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Sale temps pour les ONG en Serbie face aux ultranationalistes

A Belgrade, les Femmes en noir ont célébré la journée internationale de la femme avec un peu de retard… Alors que la Serbie est en pleine crise politique après l'indépendance finalement déclarée par le Kosovo, son ancienne province, les ONG de défense des droits de l'homme sont dans le collimateur des ultranationalistes.

Les Femmes en noir de Serbie n'ont pas digéré d'avoir été privées de rassemblement le 8 mars, à l'occasion de la Journée internationale de la femme.

Selon la police de Belgrade, la manifestation constituait une menace à l'ordre public. Pour cette organisation, l'un des plus anciens mouvements pacifistes du pays, « il est choquant que Belgrade soit la seule capitale européenne où la célébration de cette journée de solidarité internationale des femmes soit interdite ».

Elles ont donc remis ça samedi. « Cette fois, nous sommes bien déterminées à descendre dans la rue en dépit des menaces que font peser Kostunica et sa clique de fascistes », expliquait, furibarde, l'une des activistes, peu avant le rassemblement, qui s'est déroulé dans le calme.

Une alliance entre nationalistes possible aux législatives de mai

Dans les semaines à venir, le climat de tension qui entoure les défenseurs des droits de l'homme risque de ne pas s'améliorer. Selon ces ONG, la chute du gouvernement est du pain béni pour les ultranationalistes. En février, le président démocrate pro-européen Boris Tadic a été réélu de justesse. L'indépendance du Kosovo change la donne pour les législatives de mai, avec un risque d'alliance du parti nationaliste du Premier ministre sortant eurosceptique, Vojislav Kostunica, et des ultranationalistes.

Les signes de radicalisation du discours ambiant ne manquent pas depuis la vague de violence qui a secoué la capitale en février, en particulier les intimidations à l'égard des mouvements pro-européens, considérés comme des traîtres vendus à la cause kosovare. Les ONG internationales font quant à elles profil bas. « Nous ne donnons plus d'interview pour ne pas envenimer la situation », explique James Lyon de l'International Crisis Group. « Le climat est délétère pour les ONG, et rappelle celui de l'ère Milosevic », poursuit-il.

Natasa Kandic, présidente du Fonds pour le droit humanitaire de Belgrade, est la seule Serbe à avoir assisté à la proclamation d'indépendance du Kosovo au Parlement de Pristina. Depuis, elle fait l'objet d'une campagne de dénigrement. La presse proche des socialistes de l'ancien dirigeant Milosevic (SPS) s'en est fait l'écho le mois dernier en titrant un article : « Natasa, la femme qui n'existe pas ». Le SPS a également fait circuler une pétition appelant à poursuivre la « traîtresse » pour atteinte à l'intégrité territoriale du pays.

« On en demande trop à la Serbie »

« Il ne s'agit que de menaces », relativise cette figure de proue de la lutte pour la démocratie sous l'ère Milosevic, « je continue de prendre mon taxi en toute sécurité ». Les défenseurs des droits de l'homme en ont vu d'autres. Ils attendent cependant un positionnement clair du Président Tadic sur la question de l'intégration européenne et celle du Kosovo.

« Le discours de Tadic est toujours ambivalent. Sur le Kosovo, il parle comme Kostunica. Or beaucoup de Serbes veulent que nos politiciens restent en bon terme avec Pristina », poursuit Natasa Kandic. Pour les Serbes pro-européens, un des tournants de la victoire du démocrate Boris Tadic aux dernières présidentielles a tenu dans son engagement ferme en faveur de l'intégration européenne à l'entre deux tours.

Or la Serbie rejette toute coopération avec l'Union européenne sur la mission qui doit être envoyée au Kosovo. Un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères confie, amer :

« On nous en demande trop. L'UE annonce que la Croatie pourra entrer en 2010 alors que nous nous sentons plus pro-européens qu'eux. Nous avons trop de conditions à remplir. C'est injuste. L'UE doit faire un nouveau geste en faveur de Boris Tadic. »

9 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 16H44 | 16/03/2008 | Permalien

Un préliminaire : en Ukraine, c'est sous le couvert d'organisations non gouvernementales que la Pologne et les Etats-Unis (ainsi que, dans une moindre mesure, l'Union européenne) ont porté une assistance décisive (et même pas dissimulée) à la révolution orange. Inutile de rappeler, je pense, à quel point cette révolution était mal considérée en Russie. Que la révolution orange ait été une bonne ou une mauvaise chose n'a pas d'importance en la matière. Ce qui compte avant tout, c'est la perception qu'ont eue les Russes et les Ukrainiens de cette ingérence flagrante.
Ce que je veux dire par là, c'est que les ONG ukrainiennes étaient certes non gouvernementales par rapport au gouvernement ukrainien, mais qu'elles l'étaient beaucoup moins par rapport à d'autres gouvernements.

C'est ce précédent qui a suscité, en Russie, une défiance agressive envers les ONG : elles sont tenues pour être instrumentalisées par l'Occident, et bien entendu instrumentalisées au service des intérêts occidentaux.
D'une certaine manière, l'exemple ukrainien ne peut qu'apporter de l'eau au moulin des nationalistes, en particulier serbes. Considérons, de plus, que les nationalistes serbes regardent vers Moscou pour trouver un allié, et nous comprendrons peut-être mieux leur point de vue.
Ajoutons à cela la reconnaissance (que je tiens pour précipitée) du Kosovo, et nous avons là un cocktail tout à fait explosif pour des ONG qui sont sans doute par ailleurs tout à fait respectables. L'affaire du Kosovo, en particulier, n'a pas peu contribué à fragiliser la situation politique intérieure de Tadic, considéré comme pro-européen à un moment où, en Serbie, le qualificatif n'est probablement pas aussi valorisant que nous l'imaginons.

La Serbie et le nationalisme serbe ont connu plusieurs défaites en moins de quinze ans, défaites dont je me réjouis par ailleurs. Il aurait peut-être été opportun de ne pas en remettre une couche avec ce qui peut être perçu à Belgrade comme une humiliation.

Portrait de RoPen

à thierry reboud Portrait de thierry reboud De RoPen

en retraite, ce n'est pas une profe... | 09H50 | 18/03/2008 | Permalien

Bravo, vous êtes tout à fait dans le vrai.
Comment les Européens peuvent-ils être si aveugles pour avoir préféré à l'entrée de la Serbie dans l'UE, la création de cet état-croupion, dangereux et inutil, sauf pour les USA qui y assure la pérénité de leur base militaire ?

Portrait de pablico

De pablico

18H14 | 16/03/2008 | Permalien

l'ultra nationalisme est une maladie qui se guérit avec le temps.
La bêtise ne tient jamais longtemps, devant la raison.
Les nôtres ont mis une sacré sourdine là-dessus.

Portrait de Danielle29

à pablico Portrait de pablico De Danielle29

18H28 | 16/03/2008 | Permalien

La bêtise ne tient jamais longtemps devant la raison ? L'Histoire m'inciterait à penser non pas le contraire, mais à mettre un très sérieux bémol à votre affirmation optimiste.

Portrait de riverain désinscrit

De riverain désinscrit

18H31 | 16/03/2008 | Permalien

Une fois encore on s'intéresse aux réactions secondaires en oubliant ce qui les a déclenchées. Que les « femmes en noir » aient défilé avec une semaine de retard me semble complètement dérisoire au regard de ce qu'il se passe depuis plusieurs années.
Que l'on s'étonne que nationalistes et ultras se rapprochent me laisse également perplexe. Nous avons assisté à un déni de droit international avec l'indépendance du Kosovo, et les ONG ne sont pas à la fête ! ? C'est disproportionné et inquiétant de ne retenir que cela..
Un jour peut-être serez-vous inspirés pour nous raconter l'histoire de la base étatsunienne du « camp Bondsteel » près d'Urosevac, à proximité de chantiers de construction d'oléoducs et de corridors énergétiques d'intérêt vital, comme l'oléoduc transbalkanique financé par les EU. Cette implantation renifle les pétroles de la Caspienne, tout en pouvant abriter 7000 hommes et qui à terme pourrait remplacer Aviano en Italie.

Les EU viennent de s'offir un pays mafieux dans les Balkans en pénétrant les sphères d'influence de la Russie et en renforçant son influence en Europe mais les ONG doivent retenir notre attention ?

Portrait de helios33

De helios33

10H02 | 17/03/2008 | Permalien

les ONG ne sont rien d'autre que des faux nez de la CIA

Portrait de Louve Bleue

De Louve Bleue

en survie | 10H02 | 17/03/2008 | Permalien

Je ne sais pas trop, mais j'avais entendu dire que les USA menacaient les états qui tentaient de se rebeller contre le néolibéralisme en développant les querelles régionales, les tendances aux vélléités d'indépendances de certaines minorités… Les guerres dans l'ex-Yougoslavie en serait la démonstration…
Ces minorités croient trouver une indépendance mais elles sont manipulées par un « empire » qui n'a rien de démocratique.

Portrait de Louve Bleue

De Louve Bleue

en survie | 10H06 | 17/03/2008 | Permalien

certains films américains sont très explicites. Regardez la guerre des étoiles… Troublant, très troublant…

Portrait de FPM

De FPM

Journaliste | 18H57 | 18/03/2008 | Permalien

Les ONG sont les « faux nez de la CIA »… le Kosovo « état croupion ,mafieux » , la faute aux USA… stop.

Il serait peut être utile de rappeler que les Serbes, si « européens », ont initié :
- une répression sanglante au Kosovo dès 1989 (suppression de l'autonomie, du droit de travailler et d'enseigner en albanais) ;
- un conflit (bref) avec la Slovénie (juin 1991) ;
- puis avec la Croatie (Vukovar, ce nom évoque-t-il encore quelque chose ? ) ;
- Puis avec la Bosnie ;
- et encore le Kosovo (1999).

Depuis cette date, les mouvements ultra-nationalistes, soutenus par une mafia serbe bien plus active (assassinat de Zoran Djindjic par exemple)que les « mafieux albanais » si souvent évoqués, ne cessent de vouloir présenter la Serbie comme une « victime » de « l'impérialisme américain.

Regardez une carte : camp Bondsteel n'offre aucun intérêt particulier aux militaires depuis que la Hongrie, la Roumanie sont dans l'Otan ; le pipe-line “stratégique” n'est qu'une des multiples voies d'approvisionement de l'Europe ; et si le Kosovo proclame son indépendance, c'est surtout parce qu'une identité kosovare existe, et que l'Histoire récente leur a démontré l'impossibilité de faire confiance à la Serbie.

L'Europe ne cesse, depuis des années, d'essayer d'approcher la Serbie avec des offres généreuses. Lire “Nous avons trop de conditions à remplir. C'est injuste. L'UE doit faire un nouveau geste” est une véritable insulte à tous les peuples d'Europe centrale qui pendant 15 années (de 1989 à 2004), ont travaillé à changer leurs pays, à les démocratiser, à les mettre aux fameuses “normes” européennes, et cela sans jamais se plaindre. Le jour où la Serbie sera prête à faire ce travail, à regarder son histoire récente en face, à faire le ménage chez elle… elle sera la bienvenue. Mais pas avant.

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