
Même si Robert Mugabe a toutes les chances de remporter l’élection présidentielle du 29 mars, Arnold Tsunga, président de la Zimbabwe Human Rights Association et vice-président de la Fédération internationale des Ligues des Droits de l’homme (FIDH) estime qu’il reste un tout petit espoir d’évincer le dictateur. Rencontre à Genève avec l’une des dernières voix critiques au Zimbabwe.
Constamment menacé de mort, Arnold Tsunga a été arrêté, emprisonné et torturé. Alors que des élections présidentielles, législatives et municipales sont prévues pour le 29 mars, il nous a confié:
"Notre devise est: n’agonise pas, organise-toi!"
Plus facile à dire qu’à faire dans un pays au bord de l’asphyxie: la répression contre les opposants politiques et la société civile est féroce, quatre personnes sur cinq vivent en dessous du seuil de pauvreté, l’inflation atteint 100000% et un quart de la population a fui vers les pays voisins. Malgré ce scénario catastrophe et une tentative ratée de réforme de la constitution, Arnold Tsunga garde une lueur d’espoir que les élections puissent être libres. Il accuse Mugabe de condamner l’opposition à mourir de faim et la communauté internationale de se laisser berner par sa propagande.
Avant les élections, l’opposition et la société civile réclamaient une nouvelle constitution, mais celle-ci n’a pas été promulguée. Pourquoi?
Nous avions mis beaucoup d’espoir dans la médiation de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), sous la houlette du président sud-africain Thabo Mbeki, mais nous avons été très déçus. L’une de ses tâches principales était de proposer une nouvelle constitution -ce qui a été fait, mais nous n’avons pas été consultés et le projet de constitution n’a pas été soumis au parlement. Mbeki n’a pas été un intermédiaire honnête, il a entouré son initiative de mystère et n’y a pas associé la société civile.
Pourquoi?
Parce que Thabo Mbeki considère que l’actuel chef de l’opposition, Morgan Tsvangiray, ne ferait pas un bon président, alors qu’il a les faveurs de la majorité des Zimbabwéens. Mais c’est un syndicaliste et ceci n’a pas l’heur de plaire à l’Afrique du Sud qui, en plus, considère qu’il n’a pas assez de diplômes. Mbéki accorderait sa confiance au Zanu-PF (le parti de Mugabe, ndlr) parce que c’est le pendant zimbabwéen de l’ANC sud-africaine.
Dans ce contexte, à quoi vont servir les élections?
Probablement à rien. Mais il faut quand même qu’elles aient lieu, au cas où Mugabe, tout à coup, leur permettrait d’être libres. Car Simba Makoni, l’ancien Ministre des finances, actuellement dans l’opposition, pourrait créer un clivage à l’intérieur de l’organe de gestion des élections, de l’armée et des services de sécurité. Il y a une forte division au sein du Zanu-PF, le parti de Mugabe dont Makoni est toujours membre. Et une telle division pourrait ouvrir la voie à Morgan Tsvangiray, le candidat du peuple. C’est une toute petite chance, car le mot "défaite" n’appartient pas au vocabulaire de Robert Mugabe. Mais il ne faut pas la rater.
Les violations des droits de l’homme sont légions au Zimbabwe, mais lesquelles vous paraissent les plus graves?
L’utilisation de la nourriture comme instrument de contrôle politique. Mugabe manipule la distribution alimentaire par les agences internationales pour condamner l’opposition à mourir de faim. Et les gens périssent en masse. Le Programme alimentaire mondial (PAM) s’appuie sur les gouvernements locaux, mais ceux-ci sont contrôlés par le gouvernement et n’approvisionnement que leurs sympathisants! Le mieux serait que le PAM distribue lui-même la nourriture, mais il n’a pas les moyens de le faire. Un autre grave problème, c’est la violence et la torture organisées -perpétrées par l’Etat- et la répression systématique des défenseurs des droits de l’homme, ceux qui essaient de donner leur voix à ceux qui n’en ont pas.
Et quelle est votre situation personnelle?
Elle s’est légèrement améliorée depuis que j’ai été nommé directeur de la division Afrique de la Commission internationale des juristes, car cela me donne plus de visibilité. Mais auparavant, j’ai été arrêté, emprisonné et torturé et je continue à subir des menaces de mort, tout comme les autres défenseurs. Surtout à chaque fois que nous allons à l’aéroport, d’ailleurs.
Justement, venir au Conseil des droits de l’homme de l'ONU à Génève, est-ce une chance ou un risque pour vous?
Les deux. D’un côté, cela augmente notre visibilité, ce qui nous protège. Mais de l’autre, ça rend le gouvernement fou de colère et nous ne savons pas ce qui nous attend à notre retour. Mais j’ai de la chance d’être un avocat. La situation des femmes, et des étudiants ordinaires, qui ne savent pas utiliser les voies juridiques, est nettement pire. C’est pour cela que nous les aidons. Les enfants comptent parmi les principales victimes de la mauvaise gouvernance de Mugabe.
Quelle est leur situation?
L’espérance de vie au Zimbabwe est la plus faible du monde : 34 ans pour les femmes et 36-37 pour les hommes. 4000 à 5000 personnes meurent chaque semaine faute de nourriture, de soins médicaux, de travail et de logement. Pour les enfants, c’est un désastre et le pays a le taux le plus élevé d’orphelins par habitants. Il y a beaucoup de familles gérées par les enfants eux-mêmes. Quand les parents meurent, les filles sont responsables de leur fratrie. Pour survivre, elles n’ont pas d’autre choix que de mendier et se prostituer. Et souvent elles finissent dans les mailles du trafic d’êtres humains en direction de l’Afrique du Sud et des pays européens. Privés de nourriture, d’école et d’emplois, pour les enfants c’est l’enfer sur terre!
D’où peut venir le changement?
D’abord des Zimbabwéens eux-mêmes, qui doivent chercher une transition pacifique. L’Union africaine et la communauté internationale ont échoué parce que la propagande de Mugabe affirme que les problèmes ne sont pas dus à sa mauvaise gouvernance, mais à l’antagonisme du Royaume Uni, notamment. Et sa propagande marche à fond.
Mais personne n’y croit en Occident!
Pas si sûr. Beaucoup pensent que les problèmes du Zimbabwe ont commencé en 2000, avec la réforme agraire. Pas du tout! Ils ont commencé en 1997, quand Mugabe a envoyé des troupes en RDC, ce qui a saigné complètement le pays. En 1999, les vétérans ont commencé à manifester contre Mugabe et pour les calmer, il a donné à chacun d’entre eux une récompense de 50000 dollars US -une petite fortune. S’en est suivi le "vendredi noir", où le dollar zimbabwéen a commencé à se déprécier fortement, ce qui a entraîné une pénurie de nourriture et généré des émeutes. Le mouvement constitutionnel national, le mouvement syndical et l’opposition sont nés à ce moment là.
En février 2000, Mugabe a organisé un référendum sur la nouvelle constitution et il a perdu. Pour apaiser la colère des gens, il a lancé la fameuse réforme agraire, qui consistait à réquisitionner les terres des Blancs et à les donner aux Noirs. Mais cela a été un désastre, car c’était très mal géré. Nous disons que c’était une "difforme" agraire, pas une réforme. Mais sa propagande affirme que c’est à ce moment là qu’ont commencé les problèmes du pays, à cause de l’hostilité de la communauté internationale et du Royaume Uni. C’est faux.
► La réponse du PAM aux accusations d'Arnold Tsunga.
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"Il accuse Mugabe de condamner l’opposition à mourir de faim et la communauté internationale de se laisser berner par sa propagande."
"De "se laisser" berner..." la polysémie du verbe prend ici toute sa valeur.
http://info-espress.over-blog.com/
Si il n'y avait que Mugabé ! Ils sont combien ces erzats de "nationaux socialistes" au pouvoir sur ce continent ?
mugabe fait partie de cette racaille d'opportunistes instrumentalisant la politique pour parvenir à ses fins de profit personnel ,d'exercice d'un pouvoir tyrannique ,dont le but est loin d'être le bien d'une nation.çà le dépasse.
Pour autant que nous puissions en juger, Mugabe représente à peu près toutes les tares des pires décolonisations.
Pourtant je reste perplexe en constatant que, si les gouvernements occidentaux condamnent à peu près unanimement le régime de Mugabe, il semble bénéficier d'une indulgence surprenante de la part des gouvernements africains et de l'OUA, voire plus largement chez les potentats du tiers-monde. Je me demande également comment est considéré Mugabe par les populations africaines qui ne subissent pas son régime.
Dans quelle mesure la rhétorique post-coloniale et anti-occidentale de Mugabe rencontre-t-elle un écho sur le continent ? Après tout, il faut bien admettre qu'il y a quelques raisons pour ne pas considérer l'occident avec une bienveillance sans faille...
A propos des perspectives d'avenir : dans quelle mesure l'accession prochaine au pouvoir sud-africain de Zuma (qui se positionne, au moins au niveau du discours, plus à gauche) peut-elle représenter une évolution sensible par rapport à la position de Mbeki ?
La faim est une arme de destruction massive, efficace, simple, et beaucoup moins coûteuse à mettre en place qu'une bombe atomique. Et, aussi, au moins aussi meurtrière. C'est l'une des armes préférées des régimes autoritaires du continent africain. En plus, les pays occidentaux donnent des aides pour réparer tout ça, c'est tout bénef' !
Mugabe est un dictateur que seule la crainte du pléonasme m'empêche de qualifier d'immonde. Ce n'est pas le seul. Et il est encore là, malgré toutes les dénonciations dont il fait l'objet. Cela mérite réflexion.
Ne critiquons pas trop :
c'est l'avenir.
M. Mugabe se contente de réaliser le rêve de tous les dirigeants de notre planète. Il est certes impoli, ce qui n'est pas bien, mais on doit bien reconnaitre qu'il sait mater les partageux, avec une position morale impeccable.
Anti-racisme etc...
Certes il est anti-sémite, "no body's perfec".
Mais on ne peut que saluer sa maitrise des populations, son soin à s'enrichir, et son accord avec le peuple (une élection encore plus triomphale que celle de M. Sarkosy).
D'une certaine façon, il est le modèle à suivre par tous les dirigeants de la terre.
Et ils le suivent.
et quid de la misère savamemment entretenue sous nos cieux?
Enfin un article sur le Zimbabwe !!! ils sont si rares alors que ce pays est exsangue. Outre la nourriture, l'électricité manque aussi très souvent ou alors c'est l'essence ! Dans ces conditions la vie quotidienne, les relations sont très difficiles.
Mais, pas grand chose dans les journaux. L'entretien est bien venu mais il serait bien plus intéressant de lire les comptes rendus d'un journaliste. Je pense que le fait qu'ils soient quasiment absents d'un tel pays renforce encore le sentiment d'abandon par la communauté internationale.
Que ce soit au Zimbabwe ou ailleurs, le PAM ne tolère aucune ingérence politique dans la distribution de son aide alimentaire, qui est attribuée uniquement en fonction des besoins et sans égard à l’appartenance politique. Sa neutralité est assurée à l’aide d’un ensemble de contrôles rigoureux de surveillance et de vérification.
Tout le processus d’aide alimentaire du PAM est à la fois public, transparent et entièrement indépendant du réseau de distribution de vivres du gouvernement zimbabwéen. Il existe deux systèmes totalement distincts de distribution de nourriture au Zimbabwe : celui du gouvernement, qui distribue de la nourriture subventionnée par le biais du Grain Marketing Board, et le réseau de distribution humanitaire du PAM qui travaille de concert avec un consortium d’ONG parrainé par les Etats-Unis, connu sous le nom de C-SAFE.
La sélection des bénéficiaires est effectuée par les communautés locales, assistée par les ONG et supervisée par le PAM. Les représentants locaux sont consultés, mais ne sont en aucun cas impliqués dans la sélection des bénéficiaires. De plus, tous les vivres fournis par le PAM sont distribués par 14 ONG nationales et internationales et ne le sont jamais par des organismes étatiques.
De nombreuses accusations concernant l’ingérence politique dans la distribution de l’aide alimentaire ont trait au fait que le PAM ne dispose pas des ressources suffisantes pour nourrir tous ceux qui ont besoin d’assistance, et se concentre sur les personnes les plus vulnérables. Certes, la situation de la sécurité alimentaire au Zimbabwe est critique, mais la faim n'y tue pas les gens "en masse" comme l'indique l'article, justement grâce à l'action du PAM. Toute personne qui se sent exclue peut exprimer ses préoccupations qui seront enregistrées, enquêtées et - avec l'aide des ONG - réglées.
Jusqu'à présent, les gouvernements donateurs ont fait preuve d'une grande générosité vis à vis des opérations du PAM au Zimbabwe. Leurs dons n'auraient jamais été aussi conséquents si le moindre doute avait plané sur l'instrumentalisation politique de l'assistance du PAM.