La photo au Salon du livre: cartes postales de cités heureuses

Quartier du Luth, à Gennevilliers (éd. Lyna).

Il y eut des cartes postales des grands ensembles, ces constructions bâties dans les années 60 à coup de "chemin de grues" -pour rationaliser et accélérer l'édification des barres de logements, la grue se déplaçait en ligne droite sur des rails de chemins de fer de plusieurs dizaines de mètres... d'où les barres.

Nonobstant le degré zéro d'une pensée architecturale et urbanistique, ce qui apparaissait alors comme une bonne solution pour résorber en urgence et les bidonvilles et le manque de logements pour une population immigrée, ouvrière, d'étudiants, d'employés, de fonctionnaires, allait vite se révéler un piège. Il n'empêche.

Des personnes y ont eu une histoire, des joies, des peines, et une certaine fierté d'habiter là. D'où les cartes postales, éditées par des professionnels, envoyées par les habitants. Vues aériennes, couleurs Eastmancolor: la cité idéale. C'est le premier passage du livre de Mathieu Pernot. Ces cartes font parties d'une collection réunie par l'auteur en 2005-2006.

Extraits de textes au dos des cartes:

"Voici notre cité avec 1 des tours où nous habitons au 7éme. La résidence est une belle réalisation, les appartements sont confortables et très peu bruyants, des grands placards, chauffage par les sols, donc pas de place prise par les radiateurs. 3 grandes chambres, nous avons casé tout notre matériel (bien comme il faut). A bientôt pour visiter notre nouvelle installation" (Carte sur Les Grandes Bornes, Goussainville, Val-d'Oise).

"Nous sommes bien arrivés, dimanche soir, vers 8h 45 mn. Dans les pelouses, il y avait de gros amas de grêle. A vrai dire, à Rillieux, je ne m'ennuie pas : je sors, j'écoute des disques ou je joue au 'Mikado'. Le soir, avant de m'endormir, je lis des romans policiers. Un soir nous sommes allés à 'Mammouth', un très grand magasin, à peu près comme Carrefour....Comme le temps passe vite." (Carte sur Rilleux, Rhône).

Sur ces vues générales, on peut deviner, imprécises, minuscules, les silhouettes des résidants. On devine que les photographes ont choisi l'heure pour les éviter (Photoshop n'existait pas). Afin de rétablir l'histoire de ces lieux, Mathieu Pernot zoome à l'extrême ces personnages et les extirpe du "grand ensemble".

Une réhabilitation difficile, résultante de l'agrandissement (trame grossière en quadrichromie, voir la couverture du livre ci-dessus), qui n'est pas sans rappeler des images floues des "portés disparus".

Dernier volet du livre, les photographies des barres et tours pulvérisées récemment par les explosifs et photographiés nettement par Mathieu Pernot. La boucle est bouclée?

Le Grand Ensemble de Mathieu Pernot - éd. Le point du jour (Cherbourg/Octeville) - 60 photos, 17,5x24 cm - 144p., 29€.

'Le Grand Ensemble' de Mathieu Pernot.


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22H24 17/03/2008

Il est toujours facile, après-coup, de dire que "c'était pas le meilleur choix". Se replacer dans le contexte de l'époque serait intéressant, je pense, pour comprendre cette recherche sans concession de l'efficacité: quelles photos avons-nous des bidonvilles remplacés par ces "glorieuses" tours ultra-modernes ? Quels traces ont laissés les décideurs pour justifier leurs choix ? Avaient-ils des alternatives, d'ailleurs ?

Aujourd'hui, on voit parfois des tentes pour les sans-abris... Les nouvelles-nouvelles cités "vertes" proposées par le rapport Attali seront-elles les "barres" qui les accueilleront demain ?

 
Tinhinane | Médiatrice scientifique
22H39 17/03/2008

Avant que certaines de ces barres ne soient pulvérisées, les rêves et les espoirs de leur habitants l'ont été par le chômage et la misère.

Le pire n'a pas été la construction de ces barres mais le fait qu'elles aient été bâties sans rien autour, à côté, sans projet de vie...

 
11H16 18/03/2008

Si nous avions donné à Le Corbusier ou à un de ses fidèles disciples, la construction de ces ensembles, ils ne seraient pas détruits aujourd'hui.
Mais comme toujours, l'idée de passer par l'architecte le moins disant (L'architecte qui n'a rien compris à l'art du passé et à celui de Le Corbusier, et qui ne se rattache qu'à son individualité qu'il croit divine) et des maires qui ne connaissent rien à l'architecture, ne peut que conduire qu'à ces horreurs.
Je me souviens quand elles ont été édifiées, tout le monde disait c'est du Le Corbusier.
Pourquoi?
Parce qu'elles étaient géométriques et en béton.
Le monde connaissait le nom de Le Corbusier, mais ignorait son art. Où aurait-il pu l'apprendre?
Combien de personnes en France ont visité les oeuvres de CORBU?
Devant une oeuvre de Picasso n'avez-vous pas entendu dire: "un enfant peut en faire autant!"
Le monde ne sachant pas voir, a laissé faire.
Croyez-vous qu'il sait mieux voir aujourd'hui?
Tant que nous n'apprendrons pas à l'école, les bases du dessin et de l'architecture (que nous devrions connaître pour pouvoir choisir plus tard devant un ensemble de maquettes, si c'est notre devoir d'élu, celles qui appartiennent à l'architecture), rien ne changera.
Aujourd'hui nous démolissons des tours, mais entendons-nous le nom des architectes qui les ont conçues??? Rarement. Après tout, c'est peut-être mieux ainsi.

http://pikasso02.skyrock.com/

 
15H23 18/03/2008

Quote : "Nonobstant le degré zéro d'une pensée architecturale et urbanistique" ... Alors pour suivre fanch, oui c'est facile de commenter "après coup".

De plus, l'époque moderne a certainement inauguré le plus grand bouillonnement intellectuel urbanistique, bien loin d'un quelconque "degré zéro", ce qui n'exonère pour autant en rien des problèmes connus par les cités.

Alors oui, il est bienheureux que ce livre sorte, non moins pour se dire avec complaisance que : "finalement ces habitants ont quand même eu une vie", que pour tordre le cou au discours centrevillien Coué : "les pauvres, c'est affreux ces cages à poules, comment font-ils pour vivre" aux dommages collatéraux de persuader trop souvent de tristes conditions d'existence... mais de qui ?

 
18H58 18/03/2008

A quoi bon ce genre de message!
Les riches ou les maires des capitales du monde c'est bien connu, font appel aux grands architectes. Ils sont heureux les gens qui vivent dans ces batiments. Ils ne seront jamais détruits.
Les pauvres se contentent de ce que les services sociaux leur proposent. Ils ont une vie dans ces "barres" conçues par des architectes bidon. En démolissant ces barres, c'est la mémoire des pauvres qui disparait, ceux qui y ont vécu.
J'ignore si le projet de Jean Pierre Raynaud, de recouvrir de céramique une barre plutôt que la démollir a été réalisé. Ce projet était bien pensé. Un lieu de mémoire pour les pauvres. Leur pyramide en quelque sorte. Une oeuvre d'art pour des pauvres! Vous plaisantez! Je l'ai cherchée sur Google, ne l'ai pas trouvée. Merci de me renseigner si cette oeuvre de Raynaud existe.

 
christan | appareilleur
18H41 18/03/2008

Ils ont fait des logements tres bon marché,ou vous entendiez du 8eme, le voisin du rez de chaussee uriner
J'etais chef de chantier à cette époque,la qualité dans le 16eme,n'avait rien à voir avec un logement à Sarcelles par exemple.