Aujourd'hui dans la tourmente, « l'Union » a toujours utilisé son poids financier pour peser sur la politique sociale.

Créée en 1901, l'Union des industries métallurgiques et minières (UIMM) façonne l'histoire sociale française depuis plus d'un siècle. Cent sept ans de lobbying, de pressions, de campagnes de presse, d'aide occulte aux politiques et de lutte acharnée contre le « bolchévisme ». Où les pratiques du patronat font frémir… Coup d'oeil dans le rétro.
« Il n'y a jamais eu de corruption, de financement politique, d'achat de parlementaires, ou de signatures lors d'un accord syndical, jamais. »
Lorsqu'il consent enfin à s'expliquer dans un entretien au Monde, Denis Gautier-Sauvagnac commence par proférer un demi-mensonge. Puis, il enchaîne par une demi-vérité en forme d'aveu :
« Ce système, j'en ai hérité, je suis le septième délégué général depuis 1901. Ça tombe sur le septième, pas de chance, mon devoir est d'assumer. Mon erreur est de ne pas avoir arrêté le système en 1994. »
Pour bien comprendre l'emprise que l'UIMM exerce sur les relations sociales, il faut donc remonter aux origines, à la fondation de « l'Union ».

Cette année-là, le ministre du Commerce, de l'Industrie, des Postes et des Télégraphes fait passer une loi sur le travail des femmes et des enfants, puis en septembre, une autre loi sur l'abaissement à 11 heures de la durée de travail journalière des ouvriers. Dès le départ, souligne l'historienne Danièle Fraboulet, l'UIMM est conçue en réaction à l'inertie de certains patrons :

qui s'étend en Europe
Il produit des libelles, journaux et tracts distribués dans les usines. L'historienne Danièle Fraboulet a retrouvé dans les archives du GIM une note du 5 novembre 1925, signée de son délégué spécial, Etienne Villey :
« Une dizaine de feuillets, rédigés par des intellectuels russes réfugiés en France, et traitant brièvement de quelques aspects de la vie ouvrière en Russie, ont été distribués dans les quartiers ouvriers à 100 000 exemplaires chacun.“Trois tracts confectionnés par nos soins ou sous notre direction ont été envoyés à domicile à 7 500 adresses d'ouvriers données à notre secrétariat par les établissements adhérents.”
Par ailleurs, les entreprises sont invitées à verser une contribution de 5 francs par ouvrier en guise de participation à la propagande. Mais ce n'est pas tout, la méthode de travail de l'UIMM, c'est l'influence « en réseaux » sur les décideurs. Dès le départ, l'Union s'implique dans la vie parlementaire :

de solidarité antigrève
Fondée par François Ceyrac, l'Epim fonctionne comme une assurance : les entreprises cotisent, à raison de 0,2 pour mille de leur chiffre d'affaires, en échange de la garantie de pouvoir bénéficier d'une compensation en cas de conflit social. Dans une note confidentielle « Notre action d'entraide professionnelle », révélée en 1987 dans un livre (« Sur la piste des patrons », Messidor/Éditions sociales), l'UIMM précise :
« [La cotisation est] partie intégrante des frais divers de gestion déductibles du bénéfice imposable. En cas de grève, l'entreprise établit et présente, par l'intermédiaire de la chambre syndicale territorialement compétente, un dossier de demande d'aide.“Cette demande est soumise au comité de surveillance du régime, qui vérifie que la position de l'employeur au cours et à la fin du conflit n'a pas été contraire aux intérêts fondamentaux de nos professions.”
Et pour défendre les « intérêts fondamentaux » de la profession, l'UIMM va aussi fortement contribuer à bâtir la doctrine sociale française. Parce que le droit reste un instrument de contrôle très efficace :

D'abord la traditionnelle production de documents de campagne. En 1978, les journalistes du Canard publient un bilan de l'aide apportée lors des législatives de 1973, où il apparaît que 9 millions de journaux et revues, 2 millions d'affiches et 8 millions de tracts ont été financés par la fédération.
Pour s'adapter à l'évolution des moeurs, l'UIMM prône alors de développer « l'information économique ». Un document interne analyse notamment :
« Le mental du plus grand nombre est obstrué par des clichés, des slogans mobilisateurs d'émotion qui font barrage à l'entrée de l'information. Une fois pour toutes, les travailleurs forment une caste sacrée, une race supérieure souffrante et martyre promise à l'hégémonie finale.“Nourrie de cette pâture digeste, une large partie du public ne reçoit, ne perçoit et ne peut observer que ce qui est en résonance avec ce fond de convictions déposé en chacun. (…) C'est un devoir moral et civique de lutter contre l'intoxication ; il n'y a pas perversité ou machiavélisme à utiliser des techniques de conditionnement.”
Ce mécanisme n'est pas nouveau. Dès les années 20, les patrons de la métallurgie réclament une association pour financer les partis politiques qui défendent leurs idées. Ils vont même jusqu'à ouvrir un compte en banque réservé à cet usage :

noire, au Luxembourg
Il place ces fonds au Luxembourg, dans une succursale de la Chase Manhattan Bank. Manque de chance, le 14 juin 1977, le comptable est intercepté dans l'express Luxembourg-Paris, alors qu'il consulte des documents bancaires dans le train. Incapable de justifier de la moindre autorisation d'ouverture de compte à l'étranger, il raconte tout aux douaniers.
Finalement, après une semaine de prison, il est libéré suite à l'intervention de Maurice Papon, alors ministre du Budget. En échange, l'UIMM accepte de régler une amende de 2,7 millions de francs. Conclusion du Canard : « Pas de procès, pas de scandale. »

une normalisation ?
Tout cela ne répond pas à la question de savoir où sont passés les 19 millions d'euros distribués en liquide par l'UIMM, entre 2000 et 2007 ? D'autant plus que la cotisation à l'Epim est passée de 0,2 pour mille à 0,4 pour mille en 2001. Dans ces conditions, comment croire à la défense du septième délégué général, Denis Gautier-Sauvagnac ?

























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De Chamfort
07H32 | 22/03/2008 |
Questions diverses :
- d'où viennent les 600 millions d'euros sur le compte UIMM - n'ont t ils pas été soustraits à la trésorerie des entreprises >> abus de biens sociaux ?
- qui a reçu ? non seulement sur les 19 M en balade mais les autres versements.
- que va t'on faire de ces 600 M, peuvent ils être donné à Hirsh pour son plan pauvreté ?
- l'UIMM peut elle être condamné à amende pour cet argent planqué ?
Petite histoire : en 1914, les Wendel avaient leur usine sidérurgique du coté allemand en Lorraine, est- ce vrai que le front (français) a été déplacé pour éviter qu'elle soit sous le feu ? à la demande du patron de l'époque au Président du Conseil.
Je ne reproche pas aux riches d'être riche, je leur reproche d'être cons et salauds.
De pomme53
Médiation | 10H19 | 22/03/2008 |
Mr Denis Gautier Sauvagnac devra répondre devant la justice au minimum de détournement de fonds public puisque les sommes en cause correspondent au 0,4 /1000 (depuis 2001)des chiffres d'affaires des entreprises affiliées à l'UIMM ; chiffres d'affaires générés par la production ouvrière en France et éventuellement dans les lieux européens de délocalisation. Ce qui permettrait d'appréhender des sommes (et valeurs immobilières ? )autrement plus considérables que celles annoncées aujourd'hui…
Pour les salariés, cette affaire à valeur de symbole au moment oû l'ouvrier Français « tire le diable par la queue » en raison de l'effondrement de son pouvoir d'achat ; à la justice d'être à la hauteur de l'enjeu, à moins que parmi elle ne se cache un autre maurice papon ? !
Les archives qui partent en fumée sont généralement les plus encombrantes mais pas les plus compromettantes ; celles là valent de l'or et quelque soit l'époque, on ne s'en sépare pas si simplement ! Cela peut toujours servir ! ..quelque soit l'époque !
« Tu me tiens, je te tiens par la…barbichette ! »
De JCVION
11H25 | 22/03/2008 |
Je vais jeter un pavé dans la marre…Je pense sincèrement que si j'avais vécu au début du siècle dernier j'aurais été un défenseur du communisme (à moins d'être « bien né »…et encore..)car injustice il y avait bien mais reconnaissons néanmoins que cette injustice sociale a posé les fondations d'une petite nation en terme démographique qui a réussi à se hisser au rang de 5em puissance mondiale. Un bon moteur consomme beaucoup d'essence.
Par contre, en ce début de XXI em siècle, je vote Sarko…simplement car je considère avoir la notion de la justice et de l'injustice. Argument éculé, has been..si vous voulez mais je considère que l'effort, la prise de risque doit être récompensé..et je suis trés agaçé de voir notre bonne gauche bien pensante récupérer des faits d'actualité tels que le scandale de l'UIMM(car c'est bien un scandale qui devra être sévèrement sanctionné..)pour brocarder l'ensemble du patronat. C'est tellement injuste, contre productif et j'ai envie de dire..stupide et de courte vue.