Monsieur le Président,
A l'heure où la Révision générale des politiques publiques s'applique, y compris dans le domaine culturel, à proposer une rationalisation des dispositifs et plus de rigueur dans la gestion de l'appareil d'Etat, la nomination de Georges-Marc Benamou, votre conseiller à la Présidence de la République, à la tête de l'Académie de France à Rome, la Villa Médicis, me laisse plus que perplexe. Elle provoque chez moi à la fois une réelle déception, mais plus fortement, au delà de ma personne et dans les milieux professionnels, un sentiment de malaise.
La déception personnelle n'est certes pas l'essentiel, mais je tiens, par franchise, à vous en faire part.
Le 21 décembre 2007, votre conseiller m'apprenait en effet, par téléphone, que vous aviez formellement donné votre accord à ma nomination à ce poste, après proposition faite par la ministre de la Culture et de la Communication. Puis il se récusait, par un second coup de fil, trois jours plus tard. Pendant plus de deux mois, ce dernier m'assurait alors de son entier soutien, allant jusqu'à affirmer récemment dans la presse : « sérieusement, à ce poste-là, l'un des plus convoités dans le monde culturel européen, il y a d'excellents candidats, notamment Olivier Poivre d'Arvor, l'actuel patron de “Cultures France” ; son projet de relance de la villa dans le cadre de l'union méditerranéenne voulue par le président Sarkozy, est prometteur ». Nice Matin ( 14 janvier 2008).
J'ai en effet présenté à la ministre de la Culture et de la Communication dans le courant novembre 2007 un projet détaillé, dont je vous joins copie, pour une relance de l'Académie de France à Rome. Je vous l'ai également adressé, certain qu'il vous intéresserait, par son contenu centré sur la relation entre l'Europe et la Méditerranée. J'ai eu l'occasion de faire circuler ce projet auprès de plusieurs de vos conseillers.
Bien qu'écrivain, philosophe, diplomate en mission dans de nombreux services culturels à l'étranger depuis vingt ans, directeur de Culturesfrance, l'agence française d'échanges culturels internationaux, ministre plénipotentiaire, parlant l'italien, j'imagine très bien que ma candidature à ce poste n'était pas la seule à la direction de l'Académie de France à Rome/Villa Médicis. J'aurais parfaitement compris qu'une personnalité engagée au service d'un véritable projet culturel soit nommée à ce poste.
Je pense toutefois avoir été le seul « candidat » à avoir rédigé, à la demande expresse de votre conseiller, un projet que je crois assez complet et dont j'ose espérer qu'il me restera attribué. Je ne m'explique cependant pas l'attitude d'un conseiller de la Présidence de la République qui annonce à un candidat sa nomination à un poste, engageant votre personne, puis se récuse.
Le malaise vient d'ailleurs.
Quand votre conseiller fait annoncer lui-même ce lundi 17 mars 2008 qu'il est nommé à la direction de la Villa Médicis, il précise immédiatement, via l'AFP, qu'il a ainsi décidé de revenir « à ses activités d'écriture et de cinéma » et qu'il va enfin pouvoir se consacrer à l'adaptation pour l'écran d'un de ses romans…
De là vient le malentendu. Outre que Georges-Marc Benamou semble étrangement confondre la situation de pensionnaire (la Villa accueille chaque année une vingtaine de jeunes créateurs pour un travail personnel) avec la fonction de directeur, il oublie que cette fonction n'a rien d'honorifique ou de prestigieux mais représente un véritable engagement professionnel, à plein temps, autour d'un projet, d'un travail, d'une équipe.
A l'heure où vous vous souciez de rationaliser l'action de l'Etat, et, si j'en crois votre lettre de mission à la ministre de la Culture et de la Communication, à demander à l'administration un effort supplémentaire de rigueur, imaginer que la Villa Médicis est un lieu de repli pour conseiller en disgrâce, un lieu d'écriture, de repos, une retraite pour convenance personnelle, c'est donner un signe bien négatif. C'est donner du crédit à une culture de la désinvolture. La culture, y compris à Rome, à la Villa Médicis, ce n'est pas un luxe, un privilège, le fait du Prince, une récompense, le décorum fané d'une République soucieuse en vérité d'une véritable morale collective, c'est un engagement au service d'un projet, pour une communauté d'individus, et en l'occurrence, s'appliquant à un établissement sous tutelle de l'Etat, une véritable mission de service public.
Cette mission, j'aurais bien entendu aimé la mener à Rome. Je l'aurais fait avec passion, souci de la transparence et de l'évaluation d'une action. C'est ce même souci de transparence et de franchise, animé d'une conviction que la France, sans la culture, ce n'est pas la France, qui m'autorise, aujourd'hui, à vous écrire et à espérer, pour reprendre la formule d'André Malraux que « la culture témoigne de l'aspiration des peuples et non du caprice des courtisans de circonstance ».
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l'expression de mes sentiments très respectueux.
Olivier Poivre d'Arvor
► Benamou à Rome : Olivier Poivre d'Arvor écrit son « malaise » à Sarkozy





















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De Jean-Jacques Reboux
Ecrivain et éditeur | 18H47 | 18/03/2008 |
On comprend qu'Olivier Poivre d'Arvor l'ait mauvaise, étant donné que la direction de la Villa Médicis est un des plus beaux « fromages » de la République (avec, entre autres privilèges, un magnifique logement de fonction, et un salaire mensuel mirobolant, dont bien des écrivains se contenteraient pour assurer leur pitance pendant un an, voire plus). Mais cela aurait eu un peu plus de gueule si ce monsieur (qui ne fait pas partie, que je sache, des écrivains ayant du mal à joindre les deux bouts et a la chance de pouvoir monnayer assez facilement sa notoriété, et ne laissera tout de même pas une grande trace dans l'histoire de la littérature française…), si ce monsieur, donc, avait protesté lorsque Sarkozy a nommé Benamou conseiller à la culture à l'Elysée ? N'était-ce pas là, déjà, un « fait du prince » avéré ? (La compétence de Benamou n'ayant rien à envier à celle des Dati, Laporte, etc.) C'est à ce moment-là qu'il fallait vous lâcher, M. Poivre d'Arvor… Pas maintenant ! … Je ne sais pas, moi, en écrivant, par exemple, que la nomination de la girouette Georges-Marc Benamou comme conseiller à la Culture était un signe patent de l'inculture notoire du président.… Il y avait là de quoi tacler un joli pamphlet… Mais bon, cela aurait offert le désavantage de se faire mal voir du président… Ce qui peut être gênant quand on s'apprête à déposer sa candidature à un truc aussi sympa que la Villa Médicis. Tous ces cireurs de pompes de l'intelligentsia sont vraiment de risibles pantins ! ! ! Ça va être assez amusant de voir, dans les mois à venir, les déçus du sarkozysme sortir du bois en poussant des cris d'orfraie au fur et à mesure de la disgrâce du président…
Cela dit, sur le fond, Poivre d'Arvor a totalement raison quand il affirme que Benamou déconne en confondant les rôles (car à la Villa Médicis, ce sont les artistes, les écrivains, qui sont payés pour peindre, écrire, créer… pas le directeur, qui est payé pour faire tourner la boutique). Que Benamou ne sache pas cela montre qu'il est soit totalement stupide, soit totalement cynique (ou les deux ? )
à Jean-Jacques Reboux
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 09H41 | 19/03/2008 |
L'exercice n'était pas aisé : éviter l'aigreur et le dénigrement, se faire mousser sans en rajouter, blinder juridiquement la parternité d'un projet, et dédouaner le Prince en utilisant son conseiller en bouc émissaire… du grand art florentin.
Ce poivre ne manque pas de sel.
De marie 75
21H38 | 18/03/2008 |
Pas assez de gamelles pour tous les courtisans ?
Benamou pas assez « culturel » ? C'est une évidence, mais celui qui le nomme sait-il même ce qu'est la villa médicis.
Il doit confondre avec un village du club med !
Quant au d'arvor … il n'a de d'arvor que le nom… et ce n'est pas un Destin !
De Pierre13
22H41 | 18/03/2008 |
Protester par écrit auprès du Président de la République, voilà qui est rare et courageux de la part d'un responsable d'une institution nationale sous tutelle de deux ministères. Cela mérite d'être salué.
De zecite
00H29 | 19/03/2008 |
Ce n'est que le bal des courtisans…
Olivier Poivre d'Arvor a eu la faiblesse de penser que les nominations au mérite allaient devenir autour chose qu'un mirage de communication.
Qu'allons-nous encore subir les 4 prochaines années ?
De lynn.pyao
00H40 | 19/03/2008 |
L'an dernier, OPD est devenu Ministre Plénipotentiaire, avec un petit coup de pouce, il s'est fait intégré au Ministère des Affaires Etrangères au plus haut grade possible, celui qui permet de devenir ambassadeur. Alors chacun son tour, il se fait souffler un fromage, il avait souffler un fromage. Il n'a pas écrit de lettre pour protester.
De Cinsault
Graine de rosé | 07H29 | 19/03/2008 |
Nicolas 1er exile ses courtisans déçus dans des retraites dorées. Vu le caractère du monarque, il va y a voir un paquet d'exilés aux frais de la république d'ici quatre ans.
Ca touche combien un directeur de la villa Medicis pour se tourner le pouces et écrire des romans ?