a la une 15/03/2008 à 19h50

MediaPart se lance, un test pour l'info payante sur Internet

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89


L’équipe de MediaPart lors de la présentation samedi (Emmanuel Parody/Ecosphere).

Après Arrêt sur images il y a quelques semaines et MediaPart ce dimanche, un nouveau journal satirique, Detoxinfo, se lancera en avril. Tour d’horizon de ces sites d’information qui font le pari du payant.

Il y a ceux qui en reviennent, comme le New York Times, qui rendent progressivement leur contenu gratuit. Et il y a ceux pour qui le modèle économique d’une information payante sur Internet est viable.

En France, outre les déclinaisons web d’« anciens » (Lesechos.fr, Capital.fr...), le plus emblématique de ces médias sera sans doute MediaPart, lancé dimanche à 13 heures par l’ancien patron de la rédaction du Monde, Edwy Plenel, entouré de 25 autres journalistes et de 5 administratifs.

Le cofondateur du site l’a déclaré ce samedi, lors d’une présentation à la presse : « Si les abonnés sont au rendez-vous, on se passera de publicité. » Car la une du site, les pages d’accueil de rubriques et l’ensemble de la partie communautaire seront gratuits, et pourraient, pour cette raison, accueillir de la publicité. MediaPart entend cependant faire sans, revendiquant « le choix de l’indépendance véritable : vivre grâce au soutien des seuls lecteurs, ne pas dépendre de la manne publicitaire ».

Le capital de MediaPart est détenu à 60% par ses fondateurs

Avec trois formules d’abonnement (5, 9 et 15€/mois), le site espère avoir recruté entre 20 000 et 25 000 abonnés d’ici la fin de l’année, et atteindre son seuil de rentabilité début 2011 (52 000 ou 62 000 abonnés, selon que la TVA à 2,1% dont bénéficient les sociétés de presse est appliquée ou non).

Avant même le lancement du site, 3 500 lecteurs ont adhéré. L’autre socle économique de MediaPart est le capital de la société, qui s’élèvera dans quelques mois à 3,7 millions d’euros, détenus à 60% par les fondateurs et 40% par des investisseurs, majoritairement issus du monde de l’informatique.

A Arretsurimages.net, dernier site majoritairement payant à s’être lancé, le capital de départ était plus réduit : 18 000 euros selon son fondateur, Daniel Schneidermann. La réussite du site repose donc totalement sur son nombre d’abonnés (de 0 à 30 euros par an). « Nous en avons actuellement 39 000, mais je ne peux pas vous donner une répartition précise selon les différentes formules », explique-t-il :

« Deux épreuves de vérité nous attendent cette année : la fin des abonnements de trois mois, et la fin des abonnements d’un an, fin décembre. Je pourrai donc vous dire si c’est satisfaisant début 2009. »

Schneidermann refuse la pub, « pour ne pas entrer dans une logique d’audience »

Le spécialiste des médias assure n’avoir « pas calculé » combien il faut d’abonnés pour assurer la pérennité de son site. Il explique simplement avoir « fait le raisonnement inverse à celui d’Edwy Plenel : voir ce que ça donne avant d’embaucher. » @si.net tourne actuellement avec six permanents et cinq chroniqueurs pigistes, sans compter le fondateur. « Si nous avons refusé la publicité, ce n’est pas par crainte de la censure des annonceurs, mais pour ne pas entrer dans une logique d’audience », ajoute Daniel Schneidermann.

Pour « Achille », c’est une question de « crédibilité » : « Comment voulez-vous être crédibles et ironiques avec des annonceurs ? “ Achille ne veut pas dévoiler son identité car, comme les cinq autres fondateurs de Detoxinfo.fr, il s’apprête à quitter un média ‘de la presse nationale ou internationale’, et négocie son départ avec son employeur.

Ces journalistes, qui ont ‘tous bossé pour ’Le Canard’’ à un moment de leur carrière, lancent pendant la deuxième semaine d’avril ‘la première revue satirique en ligne sans publicité’. Avec une dimension participative, puisque les contributions d’internautes feront partie du journal. Qu’on pourra lire pour 3 euros par mois, 15,5 euros par semestre ou 30 euros par an, avec une dizaine d’articles en ligne chaque jour.

Chez Bakchich, 50 ventes de la version papier pour 55 000 visiteurs

Detoxinfo annonce un ton ‘moins badin’ que Bakchich.info, site satirique... avec publicité. Pour 10 euros par trimestre ou 35 euros par an, les lecteurs de Bakchich peuvent aussi lire une version papier hebdomadaire. ‘Ça nous a rapporté 25 000 euros sur quatre mois, ce qui n’est pas négligeable puisque ça paye deux salaires’, raconte le directeur de la rédaction, Nicolas Beau :

‘Mais quand on a lancé un scoop sur Kadhafi qui ne nous a rapporté que 50 ventes à l’unité sur 55 000 visiteurs ce jour-là, on a eu la preuve que le payant ne pouvait pas marcher. Pour nous, en tous cas.’

Bakchich compte donc principalement sur la pub pour faire vivre ses 12 salariés et ses 15 pigistes réguliers.

Photo : Emmanuel Parody (Ecosphere).

Rectifié le 15/03/2008 à 21h00 : le Wall Street Journal a décidé de conserver le modèle payant, contrairement à ce qui était initialement indiqué dans l’article.

Lire aussi : Internet, le gratuit, le payant et la logique du bouquet

  • 20361 visites
  • 85 réactions
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  • thierry reboud
    • Posté à 19h59 le 15/03/2008
    • Internaute 20923

    Je me suis abonné à a@i et à MediaPart, plutôt par soutien qu’autre chose au départ : il me semblait que l’internet pouvait être le lieu où se constitue une alternative à la presse que nous connaissons, et qu’elle pouvait (peut-être) s’y constituer à moindres frais.
    Concernant ces deux sites, il serait intéressant de connaître le chiffre d’affaire que représentent les abonnements, et en parallèle avoir une idée des coûts de fonctionnements (salaires, coûts liés aux questions techniques, etc.)

    Enfin, et je me le demande souvent en fréquentant Rue89, je me pose la question du coût de la gratuité. La gratuité n’existe que pour le visiteur. Elle n’existe certainement pas pour vous. C’est la raison pour laquelle je refuse de lire les journaux-papier dits gratuits.
    La question est double, en fait. D’une part, dans quelle mesure ce choix de la gratuité influe (ou risque d’influer) ou non sur le contenu rédactionnel ? D’autre part, comment vous en sortez-vous ? Si vous nous en disiez plus ?

  • Anonyme répond à thierry reboud

    Salut Thierry,

    on va bien voir si Rue89 va te répondre car on doit être un bon paquet à se poser ces questions !

    Evidemment que c’est la pub qui leur sert de socle et surtout quand ils font un bon coup avec la BNP comme il y a peu. Je pense que plus leurs articles seront bons et bien fouillés et plus l’audience/publicité augmenteront aussi fort !

    Maintenant, la question se posera tjrs sur l’intégrité même d’un tel média gratuit et j’ai d’ailleurs un peu peur quand je vois dati’dior s’exprimer ici !

    Bref, je me sens bien dans la Rue et peut-être qu’il faudrait que nous pensions à leur apporter d’autres soutiens que de simples contributions !

  • Boris Eigti
    • Posté à 20h30 le 15/03/2008
    • Internaute 35882

    Pour le moment, la publicité n’est pas vraiment une solution. Elle rapporte, certes, mais pas suffisamment. Qu’en est-il exactement pour Rue89 ?

    Par ailleurs, il faut préciser que contrairement à ce que laisse entendre l’article, le Wall Street Journal n’a finalement pas abandonné l’accès payant de sa zone premium.

    Selon un court article du Monde.fr du 25.01.2008, il est dit que finalement « le site Internet du Wall Street Journal restera largement payant, et l’abonnement deviendra probablement plus cher, a déclaré jeudi 24 janvier à Davos (Suisse) le PDG de News Corporation, Rupert Murdoch. »

    Je ne pense pas m’abonner à MediaPart tout simplement car je ne sais pas quel contenu sera proposé, ni si la qualité sera au rendez-vous.

    Et puis, même si les tarifs paraissent raisonnables en comparaison de ceux des journaux papier, ça pose un problème de taille : j’aime suivre les infos à partir de différentes sources (Rue89, @si, Backchich, France24, RFI, France Info, LeMonde, Libération, LeFigaro, Le Canard enchaîné, Marianne, L’express, Le Point, etc.). Et donc je me dis qu’il me serait impossible de m’abonner à tout.

    De plus, je ne souhaiterais pas faire un choix (pourquoi m’abonner à MediaPart et pas au Monde.fr, etc.). Plus il y aura d’acteurs, mieux ce sera, mais plus complexe seront les choix à faire en terme d’abonnement (dans le cas de modèles payants).

    Mais d’un autre côté, la pub ne m’apparaît pas viable du fait des extensions comme AdBlock, ou tout simplement parce que je ne la regarde pas et ne clique pas dessus...

    Bref, le problème du modèle n’est pas prêt d’être réglé. Mais il est naïf de croire que l’avenir est au tout payant ou tout gratuit. Nous verrons bien...

  • Pierre Haski
    Pierre Haski répond à thierry reboud
    Cofondateur Rue89
    • Posté à 22h04 le 15/03/2008
      éditeur
    • Journaliste 9
      Cofondateur

    @Thierry Reboud, Nous avons choisi ce modèle « gratuit » qui, comme vous le dites très justement, n’est pas gratuit pour nous... Mais nous voulons être un site d’informations accessible au plus grand nombre, pas à une petite élite, et il me semble qu’on oublie, quand on parle de gratuité sur le net, toute la culture de l’échange et du partage que représente le mouvement du logiciel libre. Rue89 a ainsi été construit sur un CMS libre, Drupal (tout comme Médiapart d’ailleurs), et cette culture conserve une place très importante sur le net : par exemple le navigateur Firefox développé par la fondation Lien. Il y aurait un certain paradoxe à bénéficier des avantages du libre pour construire notre rue, et à instaurer ensuite un péage à l’entrée. Nous sommes en phase de construction, et même si nous avons un peu de pub (il y en a eu pas mal en novembre-décembre, moins depuis janvier, c’est très saisonnier), nous ne nous attendons pas à équilibrer nos comptes après à peine dix mois. A vous de juger si la recherche de pub a influencé le contenu de Rue89 : personnellement, je sais que ce n’est pas le cas, et nous n’en prenons pas la direction. Et surtout, nous ne faisons pas de la publicité notre seule source de revenus. Nous avons une activité de prestation de service, c’est-à-dire que nous vendons notre « savoir faire ». Nous avons fait l’an dernier le site Lien pour le Nouvel Observateur, et nous venons de terminer un webmag pour un autre client. C’est une activité rémunératrice intéressante et sans contraintes. Nous tiendrons tous les riverains de Rue89 plus amplement informés prochainement des développements du site, car nous avons beaucoup de projets dans les cartons. Merci de votre soutien et de votre fidélité !

  • Bigseb
    • Posté à 22h11 le 15/03/2008
    • Internaute 25229

    Hum, j’adorerais payer (haha), mais ce système me gêne un peu.

    Prétendre que pour être totalement libre de son contenu, cette « nouvelle presse » a besoin de fonctionner par abonnement, ca me fait tiquer.

    Je pense qu’un appel régulier au dons des « abonnés » serait plus judicieux.

    Exemple : Rue 89 vire ces vilaines pubs, et les remplace par une barre de progression des dons, 0 étant la faillite et 100 étant la dolce vita avec bling bling et tout...

    Je dis ca parceque mon pouvoir d’acaht m’empeche de m’imposer une nouvelle « charge » qui tomberait tous les mois, mais que dans mon esprit ce genre de site devrait pouvoir être accessible a tous.

    L’info libre pour tous, ca devrait etre ca le concept, et pas de créer des sites « d’info pour les riches »...

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