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Et un « puissant Créateur » s'invite dans une revue scientifique

'The Creation' (Trojekop/Flickr).
On sait la communauté des chercheurs très attachée à la notion d’intégrité scientifique et aux mécanismes internes censés la maintenir. Mais la dernière occurrence d’article retiré en catastrophe d’un journal innove en la matière et scandalise la communauté scientifique à plus d’un titre.

L’histoire commence le 23 janvier dernier, date à laquelle un respectable journal de biologie moléculaire, Proteomics, pré-publie sur son site internet un article intitulé "Mitochondria, the missing link between body and soul : Proteomic prospective evidence", c’est-à-dire Les mitochondries, le chaînon manquant entre le corps et l’âme : perspective de preuves protéomiques.

Les auteurs, Mohamad Warda et Jin Han, respectivement égyptien et coréen, le présentent comme une "review", c’est-à-dire un article de synthèse des données actuelles, sur les protéines des mitochondries, ces organites (structures intracellulaires) participant entre autres à la production d’énergie dans la cellule eucaryote.

Flagrant délit de créationnisme

Moins d’une semaine plus tard, Attila Csordas, biologiste de la Nouvelle-Orléans, met en ligne sur son blog une courte note expliquant que, bien qu’il n’ait pas eu accès au texte complet de l’article, le titre retenu son attention : on ne peut pas dire que l’âme fasse partie du vocabulaire biologique courant… Le résumé de l’article est lui aussi intriguant puisqu’il annonce des données permettant d’infirmer la théorie actuelle de l’origine des mitochondries au profit "d’une alternative plus réaliste". Cette promesse suffit à surprendre : un article de synthèse ne sert normalement pas à apporter de nouveaux résultats ou des théories originales, mais à présenter et évaluer ceux déjà existant.

C’est le 7 février que l’affaire apparaît vraiment au grand jour, quand P.Z. Myers, professeur de biologie à l’université du Minnesota (Morris), entreprend de démonter l’article sur son blog à grande audience Pharyngula.

Il le décrit comme étant à 90% un exposé précis et correct de l’état des connaissances sur le sujet. Mais les dix pourcents restants sont une autre paire de manche. Entre deux paragraphe pleins de données techniques et consensuelles, les auteurs s’en prennent à la théorie endosymbiotique, pourtant communément admise et bien étayée, qui fait descendre les mitochondries de bactéries en symbiose à l’intérieur des cellules. Dans un anglais maladroit, ils expliquent l’alternative promise dans le résumé :

Plutôt que de sombrer dans un marécage de débats sans fin sur l’évolution des mitochondries, il est mieux de trouver une hypothèse unifiée. (…) Plus logiquement, les points qui montrent une ressemblance protéomique entre différentes formes de vie sont plus probablement interprétés comme le reflet une empreinte unique commune issue d’un puissant créateur, plutôt qu’en se basant sur une cellule unique qui est, de façon douteuse, à l’origine de toutes les autres sortes de vie."

La marque d’un puissant créateur, sans plus d’arguments ni de données ? Voilà l’article pris en flagrant délit de créationnisme ! Après quoi, on repasse à l’analyse de résultats récents sur le métabolisme mitochondrial, comme si de rien n’était. Mais dans la conclusion, c’est bien la métaphysique qui reprend le dessus :

"De nombreuses controverses sont encore à résoudre (…). La réponse pourrait être la contribution des protéines du cytosquelette, ou la présence de transporteurs spécifiques, ou même des variations du pH, etc. Cela pourrait être vrai, mais nous avons toujours besoin de connaître le secret derrière cette sagesse disciplinée et organisée. Jusqu’ici, nous nous rendons compte que les mitochondries pourraient être le lien entre le corps et cette sagesse préservée de l’âme, consacrée à garantir la vie."

Ce raisonnement fait rire jaune les lecteurs de Pharyngula : voilà qui est tellement facile ! Il n’y a pas à se préoccuper d’hypothèses qui pourraient être vraies mais qu’il faudrait tester, évaluer, comparer, puisqu’il suffit d’invoquer un "puissant créateur", source de cette sagesse disciplinée de nos mitochondries. Cela confère-t-il une âme à tous les porteurs de mitochondries, champignons, végétaux et protistes ? Les auteurs n’en pipent mot.

Un plagiat révélé par les internautes

Les internautes, au contraire, ont la langue bien pendue : deux heures après la mise en ligne de cette critique, l’un d’eux remarque que la différence de style entre les parties techniques et celles plus théologiques suggère un plagiat. Encore deux heures, et une première occurrence de plagiat est identifiée : un plein paragraphe, copié mot à mot.

Moins de 24 heures après la publication de l’analyse du professeur Myers, au terme d’une curée d’une redoutable exhaustivité, les commentateurs auront prouvé qu’au moins 20% de cet article de quinze pages est un collage de passages, tirés d’une demi-douzaine d’articles non crédités dans la liste de références.

Des courriers indignés sont envoyés aux auteurs de l’article et aux responsables de la revue, ainsi qu’aux victimes pillées par ces "copier-coller" intempestifs. Le lendemain, Proteomics annonce le retrait de l’article incriminé pour cause de "redondance substantielle de son contenu avec d’autres articles". Il n’apparaîtra donc pas dans la version papier.

Face à cette levée de boucliers, la position adoptée par les deux auteurs diffère drastiquement. Pour l’un, contrition : dans une courte réponse à P.Z. Myers, Jin Han s’excuse platement, explique avoir envoyé par erreur une version antérieure non corrigée et jure qu’on ne l’y prendra plus.

Pour l’autre, véhémence : Mohamad Warda persiste dans ses opinions sur "la nature disciplinée de ce qui se passe dans nos cellules". Il nie en bloc tout plagiat et maintient qu’il ne s’agit que d’un mauvais procès dû à l’hostilité soulevée par ses théories :

"Ils veulent nous détruire parce que nous disons la vérité."

Il pousse même l’ironie jusqu’à se comparer à Galilée

La faute au système d’évaluation par les pairs ?

Mais aujourd’hui, un mois après ce retrait, ce n’est plus aux auteurs, sérieusement décrédibilisés, que les blogueurs demandent des comptes : c’est à la revue.

Que des scientifiques peu scrupuleux profitent du nombre énorme d’articles publiés chaque mois pour parasiter les travaux de leurs collègues et concurrents, cela n’a rien de neuf, et l’on ne reprochera pas aux membres, souvent bénévoles, des comités de lecture de ne pas connaître mot pour mot toute la littérature publiée. La solution, si elle existe, viendra plutôt du développement de logiciels capable d’exploiter les banques d’articles disponibles, comme eTBlast.

Mais comment ces rapporteurs, censés contrôler la pertinence et la rigueur scientifique des manuscrits qui leur sont soumis, ont pu laisser passer des énormités aussi flagrantes, voilà ce que la communauté des chercheurs aimerait comprendre. Michael Dunn, directeur de la publication, a reconnu que des erreurs avaient été faites, et que le système de "peer-review" (évaluation par des pairs en comité de lecture) n’aurait pas dû laisser passer cet article. Il n’a toutefois pas fait de communication sur la nature des erreurs commises. Il lui faudra pourtant s’y résoudre, s’il tient à conserver la réputation de respectabilité de sa revue.

Car le système du "peer-review" constitue l’un des piliers des conventions académiques internationales, et les biologistes américains, pour beaucoup impliqués dans la réfutation des thèses créationnistes qui prospèrent aux Etats-Unis, comptent sur son intégrité pour maintenir une barrière hermétique entre la science et les théories métaphysiques comme l’Intelligent design, qui cache mal ses racines créationnistes.

Certes, ces internautes pas comme les autres, pour la plupart chercheurs en biologie, sont satisfaits d’avoir vérifié l’adage informatique qui veut qu’avec assez d’yeux toutes les erreurs soient évidentes. Mais malgré l’efficacité de ce travail collectif, tous s’accordent à reconnaître que leur vigilance ne devrait pas avoir à s’exercer sur des cas aussi caricaturaux, qui auraient dû être détectés immédiatement par le filtre de la revue. Ils appellent donc les publications à une rigueur accrue, sans toutefois remettre en cause la structure elle-même. Car, pour citer un commentaire fort churchillien : "le peer-review est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres"…


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Par Claude N
20H12    22/03/2008

A propos des revues scientifiques
Le système “peer to peer” ( évaluation par un comité de lecture de pairs) serait le le pire des systèmes à l’exclusion de tous les autres comme la démocratie selon Churchill. Ce n’est pas faux mais ce n’est pas tout à fait vrai.
Dans ma spécialité, dont le statut de science est d’ailleurs contesté, la plupart des revues de psychanalyse, très nombreuses, sont la propriété des sociétés ou de petits groupes qui ne promeuvent que leurs propres idées et exercent une censure Force est de constater que des travaux neufs se font difficilement un chemin tandis que des textes répétitifs, longs, ennuyeux, font l’objet d’une publicité liée à la notoriété acquise en d’autres temps par leurs auteurs ainsi qu’à la position universitaire, éditoriale ou à la fortune et à l’entregent des signataires. Il manque à la psychanalyse des « annales » ouvertes à tous sous forme de communications courtes pouvant faire l’objet de la libre discussion orale ou(et) écrite sur le modèle de ce que la psychiatrie s’est donnée avec les « Annales Médicopsychologiques ». Tout étant permis, sauf l’attaque ad hominem , on entend et on lit des choses discutables mais on évite les âneries et les folies dans la mesure où elles feraient aussitôt l’objet de critiques orales et écrites.
Je suis frappé de voir que les sciences reputées plus dures que la nôtre sont fréquemment envahies par des spéculations obscurantistes. Il y a toujours eu des physiciens à la recherche d’un supplément d’âme . mais aujourd’hui, il y a plus: les sectes les plus délirantes et dangereuses cherchent et trouvent des appuis dans le monde politique, la haute administration et les grandes enterprises dès l’instant qu’elles se présentent comme les piliers de la foi et de l’autorité managériale. Les revues scientifiques ne sont pas indemnes, non seulement du fait de la contamination éventuelle de quelques chercheurs, mais du poids des “experts” payés par les industries pharmaceutiques et des subventions versées aux revues complaisantes et pas aux autres.

 
Par déluge
22H26    22/03/2008

Les recherches, fussent-elles scientifiques reposent toujours sur des croyances. Qu’on les appelle « axiomes » n’y change rien: Improuvé, admis comme présupposé: Croyance.
Et je crois que celà va au delà de ce que vous appelez les « modèles sous jacent ". Je pense que la science ne reconstruit pas la réalité, ce qui serait une forme de " créationnisme » à rebourd.
La « science » est un cadre d’interprétation de la réalité, elle n’est pas la réalité. C’est le mieux que l’on ait trouvé chez nous, il convient à notre vision de la réalité, et à tout prendre je préfère ce type d’apréhension du monde: Au moins on peut en parler et le dicuter sans être menacé de bucher. Il me semble civilisé parceque objet de contradictions et dynamique.
MAIS, la « science " telle qu’on l’entends est un regard qui a sa mystique propre, son fond improuvé et fluctuant, donc, pour moi, pas d’idolatrie scientifique. Ce n’est pas un regard " pur » et distancié, c’est juste ce qu’on a trouvé de mieux pour pas avoir mal à la tête lorsqu’on regarde les étoiles.

 
Par NonooStar
01H41    23/03/2008

Qu’est-ce que c’est que cette expression de « religion science » ?

Visiblement vous ne comprenez pas comment fonctionne la science. Il n’y a pas de dogme ou d’intégrisme. La raison pour laquelle la thèse défendue par ces deux auteurs, et les thèses type Intelligent Design en général, ne sont pas de la science, c’est qu’elles n’ont aucune utilité et mènent dans une impasse.

Lorsqu’on aborde les descriptions les plus précises des processus d’évolution du vivant, les différentes hypothèses deviennent très difficile à valider. C’est pourquoi certaines personnes sont tentées d’invoquer une conscience supérieure qui auraient provoqué ces évolutions. Le problème, c’est que rien ne dit que ces mécanismes n’ont pas des causes sous-jacentes qui nous sont encore inconnues, causes que nous n’avons aucune chance de découvrir si on les remplace par une sorte de divinité.

C’est le postulat de la science : refuser l’hypothèse du surnaturel parce que cette hypothèse n’est pas utilisable. Ce n’est pas du dogmatisme, c’est du pragmatisme.

 
Par Panca
06H18    23/03/2008

Cher déluge, vous confondez, science et religion ou science et mathématiques (les mathématiques n’ont du reste rien à voir avec la religion et tiennent de la grammaire des sciences). Une recherche scientifique ne repose pas sur un axiome ou un présupposé (par exemple : il existe un créateur de toutes choses que nous appellerons Dieu) mais avant tout sur des observations et des expériences.Seulement après l’observation, vient le présupposé, lequel
n’est en général fait que par commodité et parcequ’il semble « réaliste »
Exemple de présupposé : L’univers a les mêmes propriétés dans toutes les directions (les scientifiques emploient pour cela le terme d’isotropie)
Maintenant quand vous parlez à propos des thèses créationnistes et de leurs méthodes vous parlez d’une forme de tolérance ou de civiliation, rappelons qu’aux Etats-Unis il y a eu par le passé un procès à l’encontre d’un enseignant qui enseignait les théories de Darwin. Parler
de tolérence à propos du créationnisme c’est mettre sur le même plan science et religion mais dans le cadre de l’enseignement ou de l recherche en sciences. Je suis laique et n’est rien contre les religions
à priori, mais que l’on ne nous fasse pas prendre des vessies pour des lanternes : l’enseignement religieux doit se faire dans le cadre de la religion! Sinon le résultat sera que les scientifiques qui, quoiqu’on en pense, oeuvrent pour une forme de progrès, ne pourront pas travailler et devront laisser la place aux religieux. D’ailleurs, dans notre pays, n’est ce pas ce que l’on voit d’une certaine manière quand la recherche médicale est financée en partie par des dons privés par des « dames patronesses » (appel à la générosité des citoyens qui par ailleurs paient
des impots pour cela) et que des BAC+12 sont en CDD à 1200euros pour le prix d’une découverte importante et un avenir à l’ANPE!

 
Par Fabienne Gallaire
14H16    23/03/2008

Pas de doute, il y a bien un créationnisme musulman.

Ils rentrent pour la plupart dans la catégorie du Old Earth Creationism, c’est-à-dire qu’ils ne prétendent pas, comme c’est la mode chez les littéralistes chétiens américains, que la Terre a été crée il y a 6000.

Celui qui fait le plus parler de lui en Europe et en Amérique est sans doute Harun Yahya (de son vrai nom Adnan Oktar) un prédicateur turc qui prétend démontrer l’origine divine de la création par deux arguments contre l’évolution :

1/ Ceci est un X actuel. Ceci est un X fossile. Regardez comment ils se ressemblent! Il n’y a donc pas eu d’évolution. (avec X = poisson, grenouille, limule, …) Plus de détails par ici.

2/ La théorie de Darwin prédit des formes intermédiaires. Vous avez déjà vu, vous, un animal moitié poisson moitié étoile de mer ? Ou moitié oiseau, moitié grenouille ? Ah vous voyez bien que Darwin avait tort!

Et un dernier qui peut se résumer par « Ha, c’que c’est bien fichu la Nature! »

Vous trouverez tout ça sur son site, et dans son fameux Atlas de la Création envoyé à grand frais à de nombreux lycées et universités, tant en France qu’aux Etats Unis.

Comment est financée cette opération de communication qui envoie aux quatre coins du globe des pavés pleine couleur de plus de 700 pages? Excellente question.