A la Une 22/03/2008 à 17h39

Mai 1968 : la révolte en chantant



Montage (Flickr).

On peut se souvenir avec des idées, des pensées, des images, des émotions. On peut se souvenir en chantant. On peut dire un moment, une époque, par ses airs. Que fredonnaient-ils, les Français, dans cette année 1968 ? Que chantaient les étudiant(e)s de Nanterre ce 22 mars 1968 dont on dit qu’il marque le commencement de Mai 68 ?

Il y a ceux qui savent, ils savent ce qu’était, Mai 68, ils ont les mots pour le dire, ils disent « une fête », « un grand monôme », « une crise adolescente », « une farce de fils à papa », ils disent « la porte ouverte de l’individualisme », ou « du libéralisme », ou « du développement de la société de consommation », ou « de l’américanisation de la France », mai incarnant la ruse de l’histoire pour moderniser la France contre une bourgeoisie archaïque. D’autres disent « la plus grande grève ouvrière », « la révolution trahie par les bureaucrates », « la jonction impossible étudiants-ouvriers », l’espérance violente d’un autre monde. D’autres ont encore en tête et au cœur -et sans doute en ont-ils la nostalgie- un bonheur collectif inouï, une parenthèse enchantée, quelque chose somme toute assez mystérieux.


Côté étudiants, l’affaire, en effet, est d’abord nanterroise : mouvements divers à l’université de Nanterre, une fac récente construite dans un quartier non traditionnellement universitaire, à la différence du Quartier latin, pour faire face à l’afflux d’étudiants (mais on est très loin de la massification de l’enseignement supérieur des années 1990). Mouvements alimentés par les « gauchistes » (appellation à venir, qualificatif lancé quelques semaines plus tard par le parti communiste français en démarquage de l’ouvrage de Lénine « La Maladie infantile du communisme : le gauchisme ») et qui se focalisent sur différentes revendications, déjà depuis l’automne 1967 contre la réforme de l’enseignement supérieur, contre la vie sur le campus, contre l’interdiction faite aux garçons d’aller dans le dortoir des filles…

Jacques Tarnerao, chercheur, était de ceux qui ont lancé ce 22 mars et qui ont chanté, sans en connaitre toutes les strophes, « l’Internationale » :


A partir de janvier 1968, la contestation est permanente, mise en œuvre par une « minorité active » de « gauchistes » : avec interruption des cours, interpellations des professeurs, meetings… Un certain Daniel Cohn-Bendit en est le leader.

Le 22 mars, des militants des comités Vietnam sont appréhendés chez eux, au petit matin, tandis qu’un militant de la JCR (Jeunesse communiste révolutionnaire), connu à Nanterre, l’a été la veille au soir dans le cadre d’une enquête « concernant la sécurité publique ». Dans l’après-midi du 22, à Nanterre, se tient une assemblée générale pour organiser la riposte « contre la répression ». La Tour, soit le bâtiment administratif, est occupée, y compris la salle du conseil, au dernier étage, celle où siègent d’ordinaire les professeurs. Le Mouvement du 22 mars est né, regroupant situationnistes, guevaristes, trotskistes, anarchistes, ex-communistes, inorganisés… C’est une mouvance, un mouvement, ni une organisation ni un parti.

A partir de ce jour, l’agitation sera quotidienne ou presque sur le campus de Nanterre, ponctuée d’incidents divers qui aboutiront à la décision de fermer la faculté, le 3 mai.

Les chansons seront, elles, continuellement entonnées durant tout le mois de mai. L’architecte Roland Castro était militant mao et avait participé à la fondation du mouvement « Vive la Révolution ». Il chante toujours :


Texte : Martine Storti
Vidéo : Zineb Dryef

Rue89 et le Hall de la Chanson célèbrent les chansons de mai 68
Lire aussi : 32 jours de mai, de Martine Storti - éd. Le Bord de l’eau - 197p., 16,15€.

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  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 18h38 le 22/03/2008
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    MAI 68 ENCHANTANT

    Ça y est, la grande commémoration du quarantenaire est lancée ! Voici maintenant qu’on nous le chante. C’est mieux, mais franchement, au jour d’aujourd’hui, je n’y trouve pas vraiment encore mon content. Rien qui ne me rappelle le formidable déluge d’émotions que je ressentis alors. Rien qui ne rende l’intensité de ces jours brûlants. Bon allez, je me lance, j’essaie…

    –––––

    Avril 1968. L’immense majorité de la population ignore encore la déflagration qui va secouer son existence. J’ai (presque) dix-huit ans. Le conservatisme étriqué des générations précédentes nous tient sous muselière. Dans le lycée parisien mixte (chose encore très rare à l’époque) où je prépare mon bac, les garçons sont fréquemment renvoyés chez eux mettre la cravate qui leur fait défaut. Les filles qui ont eu l’insolence de se maquiller sont invitées à se nettoyer à l’eau froide dans les toilettes de l’établissement. Les pantalons leur sont permis... à condition qu’une jupe ou une robe les recouvrent ! Les cartables sont fouillés, à la recherche de quelques ouvrages aussi subversifs ou licencieux que ceux de Boris Vian. La pilule contraceptive, « autorisée » depuis un an, n’est encore qu’un vœu pieux pour les teenagers que nous sommes. Baiser n’est pas une sinécure...

    Quelques jours plus tard, tout ceci a implosé. Le proviseur qui nous tenait sous sa coulpe autoritaire, a disparu du jour au lendemain avec ses sbires. Nous ne le reverrons plus. Nous dansons à plus soif nos carmagnoles libératoires. Mai 68, c’est l’histoire d’une chrysalide qui se déchire, d’un barrage qui se rompt et libère ses flots. Torrents de mots, débordements de rires et d’enthousiasmes. Cela ne va sans doute pas sans dégâts ou excès. Mais c’est le prix de la liberté, le risque à courir.

    L’évènement surprit son monde, à commencer par ses propres acteurs, sidérés de se retrouver pris dans ce vertige. Pourtant, tous les prémisses étaient là en germe, bien présents. L’hystérie Beatles, la fureur Rolling Stones, les prophéties de Bob Dylan, et jusqu’à notre gentille vague yéyé qui, pour puérile qu’elle puisse paraître, était déjà une tentative d’émancipation par la fête.

    –––––

    Durant tout ce mois de mai, j’élus résidence à la cafétéria enfumée du CHU St Antoine Paris 12e, avec les étudiants, et surtout les étudiantes en médecine, juste en face la boulangerie de mes parents. Des artistes sortis de nul part illuminaient notre quotidien en repeignant à leur façon les piliers du bâtiment. Les jours, les nuits ne laissaient guère place au sommeil. La nuit, nous montions tout en haut sur la terrasse, sous les étoiles, enivrés par notre propre audace. Nous parlions à n’en plus finir. Les corps sentaient enfin la peau et les petits matins autorisés.

    Le jour, nous rejoignions les trottoirs. Ceux-ci étaient de véritables volcans de discussions, avec des assemblées on ne peut plus hétéroclites. Des puits de fusion ahurissants rassemblant toutes les classes sociales. Un vaste forum fiévreux où le maître-mot était le « vivre ensemble ». Les détracteurs de Mai 68 clament que ces déferlements « utopiques » étaient l’expression de l’individualisme petit-bourgeois induit pas la société de consommation. C’était l’inverse et rien de cela ne relevait de la chimère romanesque. « Qui a vécu Mai 68 et n’est pas de mauvaise foi sait depuis qu’un autre monde est possible, » écrit Christine Delphy, sociologue, féministe et participante active à ces journées folles.

    Mon père, homme simple et bon mais certainement pas suspect de progressisme échevelé, n’avait pas de mots assez durs pour qualifier ce qu’il appelait nos « déballages ». Pourtant, c’était bien lui qui, chaque jour, alimentait gratuitement en baguettes croustillantes les « émeutier(e)s » de la cafétéria du CHU.

    Nous ne manquions pas non plus de nous rendre dans les manifestations. Celle-ci tenaient plus de l’insurrection festive que du mouvement organisé. J’ai encore souvenir de ce grand échalas maigre en improbable toge antique, casque à plume et lance d’opérette (accessoires « empruntés » sans doute au théâtre de l’Odéon alors occupé) surgissant derrière un escadron de forces de l’ordre en hurlant : « Rendez-vous, vous êtes cernés ! » Les pavés que nous lancions contre les CRS-SS, étaient surtout dirigés contre l’ordre moral étouffant que ceux-ci représentaient. Les fesses des filles (ou des garçons, c’est selon) qui nous accompagnaient, avaient au moins autant d’importance que les slogans que nous hurlions.

    –––––

    La grande erreur est de considérer Mai 68 sous le seul angle politique ou syndical. La logorrhée marxisto-libertaire un peu pesante dont nous abusions, tenait plus du langage spontané de reconnaissance entre nous que d’un discours révolutionnaire structuré.

    Débordées, dépassées, les partis traditionnels de gauche, communiste, socialiste, furent incapables d’assurer un relais politique à ce déchaînement existentiel. Tout aussi incapables, heureusement, de le récupérer à leur profit. Quant aux fameux « gauchistes » et autres prédicateurs « maos » (parmi lesquels Bernard-Henri Lévy, Pascal Bruckner, André Gluksmann, Philippe Sollers ...), ils venaient nous délivrer leur doctrine sur un ton si glaçant de commissaires politiques que nous préférions nous tenir à distance.

    Fidèle à ses habitudes, la société du spectacle médiatique essaya d’imposer les meneurs qui lui seyaient : je me souviens, Jacques Sauvageot, Alain Geismar, Serge July et les « maoïstes » sus-cités. Ceux-là étaient déjà de tous les plateaux officiels, mais absents de nos discussions et de nos préoccupations à nous. Passé l’orage et le coup d’arrêt des législatives de juin 68, les médias eurent beau jeu de dénoncer l’échec politique du mouvement. Ils crurent même bon de pousser plus loin l’imposture en pointant les dérives bourgeoises de ceux qu’ils avaient eux-mêmes proclamés leaders. Lesquels s’auto-torpillèrent allègrement pour rester sous les projecteurs des plateaux. Ils y sont encore à pontifier.

    Non, Mai 68 ne fut ni un mouvement politique, ni un mouvement de revendications syndicales, mais un état d’esprit, une émancipation aux conséquences durables (les conquêtes féministes d’alors en sont un exemple). Le fait qu’un Président de la République, quarante années plus tard, se sente encore obligé d’annoncer dans ses priorités qu’il veut « rompre réellement avec l’esprit, avec les comportements, avec les idées de Mai 68 », montre à quel point ceux-ci sont encore prégnants dans le corps social.

    –––––

    La question qui revient, récurrente, et aussi très agaçante, est de savoir si de tels évènements peuvent se reproduire. Je pense pour ma part que nous ne reverrons pas plus de nouveau Mai 68 qu’il n’y aura de nouvelle Révolution française 89 ou de nouveau Front populaire 36.

    Daniel Cohn-Bendit, qui ne fut pas un leader, mais une figure emblématique du mouvement (les médias d’alors se gardaient bien de l’inviter, lui), a tort de déclarer que le fond de la révolte n’existe plus. » Tous les ingrédients d’une glaciation conservatrice sont à nouveau en place pour déboucher un jour sur une explosion brutale de libération. Celle-ci aura simplement son caractère à elle, ses spécificités propres, son langage codé, son appellation contrôlée avec laquelle ses acteurs ne manqueront pas, à leur tour, d’exaspérer leurs progénitures.

    Je n’évoque ici ces souvenirs que pour illustrer une ambiance, une atmosphère ; pour corriger aussi, à ma façon, ce que je pense être des erreurs d’interprétation obligeamment amplifiées par les médias et les analystes assis. Ce qui m’intéresse dans les évènements de Mai 68, ce ne sont pas les anecdotes ou les faits héroïques du passé, mais les traces persistantes qui en restent aujourd’hui.

    Je ne pleure pas une nostalgie. Je ne rêve pas non plus d’un nouveau Mai 68. Je voudrais juste en réanimer l’esprit de liberté, m’en imprégner dans mon comportement de chaque instant, en communiquer la petite flamme à chaque moment, tout de suite, sans jamais rien lâcher.

    –––––

    Mais tout de même, dans le bourbier où nous sommes aujourd’hui, avouez qu’on se laisserait bien tenter par un petit Mai 08, non ?
    [À suivre :
    CHANTONS MAI 08 hé hé ! ]

  • Jonas2
    Jonas2
    Les mouches ne me trouveront (...)
    • Posté à 19h33 le 22/03/2008
    • Internaute 19359
      Les mouches ne me trouveront (...)

    Surtout n’oubliez pas François Béranger en tête de gondole.
    C’était 68. C’est maintenant. Ecoutez un peu pour voir. Vous qui ne l’avez pas connu.

    Tranche de vie

    « Je suis né dans un p’tit village
    qu’a un nom pas du tout commun,
    bien sûr entouré de bocages
    c’est le village de Saint Martin.
    A peine j’ai cinq ans qu’on m’emmène
    avec ma mère et mes frangins.
    Mon père pense qu’y aura du turbin
    dans la ville où coule la Seine

    J’en suis encore à m’ demander
    après tant et tant d’années,
    a quoi ça sert de vivre et tout,
    à quoi ça sert, en bref, d’être né

    La capitale c’est bien joli
    surtout quand on la voit d’Passy,
    mais de Nanterre ou d’ Charenton,
    c’est déjà beaucoup moins folichon.
    J’ai pas d’ mal à imaginer
    par ou c’ que mon père est passé
    car j’ai connu quinze ans plus tard
    le mêmes tracas, le même bazar

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    L’matin faut aller piétiner
    devant les guichets d’ la main d’œuvre.
    L’après-midi solliciter
    l’ bon cœur des punaises des bonnes œuvres.
    Ma mère, elle était toute paumée
    sans ses lapins et ses couvées.
    Et puis, pour voir, essayez donc
    sans fric de nourrir cinq lardons

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    Pour parfaire mon éducation
    y’a la communale on béton.
    La on fait d’ la pédagogie
    devant soixante mômes en furie.
    En plus d’ l’alphabet, du calcul,
    j’ai pris beaucoup d’ coup d’ pied au cul
    et sans qu’on me l’ait demandé
    j’appris l’arabe et l’ portugais

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    A quinze ans finie la belle vie,
    t’es plus un môme, t’es plus un p’tit.
    J’ me retrouve les deux mains dans l’ pétrole
    à frotter des pièces de bagnole.
    Huit-neuf heures dans un atelier,
    ça vous épanouit la jeunesse.
    Ca vous arrange même la santé
    pour le monde on a d’ la tendresse.

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    C’est pas fini...

    Quand on en a un peu là-dedans,
    on y reste pas bien longtemps
    On s’arrange tout naturellement
    pour faire des trucs moins fatigants.
    J’me faufile dans une méchante bande
    qui voyoute la nuit sur la lande.
    J’apprends des chansons de Bruant
    en faisant des croche-pattes aux agents

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    Bien sûr la maison poulaga
    m’agrippe a mon premier faux pas
    Ca tombe bien, mon pote, t’as d’ la veine
    faut du monde pour le FLN
    J’me farcis trois ans de casse-pipe
    Aurès, Kabylie, Mitidja.
    Y’a d’ quoi prendre toute l’Afrique en grippe.
    Mais faut servir l’ pays ou pas.

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    Quand on m’ relâche je suis vidé,
    j’ suis comme un p’tit sac en papier.
    Y’a plus rien dedans. Tout est cassé
    J’ai même plus envie d’une mémé.
    Quand ’ai cru qu’ j’allais m’ réveiller
    les flics m’ont vachement tabassé.
    faut dire que j’ m’étais amusé
    à leur balancer des pavés

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    Les flics, pour c’ qui est d’ la monnaie,
    Ils la rendent avec intérêt
    le crâne, le ventre et les roustons,
    enfin quoi vive la Nation !
    Le juge m’a file trois ans d’ caisse
    rapport à mes antécédents
    Moi, j’ peux pas dire que j’ sois en liesse.
    Mais enfin, qu’est-ce que c’est qu’ trois ans.

    J’en suis encore à m’ demander, etc...

    En taule, j’ vais pouvoir m’épanouir
    dans une société structurée.
    J’ ferai des chaussons et des balais.
    Et je pourrai me remettre à lire.
    Je suis né dans un p’tit village
    qu’a un nom pas du tout commun,
    bien sûr entouré de bocages
    c’est le village de Saint Martin.

    J’en suis encore à m’ demander, etc... »

  • Bigseb
    Bigseb
    Blazé
    • Posté à 20h26 le 22/03/2008
    • Internaute 25229
      Blazé

    Et cette année, on chantera quoi ?

  • Numerosix
    Numerosix répond à Bigseb
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 21h14 le 22/03/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Cette chanson de Brassens, j’ en ai peur ..

    A peine sortis du berceau,
    Nous sommes allés faire un saut
    Au boulevard du temps qui passe,
    En scandant notre « Ça ira “
    Contre les vieux, les mous, les gras,
    Confinés dans leurs idées basses.

    On nous a vus, c’était hier,
    Qui descendions, jeunes et fiers,
    Dans une folle sarabande,
    En allumant des feux de joie,
    En alarmant les gros bourgeois,
    En piétinant leurs plates-bandes.

    Jurant de tout remettre à neuf,
    De refaire quatre-vingt-neuf,
    De reprendre un peu la Bastille,
    Nous avons embrassé, goulus,
    Leurs femmes qu’ils ne touchaient plus,
    Nous avons fécondé leurs filles.

    Dans la mare de leurs canards
    Nous avons lancé, goguenards,
    Force pavés, quelle tempête !
    Nous n’avons rien laissé debout,
    Flanquant leurs credos, leurs tabous
    Et leurs dieux, cul par-dessus tête.

    Quand sonna le ‘ cessez-le-feu
    L’un de nous perdait ses cheveux
    Et l’autre avait les tempes grises.

    Nous avons constaté soudain
    Que l’été de la Saint-Martin
    N’est pas loin du temps des cerises.

    Alors, ralentissant le pas,
    On fit la route à la papa,
    Car, braillant contre les ancêtres,
    La troupe fraîche des cadets
    Au carrefour nous attendait
    Pour nous envoyer à Bicêtre.

    Tous ces gâteux, ces avachis,
    Ces pauvres sépulcres blanchis
    Chancelant dans leur carapace,
    On les a vus, c’était hier,
    Qui descendaient jeunes et fiers,
    Le boulevard du temps qui passe

  • sinclair
    • Posté à 22h17 le 22/03/2008
    • Internaute 2580

    J’avais 18 ans les chansons a l’époque c’était elvis les groupes anglais les beatles. C’était surtout secouer un joug de conformisme bourgeois qui était éloignés de l’évolution des mœurs. L’espoir né de la libération s’était délité dans les combines politicienne, De Gaule avait conserve les mœurs d’une autre époque en voulant tout contrôler. La différence de liberté entre les USA et l’Europe était trop criante. La longueur des cheveux était strictement règlementé la séparation des sexes totale. Les ouvriers et employés quant a eux souffraient déjà d’une mauvaise répartition des bénéfices, a l’époque une forte expansion technique et économique avait développé des profits non redistribues.

    Dans les quartiers Nord de Marseille on vidait souvent les tinettes par la fenêtre dans l’arrière cour pas de WC sauf au fond de la cour un trou dans une cabane avec du papier journal.Pas d’eau chaude sauf a la casserole pas de S de B. La TV en N&B chez quelques uns. L’eau au compte goutte stockée dans des caisse a eau, filtrée au goutte a goutte sur des filtres en terre dans des bocaux. L’affrontement entre bandes de quartier pour la gloire et se préparer pour certains a entrer chez les grands qui contrôlaient les cigarettes, les jeux et la prostitution

    La préhistoire quoi. Quelques tourne disque avec de rares 45 tours, age tendre et tête de bois a la télé comme seule émission pour les jeunes majorité a 21 ans oblige.

    Mais le plus lourd était la chape de plomb des mœurs le cela ne se fait pas a tout bout de champ était devenu intenable. La bien pensance a fait exploser une jeunesse nombreuse maintenue en tutelle.

    Voila en vrac la vie de l’époque dans les quartiers Nord, cela a été un explosion de ras le bol général. cohn bendit, Castro, Krivine faisaient rêver les plus politises par leur idées révolutionnaires.

    Désolé mais notre président Sarkozy avait 13 ans a l’époque et ne pouvait prendre un pavé. Par contre chaque fois que je passe en voiture ou a pied sur des portions pavés de petits moellons je me dit que nos élus n’ont rien retenu des évènements passés et quelque part cela me rassure.

    Soyez indulgent c’est juste des souvenirs qui sont remontes comme des bulles a la surface en lisant vos post ci dessus.

  • tomtombenz
    tomtombenz répond à jissé
    Etudiant Master en alternance
    • Posté à 22h42 le 22/03/2008
    • Internaute 30560
      Etudiant Master en alternance

    Et moi je n’ai que 24 ans,

    A l’époque je n’était même pas le début d’un spermatozoïde.

    Ça réchauffe le cœur de revivre cette période mythique avec vos yeux à tous.

    Triste de ne pas l’avoir véçu ? Certainement ! Mais je n’en reste pas moins optimiste pour la suite. Meme si la jeunesse semble moins impliquée ...

    (c’est peut être une fausse idée que je me fait de votre époque)

    ... en politique qu’elle ne l’était à l’époque. J’ai l’impression que beaucoup se résignent alors qu’il me semble tellement possible de changer les choses, les gens, les comportement. Il me suffit à mon avis d’un déclic. Et Mai 2008, vu comme un symbole peut être ce déclic.

    Mais ne revenons pas avec les slogan de l’époque. Inventons, recréons, améliorons ce qui à été.

    Partons sur de nouvelles base et envisageons l’avenir qu’il faut pour notre générations avec les rpoblématique qui sont les notre.

    Vous aussi les « vieux » ;) aidez nous à changer notre monde !

  • hagalma
    • Posté à 23h26 le 22/03/2008
    • Internaute 8451

    J’avais dix ans, habitait un petit village (« qu’a un nom pas du tout commun »). Alors je ne comprenais pas trop. Bien sûr, il y a eu une fin de trimestre scolaire des plus anticipée, et un vecu de vacance d’été, youpi, d’une langueur douce. Il y avait aussi les monos de la colo : comme il y avait une correspondance en train à Paris, ils nous avaient emmenés au quartier Latin. Je me souviens de la Sorbonne, et des rues dépavées, les pavés étant soigneusement empilés ici et là en des tas pyramidaux, attendant d’être posés. Les monos avaient l’air recueilli, et j’avais du coup l’impression de traverser un des hauts lieu de l’Histoire, le Lourde d’une efflorescence encore vague, mais irréversible...
    Je me souviens aussi qu’à la télé il y avait les images angoissantes d’une guerre qui n’en finissait pas : « Saïgon », « Hanôï ». Mais l’agitation en France, non, c’était pas inquiétant. Mes aînés étaient en train de donner un petit coup de modernisation à la France du Général, qui en avait bien besoin (enfin, la France, je ne savais pas trop, mais le Général, je n’avais aucun doute !). C’était pas tellement que la gauche prolétarienne s’était appropriée les moyens de production ; c’était plutôt comme une mise à jour dans la manière des gens de vivre et de parler : plus librement.

    Et puis vinrent les délocalisations, le choc pétrolier, le chômage. La partie politique que Mai 68 n’a pas jouée, et qui se rappelle depuis comme quelque chose d’inaccompli ?

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 13h18 le 23/03/2008
    • Internaute 29846
      menuisier

    Allons, allons, je vous propose ça :

    Au marché de Brive la Gaillarde
    A proposde botte d’oignons,
    Quelques douzaines de gaillardes
    Se crêpaient un jour le chignon
    A pied à cheval, en voiture
    Les gendarmes, mal inspirés
    Vinrent pour tenter l’aventure
    D’interropre l’échaufouré.

    Or, sous tous les cieux sans vergogne,
    C’est un usage bien établi,
    Dès qu’il s’agit de rosser les cognes
    Tout le monde se réconcili.
    Ces furies perdant toute mesure,
    Se ruèrent sur les guignols,
    Et donnèrent, je vous l’assure,
    Un spectacle assez croquignol.

    A votre santé !