Hommage 21/03/2008 à 12h51

Lili Boniche, chantre de la musique judéo-arabe, s'en est allé

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Lili Boniche sur la pochette d''Alger Alger » (Jean-Baptiste Mondino).

C'était en 1999, à l'Olympia à Paris, une salle comble mêlant émotion et ferveur. Sur scène, un quasi-octogénaire plus très solide dont la moitié de la salle connaissait par cœur les refrains et pressentait que ça risquait d'être le dernier concert public. Lili Boniche, le dernier survivant d'une culture judéo-arabe, s'est éteint dans la plus grande discrétion le 6 mars à Paris, mais on ne l'a appris que cette semaine.

Lili qui ? Tous ceux qui se poseront cette question faute d'avoir entendu le nom de ce chanteur né en 1921 dans la casbah d'Alger, reconnaîtront immédiatement certaines de ses chansons les plus connues, ne serait-ce que l'air de « Ana al Warka » qui passe chaque soir au générique de l'émission « Des mots de minuit » sur France2. D'autres refrains trottent dans beaucoup de têtes, tel « On m'appelle l'Oriental, parce que je suis sentimental »…


Incroyable destin que celui de Elie Boniche, plus tard « Lili », qui apprend très jeune la musique dans la casbah d'Alger, une musique populaire inspirée par la musique classique arabo-andalouse, qui lui vaut d'être méprisé par la haute société juive d'Algérie, mais adulé par la rue juive et arabe. Sa carrière de musicien s'arrête de manière surréaliste après son mariage avec une comtesse jalouse qui ne supportait pas ses passages sur scène…

Il sera « redécouvert », comme on dit, des années plus tard en France et au Moyen Orient, où ses chansons mêlant des paroles en français et en arabe ont trouvé un nouveau public. D'abord dans des fêtes de famille, avant de terminer avec ce concert à l'Olympia, reconnaissance tardive mais grandiose, un peu à l'image de ces vieux musiciens cubains comme Compay Secundo, adulés à la fin de leur vie. Au passage, il y aura quelques apparitions au cinéma, dont « Le Grand pardon », avec Roger Hanin.

Le même Roger Hanin qui, au début des années 1990, l'invita à chanter au mariage de sa fille en lui disant : « Tonton veut t'écouter, m'a-t-il dit, alors je t'attends chez moi au Trocadéro, il y a deux salons, un pour les invités, un pour nous trois. »

« Le président Mitterrand est arrivé à huit heures. Il m'a demandé “Viens, viens dans mes bras”, “On m'appelle l'Oriental”, un tango et un flamenco. Pour ces quatre chansons, je l'ai tenu pendant une heure ! Et puis, il s'est levé, que Dieu le repose, le pauvre, et il m'a embrassé, heureux comme tout ! “, racontait Lili Boniche dans Télérama.

Il contestait l'appellation ‘judéo-arabe’ : ‘Est-ce qu'on dit d'un musicien musulman qu'il joue de la musique islamo-arabe ? Je joue de la musique arabe, un point c'est tout’, rappelait jeudi Libération. Pour autant, il n'aura jamais pu chanter en Algérie après l'indépendance en 1962. Une page s'était tournée en 1962. Le livre s'est refermé le 6 mars 2008.


Quelques pochettes d'albums de Lili Boniche (DR).

Discographie
Alger Alger (1998) - Lili Live (1998) - Boniche Dub (1998) - Œuvres Récentes (2003) - Boniche Dub II (2003) (tous chez A.P.C., son dernier label). Trésors de la chanson Arabe (date non précisée, en import chez Creon). Il n'y a qu'un seul dieu, live à L'Olympia (date non précisée, en import).

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  • francodiac
    francodiac
    retraité en AFN
    • Posté à 14h21 le 21/03/2008
    • Internaute
      retraité en AFN

    Il était de la lignée de Raoul Journo,chantre de la chanson arabe que son pays natal, la Tunisie toute entière, officiels en tête, avait tenu à regretter lorsqu'il s'est éteint, il y à quelques mois à Paris. Que vive encore longtemps l'esprit et la culture Méditerranèennes ! ! !

  • marie.sauvage
    • Posté à 15h46 le 21/03/2008

    J'apprends, en allant écouter Lili Boniche sur youtube, que Samy El Maghribi est décédé le 09/03/2008 à Montreal. Ils nous quittent les doux enchanteurs

  • Lo Stesso
    Lo Stesso
    Belleville
    • Posté à 00h15 le 22/03/2008
    • Internaute
      Belleville

    Le livre s'est refermé ? Pas d'accord. Du tout. J'ai même plutôt l'impression qu'il s'ouvre. Enfin. Il y a effectivement les deux « Diwans » de Taha, formidable reconnaissance et hommage aux pères (pairs ? ), mais il y a aussi la formation d'El Gusto, l'an passé, qui est bien l'expression d'un Buena Vista Social Maghreb.

    Pourvu que ça dure.

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  • bilqis
    bilqis
    expat
    • Posté à 12h30 le 22/03/2008
    • Internaute
      expat

    une cassette audio qui ne quitte pas la voiture, le cd gravé sur le portable, Lili, tu nous quittes par le corps mais ta musique reste pour toujours...
    Zirhoncha le braha, repose en paix