Cinq ans après le déclenchement du conflit, ces militaires américains demandent la fin de l'occupation et des réparations.

Vendredi, à mon arrivée au campus de Silver Spring, près de Washington, il y avait des manifestants portant des pancartes dont une proclamait : Winter soldier, mon cul ! A l'intérieur se tenait la conférence Winter Soldier » des Vétérans d'Irak contre la guerre (IVAW) [ Winter soldier » est une référence à une enquête publique menée par des vétérans de la guerre du Vietnam en 1971, après le massacre de My Lai].
Pourquoi cette hostilité ? Cinquante-cinq anciens combattants américains s'apprêtaient à témoigner sur les guerres menées en Irak et en Afghanistan, que les membres d'IVAW qualifient d' occupation . Une conférence modelée sur celle du Vietnam en 1971, qui avait révélé les crimes de guerre, violations des droits de l'homme et gâchis militaire qui se déroulaient alors au Vietnam.
L'IVAW a trois objectifs : le retrait immédiat de toutes les troupes américaines d'Irak et d'Afghanistan, des compensations au peuple irakien, et des soins médicaux fiables pour tous les anciens combattants de ces guerres.
Pendant quatre jours, la conférence s'est intéressée aux violations constantes des règles d'engagement militaire, au coût à long terme de ces conflits pour les familles et les personnalités brisées, à la privatisation croissante de la guerre en Irak, au racisme et au sexisme dans l'armée, et à l'avenir de la résistance des GIs. Avec cette conférence Winter Soldier » , l'IVAW espérait attirer plus d'intérêt médiatique en faveur du mouvement antiguerre.
Des vétérans bien habillés et très organisés
Dans le hall où se déroulaient les témoignages, la sécurité était assurée par des membres de l'IVAW. Mais la plupart des soldats qui témoignaient étaient nés après 1982. Pour eux, le Vietnam, ce sont les images de films comme Full Metal Jacket ou Apocalypse now .
Les participants du Winter Soldier » de 1971 étaient en tenue militaire de camouflage, et l'événement était bricolé avec rien du tout. Celui de 2008, à l'opposé, avait plutôt l'allure d'un séminaire d'entreprise. Les femmes que j'ai vues témoigner étaient bien habillées, et si certains hommes avaient gardé leurs uniformes du désert, beaucoup étaient en costume ou en tenue de sport. Ce sont les nouveaux vétérans anti-guerre, qui savent utiliser l'image et la technologie à leur profit.
Jose Vasquez, membre de la direction de l'IVAW, m'a confié qu'il souhaitait professionnaliser l'organisation . Vasquez a servi quatorze ans dans l'armée, y compris comme réserviste. Il donnait l'impression d'avoir quitté sa caserne quelques heures plus tôt seulement. Né dans le Bronx, il s'est engagé à l'age de 17 ans. Il fait aujourd'hui des études d'anthopologie.
Il avait prévu de passer trente ans dans l'armée, et, après le 11 Septembre, il serait allé en Afghanistan sans hésitation. Mais au moment de son rappel pour aller en Irak en 2005, il avait conçu de sérieux doutes, non seulement sur l'efficacité de la guerre, mais aussi sur la validité morale de son engagement. En tant que membre du personnel médical, il rafistolait les soldats blessés pour leur permettre de retourner au combat et de se remettre à tuer.
Après une longue crise morale, il a demandé à bénéficier du statut d'objecteur de conscience, et un an plus tard il quittait l'armée. Lorsqu'il raconte le moment où il a expliqué aux autres soldats qu'il n'irait plus en Irak avec eux, il semblait plein de remords et de tristesse. L'armée lui manque.
Je crois que je viens de faire tuer la moitié de la population des quartiers nord
Il y a évidemment des détracteurs pour contester la véracité de témoignages de soldats sur des conduites immorales. Pour cette raison, l'IVAW a instauré un processus de vérification, et Vasquez porte le titre de chef de l'équipe de vérification » . Avec sa formation d'anthropologue, il a formé une équipe de 14 personnes, presque toutes d'anciens membres d'unités de combat :
Nous étions prêts à accepter des témoignages de toutes parts, pas seulement de membres de l'IVAW. Si vous aviez servi, et que vous pouviez le prouver, vous pouviez témoigner.
Cent quarante personnes se sont présentées pour témoigner. Clifton Hicks a servi comme conducteur de tank et serveur d'une mitrailleuse entre 2003 et 2004. Le fait d'avoir raconté son histoire, en décrivant notamment un immeuble de logements civils de cinq étages criblé de balles tirées à partir d'un avion, l'a profondément troublé.
Lorsque je me suis entretenu avec lui samedi, il était très affecté par la première journée de témoignages. Il m'a dit que pour la première fois depuis qu'il avait rejoint le mouvement anti-guerre, il avait envie de tout arrêter. Revivre les destructions de la guerre, penser aux amis qu'il a perdus là-bas, lui donnaient le sentiment de ne plus avoir envie de vivre.
Hicks a assisté à une session, vendredi, sur le non-respect des règles d'engagement. Les témoins parlaient de la torture de prisonniers, de tirs inconsidérés sur des zones habitées par des civils, l'effondrement rapide des règles d'engagement militaire dès qu'un membre d'une unité était tué.
C'était direct, personnel, du genre 'j'ai assassiné un paquet de gens', et non 'j'ai vu mourir des tas de gens de loin et j'ai pensé que c'était étrange'...
Jon Turner, un ancien marine, a fourni l'un des témoignages les plus dramatiques. Il a rappelé qu'on disait autrefois : Marine un jour, marine toujours. » Mais il a arraché les insignes sur sa chemise, les a jetés à terre, et a lancé : Je ne travaille plus pour vous. Il a accompli deux séjours en Irak, basé à Ramadi et à Fallujah. Il a projeté des vidéos qu'il a lui-même tournées en Irak : on y voit son supérieur direct dire après avoir ordonné un bombardement :
Je crois que je viens de faire tuer la moitié de la population des quartiers nord de Ramadi. Au diable les règles.
Ma première rafale ne l'a pas tué et il m'a regardé dans les yeux »
Lorsqu'une image de corps est alors apparue sur l'écran, Turner a commenté :
Le 18 avril 2006, j'ai eu mon premier mort confirmé. Cet homme était innocent. Je ne connais même pas son nom. Je l'appelle 'le Gros'. Il rentrait chez lui, et je l'ai tué devant son père et ses amis. Ma première rafale ne l'a pas tué et il m'a regardé dans les yeux. Alors j'ai tiré de nouveau et je l'ai achevé.
Mon officier m'a personnellement félicité, tout comme mes camarades. C'est le même homme qui a promis quatre jours de permission au soldat qui tuerait le premier à l'arme blanche.
Samedi, nous étions assis sur un banc avec Turner. Il portait un tatouage en arabe sur son poignet droit, signifiant, selon lui, Fuck you ! J'ai vu en lui le fantôme du jeune homme qui avait rejoint l'armée parce qu'il aimait son pays et voulait le protéger. Mais il est devenu un homme endurci et torturé, qui passe son temps à chasser les démons dans sa tête.
Des démons qu'il pensait avoir laissé derrière lui en Irak, comme le Gros , ou un autre homme en vélo, qui avait eu le malheur de passer par son barrage un jour où il avait eu un désir de mort. Les journalistes embedded » étaient alors dans une autre unité, alors il a tiré.
Jon souffre du syndrome de stress post-traumatique (SSPT). Il a cessé de boire et de fûmer, et il a interrompu sa thérapie par lassitude, mais discute beaucoup avec ses amis de l'IVAW. Il est devenu artiste, reproduisant des uniformes de camouflage en papier dont il fait des livres. Il écrit de la poésie. Il tente de faire quelque chose de positif à partir du gâchis de ce que fut l'Irak.
Photo : des vétérans de l'IVAW reconstituent une scène de combat devant le Capitole, à Washington, en mars (Jim Young/Reuters).
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si il y a une sale guerre, il doit t’y avoir des propres guerres ??
TIENS C’est nouveau.
Le libre-arbitre doit être inconnu à des gens comme celui que vous présentez. En plus de cela, il faudrait le plaindre, personne ne l’a obligé à assassiner des civils, on a toujours le choix. Ce genre de fumier ne mérite aucune compassion, mais juste de croupir derrière des barreaux.
C’est facile de s’abriter derrière la hiérarchie qui donne les ordres. Si il y avait eu moins de soldats lâches et serviles dans ce conflit, il y aurait eu moins de massacres de ce genre là.
En ce qui me concerne ce qui ont participé activement à ce genre de boucherie de façon active et qui souffrent de SSPT n’ont que ce qu’ils méritent, ils peuvent même se faire sauter la caisse, ça fera pas de grosses pertes. Profiter de son statut de soldat durant un conflit pour assouvir ces pulsions meutrières, il n’y a rien de plus lâche et écoeurant.
Je plains néanmoins ceux qui se sont retrouvés embarquer dans ce conflit sanglant témoins d’atrocités sans rien pouvoir faire qu’ils soient civils ou militaires.
Bien souvent, les soldats américains qui s’engagent « volontairement » dans l’armée ne sont pas des tueurs psychopathes sanguinaires en mal de tuerie. On compte énormément de jeunes des classes les moins aisées, à qui l’armée promet un salaire et surtout des bourses d’études au retour d’Irak.
Le problème, c’est qu’ils sont souvent mal formés, envoyés dans un pays dont ils ne comprennent ni la langue ni les coutumes. Ils craignent les attentats sans même en comprendre réellement les causes. Et c’est sans compter les pressions de la hiérarchie réticente à accepter la défaite et qui les pousse aux pires extrémités (il n’y qu’à voir le refus de Georges Bush de condamner le water-boarding). Les raisons de devenir enragé sont nombreuses…
Alors, s’il est vrai qu’il faut condamner tous ces agissements et ceux qui les ont commis. Mais ne voir en eux que des psychopathes, c’est protéger un système qui fabrique justement ces psychopathes. Revoyez Full Metal Jacket ou Voyage au bout de l’Enfer…
La France a des soldats engagés dans la sale guerre d’afghanistan. Qui se soucie de l’état moral dans lequel ils reviennent ?
Sabaudia
la comparaison me semble difficile :
les Français en Afghanistan ne sont pas des gamins non formés, la plupart appartiennent à des bataillons de forces spéciales surentraînés.
les opérations sont d’un tout autre ordre et d’un autre niveau.
du personnel spécialisé est sur place et à chaque retour de mission il y a débriefing à chaud puis suivi.
Cela nempêche pas les difficultés mais elles restent inférieures en nombre et en gravité.
J ai un sentiment bizarre, au fil de ma lecture je me suis surpris a éprouve de la compassion pour ces homme, pour subitement me reprendre et me rendre copmte de la manipulation que je subissais.
Ces hommes ne témoignes pas pour aider ces pauvres Irakiens(il n y a même pas un mot pour eux), non ils témoignent pour qu on les plaigne, pour qu on leur pardonne, pour qu on les aides a se délester de se poids trop lourd qui est de donner la mort.
Non messieurs les assassins, ce n est pas aussi simple!
Vous avez tue des gens innocents,briser des familles entières pour toute une generation, on ne se lave pas en témoignant espere que l histoire rendra compte et rendra justice a tous ces pauvres Irakiens.