ventes (TF1), de suppression (CSA), de privatisation (France 2) de démantèlement régional (F3) ou d'éviction (Patrick de Carolis)… Craintes ou désirs pris pour de prochaines réalités, les rumeurs se multiplient à l'envi. Comme pour mieux souligner l'état erratique, irréfléchi autant que partiel et partial, de la « réforme » en cours.


























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De marie 75 3563
10H10 | 22/03/2008 |
et le lobbying de TF1 sur le pouvoir en place ?
Sarko annonce la réforme… sans en avoir parlé à qui que ce soit…
L'action monte…
Qui encaisse ? Martin est de la famille !
Et en famille, on partage !
Petit Louis a-t-il eu sa part ?
Ca rebaisse …
Sans importance…
Dividendes suppl. encaissés !
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 11H36 | 22/03/2008 |
Qu'ils fassent toutes les magouilles qu » ils veulent avec leurs TNT qui explose , leurs bouquets de voix de la France a l » internationale en français , en chinois , en ourdou , en espéranto et en schtroumpf, leurs télés locales de pâtés de maison financées par la mairie , les associations vertes de rage , les gros afficheurs a roulettes et les hypermarchés Carrefour..
Qu » ils nous fassent des nouvelles chaines de télé pour les femmes , pour les chiens ,pour les rats ,pour les vieux, pour les aveugles, pour les sourds, pour les muets,pour les nains,pour les bègues,pour les foetus de trois mois, pour les trans et les bi et les tri et les no sex,pour les amateurs de jeux de l » Oie, de jeux de boules ,de strip poker, pour les agonisants, pour les patrons , pour les fous, pour sauver la planete, pour reguler la circulation et tous les autres flux…
On s'en fout, on ne les regarde PAS !
Mais qu » ils nous laissent ARTE , Les Guignols et Groland , par pitié !
De Infovite
Plébéien. | 11H58 | 22/03/2008 |
« Craintes ou désirs pris pour de prochaines réalités, les rumeurs se multiplient à l'envi. Comme pour mieux souligner l'état erratique, irréfléchi autant que partiel et partial, de la “réforme” en cours. »
Merci !
http://info-espress.over-blog.com/
De Révolutiona
Hawwah | 14H06 | 22/03/2008 |
Pour une France, qui se fait tanser au niveau Européen, pour l'importance de sa dette, priver ses chaînes dites publiques des revenus de publicité, en disant qu'ils trouveront les financements… Où donc ? Dans les poches de l'UIMM ?
Quand on connaît le prix du passage d'un spot aux heures de grande écoute, il est difficile d'imaginer des chaînes publiques sans « pub ».
Il paraît que les journalistes et animateurs sont bien moins payés que sur la chaîne privée, la 1… avec quoi seront-ils payés ? Des cacahuètes !
Je constate que de plus en plus, nous sommes au régime des feuilletons américains policiers, beaucoup d'Experts et autres : c'est comme tout, au début cela intéresse, à la fin cela lasse !
Le financement d'une émission ne représente jamais un petit budget. Je crains le pire…
Etait-ce une réforme nécessaire et urgente ?
Notre pouvoir d'achat, nos conditions de travail, nos retraites, nos hôpitaux, n'est-ce pas plus important ?
De sinclair
17H51 | 22/03/2008 |
Cette histoire est consternante. Elle n'a fait l'objet d'aucune réflexion a part celle de notre président le matin même en se rasant.
Une TV publique sans pub magnifique idée mais pourquoi quels sont les raisons de cette frénésie.
Apporter de la pub a tf1 et m6 et basta.
Faire des économies certainement pas sans dégradant la TV publique gravement. Quoique la perte de France 24 ne serait pas un drame, chaine boiteuse voulue a tout prix par l'UMP sous Chirac
Si l'on regarde les modèles européens sans pub ou peu de pub allemand et britannique par exemple. On constate une qualité pas meilleure mais avec moins de chaines, plus de personnel et un budget plus important.
Il est vrai que la chaine ou s'exprime de préférence notre président est TF1
De Christobal Colon
Scandalisé à 999% | 18H48 | 22/03/2008 |
Très bon article.
Merci !
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 02H39 | 23/03/2008 |
Et qui pondit le rapport ? n'est-ce pas quelqu'un qui n'est plus en place et qui a pris la place d'une autre personne dont il disait qu'elle y serait bien ?
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
De beluga
Perdue en Sarkoland | 13H38 | 23/03/2008 |
Faut-il rappeler que c'est suite a un rapport de TF1, transmis par qui………….. ! Je vous laisse deviner
que Nicolas 1er a annoncé qu'il envisageait de supprimer la pub sur les chaines publiques, et que la 3 se voit déjà avec + de 30% de demandes de pub.
Je vous laisse méditer.
De parousnik
14H42 | 23/03/2008 |
Mesdames et messieurs,
Le mot « secret » est en lui même répugnant dans une société libre et ouverte. Et en tant que peuple.
Par nature et historiquement, nous nous opposons aux sociétés secrètes. Parce que nous devons faire face tout autour du Monde à une conspiration massive et impitoyable qui s'appuie d'abord sur des moyens déguisés permettant le déploiement de leur sphère d'influence, basée sur l'infiltration plutôt que l'invasion, utilisant la subversion plutôt que les élections et de l'intimidation au lieu du libre arbitre.
C'est un système qui a nécessité énormément de ressources humaines et matérielles dans la construction d'une machine étroitement soudée et d'une efficacité remarquable. Elle combine des opérations militaires, diplomatiques, de renseignements, économiques, scientifiques et politiques. Leurs planifications sont occultées, et non publiées. Leurs erreurs sont passées sous silence ou non relayées par la Presse. Leurs détracteurs sont réduits au silence et leur avis non sollicité.
Aucune dépense n'est remise en question, aucun secret n'est révélé.
C'est pourquoi le législateur athénien Solon décréta comme crime tout citoyen se désintéressant du débat.
Je sollicite votre aide dans l'immense tâche qui est d'informer et d'alerter le peuple américain. Avec la certitude qu'avec votre aide l'homme deviendra ce pourquoi il est né :
LIBRE et INDEPENDANT
De Servais-Jean 4591
HS | 21H48 | 23/03/2008 |
Et si cette agitation n'était que la partie visible de la trouille qu'ont tous ces propriétaires de médias de voir disparaitre leur « danseuse-quatrième pouvoir » au profit de l'internet ?
De Charles Mouloud
Bras gauche de la Vénus de Millau | 08H29 | 24/03/2008 |
Alain Peyrefitte et Michel Droit au Panthéon !
Dorothée à la Culture et Danièle Gilbert porte parole du gouv » !
A bas la cuisine allégée , vive la mire au ton !