Rue89 et le Hall de la Chanson célèbrent les chansons de Mai 68
La commémoration de Mai 68 vous gonfle déjà? Vous saturez par avance face à la déferlante qui a déjà démarré? Attendez, ne désespérez pas trop vite: Rue89 et le Hall de la chanson , qui s'étaient déjà associés pour rappeler le souvenir de Barbara l'an dernier, ont uni leur forces pour vous proposer une approche ludique du joli mois de mai qui fête ses quarante printemps.
Quelles chansons entendait-on à la radio en Mai 68? Quels chants les révolutionnaires en herbe de la Sorbonne, du pavé parisien ou des usines en grève entonnaient-ils pour se donner du courage et serrer les rangs? Avec Serge Hureau, chanteur et directeur du Hall de la Chanson, en collaboration avec Martine Storti, nous allons revisiter ensemble ce patrimoine musical d'un type différent.
Et cela réserve quelques surprises: en douze épisodes qui démarrent, bien sûr, ce 22 mars historique, et s'achèveront à l'heure de la "restauration", en juin. Douze rencontres autour de témoins ou acteurs du mouvement, qui évoqueront les chansons qu'ils chantaient ou écoutaient à cette époque. Ils vous ferons aimer à leur façon cette page d'histoire encore fraiche.
Pierre Haski
► Post Scriptum en guise de disclaimer: Serge Hureau et moi étions lycéens ensemble ces années-là, et n'avons pas manqué de chanter quelques-uns de ces chants revigorants.
► Lire aussi: Mai 1968: la révolte en chantant
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Surtout n'oubliez pas François Béranger en tête de gondole.
C'était 68. C'est maintenant. Ecoutez un peu pour voir. Vous qui ne l'avez pas connu.
Tranche de vie
« Je suis né dans un p’tit village
qu’a un nom pas du tout commun,
bien sûr entouré de bocages
c’est le village de Saint Martin.
A peine j’ai cinq ans qu’on m’emmène
avec ma mère et mes frangins.
Mon père pense qu’y aura du turbin
dans la ville où coule la Seine
J’en suis encore à m’ demander
après tant et tant d’années,
a quoi ça sert de vivre et tout,
à quoi ça sert, en bref, d’être né
La capitale c’est bien joli
surtout quand on la voit d’Passy,
mais de Nanterre ou d’ Charenton,
c’est déjà beaucoup moins folichon.
J’ai pas d’ mal à imaginer
par ou c’ que mon père est passé
car j’ai connu quinze ans plus tard
le mêmes tracas, le même bazar
J’en suis encore à m’ demander, etc...
L’matin faut aller piétiner
devant les guichets d’ la main d’œuvre.
L’après-midi solliciter
l’ bon cœur des punaises des bonnes œuvres.
Ma mère, elle était toute paumée
sans ses lapins et ses couvées.
Et puis, pour voir, essayez donc
sans fric de nourrir cinq lardons
J’en suis encore à m’ demander, etc...
Pour parfaire mon éducation
y’a la communale on béton.
La on fait d’ la pédagogie
devant soixante mômes en furie.
En plus d’ l’alphabet, du calcul,
j’ai pris beaucoup d’ coup d’ pied au cul
et sans qu’on me l’ait demandé
j’appris l’arabe et l’ portugais
J’en suis encore à m’ demander, etc...
A quinze ans finie la belle vie,
t’es plus un môme, t’es plus un p’tit.
J’ me retrouve les deux mains dans l’ pétrole
à frotter des pièces de bagnole.
Huit-neuf heures dans un atelier,
ça vous épanouit la jeunesse.
Ca vous arrange même la santé
pour le monde on a d’ la tendresse.
J’en suis encore à m’ demander, etc...
C’est pas fini...
Quand on en a un peu là-dedans,
on y reste pas bien longtemps
On s’arrange tout naturellement
pour faire des trucs moins fatigants.
J’me faufile dans une méchante bande
qui voyoute la nuit sur la lande.
J’apprends des chansons de Bruant
en faisant des croche-pattes aux agents
J’en suis encore à m’ demander, etc...
Bien sûr la maison poulaga
m’agrippe a mon premier faux pas
Ca tombe bien, mon pote, t’as d’ la veine
faut du monde pour le FLN
J’me farcis trois ans de casse-pipe
Aurès, Kabylie, Mitidja.
Y’a d’ quoi prendre toute l’Afrique en grippe.
Mais faut servir l’ pays ou pas.
J’en suis encore à m’ demander, etc...
Quand on m’ relâche je suis vidé,
j’ suis comme un p’tit sac en papier.
Y’a plus rien dedans. Tout est cassé
J’ai même plus envie d’une mémé.
Quand ’ai cru qu’ j’allais m’ réveiller
les flics m’ont vachement tabassé.
faut dire que j’ m’étais amusé
à leur balancer des pavés
J’en suis encore à m’ demander, etc...
Les flics, pour c’ qui est d’ la monnaie,
Ils la rendent avec intérêt
le crâne, le ventre et les roustons,
enfin quoi vive la Nation !
Le juge m’a file trois ans d’ caisse
rapport à mes antécédents
Moi, j’ peux pas dire que j’ sois en liesse.
Mais enfin, qu’est-ce que c’est qu’ trois ans.
J’en suis encore à m’ demander, etc...
En taule, j’ vais pouvoir m’épanouir
dans une société structurée.
J’ ferai des chaussons et des balais.
Et je pourrai me remettre à lire.
Je suis né dans un p’tit village
qu’a un nom pas du tout commun,
bien sûr entouré de bocages
c’est le village de Saint Martin.
J’en suis encore à m’ demander, etc... »
Anastasie, vous m'anesthésiez.
Je mesure aujourd'hui combien favorisé
J'étais quand je travaillais chez P'tit Louis
A Billancourt-sur-Seine dans l'entreprise modèle
Je participais à l'expansion.
A 5 heures du matin, levé comme à l'aveugle
Se lever avaler son café
S'enfoncer dans le noir, prendre le bus d'assaut
Piétiner dans le métro c'était le pied.
Anastasie l'ennui m'anesthésie
S'engouffrer au vestiaire, cavaler pour pointer,
Enlever sa casquette devant le chef.
Faire tourner la machine, baigner toute la journée
Dans l'huile polluée, quelle santé !
Surtout ne pas parler et ne pas trop rêver,
C'est comme ça que les accidents arrivent
Et puis le soir venu, repartir dans l'autre sens,
Vers le même enthousiasmant voyage.
Anastasie l'ennui m'anesthésie
Heureusement, un jour, sur Pont-de-Sèvres-Montreuil,
Dans le bain de vapeur quotidien,
Dans la demi-conscience, au hasard d'un chaos,
J'ai senti dans mon dos tes deux seins.
Je me suis retourné, je t'ai bien regardée,
Et j'ai mis mes deux mains sur tes seins.
Tu m'a bien regardé et tu n'as pas bronché,
Bien mieux tu m'as souri et j'ai dit :
Anastasie l'ennui m'anesthésie
Tu t'appelais Ernestine ou peut-être Honorine
Mains moi je préfère Anastasie.
On a été chez toi, ça a duré des mois,
J'ai oublié d'aller chez P'tit Louis.
Qu'est ce qu'on peut voyager dans une petite carrée
On a été partout où c'est bon.
... Suite
Et puis un soir comme ça, pour éviter l'ennui
On décidé de se séparer.
Anastasie l'ennui m'anesthésie
La morale de ce tango, tout à fait utopique,
C'est que c'est pas interdit de rêver
C'est que si tous les prolos, au lieu d'aller pointer,
Décidaient un jour de s'arrêter,
Et d'aller prendre leur pied où c'que ça leur plairait
Ce serait bien moins polluant que l'ennui,
Y aurait plus de gars comme moi, comme j'étais autrefois
Qui se répétaient tout le temps pour tuer le temps :
Anastasie l'ennui m'anesthésie
Bravo pour cet hommage à Béranger qui le mérite bien. Bien agréable de lire ses paroles (surtout quand nos "zartistes" vous font un tabac avec 3 phrases débiles répétées sans fin). Les chansons de circonstance ne sont pas souvent bonnes (naïves, voire bêtasses; cf "en avant la zizique" de Boris Vian)); une des seules à ma connaissance qui sauve le genre "Paris Mai" de Nougaro. Vive les souvenirs!
Ouf, le retour en arrière !!!
Incroyable: lire le premier vers a suffi pour que tout revienne....je vais de ce pas rouvrir le placard aux 33 tours. Merci!
Quoique...ça fout quand même un coup au moral car beaucoup de choses sont encore d'actualité 40 ans après...
Dans la version moderne on peut écouter Loïc Lantoine, Renaud Papillon Paravel, Fred, Ridan et recommencer du début avec NTM, etc ...
Mais la majorité d'entre nous est si bête, respect aux animaux ! que je me demande si la lutte pourrait aboutir un jour!
ah mai 68 et la libération sexuelle ! Ecoutez la sensuelle Juliette Gréco et son "déshabillez-moi"
http://ma-tvideo.france2.fr/video/iLyROoaft-Az.html#iLyROoaftW2d
2008 celebrant 1968, ca me fait plutot penser a une chanson de Brassens :
A peine sortis du berceau,
Nous sommes allés faire un saut
Au boulevard du temps qui passe,
En scandant notre " Ça ira "
Contre les vieux, les mous, les gras,
Confinés dans leurs idées basses.
On nous a vus, c'était hier,
Qui descendions, jeunes et fiers,
Dans une folle sarabande,
En allumant des feux de joie,
En alarmant les gros bourgeois,
En piétinant leurs plates-bandes.
Jurant de tout remettre à neuf,
De refaire quatre-vingt-neuf,
De reprendre un peu la Bastille,
Nous avons embrassé, goulus,
Leurs femmes qu'ils ne touchaient plus,
Nous avons fécondé leurs filles.
Dans la mare de leurs canards
Nous avons lancé, goguenards,
Force pavés, quelle tempête!
Nous n'avons rien laissé debout,
Flanquant leurs credos, leurs tabous
Et leurs dieux, cul par-dessus tête.
Quand sonna le " cessez-le-feu "
L'un de nous perdait ses cheveux
Et l'autre avait les tempes grises.
Nous avons constaté soudain
Que l'été de la Saint-Martin
N'est pas loin du temps des cerises.
Alors, ralentissant le pas,
On fit la route à la papa,
Car, braillant contre les ancêtres,
La troupe fraîche des cadets
Au carrefour nous attendait
Pour nous envoyer à Bicêtre.
Tous ces gâteux, ces avachis,
Ces pauvres sépulcres blanchis
Chancelant dans leur carapace,
On les a vus, c'était hier,
Qui descendaient jeunes et fiers,
Le boulevard du temps qui passe.
Bonsoir.
"posté" sur le sujet 'général' mai 68.
Quelqu'un pourrait-il retrouver un 33 tours des poemes de Jean-Marc Tennberg, interdit en France avec sur la pochette une "dédicace" au Gal de G. ?
Une "perle rare" - que j'avais achetée en Belgique - et que j'ai - comme un ?? - donné il y a belle lurette.
Bons oeufs à tous.
Jc
PS: Dans la nuit du 17 au 18 mai 68, tout le quartier Latin fêtait ... La naissance de ma fille
C'est un peu plus vieux mais ça vaut le détour
http://youtube.com/watch?v=x2zKVcG9lig
en 68, il y avait Evariste et "la révolution"
http://www.chambre-claire.com/PAROLES/la-revolution-evariste.htm
Le père Legrand dit à son p'tit gars
- Mais enfin bon sang qu'est-ce qu'y a
Qu'est-ce que tu vas faire dans la rue fiston?
- J'vais aller faire la révolution
...
Who is that beast
Qui inventa
le calcul integral
INTEGRAL CALCULUS !
Brassens avait des colliques néphrétiques et hospitalisé pendant mai 68, je pense qu'il a réagit avec cette chanson
BOULEVARD DU TEMPS QUI PASSE
Paroles & Musique : Georges Brassens
Rém Sol7 Do7 Fa7 Sib La7
A peine sortis du berceau, Nous sommes allés faire un saut, Au boulevard du temps qui passe,
Rém Sol7 Do7 Fa7 Sib La7 Rém
En scandant notre « Ça ira », Contre les vieux, les mous, les gras, Confinés dans leurs idées basses.
On nous a vus, c'était hier, Qui descendions, jeunes et fiers, Dans une folle sarabande,
En allumant des feux de joies, En alarmant les gros bourgeois, En piétinant leurs plates-bandes.
Jurant de tout remettre à neuf, De refaire quatre-vingt neuf, De reprendre un peu la Bastille,
Nous avons embrassé, goulus, Leurs femmes qu'ils ne touchaient plus, Nous avons fécondé leurs filles.
Dans la mare de leurs canards, Nous avons lancé, goguenards, Force pavés, quelle tempête !
Nous n'avons rien laissé debout, Flanquant leurs credos, leurs tabous, Et leurs dieux, cul par-dessus tête.
Quand sonna le « cessez le feu », L'un de nous perdait ses cheveux, Et l'autre avait les tempes grises.
Nous avons constaté soudain, Que l'été de la Saint Martin, N'est pas loin du temps des cerises.
Alors, ralentissant le pas, On fit la route à la papa, Car, braillant contre les ancêtres,
La troupe fraîche des cadets, Au carrefour nous attendait, Pour nous envoyer à Bicêtre.
Tous ces gâteux ces avachis, Ces pauvres sépulcres blanchis, Chancelant dans leur carapace,
On les a vus, c'était hier, Qui descendaient jeunes et fiers, Le boulevard du temps qui passe.
j'avais un disque qui mélait les chansons et des sonores des manifestations :" fait que ton reve soit plus long que la nuit ".c'etait le titre de ce curieux trente- trois.