sur le terrain

« Je prendrai mes médicaments et je mourrai »

La justice française a refusé la demande de suicide assisté de Chantal Sébire. En Oregon, c'est possible depuis dix ans.


Un couloir de l'hôpital Lariboisière, à Paris (Gilles Coulon/Tendance floue).

Ray Carnay avait pris ses dispositions pour mourir. Quand je l'avais rencontré l'an dernier, dans son petit pavillon à Eugene en Oregon, il m'avait montré son texte sur son ordinateur. » Je remercie tous ceux qui sont venus… » Un texte minutieusement écrit qu'il voulait enregistrer sur un CD pour qu'il soit diffusé à ses funérailles. » Ça va être une sacrée cérémonie… »

Dans son petit pavillon, il m'avait expliqué toute son organisation. Il voulait que soient présents un rabbin, parce qu'il est juif, et un pasteur » pour tous mes amis chrétiens » … Ses fils et ses amis seraient là, il les préviendrait quatre jours avant sa mort. Il prendrait alors les médicaments que lui aura prescrits un médecin. » Je tomberai dans le coma et je mourrai en quelques heures. »

Un patient sain d'esprit, avec un pronostic vital de moins de six mois

Quand on s'est rencontré, Ray, un veuf de 84 ans, ne pesait plus qu'une cinquantaine de kilos. Un disque passait un enregistrement d'une cérémonie où il avait chanté à Chicago en 1948. Sa voix de baryton avait envahi le salon. Dans son fauteuil, Ray accompagnait l'air en bougeant les lèvres. Aucun son. Un des effets de son cancer de la gorge.

Il avait alors un pronostic vital de moins de six mois, une des conditions pour avoir recours à la loi » mort dans la dignité » de l'Oregon, et pouvoir obtenir d'un médecin une ordonnance pour un cocktail mortel. Le médecin, autre condition, a aussi jugé Ray sain d'esprit, mentalement capable de prendre cette décision.

Votée en 1997, la loi d'Oregon, unique aux Etats-Unis, est entrée en vigueur en 1998. Depuis, elle a permis le décès de plus de 300 habitants de l'état. Près de 500 autres ont demandé les médicaments mais ne les ont pas utilisés.

Beaucoup moins que ce à quoi on s'attendait, d'après George Eighmey de l'association Compassion and Choices qui défend le droit au suicide assisté. » Il n'y a pas eu de morts en masse, comme le prédisaient les adversaires de la loi » . Pas plus qu'il n'y a eu de mouvement massif d'immigration de tous les seniors suicidaires du pays.

Et contrairement à ce que les détracteurs annonçaient, la loi n'est pas devenue la solution de ceux qui ne peuvent pas s'offrir de traitements médicaux : parmi les 46 personnes qui y ont eu recours en 2006, un seul n'avait pas de couverture médicale.

 » Ce sont les plus indépendants qui prennent les médicaments »

George Eighmey m'avait expliqué qu'il arrivait » assez bien à deviner quels sont ceux qui prendront les médicaments » . Cela n'a pas grand-chose à voir avec leur niveau de douleur, selon lui, » ce sont les plus indépendants, ceux à qui l'idée d'avoir perdu le contrôle de sa vie est la plus insupportable » . C'est effectivement en ces termes que Ray Carnay parlait du temps qu'il lui restait. » J'ai la possibilité de décider. »

Sur le mur de l'escalier de son petit pavillon, il y avait des photos de George et Barbara Bush, les parents du président américain, des bristols d'invitation à des cérémonies républicaines. Si la loi sur le suicide assisté a d'abord été défendue par des démocrates progressistes, ses partisans sont nombreux aussi dans les rangs du parti républicain.

Dans les efforts que mène Compassion and Choices pour faire adopter des lois similaires dans d'autres états, il y a » une forme de droite avec laquelle on peut travailler » note Florent Morellet, un Français qui préside l'antenne new-yorkaise de l'association : c'est la frange libertaire du parti républicain, formée de gens qui ne supportent pas que le gouvernement mette son nez dans les affaires privées, et ne les laisse pas choisir eux-mêmes les conditions de leur mort.

Malgré une opinion publique favorable, aucun autre état n'a imité l'Oregon

L'Oregon est pour le moment le seul état aux Etats-Unis où cette pratique est autorisée, une première que George Eighmey explique par la présence d'une population peu pratiquante en matière de religion et le goût de cet état pour l'expérimentation (c'est là par exemple que fut autorisé en premier le vote par correspondance, tandis qu'une autre loi oblige tous » les détenus à travailler autant que les contribuables » ).

Malgré une population américaine favorable au droit à mourir, aucun autre état n'a adopté la même loi. Florent Morellet explique ce décalage par la passion qu'inspire le projet de loi chez ses adversaires. » Pour les 25 % de gens qui sont contre, c'est une question qui prime en politique » , alors que les trois quarts d'Américains qui y sont favorables ne choisiront pas un candidat politique en fonction de sa position sur le sujet.

En attendant, les associations de défense du » droit à mourir dans la dignité » ont revu leur communication, d'abord en bannissant le mot suicide. Un sondage Gallup indique que 58% des Américains sont favorables au » suicide assisté médicalement » . Mais quand on leur pose la question en remplaçant la formule par » l'aide médicale à mourir » , le pourcentage passe à 75%.

La loi de l'Oregon s'intitule » la mort dans la dignité » , et l'association Compassion and Choices est née de la fusion de deux groupes militants » Compassion in Dying » (la compassion dans la mort) et » End of Life Choices » (les choix de fin de vie). » On a gardé les mots compassion et choix, et enlevé ceux qui dérangeaient » , ironise Florent Morellet.

 » Ce que je vais faire, c'est bien me suicider » , disait Raymond Carnay en mai. Il est mort le 5 octobre 2007. Sans prendre ses médicaments.

Photo : un couloir de l'hôpital Lariboisière, à Paris (Gilles Coulon/Tendance floue).

Mis à jour le 17/03/2008 à 15h24, après l'annonce de la décision du tribunal de Dijon de rejeter la demande de Chantal Sébire.

Mis à jour le 17/03/2008 à 16h54, l'association Compassion and Choices nous a précisé que Ray Carnay n'avait pas pris ses médicaments.

119 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de ignatus

De ignatus

16H52 | 17/03/2008 | Permalien

Le législateur refuse de se pencher sur le problème en estimant qu'en créant un précédent il perdrait en quelque sorte la face,sans doute non encore débarrassé de l'emprise judéo-chrétienne.Ce n'est pas la première fois qu'il fait montre d'un manque de courage.Et puis par ces temps électoraux…, il est toujours difficile de prendre des décisions. Pas toutes hélas, si l'on se réfère aux derniers soubresauts politico-justiciaires en matière de rétroactivité
Certains pensent que« avec une loi bien encadrée….“Il en existe beacoup de Lois bien encadrées qui attendent leur décret d'application. Là,il serait question d'implication.
Que penser réellement d'une médecine qui a le pouvoir de maintenir une vie en sursis même en sachant que le peu de temps qui reste au patient sera un temps de grande soufrance.Comme bien souvent la parole du principal concerné n'est pas prise en compte.
J'ai eu à accompagner dans mon travail d'aide soignant un vieux monsieur qui me griffait dès qu'il me voyait remplir de boisson énergétique chocolatée,une poche en plastique accrochée à la tête de son lit et dont l'extrémité était reliée à son tube digestif via un petit tuyau transparant.Je pense qu'il m'en voulait terriblement. Il se savait perdu, ne pesait plus qu'une quarantaine de kilos et était couvert d'escarres.
Comment peut-on refuser à une personne de mourrir dans la dignité ; quand on obligeait il y a peu de temps encore dans notre pays des hommes à mourrir pour le pays …..au champ d'horreur.
Comment peut-on refuser à une personne de mourrir dans la dignité ; quand on expulsait hier encore un étranger vers son pays ‘natal’ (sans jeu de mots) sachant qu'il risque d'y perdre sa vie.

Portrait de marigae

à ignatus Portrait de ignatus De marigae

16H58 | 17/03/2008 | Permalien

Votre expérience a été difficile apparemment.
Pour autant l'indignité n'est pas la souffrance ! Pour autant la souffrance ne doit être ni une fatalité, ni à totalement rejeter.

Portrait de Les Chats

à marigae Portrait de marigae De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 17H05 | 17/03/2008 | Permalien

« la souffrance …..ni à totalement rejeter » mais de quoi parlez-vous ? Que connaissez-vous de la souffrance ? Il me semble qu'elle est mesurable, si elle est insupportable, douloureuse jour et nuit ? De quel droit obligerait-on les gens à vivre cela au quotidien jusqu'au dernier souffle ?
C'est égoïste et pervers.

Portrait de marigae

à Les Chats Portrait de Les Chats De marigae

18H44 | 17/03/2008 | Permalien

« égoiste » « pervers » ? ?
Il y a un malentendu et un jugement.
Je ne suis pas jurée dans le procès de cette dame ? Je ne lui refuse rien. Je ne nie pas la souffrance ni de cette dame ni de quiconque qui l'exprime. Je dis juste que la souffrance de fin de vie est un vrai problème, mais je ne pense pas que cela soit à la société d'instituer la mort comme une solution possible.

Portrait de jimmyb

à marigae Portrait de marigae De jimmyb

09H46 | 18/03/2008 | Permalien

C'est quoi la solution alors dans son cas, attendre que la tumeur lui ouvre le visage, qu'elle daigne ensuite la tuer ? Ce qu'elle demande comme d'autres, c'est d'avoir le droit de mourir sans devoir se pendre, se jeter sous un train ou autre. C'est qu'une loi puisse lorsqu'on ne peut plus rien espérer, que les médecins s'accordent à dire que plus rien ne peut être tenté et que la fin de vie est proche, que l'on veut soi-même abréger ses souffrances inutiles, donner à un médecin le droit de vous faire mourir, rien de plus. Le droit de disposer de sa propre vie, pas donner ce droit à un tiers, celui de dire soi-même que l'on veut que notre chemin s'arrête là.

Portrait de Nonoche

De Nonoche

17H08 | 17/03/2008 | Permalien

Pour ceux qui sont valides et aptes à se suicider comme des grands, (ce qui est le cas de Mme Sébire) la question ne se pose même pas, et ne fait que brouiller le débat sur d'autres cas autrement plus épineux.

Portrait de ClaireChar

à Nonoche Portrait de Nonoche De ClaireChar

17H39 | 17/03/2008 | Permalien

C'est un débat tellement difficile mais je vous rejoins pleinement sur ce point.
Je vois pas bien le point commun entre ce vieux monsieur de 84 ans, destiné à mourir dans les 6 mois, Vincent Humbert qui ne pouvait se donner la mort seul ou Mme Sébire qui aussi forte soit sa souffrance n'est pas amené à mourir dans les 6 prochains mois avec certitude.
Alors je comprends très bien son désir de partir, je comprends très bien ses souffrances, mais pourquoi ne fait elle pas cela toute seule ?
Pour reprendre les propos précédents qui indiquent qu'une grande partie des personnes qui se suicident sont sauvés, c'est vrai mais 1- la plupart du temps ce sont des appels de detresse plus qu'une véritable volonté de mourir, 2-il y a effectivement quelqu'un pour les emmener chez le samu ce qui ne sera pas le cas pour mme sébire.
J'ai malheureusement quelques proches qui se sont suicidés et aucun ne s'est raté.
Bref je vous rejoins sur l'idée que cela trouble le débat pour ceux qui malheureusement n'ont aucune porte de sortie.

Portrait de françoise.V

à ClaireChar Portrait de ClaireChar De françoise.V

p'tite lyonnaise | 18H06 | 17/03/2008 | Permalien

Pour Madame Sebire, ça n'est pas si simple, le medecin situe bien le problème : la limite entre le suicide assisté et l'euthanasie.
http://www.metrofrance.com/fr/article/2008/03/13/17/2910-38/index.xml

S'agissant en général de l'aide au suicide par la fourniture d'un produit, il y a quelque chose dans l'article de trés interessant : 500 personnes qui ont reçu le produit ne l'ont pas utilisé ! Contre 300 utilisateurs.
Voilà me semble-t-il une preuve chiffrée que cette aide médicale n'est pas assimilable à un assassinat, ni meme à une incitation au suicide.

Portrait de marigae

à françoise.V Portrait de françoise.V De marigae

08H15 | 18/03/2008 | Permalien

Je ne comprends pas votre raisonnenement « 500 personnes » ont eu une ordonnance et n'ont pas demandé l'injection ? MAis ce n'est pas le sujet, ce n'est pas l'ordonnance où le médicamenent qui est interdit. C'est juste que dans le cas de Mme Sébire personne ne lui refuse l'autoeuthanasie et je ne crois pas que les lois, même celles de l'Oregon, autoriseraient un tel cas. Une fois de plus, il ne faut pas s'enflammer, mais ce n'est pas la loi qui résoudrait ce cas. Par contre l'ampleur des peurs et des projections exprimées, déplacées sur un tel sujet, me pose question.

Portrait de françoise.V

à marigae Portrait de marigae De françoise.V

p'tite lyonnaise | 10H47 | 18/03/2008 | Permalien

Je pense au vu de l'article (mot prendre) qu'il ne s'agit pas d'une injection (euthanasie active)mais d'une absorbtion volontaire du produit (suicide aidé).
Et en France, justement, cette aide par ordonnance est interdite.

Portrait de Anne Honym

à Nonoche Portrait de Nonoche De Anne Honym

16H28 | 18/03/2008 | Permalien

Ou bien, la question posée par Mme Sébire affine le débat : le problème, c'est de partir dans la dignité, pas simplement de partir. On ne cherche pas juste à abréger des souffrances, c'est plus subtil à mon sens.
Quelle dignité y a-t-il à vivre ses dernières heures en se tordant de douleur dans son lit parce qu'on a pris des médicaments qui tuent, mais lentement et/ou dans la douleur ? Peut-on partir serein si l'on a peur de « se rater » ? Peut-on partir avec les siens à côté qui vous regardent souffrir encore plus que d'habitude et ne peuvent qu'attendre atrocement que ça finisse ?
J'ai connu quelqu'un qui souffrait énormément, heureusement il était validé même s'il était grandement diminué ; il a cherché à se suicider, mais ça l'a rendu paraplégique en plus du reste. Je n'ai aucun doute sur le fait qu'un médecin aurait permis qu'il s'en aille tranquillement, en toute « sécurité ».
Combien de suicides n'aboutissent-ils pas mais laissent des séquelles ? Ces personnes qui souffrent déjà n'ont vraiment pas besoin de ces préoccupations en plus de la difficulté de leur choix.

Portrait de nitapanico

De nitapanico

commercant | 17H46 | 17/03/2008 | Permalien

pourquoi tant de bruit elle prend ses medicaments toute seul et choisie sa destinee en femme libre personne ne peut le faire pour elle .Sinon place a lecatombe on liquide la bellemere etc

Portrait de jimmyb

à nitapanico Portrait de nitapanico De jimmyb

09H58 | 18/03/2008 | Permalien

Bien sûr que ce doit être son choix, mais où que ce soit que ceci est permis, il n'y a eu aucune hécatombe. Il n'est pas question par une loi de donner à qui que ce soit le droit sur la vie et la mort d'un tiers, mais de donner le droit à une personne de demander avec l'accord de ses médecins qu'on puisse abréger ses souffrances en l'euthanasiant.

Portrait de ClaireChar

De ClaireChar

17H54 | 17/03/2008 | Permalien

En revanche autant je ne soutiens pas la cause du cas particulier de Mme sébire, autant je je rejoins absolumment ceux qui craignent les risques de dérives d'une telle loi.
Pour moi utiliser cet argument c'est un peu comme ceux qui pour défendre la peine de mort prenne l'argument des erreurs judiciaires.
je ne crois absolumment pas que la peine de mort soit mal parce que ça entraîne des risques d'erreurs judiciaires, c'est absolumment pas le problème, la peine de mort est dramatique parce qu'il n'est pas du rôle de l'état de répondre oeil pour oeil dent pour dent à des crimes aussi horribles soient ils.
et bien là j'ai le même sentiment, je ne crois pas que pour un état autoriser le suicide assisté soit une bonne chose d'un point de vue moral mais absolumment pas pour les risques de dérive que cela comporte (je pense que cela serait très marginal voir inexistant) mais juste pour le principe de ne pas laisser croire aux gens que maintenant on peut vivre, ne pas souffrir, ne pas être malheureux, choisir sa mort et partir tout ça avec la garantie que l'Etat va vous permettre ça.

Portrait de ClaireChar

à ClaireChar Portrait de ClaireChar De ClaireChar

17H56 | 17/03/2008 | Permalien

Pardon dans ma première phrase il fallait lire « je ne rejoins absolumment PAS ceux qui craignent les risques de dérives d'une telle loi. »

Portrait de R2PH

à ClaireChar Portrait de ClaireChar De R2PH

00H42 | 18/03/2008 | Permalien

Moi, si
C'est qu'il existe une CONTRAINTE de bénéfice
Dans notre monde devenu libéral
(Donc : De droite)

C'est la raison pour laquelle il est des plus légitime
Que l'on s'adresse à la majistrature suprême
Pour plaider sa cause

Après, ça dépend de
Qui endosse le costard
Qand est la prochaine échéance électorale
Qui est « mon » public
Segmentation/CRM… efficacité

Hélas

Portrait de Courageux anonyme

De Ouiquende à Rome

18H00 | 17/03/2008 | Permalien

Que de vibrations négatives dans cette salle habituellement réservée à la candeur enfantine. Tout d'un coup de cherche à croiser votre beau regard mais hélas trois fois hélas ma seule raison de demeurer en ce lieu s'est envolée….je rentre chez moi un peu triste.

Portrait de neopilina

De neopilina

Mangeuse de cacahuettes | 18H29 | 17/03/2008 | Permalien

Je suis triste, pas triste de la décision, elle ne me surprend pas. Je suis triste, qu'ici dans mon pays nos dirigeants (tous : droite, gauche, milieu, extrême) soient si lâches qu'ils laissent au petit peuple et au média la « décision ». Cette femme a du montrer son martyr à l'opinion pour que l'Opinion décide que son cas devait être étudié. C'était compliqué ? Non, je crois pas, il existe une solution, laisser la décision aux professionnelles, qu'il s'agisse de constituer un groupe de Sages qui donnerais un avis ou autre chose, mais une vrais solution qui soit digne et arrête de nous poser en juge nous l'Opinion. Mais pour aujourd'hui, peut-être qu'un brave toubib, osera, encore une fois, braver la justice et prendre les risques à la place de nos politiques et s'exposer médiatiquement pour qu'une femme meure dignement ou ne meure pas. La prochaine fois, j'aimerais que ce soit sans Nous, qui ne savons que ce que notre cœur nous dit. « Nous ne devons pas être gouvernés par nos émotions, ont n'est pas des hommes, Bordel ! ! ».

Portrait de cimabue

De cimabue

18H47 | 17/03/2008 | Permalien

S'emparer d'un cas particulier est dangereux, et une telle jurisprudence est inconcevable
Avant de penser à mourir dans la dignité, il faudrait pouvoir rester digne de son vivant, même si ce vivant offre à voir monstruosité,ou simplement en miroir ce qui nous terrifie dans l'image de l'autre…blessé, meurtri….pourvu que l'on soit épargné ! ! ! c'est à peu pres ce que nous pensons
Ensuite il y a encore au 21ème siecle des tumeurs ouvertes à la peau ! ! ! …messieurs les chercheurs, dites nous que vous cherchez
Ensuite , dites mois comment vous envisagez le scenario : Chantal est vivante, presente, un matin , un groupe de soignants sera là…ça se pratique en Hollande
la mort comme un acte medical, un soin,
jusqu'où irons nous ?
et maintenant, je me place dans le cas de Chantal
Je sais qu'il me faudra du courage, je l'aurai ou pas
Mais je ne crois pas devoir demander à quiconque de me remplacer dans cette liberté, la seule : en finir

Portrait de barbara44

De barbara44

rédactrice | 18H51 | 17/03/2008 | Permalien

Madame,
Permettez moi de vous appeler Chantal,

Nous discourons de votre désir, puisque vous êtes devenue au mieux un emblême - vous y étiez prête - et au pire un cas.

Mais je voudrais penser à vous, en attente de délivrance. Vous nous avez montré votre visage, et cela valait mille discours ; j'aurais voulu imposer mes mains autour de votre tête, sans la toucher, juste pour envoyer un peu de tendresse et de neutralisation, car quoi faire d'autre ?

Je ne sais quand vous pourrez partir, ce sera pour bientôt je pense. En lisant l'hommage à Ray dans ces colonnes de rue89, je souhaite vous dire ce que je ferais en pensant à vous, un de ces jours, puisque là où vous allez, le temps et l'espace n'existent pas (plus ou pas encore…)

Je disposerai dans mon jardin ou sur une petite table et en losange : une bougie allumée à l'angle supérieur, un brin d'encens à main droite, un coquillage plein un joli caillou à main gauche et un coquillage rempli d'eau juste devant moi. C'est juste un petit autel aux quatre éléments. Et je penserai à cette traduction libre d'un vieux soufi, Ib'n Arabi, qui disait :
que mon coeur soit une synagogue pour le juif,
une cathédrale pour le chrétien,
une mosquée pour le musulman
et un pré vert pour la gazelle.

Portrait de marigae

De marigae

19H39 | 17/03/2008 | Permalien

Si une majeur partie de ce « débat » concerne le cas d'actualité il faudrait rappeler que :
Cette dame peut être, et je crois meme qu'elle est, à domcile. Elle a des « soins » quotidiens(les guillements pour dire que je suis pas entrain de dire qu'elle ne souffre pas, mais juste que ce qui est fait pour diminuer sa douleur lui est proposé).
Elle est en mesure de procéder à une autoeuthanasie non violente. Elle ne l'a pas fait. Sa démarche est autre.
Il s'agit donc d'un cas particulier et certaines lois étrangères qui permettent plus explicitement l'euthanasie ne le permettraient pas forcément dans le cas d'espèce.

Portrait de Thomas GREDAT

De Thomas GREDAT

| 20H04 | 17/03/2008 | Permalien

Des personnes ont donc refusé à Chantal Sébire le droit d'abréger, dans la dignité, des souffrances horribles. Elle aurait sans doute encore la force de vivre si elle avait l'espoir de guérir et de mener une vie normale. Cet espoir étant mort, ses souffrances sont absurdes, puisque sans autre but que celui d'être subies jusqu'au terme naturel de sa vie. Elle voulait, en persone autonome, disposer d'une vie dont elle est seule dépositaire. D'autres ont décidé pour elle.
Je souhaite à ces personnes de ne pas avoir un jour à subir le même supplice.

Portrait de Soleilsol

à Thomas GREDAT Portrait de Thomas GREDAT De Soleilsol

23H55 | 17/03/2008 | Permalien

Justement, c'est parce qu'ils ne sont pas à la place de Chantal Sebiré, tous ces gens bien portants qui font la morale, et débattent si oui ou non elle doit continuer de supporter des souffrances intolérables, et d'attendre la mort dans ces conditions.
Les gens qui veulent le droit à l'euthanasie le demandent pour que tous les malades incurables, dans la souffrance, aient le choix d'une mort digne et non du suicide. Les opposants au droit à l'euthanasie, ne veulent pas y recourir —c'est leur droit— mais veulent surtout interdire à ceux qui ne pensent pas comme eux, d'avoir le droit d'y accéder.

Portrait de marigae

à Soleilsol Portrait de Soleilsol De marigae

08H09 | 18/03/2008 | Permalien

Bonjour,

Il faut savoir que dans la plupart des pays ou états où l'euthanasie est plus souple qu'en France, il n'est pas certain que le cas de Mme Sébire ferait l'objet d'une acceptation. N'oubliez pas que Mme Sébire est en mesure de réaliser un authoeuthanasie simple et souple.
Il faut croire que personne ne veuille l'entendre, mais personne ne l'empeche de mourir dans la dignité. Par contre les « pro » exploitent ce cas. Alors aujourd'hui le piège se referme un peu sur elle, mais rien de la pousse à aller en Suisse et elle peut toujours faire ceci chez elle.
Donc là voilà l'horreure de la réalité de ce moment. Les voici les cris de tous ceux qui se projettent à cette place. Le voilà le piège qui se referme.
La loi n'y fera rien.

Portrait de Soleilsol

à marigae Portrait de marigae De Soleilsol

20H26 | 21/03/2008 | Permalien

C'est pourtant pas difficile à comprendre, Mme Sébire voulait pouvoir choisir le moment de son départ, dans la dignité et surtout entourée des siens : c'est différent de se suicider dans la solitude, sans aucun proche présent dans les derniers instants, car ces derniers pourraient être soupçonnés et inquiétés par la justice. Contrairement aux gens euthanasiés légalement, les suicidés sont autopsiés, le traitement est donc différent : intégrité du corps dans le premier cas, enquête, découpage et analyse dans le second.Et oui, je trouve qu'il vaut mieux etre capable de se projetter à sa place car cette empathie permet plus de tolérance et d'ouverture que ceux qui font la morale, et veulent imposer LEUR morale à tous. C'est sûr il faut un minimum compatir pour comprendre ses demandes et ne pas raisonner froidement en disant « elle est en mesure de s'auto-euthanasier, qu'elle le fasse mais sans se faire récupérer ».

Portrait de ripley

De ripley

20H35 | 17/03/2008 | Permalien

Je ne souhaite vraiment pas qu'une loi autorise en France l'assistance au suicide. Mourrir dans la dignité, ça implique des moyens, et c'est celà qu'il faut mettre en avant. Calmer la douleur, donner des moyens d'autonomie et de dignité au malade, et ça coûte cher.
Il y a des cas, c'est indiscutable, ou la situation est inextricable. Et là, chacun doit prendre ses responsabilités. Il est légitime de répondre à la demande d'une personne qui souffre, mais c'est un acte grave, et ceux qui l'assument doivent être prêts à rendre compte. Si vraiment c'était la seule issue, si tout à été fait pour que le malade puisse vivre la fin de sa vie, et que rien n'a pu le soulager de son dégoût de la vie, alors la justice ne peut rien reprocher aux aidants.
Mais une loi qui autorise à tuer, je n'en veux pas : j'aurais peur qu'un jour, la société ne me donne plus d'autre issue, qu'on m'assassine sous prétexte de mettre fin à mes souffrances, et qu'elle renonce à se donner les moyens de tenter de me soulager.
Ceux qui souhaitent voir une loi régir ces situations sont encore plus optimistes que moi : ils n'imaginent pas qu'on puisse un jour faire un mauvais usage de cette permission, qu'on se débarrasse d'eux d'une maniére expéditive, alors qu'ils seront affaiblis et vulnérables.
Pour conclure, la loi de l'Orégon demande que le patient soit sain d'esprit ; or la question se pose également pour les grands dépressifs, pour qui la vie est une insupportable épreuve, et qui revendiquent parfois le droit de ne pas la subir plus longtemps. Sont-ils sains d'esprit ? Leur espérance de vie, quelle est-elle ?
Cette loi ne répond donc pas aux « besoins » de tous les patients.
Un dernier mot, je travaille dans le milieu de la santé, et j'ai déjà été confrontée à ces questions. Mon expérience, c'est que lorsque surgit cette demande du patient, c'est presque toujours un défaut de soins qui en est la cause, et qu'on peut donner une mort digne à un malade sans l'achever. C'est un lourd investissement, et j'espère que le moment venu, cet effort sera fait pour moi.

Portrait de R2PH

à ripley Portrait de ripley De R2PH

00H25 | 18/03/2008 | Permalien

 »…/…et j'espère que le moment venu, cet effort sera fait pour moi. »

Te le souhaite autant qu'à moi.

Au collège, nous avions souscrit à un « pacte des justes »
Entre potes qui ne se savent plus, aujourd'hui
C'était sincère
A l'époque le mot « respect » n'était pas un phénomène de mode : Il ne s'employait pas

Mais maintenant il ne nous faut plus qu'espérer
Fort

Et [Comprendre/Respecter/Aimer]
Mme Sébir
Comme nous nous aimerions

Portrait de alexkid57

De alexkid57

ambulancier en moselle | 20H54 | 17/03/2008 | Permalien

Je voudrais tout d'abord adresser mes plus sincères pensées à Madame Sébire, qui doit souffrir énormément, comme personne ne pourrait l'imaginer, et qui ne peut rien faire pour ne plus devoir supporter ce calvaire.
Nous sommes libres, libres de nos choix, de nos souhaits, à condition qu'il ne portent préjudice à quiconque. Mais sommes nous vraiment libres ?
Je suis ambulancier, je vois des gens qui souffrent de la maladie qu'ils subissent dans leur corps, dans leur être, avec pour seul espoirs qu'il guérissent un jour. Certains y arrivent, d'autres non, et s'endorment à jamais. C'est un métier difficile, quand on le fait par volonté, on s'attache forcément à certains de nos patients que l'on transporte, on est heureux de les voir guérir et on a l'impression de perdre un proche lorsqu'on les voit mourir.
J'ai décider de faire ce métier, suite au décès de ma mère, à l'âge de 57ans des suites d'un cancer. Je la voyais partir et revenir avec l'ambulance et j'y ai pris goût.
On ne se rend compte de la souffrance des gens que lorsqu'on les cotoit au quotidien. Madame Sébire souffre, elle le sait, nous le savons tous, il n'y a plus rien à faire pour la sauver, et ce n'est pas parce que l'on va demander à d'autres médecins d'examiner son dossier qu'un miracle va se produire ! Il n'y a malheureusement plus rien à faire pour lui rendre une vie digne.
On peut vivre avec un rein en moins ou un morceau d'intestin en moins mais pensez vous que l'on peut vivre devisagé comme l'est madame Sébire, sans parler de sa souffrance ? Et des politiques de dire que ce n'est un problème esthétique ! Quel être humain ayant une conscience peut prononcer un discours pareil ? ? ?
Lorsqu'une personne se suicide, elle demande à elle même de se donner la mort, et il n'y a pas tout le temps de vrai raisons. Ici, madame Sébire demande qu'on l'aide à mourir, parce qu'elle ne peut le faire, ce n'est pas un assassinat, c'est simplement obéir à une demande faite par un être humain qui est condamné et qui sait qu'il n'y a plus aucun éspoir.
Qui sont ces gens qui disent qu'elle n'a pas le droit de mourir ? Que ferions nous si nous étions à sa place, si notre femme, notre mère ou notre enfant souffrait comme Madame Sébire ? Accepterions nous que l'on refuse d'aider notre proche à mourir ?
J'ai vu ma mère souffrir, elle savait et nous savions qu'elle était condamné, nous ne voulions pas la perdre car nous l'aimions et elle nous aimait mais dans les derniers moments, nous attendions qu'elle s'endorme à jamais pour qu'enfin elle ne souffre plus.
Nous devons nous élever contre cette injustice que la France fait subir à Madame Sébire, les gens qui refusent d'accepter sa demande se disent sûrement qu'elle va s'eteindre peu à peu. C'est inhumain ! il faudrait peut être essayer de lancer une pétition nationale, je n'ai pas les compétences pour le faire moi-même, mais j'espère que quelqu'un qui peut le faire et qui lira mon message mettra en place cette pétition.
Nous ne pouvons pas laisser cette femme souffrir ainsi comme le fait le gouvernement Français de part ses lois.

Madame Sébire, je pense beaucoup à vous, j'espère que votre demande sera enfin acceptée pour que vous puissiez quitter votre famille, que vous aimez et qui vous aime, dans la dignité.

Portrait de survivant

à alexkid57 Portrait de alexkid57 De survivant

22H07 | 17/03/2008 | Permalien

@ alexkid57,

Votre commentaire soulève une certaine émotion et votre démarche de pétition ne fera pas long feu. Il y a des pour et des contre rien n'y changera tout du moins sans loi. Eh ! oui nous vivons dans une démocratie judéo-chrétienne régie par des lois rien ne bougera sans référendum populaire où par un référendum parlementaire et aboutir quoi qu'il en soit par une loi. Si vous voulez changer la société Française il faudrait faire une révolution anarchiste pour être complètement libre de votre vie. Mais, là n'est pas le cas. Il s'agit de Chantal Sébire qui a voulu relancer le débat sur l'euthanasie c'est sur le 1er article du 13 mars 2008 que je me réfère car il s'agissait d'euthanasie et non pas de suicide assisté comme le relate cet article. Qui d'ailleurs si une loi venait à être votée je crois que le terme de suicide assisté serait le plus approprié. Le suicide est un acte volontaire de son âme et conscience et j'irai jusqu'à dire responsable dans le cas d'un suicide assisté. Tandis que l'euthanasie reste un acte médicale, et c'est pour cette raison que je pense et je peux me tromper que si une loi était votée le terme suicide assisté serait le mieux approprié. Pour approfondir ma pensée. C'est que nous ne pouvons pas ne pas penser aux autres malades du cancer. Quelque soit la phase dont-ils peuvent se trouver le terme d'euthanasie dans une loi pourrait oter toute espérance de vie pour ces malades qui n'auraient selon eux leur vie entre les mains de la médecine comme c'est le cas aujourd'hui vous me direr oui mais voilà à ce jour l'euthanasie active est interdite. Pour qu'une loi soit la plus juste possible c'est de laisser le malade décider seul de son suicide et c'est là que je trouve que toute la différence fait la part des mots et des actes entre suicide et euthanasie.

Portrait de kestiontoi

De kestiontoi

travailleur forcé | 20H54 | 17/03/2008 | Permalien

 » Si le médecin constate qu'il ne peut soulager la souffrance d'une personne, en phase avancée ou terminale d'une affection grave et incurable, quelle qu'en soit la cause, qu'en lui appliquant un traitement qui peut avoir pour effet secondaire d'abréger sa vie, il doit en informer le malade,[…], la famille ou, à défaut, un des proches. La procédure suivie est inscrite dans le dossier médical. « 

Quel courage !
“peut avoir pour effet secondaire d'abréger la vie”
L'agonie dans la douleur n'est-elle pas la base de notre culture chrétenne ?

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