A debattre 22/03/2008 à 09h43

OGM, autoroutes, aéroports : l'esprit du Grenelle contrarié ?

Ophélie Neiman | Journaliste

Nathalie Kosciusko-Morizet répond aux inquiétudes des associations écolos. En interviews croisées, la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie confronte ses points de vue sur l’avancement du Grenelle à ceux d’Arnaud Gossement et Yannick Jadot, respectivement portes-parole de France Nature Environnement et Greenpeace.

Certes, le réchauffement climatique ne s’est pas interrompu. Mais le Grenelle a eu des conséquences. Première en date, le 6 décembre, le parlement votait la mise en place d’un système de bonus et de malus. Ce qui, toutefois, fera couler beaucoup plus d’encre, c’est l’annonce, le 5 février, du projet de loi relatif aux OGM, projet qui sera adopté par le Sénat trois jours plus tard.

Vécue comme une trahison par les uns, comme un modèle d’équilibre pour les autres, la proposition de loi divise.

Les OGM : « c’est une trahison »

Arnaud Gossement et Yannick Jadot critiquent vigoureusement l’annonce du ministre de l’agriculture Michel Barnier, de reprendre les essais en plein champ. Selon le porte-parole de France Nature Environnement, ce n’était pas une priorité, d’autant que la recherche fondamentale s’effectue en milieu confiné. Pour le porte-parole d’Alliance pour la planète et directeur des programmes de Greenpeace, c’est une façon de servir la soupe aux semenciers, Monsanto en tête. Pour les deux, il s’agit d’une trahison de l’esprit du Grenelle :

La secrétaire de l’écologie récuse cette accusation et offre une thèse totalement différente. Le projet de loi est basé sur trois piliers, comme par exemple l’instauration d’un régime de responsabilité, avancée souvent ignorée.
Sur le point de la recherche, elle souligne la nécessité d’une expertise indépendante, qui n’existe pas aujourd’hui. Les essais seraient menés sur des plants où la dissémination est nulle ou contrôlée, et non sur le Monsanto 810 :

A noter que, depuis la réalisation de ces interviews, le Conseil d’Etat a confirmé dans une ordonnance du 19 mars, l’interdiction de cultiver en France le maïs MON 810. Il s’agit donc d’un rejet de la requête en référé de la société Monsanto. Les associations, dont FNE, se réjouissent de cette « victoire collective », selon les mots d’Arnaud Gossement, tout en ajoutant que « la guerre contre les OGM continue ».

Projets locaux : incompatibles avec la priorité environnementale

Autres décisions qui fâchent. Le Grenelle n’a pas, contrairement au souhait des ONG, marqué un coup d’arrêt à plusieurs projet, locaux ou nationaux : autorisation du grand contournement routier ouest de Strasbourg, création d’un aéroport à Notre Dame des Landes, projet de ligne à haute tension dans les Pyrénées, remise en cause des quotas de pêche, etc.

De l’avis d’Arnaud Gossement, c’est pour certains députés, absents des ateliers de réflexion, une revanche, une façon de démontrer leur autorité sur la prise des décisions. « Attention au décrochage des Français », lance-t-il à l’attention de Jean-Louis Borloo :

Pour Yannick Jadot, c’est le pouvoir des élus locaux, parfois incompatible avec la priorité environnementale, qui s’exprime.

Selon la secrétaire d’Etat, il était trop délicat de revoir ces projets pendant une campagne municipale, qui transforme chacun d’eux en enjeu électoral. Mais les élections passées, ces mêmes projets pourraient bien être remis en cause :

A surveiller, donc. Un Grenelle révolutionnaire, le gouvernement le promet, les associations y croient encore, mais la société civile doute déjà. S’il est certainement trop tôt pour lui dresser des funérailles, les embuches, au fil du temps, ne cessent de s’accumuler.

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  • Crevette2000
    • Posté à 13h29 le 22/03/2008
    • Internaute 11343

    Sérieusement, y’a quelqu’un ici qui croyait que ce grenelle de l’environnement apporterait de véritables solutions aux problématiques vitales qui sont en jeu aujourd’hui ? ? ? ! ! ! !

    Réussir à inverser la donne en matière environnementale relève d’un défi titanesque à mes yeux : changer de modèle de société...
    (Hé oui carrément, elle y va fort la gauchiste de service !)

    Comment voulez vous qu’on enraye la pollution de l’eau, des sols, de l’air alors que le mot d’ordre est une course effrénée à la consommation de tellement de produits nocifs ?
    En ce moment, le concept qui plait bien aux journaux : c’est la baisse du pouvoir d’achat.

    Mais putain, moi je veux pas consommer plus ! ! !
    Je veux juste vivre mieux, et pareil pour mon voisin.
    Manger des aliments sains qui m’apporte assez de force pour penser et agir, aller au travail pour apporter des solutions aux problèmes que peuvent rencontrer mes semblables et non pas leur en créer, transmettre, créer, pour repousser l’ignorance, la peur, la jalousie.
    Si en passant je peux rire avec ma famille, mes amis, des inconnus et admirer les milles et unes merveilles de la Nature, bon ben ça y est je crois qu’on y est !

    Le fond du problème réside dans les liens inextricables qui lient les lobby financiers au monde politique.
    Aujourd’hui, la France est gouvernée par ceux qui, précisément agissent à l’encontre du respect de l’environnement...
    Si mes souvenirs sont bons, Mr Sarkozy fut chargé de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques en 1987 au ministère de l’Intérieur. Dans la foulée du fameux nuage radioactif de Tchernobyl qui s’est arrêté à nos belles frontières françaises.
    Quand on voit la façon dont ce problème de santé publique est passé totalement à la trappe, cela laisse présager de la conscience humaniste et responsable de notre actuel Président.

    A mes yeux ce grenelle de l’environnement n’est qu’un packaging de communication, un emballage de plus... ou comment conforter les français dans leur rôle de veaux ! !

    A bon entendeur, salut !

  • gribouillemoqueur
    • Posté à 14h12 le 22/03/2008
    • Internaute 36141

    Il est quand même emblèmatique de voir que la première mesure appliquée du grenelle de l’environnement est la mise en place d’un système de bonus malus écologique sur les voitures.
    On ne peut que constater une coîncidence bienvenue entre cette mesure et les intérêts économiques de nos deux constructeurs nationaux qui, comme c’est curieux, réalisent l’essentiel de leurs ventes sur le segment des petites citadines, petites citadines qui sont les heureuses bénéficiares des fameux bonus.
    Il est hautement probabble, si Peugeot et Renault n’avaient pas été inexistants dans les 4 X 4, dépassés sur les lourdes berlines de luxe, le système de bonus malus, à l’image des OGM, subirait les lenteurs bureaucratiques, les compromis pour le vider de sa substance avant l’annonce d’une mort clinique dans le plus grand silence médiatique.
    On ne peut que conclure, à la lumière des faits, que le combat du gouvernement pour l’environnement incarne en réalité une forme masquée de proteccionisme au service des intérêts économiques nationaux, et, non une réélle volonté de sauver notre planête des risques environnementaux.

  • semellesdevent
    • Posté à 15h21 le 22/03/2008
    • Internaute 35727

    Arnaud Gossement parle de sceptissisme face au grenelle...
    Visiblement, il ne se trompe pas. Mais ne pourrait-on pas avoir un peu d’espoir ?
    Il parle de diffusion du grenelle dans la société. Oui, biensûr, comment pourrait-on manifester notre mécontentement, se dresser devant certaines décisions si nous n’avons pas plus de connaissances sur les engagements qui avaient étés pris.
    Il est facile pour celui qui a un ordinateur de s’informer rapidement, de manifester en signant une pétition, de gémir sur un site ou un autre.. Mais n’oublions pas que beaucoup de français ne s’informent que par la télévision. Effectivement, on peut les traiter de veaux, mais qu’est-ce-que nous changerons ? L’information est le seul moyen de réunir un plus grand nombre de personnes autour de ces problèmes.
    Agissons !
    Nous savons où sont les intérêts de nos dirigeants, nous savons de quelle manière ils peuvent nous manipuler. A notre tour de les prendre à leur propre jeu. Oui, le grenelle est peut-être un packaging de communication, mais qu’avons nous d’autre ?
    Utilisons ce qui a été dit, signé et élevons nous face à tout ce qui n’est pas respecté.
    Ce n’est qu’en passant par l’information de masse que d’autres personnes se rapprocheront afin de sauver notre planète.
    Nathalie Kosclusko-Morizet nous promet une nouvelle carte dès le printemps. Nous y sommes, exigeons de voir la carte que le CIAT a préparé.
    Des organisations comme green peace ou FNE doivent être encouragées.
    Leur travail est énorme, alors si nous pouvions au moins les soutenir.

  • Nic0
    • Posté à 21h21 le 23/03/2008
    • Internaute 13632

    Heureusement que le gouvernement ne part pas vers un dogmatisme effrenné !

    J’habite en Lozère et nous avons un « vieux » projet routier qui à pris beaucoup de retard (comme tout projet de ce type) qui est le doublement de la RN88 au normes Voie Express !

    Je me réjouis que ce projet n’est pas remis en causse, car que nous restera t’il sachant que le TGV ne traversera pas le Massif-Central ?
    Favoriser le train, à la route ou aux avions, oui bien sur, mais faut-il que ça soit du TGV...
    (pour le transport de personnes)
    Dans certains cas la route reste une très bonne solution, car relier un village au réseau électrique n’est pas incompatible avec une politique d’économie d’énergie.

    Je pense que le réseau routier va encore un peu évolué, comme avec ce projet, et tant mieux, mais il faut bien voir que le problème c’est bien l’énergie de demain, et j’aurai préfèrai que ce grenelle aborde plus, par exemple, un schéma de production et la distribution d’hydrogène.

    Et au final, heureusement que ce sont les députés et les maires qui auront le dernier mot sur ces dossiers car ce sont des élus du peuple, contrairement à beaucoup d’idéaliste qui on participé à ce grenelle, et qui pour beaucoup oubli bien des réalités locale.

    Vivement le prochain CIAT qui confirmera bon nombre de projets vitaux pour nos régions.