Revue de blogs

Le calvaire de Chantal Sébire relance le débat sur l'euthanasie

Elle dit vouloir mourir. Sur les photographies diffusées par les médias, une femme fragile pose. Défigurée par une tumeur, elle regarde l'objectif. Quelques centimètres de son visage ont été épargnés. Le reste n'est plus que boursouflure monstrueuse.

Chantal Sébire a 52 ans. Elle a déposé une requête auprès du président du tribunal de grande instance de Dijon pour pouvoir « terminer sa vie dans le respect de sa dignité ». Elle souffre trop et attend de la justice qu'elle autorise un médecin à lui administrer la dose médicamenteuse qui la soulagera définitivement.

Nicolas Sarkozy, destinataire d'un courrier douloureux, a raisonnablement confié à des médecins de hauts niveau le soin de vérifier si toutes les ressources de la médecines étaient épuisées.

Sur son blog, l'ex secrétaire national UMP, Jean-Luc Roméro raconte le combat de Chantal Sébire :

« En attendant, Chantal souffre de plus en plus. Alors que je l'ai vu vendredi dernier, j'ai été frappé hier par la violence de ses douleurs. Alors que j'ai tant envie d'arrêter bien des combats inutiles, et me replier sur ma petite vie sans intérêt, son combat, son humour, sa générosité me bouleversent et m'obligent à agir à ses côtés pour qu'elle obtienne enfin le soulagement.

“Cette femme diffuse un amour incroyable et c'est pourquoi il faut lui obtenir ce geste d'amour qu'elle réclame. Pour elle. Pour les siens.”

Jean-Luc Roméro renvoit à la lecture de l'argumentaire de l'avocat Gilles Antonowicz.

Gilles Devers, également avocat, clarifie d'emblée le débat : “Mourir n'est pas un droit”. Si, pénalement, se suicider n'est pas répréhensible, aider quelqu'un à mourir est puni par la loi car considéré comme un assassinat. Reste la question des soins palliatifs :

“Le législateur a confirmé les pratiques par la loi du 22 avril 2005 dont on retrouve les termes dans le Code de la santé publique aux articles L 1111-10 et suivants.

‘Cette loi reprend les principes les plus anciens de la déontologie médicale : le médecin ne peut pas provoquer directement la mort ; en revanche et face aux situations difficiles, il doit conserver une attitude thérapeutique, c'est-à-dire agir là où il peut être efficace ; et lorsque le traitement direct de la maladie devient inefficace, il s'oriente vers le relationnel et la prise en charge de la douleur.’

Maître Devers rappelle alors un cas antérieur à celui de Chantal Sébire, celui de Diane Pretty : ‘Celle-ci demandait également l'autorisation que soit pratiqué un geste euthanasique. La Cour européenne des droits de l'homme avait rejeté cette demande.’

La loi à laquelle se réfère l'avocat-blogueur est également évoquée par Ça dérange. Dans son post, il l'estime dépassée. Il republie pour l'occasion un précédent texte rédigé pendant la campagne présidentielle :

‘Le procès aux assises de la Dordogne d'un médecin et d'une infirmière qui ont aidé à mourir une malade du cancer en phase terminale fait ressurgir ce problème dans l'actualité.

Il s'agit en l'occurence d'euthanasie active puisque le docteur Tramois et l'infirmière agissante Chantal Chanel ont provoqué la mort de la malade par une injection léthale.

La question réapparaît donc dans l'actualité de savoir si la loi Leonetti n'est pas déjà dépassée et si, sous certaines conditions très encadrées, l'euthanasie active ne devrait pas être dépénalisée.’

Le blogueur rappelle les positions des uns et des autres. Celle, prudente, de Nicolas Sarkozy, pour qui ‘la fin de vie devait peut être être considérée du point de vue de la souffrance et de ses limites, plutôt que du point de vue des principes.’ Celle du PS, qui envisageait une ‘loi sur l'assistance médicalisée pour mourir dans la dignité’ et celle de François Bayrou, qui considérait alors la loi Leonetti suffisante.

Le blogueur, plutôt défaitiste, conseille à Chantal Sébire de se rendre à l'étranger : ‘ Allez en Suisse, madame, nos politiques ne bougeront pas…’

Ne leur parlez pas d'‘eutha-nazi’. Sur le blog conservateur, Le bal des dégueulasses, estimant que les structures de soins palliatifs pratiquent suffisamment bien la bonne euthanasie”, le blogueur se fait tranchant :

“Personnellement, je suis opposé à l'euthanasie de manière encore plus brutale qu'à l'IVG. Ne vous méprenez pas sur ce que je vais dire. L'IVG c'est souvent une (jeune) mère en détresse qui ne sait pas ce qu'elle fait, d'où les regrets fréquents.

‘En revanche, l'euthanasie est quelque chose de beaucoup plus dramatique. Posons-le directement : un hôpital où l'on tue n'est pas un hôpital où l'on peut soigner. Soigner, prendre soin, care’ et pas ‘cure'.’

Dans un paragraphe accusateur, il pointe un certain mois de mai :

‘Les soixante-huitards veulent un monde aseptisé, un monde sans entre deux, un monde sans part maudite. Sexualité sans grossesse (et son corollaire la grossesse sans sexualité) et quarante ans plus tard, mort sans agonie.

Ce n'est pas tant la souffrance qui les dérange, encore moins l'énigmatique atteinte à la dignité (se faire piquer comme un chien mourrant, c'est étonant comme dignité, non ? ). Ce qui les dérange dans leur idéologie, c'est l'agonie.’

Le blogueur de Nouvelles de Ruritanie demeure perplexe face à cette demande émanant d'une personne ‘consciente’. Chantal Sébire est, écrit-il, emblématique d'une époque de déresponsabilisation :

‘L'Occident christianisé condamne et réprime le suicide à rebours des Anciens païens’ qui magnifiaient Caton et Socrate. Le suicide n'a pas bonne presse, c'est la fausse solution des dépressifs et des adolescents…

‘Les pouvoirs publics s'inquiètent de son taux important en France et loin d'être compris comme une acte de liberté, le suicide est vu comme un échec et souvent depuis Durkheim comme une pathologie sociale.

Plutôt que de réfléchir à une véritable dépénalisation du suicide et surtout de son aide, les militants de l'euthanasie veulent mettre en demeure les médecins de tuer leurs patients. Fini la démarche individuelle, il nous faut un dispositif socialisé, euphémisé… la mort coocoonée. L'injection douce plutôt que la corde, le pistolet ou la mort au rat.’

L'avis de Samuel, moins polémique, correspond à une opinion courante sur l'euthanasie :

‘Légaliser l'euthanasie, c'est faire sauter une digue, et prendre le risque de se retrouver avec des comportements abominables. Imaginez, dans les maisons de retraite, la toute vieille, qu'en finit plus de vibrer, et qu'on attend qu'elle crève, vu que c'est elle qui a l'oseille’, qu'on pousse à ‘choisir’ de partir sereinement. Parce qu'elle gêne, parce que la maison de retraite, ça coûte cher, et qu'il ne va rien rester en héritage. C'est sordide, mais des situations comme celle-là sont bien plus fréquentes qu'on ne le pense.

‘Il y a aussi ces malades, qui sont parfois touchés par des passages à vide où la souffrance donne envie d'en finir définitivement, et qui finalement, surmontent la maladie et guérissent. Si l'euthanasie est légale, et même si elle est encadrée strictement, il y aura des dérives.’

Il suggère également le suicide. Plus simple et moins politique.

Entre la mort de Lazare Ponticelli, dernier poilu et cette demande d'euthanasie, pour Riton de Cannes, c'est la grande confusion, les curieux parallèles :

‘La juste mort demandée et cette vie terrible accordée. Je ne peux m'empêcher de me souvenir de mon grand-père qui me racontait sa guerre, toutes ses années passées, perdues, sa jeunesse volée, ses souffrances.

Verdun, le chemin des Dames, il ne reste que sa médaille militaire, pieusement conservée, un numéro matricule et une vie gâchée. Et cette femme qui demande, qui supplie qu'on abrège ses souffrances, qu'on lui ôte cette vie qui n'en est plus une.

Qui sommes nous pour juger ? A-t-on demandé à tous ces hommes qu'on a envoyé à l'abattoir s'ils acceptaient cette sentence, s'ils étaient d'accord avec cette même loi qui les envoyait se faire tuer ? Des millions sont partis dans une certaine indifférence et une seule veut s'en aller que les passions sont déchaînées.’

Il appelle à respecter sa dernière liberté.

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Portrait de jac le rat

De jac le rat

aventurier | 22H41 | 13/03/2008 | Permalien

Pourquoi cette dame demande la permission ?
Elle est libre ! ! !

Portrait de Janine Thombrau

De Janine Thombrau

Sépienne en ALD | 22H55 | 13/03/2008 | Permalien

Et l'actualité encore une fois nous rattrape et remet la France en rouge au niveau de la réflexion et de l'humanité !

L'ADMD vient de mettre
« Le choix de Jean »
sur son site et en intégralité ! ! ! ! !

http://leblogdeladmd.hautetfort.com/archive/2008/02/29/le-choix-de-jean….

NE LE RATEZ PAS !

Un document de 1H.03, vrai, honnête, fort et émouvant.
Une aide pour avancer dans la discussion.
Emouvant mais …
Sans lourdeur, ce qui est exceptionnel dans ce genre de sujet.

« Le seul espoir qui reste, c'est que très prochainement un proche d'un ministre actuel soit placé dans la situation de Chantal Sebire. Une loi sera pondue en deux temps trois mouvements, dans la précipitation comme toujours, comme cela a été fait pour les protections de piscines par Raffarin. »

Portrait de andelle

à Janine Thombrau Portrait de Janine Thombrau De andelle

11H06 | 14/03/2008 | Permalien

Oui, ce document diffusé par l'ADMD est bouleversant ! d'une humanité rare. Je remercie beaucoup le monsieur qui a permis qu'on le filme dans un tel moment car il nous donne une grande leçon d'humilité et de sagesse.
Je conseille à tous de prendre une heure pour regarder ce film. On en sort changé. Cela nous réconcilie, paradoxalement, avec la vie.

Comme l'ont dit beaucoup de personnes ici : on peut tuer sur la route (presque impunément), on peut tuer par multinationales interposées, on peut tuer ensoutenant des politiques qui causent des guerres ou des famines ailleurs, on peut tuer de mille manières sans états d'âme mais arrêter la torture insupportble, ça on ne pourrait pas ? Mol ! ère, Voltaire…revenez !

Portrait de GEN

De GEN

22H58 | 13/03/2008 | Permalien

Vraiment difficile, ce sujet…
Pour connaître un médecin qui avoue avoir « aidé » une personne en grande souffrance, il ne s'en remet pas…
Difficile de demander au corps médical…Car derrière, il y a bien des hommes ou des femmes qui feront l'acte, et qui, peut-être, ne s'en remettront pas..
Les medecins sont là pour faire vivre, pas pour faire mourir…Qui les réconciliera avec leur conscience ?
Comme un médecin fait un avortement…Dans la douleur, la plupart du temps…Faudrait aussi qu'ils aident à mourir… Dure tâche… Qui d'entre nous, non médecin, aurait le courage de donner la dernière pilule ? ? ?
Vraiment difficile, ce sujet, qui mérite le plus grand respect, la plus grande dignité, la plus grande noblesse.

Portrait de andelle

à GEN Portrait de GEN De andelle

11H11 | 14/03/2008 | Permalien

Justement en Suisse, ce n'est pas le médecin qui donne le médicament : il conseille, prescrit, un bénévole est témoin mais c'est la personne elle même qui prend la potion qui va le faire partir…en douceur ! (Voir le film sur le site de l'ADMD)
S'il y avait un loi ce serait beaucoup plus facile pour les médecins qui seraient libérés de ce fait.

Portrait de libegafrat

De libegafrat

23H25 | 13/03/2008 | Permalien

Ce qui est scandaleux, ce n'est pas le débat engendré par la situation tragique de cette femme, débat qui se doit d'être tenu.

Ce que je trouve scandaleux, c'est le manque total de recul nécessaire justement à cette situation, d'intelligence et de sensibilité qu'affiche sans vergogne Mme Dati et Mme Boutin.

RD : « Je considère que la médecine n'est pas là pour administrer des substances létales ».

Cette phrase sous-entend une morale qui n'a rien à faire avec la justice. N'est-elle pas plutôt la garde des sots ?

CB : « Il faut dire à cette femme qui a le visage abîmé qu'elle peut être aimée et que sa dignité dépasse cela ».

Et la souffrance Christine ? Vous n'imaginez pas apparemment pas ce que cela peut être ? Même si vous pouviez vous approprier sa douleur infinie, votre dignité ne dépasserait pas la surface de la fange insondable de bêtise et de poncifs dans laquelle vous vous noyâtes depuis bien longtemps.
Taisez-vous, vous ne grandissez pas l'être humain.

Portrait de lamarqueduweb

De lamarqueduweb

journaliste à Paris | 00H16 | 14/03/2008 | Permalien

Cette femme demande dignement le droit de mourir. Et TF1 la montre, avec son visage tuméfié, au JT de 20h. Elephant man version woman ! Ca ce n'est pas digne ! Au lieu de compter des temps de parole, le CSA devrait plutôt surveiller ce genre de dérive.
Rue89, vous ne diffusez pas de photos de ce visage monstrueux. par pudeur ? Respect de cette personne ? Par éthique ? En tout cas je vous approuve. Et désapprouve TF1. La montrer à la télé ne servira pas à faire avancer le débat. TF1 le sait bien.

Portrait de Nonoche

De Nonoche

01H12 | 14/03/2008 | Permalien

Je note que l'écrasante majorité des réactions sont dans le registre émotionnel : la colère, la compassion, l'empathie…

Mais n'oublions pas que pour ce qui est de la loi et de la justice, on ne fait jamais rien de bon quand on se place d'un point de vue émotionnel.

J'ai cru comprendre que Madame Sébire était valide, et donc apte à mettre fin à ses jours d'elle-même.

Son cas ne relance donc en rien le débat sur l'euthanasie. Il ne fait d'ailleurs que le brouiller un peu plus, ce qui est dommage.

Portrait de Nonoche

De Nonoche

11H43 | 14/03/2008 | Permalien

tiens, paf, je me réponds à moi-même, histoire d'avoir une conversation passionnante avec un interlocuteur de qualité ; ¬)

S'il y a une chose que le cas Sébire éclaire concernant l'euthanasie, c'est la nuance profonde qui existe entre le désir de mourir et le besoin de mourir. Mme Sébire peut mettre d'elle-même fin à ses jours, mais pour une raison ou pour une autre, elle ne le fait pas et préfère avoir recours à l'etat et aux médecins. De toute évidence, sa requête ne peut lui être accordée en aucun cas : si elle-même, la première intéressée, ne peut porter le poids d'un tel acte, au nom de quoi une autre personne le devrait-elle ? Si elle ne s'en sent pas capable elle-même, n'est-ce pas qu'il y a en elle quelque chose de plus impérieux que la souffrance qu'elle endure ?

Et arrivé à ce constat, comment décider du cas de quelqu'un qui ne peut pas se supprimer, mais qui fait tout autant appel à l'aide de l'etat et des médecins ? Si la personne avait eu la capacité physique de se supprimer, comment savoir si elle aurait été au bout de l'acte, et non juste se contenter de l'appeler de ses vœux ?

C'est bien simple : on ne peut pas savoir. A tous les étages, la question n'a aucune réponse.

+Une question, une seule : parmi toutes les personnes qui émettent un avis - COMBIEN ont déjà assisté à l'agonie d'un petit enfant de 3 ans ,de deux enfants de 4 et 7 ans ,de trois enfants de 5, 8 et 9 ans, en fait de plus de quinze enfants de 1à 17 ans en moins de 10 mois, qui meurt du CANCER dans des souffrances telles que même sa famille, ses amis et le personnel du service ne peuvent -HUMAINEMENT- supporter ? ? ?

HUMAINEMENT.

Le mot est lâché. HUMAINEMENT .Alors, on peut avoir des principes, des convictions , des prises de position et des raisonnements intellecuels très bien construits, mais la SOUFFRANCE, en FACE de VOUS,à MOINS d'UN METRE DE VOUS, d'un petit enfant condamné, en fin de vie et qui se meurt du cancer dans des souffrances humainement intolérables que même la pompe à morphine a ses limites : l'avez-vous VECUE cette souffrance.
Pardon mais dans le cas contraire, ne portez pas de jugements.

HUMAINEMENT, ON TOUCHE ICI A L HUMANITE NUE.

Aucune opinion ne saurait remplacer le VECU et malheureusement, le VECU multiplié par 15, lorsqu'on voit de ses yeux, qu'on entend dans les chambres à côté, ce qui se VIT vraiment , dans un service d'oncologie pédiatrique ; c'est-à-dire dans un lieu où des petits enfants, des ados, des bébés aussi,des bouts de chou comme les votres,VIENNENT MOURIR dans d'atroces souffrances le corps dévasté,envahit par les tumeurs, au terme d'une lutte exemplaire qui a duré des mois, le plus souvent des années, à côté de leur MAMAN, de leur PAPA, qui assistent impuissants à ce qui peut exister de PIRE dans la vie d'un être humain.

HUMAINEMENT, face à votre HUMANITE NUE : ENTENDEZ LEURS CRIS.

Ceci est mon opinion et mon vécu.J'ai exprimé ceci.Vous comprendrez que je n'ai pas l'energie pour échanger sur cette question ; Merci d'avance.
Je souhaitais simplement témoigner.
Je vis cette situation depuis 10 mois au jour le jour.
J'avais mes principes et mes opinions.
A présent, j'ai mon VECU.
On touche ici au plus profond de nos êtres,
à ce que je nomme : l'HUMANITE NUE.
Soyons-en DIGNES.

Humainement ?

Déjà, humainement, on ne répond pas à ce problème pesant en METTANT deux MOTS sur TROIS en MAJUSCULES.

On ne le résout pas en n'écoutant que sa réaction viscérale. Parce que si on fait ça, alors on ne parle plus de loi et de justice, on parle d'arbitraire, de lynchage, ou d'absolution. La prime à celui, du criminel ou de sa victime, qui parviendra à vous tirer le plus de larmes. C'est la course à l'échalotte, c'est l'enchère à l'émotion.

Si on veut être humain, justement, on lui ferme sa gueule, à l'émotion. On fait taire le cœur et on ouvre les vannes du cerveau. On prend le temps de réfléchir posément au problème, en dehors de tout chantage émotionnel, en dehors de toute urgence du fait-divers, on prend le recul et la sérénité. On ne joue pas à celui qui sera le plus bouleversé. On ne prend pas en otage la douleur d'autrui. On se demande si cette volonté d'abréger les souffrances d'autrui n'est pas avant tout un moyen d'abréger celles des bien-portants qui ne supportent pas le sentiment d'impuissance. Ah, oui, tiens, et si ? …

On n'oublie pas que des rémissions miraculeuses, inexplicables, et rigoureusement impossibles, se produisent quotidiennement dans tous les hôpitaux du monde.

On n'oublie pas que d'innombrables candidats au suicide, qui ont la chance d'être assez valides pour perpétrer l'acte eux-mêmes, se « ratent », et se relèvent, et ne se suicident plus, et au final sont loin d'en être mécontents. On se rappelle que l'euthanasie, ça ne ratera jamais. On se rappellera que ceux qui n'ont pas la chance de pouvoir disposer eux-mêmes de leur vie n'auront jamais non plus à faire face au geste en lui-même, et que nul ne pourra donc jamais savoir si, au delà des capacités physiques, ils auraient eu les capacités morales d'aller au bout de l'acte. L'euthanasie les aura pour eux.

On n'oubliera pas non plus que tuer quelqu'un, même s'il l'appelle de tous ses vœux, ça ne peut pas être anodin. Ca ne peut pas être banal. Ca ne peut pas être décidé une fois pour toute par une loi unanime et uniforme qui s'appliquera à tous. On n'oubliera pas que la frontière entre l'acharnement thérapeutique et l'assassinat aveugle ne peut être définie dans le marbre. On n'oubliera pas toutes les dérives que pourrait entraîner une euthanasie légale. Et tous les cas de conscience qu'ils posent. Alors on se calme deux minutes et on respire lentement.

Chantal Sébire souffre d'un mal incurable qui la défigure, la fait souffrir, et mettra vraisemblablement fin à sa vie. Elle réclame d'être euthanasiée, bien qu'elle dispose de la capacité physique de se suicider elle-même, ce à quoi elle se refuse. Si on lui accordait ce qu'elle demande, alors demain, on pourrait en donner autant à quelqu'un qui ne souffre pas physiquement mais moralement, et qui ne veut pas se suicider, mais qui préfère qu'on le suicide. Je suis désolé, mais là on est dans le « confort ». On est à des années-lumière du vrai cas de conscience que peuvent poser des gens qui se trouvent dans la situation où Vincent Humbert s'est trouvé : incapable de se suicider, et victime d'un mal qui ne met pas sa vie en danger, ses fonctions vitales étant en outre totalement autonomes. Pas de machine à débrancher pour lui. Pas d'arrêt de médicament qui le maintiendraient en vie. Rien de tout ça.

Et si on l'entrouvre, cette porte, jusqu'où l'ouvre-t-on ? Quid des gens dans le coma ? Quid de ceux qui ont perdu leurs facultés mentales ? Qui décidera du degré de souffrance nécessaire pour « accorder » à ceux là la douce délivrance du baiser de la mort ?

Bien évidemment qu'il y a de nombreux cas où la question de l'euthanasie se pose (je répète que ça n'est pas le cas de Mme Sébire, et je m'étonne que si peu de voix ne s'élèvent pour le rappeler au milieu du concert compassionnel auquel on assiste ici)
Mais y apporter une réponse définitive, applicable à tous, me semble non seulement impossible mais également dangereux.

Portrait de Clarence

à Nonoche Portrait de Nonoche De Clarence

09H56 | 15/03/2008 | Permalien

Merci pour ce post qui, noyé dans un océan de messages, comme vous le dites justement, « compassionnels », tranche par la réflexion dont il témoigne.

Portrait de Pierrrrre

à Nonoche Portrait de Nonoche De Pierrrrre

19H58 | 15/03/2008 | Permalien

 »…et si on l'entrouvre, cette porte, jusqu'où l'ouvre-t-on ? … »

==> jusqu'au bout de la loi,
avec juryprudences pour en affiner les contours,
et la république pour me dire ma conscience.

La réalité d'une vie, n'est-elle pas déja un concept juridique ? … un concept évolutif et précisable par décrets d'application.

Merci pour votre excellent post.

Portrait de psyche

De psyche

Agitateur d'inconscience | 02H20 | 14/03/2008 | Permalien

Bonjour à tous,

Boutin PIRE que Dati ! ! ! ! !

Voici un copié/collé extrait d'un article sur msn :

-Forte de ses convictions religieuses, la ministre du Logement Christine Boutin a pris la position inverse : « Il faut dire à cette femme qui a le visage abîmé qu'elle peut être aimée et que sa dignité dépasse cela ».

C.Boutin vous êtes bien plus laide que cette pauvre femme ! Et vous au moins avec votre niveau de Q.I ne risquez jamais de souffrir.

Celui auquel vous faites tant référence ne disait-il pas lui même « bienheureux seront les simples d'esprits » ! ! ! ! !

Je demande à Rue 89 que dans la mesure du possible ce message soit transmis à C.Boutin.

Portrait de Yakafersa

De Yakafersa

retraité consentant | 02H57 | 14/03/2008 | Permalien

Il « y a pas d'universalité de la douleur.Vouloir définir une échelle de douleur est une tentative louable de la part des médecins, mais de peu d'importance face au vécu du malade.La philosophie bouddhiste cherche à transcender la douleur pour parvenir au nirvana. La philosophie judéo-chrétienne implique de supporter la douleur comme mode expiatoire d'un prétendu pêcher originel.
Entre les deux il y a ceux qui souffrent dans leur chair et dont l'esprit est confronté à l'issue extrème. Quelle douleur est la plus angoissante ? La douleur physique qui ne cessera pas, ou la douleur de se demander ce que l'on va devenir après ? La peur ultime ? Je ne pense pas que l'agnostisme y réponde.
C'est à cet instant que se pose la question du droit de donner la mort, et le médecin ne désire pas forcément être le bras armé d'une loi…Il a certes, son intime conviction, mais il n'a pas la réponse à la question de l'“avenir” du malade.
C'est tout le drame de la situation : peut-on prendre la responsabilité de la mort de quelqu'un, même si la souffrance est au-delà des limites supportables ?
La mort est ce qu'il y a de plus intime. Et si , au dernier moment, avant de “passer”, la personne demandeuse, face à une “chose” épouvantable,( la vérité ? ) voulait revenir en arrière ?
Je ne souhaite pas me substituer au législateur qui est face à un problème de conscience,et je ne jetterai pas l'anathème sur tel ou tel membre du gouvernement, c'est trop facile, même si certains propos sont déplacés.
Une solution, inspirée des peloton d'exécution, (dans lesquels un fusil était chargé à blanc de tel sorte que chacun des tireurs pouvait espérer ne pas être un assassin par procuration) : une décision collective prise dans le secret d'un vote, auquel participeraient médecins, famille, magistrat. Il n'y aurait pas de loi, mais un décret ou un règlement qui autoriserait la constitution de la réunion de ce “tribunal”, au cas par cas.
Cela permettrait d'éviter les “dérives” d'une loi sur l'euthanasie (la bonne mort ), que craignent certains ; Mais y a-t-il une “bonne mort” ?

Portrait de Yakafersa

De Yakafersa

retraité consentant | 03H11 | 14/03/2008 | Permalien

@miss K
« L'humanité nue », très belle formule loin des poncifs habituels. Votre post m'a beaucoup touché, ému, et me rappelle la souffrance d'êtres chers.
Qui n'a pas eu à décrypter le dernier regard d'un mourrant« lucide » ne peut comprendre.

@Yakafersa
Merci.
C'est clair.Celui-là ne peut comprendre.
Et ils sont nombreux…et chanceux.

Portrait de lolo55

De lolo55

03H13 | 14/03/2008 | Permalien

mme boutin dit (source l express)
Forte de ses convictions religieuses, la ministre du Logement Christine Boutin a pris la position inverse : « Il faut dire à cette femme qui a le visage abîmé qu'elle peut être aimée et que sa dignité dépasse cela ».

« On est en train d'instrumentaliser la détresse légitime de cette femme pour pouvoir essayer de légaliser l'euthanasie. Vous croyez vraiment que donner la mort c'est un geste d'amour ? C'est un non-respect de la dignité de cette personne », s'est-elle indignée.

Mme boutin vous etes une IMBECILE
elle ne se plaint pas de pas etre aimee,mais d avoir des douleurs tellement atroces que sa seule issue pour elle est la mort
elle se fou se vos considerations morales
j aimerai bien vous voir si vous aviez des aiguilles enfoncees et remuant dans toute la face a longueur de temps qu aucun medicament ne soulage plus.
OUI c une geste d amour de lui donner la mort
c la laisser souffrir qui est un manque de respect,mais ca,vous ne pouvez le comprendre je suppose
donnez lui sa dignite en accedant a sa demande,croyez vous que c une decision facile pour elle ?
si elle le souhaite,elle a ses raisons,et vous n etes pas a sa place ,et ,n avez sans doute pas assez d imagination pour l etre.
LIBEREZ LA

Portrait de Gotch

De Gotch 15306

ancien ouvrier de la banque | 04H39 | 14/03/2008 | Permalien

JE VOUDRAIS QU'ON ME DISE.
Voici 15 ans que j'administre des doses de plus en plus fortes d'opiacées et dérivés à ma femme atteinte de SEP, afin de l'aider à supporter à peu près ses souffrances, sans compter tous les autres soins annexes qui ont le même but : me dira-t-on au gouvernement ou ailleurs qu'il s'agit de soins palliatifs tels qu'on retourne à ceux qui voudraient « en finir » ? En ce cas, comme cela pourrait durer encore vingt ans de plus, ne se moque-t-on pas du monde ? Où finissent les soins simples, où commence ce terme mal défini qu'on dit appliquer aux mourants ?

Portrait de pierrejcallard

De pierrejcallard

www.nouvellesociete.org | 04H47 | 14/03/2008 | Permalien

Je viens d'aller lire le bien nommé « bal des dégueulasses ». Je n'aurais pas dû. Constater l'influence que cherche encore à exercer les fossiles de l'Ère des religions me met en rogne. Le droit de mourir doit être sacré comme celui de vivre, dont il est l'inséparable complément. Quand s'y opposent ceux qui croient encore aux sornettes religieuse, prenant la parole dans un débat sérieux, on se demande quand cette supercherie de religion, la plus sanglante de l'Histoire - atteindra, elle, sa fin naturelle.

Pierre JC Allard

http://www.nouvellesociete/5036.html

Portrait de stefan.agemian

De stefan.agemian

06H34 | 14/03/2008 | Permalien

A ceux qui ont refusaient de réaliser les voeux a Chantal Sebire : je ne leurs souhaitent pas de mourir ! mais de vivre son calvaire . Tous les jours de son réveil au couchait si elle arrive a dormir 2h sans somnifère . Ces personnages ils ne se gênent pas pour eux ou leurs proches , y a toujours un « ami “ toubib .

Portrait de Chipek

De Chipek

06H47 | 14/03/2008 | Permalien

Toutes les vies ne se valent pas ;
Il est tout à l'honneur de notre président de verifier que toutes les ressources de la médecine ont été exploitée pour soulager cette pauvre dame qui souffre.
mais autant d'égards et de sollicitude sont ils déployés lorsqu'il s'agit de renvoyer en son pays un sans papier qui risque la mort ou de courser quelques petits jeunes en mobylette ? ? ? ? ? ? ? ?

Portrait de Bardamu

De Bardamu

difficile | 07H31 | 14/03/2008 | Permalien

Si je comprends bien, les mêmes qui, il y a quelques semaines, déclaraient doctement, à propos d'un assassinat dans le RER, qu'il ne fallait jamais légiférer à chaud, sous le coup de l'émotion, mais que la justice exigeait la réflexion et le recul, veulent une loi, tout de suite, à partir d'une seule situation extrême…

Et gare à ceux qui émettraient la moindre réserve !

Principes à géométrie variable, comme d'habitude.

Portrait de Les Chats

à Bardamu Portrait de Bardamu De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 14H18 | 14/03/2008 | Permalien

Ne soyez pas malhonnête Bardamu, vous savez très bien que cette loi est réclamée depuis longtemps, elle revient sur le tapis pour des cas graves comme celui-ci.
De plus ça se pratique sans bruit dans les hôpitaux pour des malades en phase terminale.

Portrait de kropotkine

De kropotkine

08H11 | 14/03/2008 | Permalien

Le plus serieusement possible :
lorsqu'un drame fait la une des medias N. sarkozy n'hesites pas à se démener pour nous sortir une nouvelle loi (tant que cela rassure son electorat ! ! ! )

Ici, je pense qu'il ne faut pas tomber dans le meme exces emotionnel et directement approuver le choix de chantal en créant une « nouvelle loi ».

Mais qu'importe, pourquoi dans ce cas là : les ministres Fillon et Dati ne répondent uniquement que par la loi ? ? ? Sarkozy avait pourtant repondre autrement face a de tel drame lorsqu'il etait candidat

Ce qu'il disait à la mutualité : « mais je me dis quand même au fond de moi, il y a des limites à la souffrance qu'on impose à un être humain »

Je pense tout simplement qu'il y a un manque de courage evident à rouvrir le débat sur le theme de la legalisation de l'euthanasie ..
Pensez vous, après toutes les courbettes de NS devant l'Eglise, le poids de la droite chrétienne reste encore présent pour prendr ele risque de les froisser

touscoupable.over-blog.com/

Portrait de Têtuniçois

De Têtuniçois

08H15 | 14/03/2008 | Permalien

Sarkozy n'a pas les c…. de changer la loi .
Dans le domaine des moeurs ( mariage homosexuel , euthanasie ) il est aussi ringard que chirac .
Chantal Sébire peut bien souffrir , il ne faut surtout pas froisser l'électorat Boutin De Villiers …
Tout ce qu'il a osé proposer c'est une nouvelle expertise médicale !
C'est se moquer du monde !

Portrait de titote1

De titote1

09H09 | 14/03/2008 | Permalien

mais oui , nous ne sommes plus depositaire de notre corp ! ! ! cette societé et ce systemme sont fait par et pour des technocrates , le coté simplement humain a disparu ….
Cette personne n'a aucune chance de s'en sortir , alors pourquoi nier son desir d'arreter ses souffrances ? ! !
de plus , je pense que sa famille meme aura moins de peine a faire le deuil etant donné que Chantal aura decidé elle meme , et que surtout cela aura eviter d'assister a une longue serie de stades horribles que la maladie va engendrer ! …. Il est peut etre des cas plus epineux , mais en l'etat , LAISSONS A CETTE DAME le choix et l'autorisation de disposer de son corp ! ! Quand a madame BOUTIN , qu'elle retourne a ses bondieuseries avec lesquelles elle a bien composé depuis l'episode PACS et avortement ! !
Sans etre mechant je voudrais bien la voir avec un cancer qui lui bouffe la tete , elle qui fait la belle au milieu de la basse cour Elyzéenne ! ! !

Portrait de Clarence

De Clarence

09H40 | 14/03/2008 | Permalien

Bonjour.
Problème extrêmement facile à régler … pour qui n'y est pas confronté et ne l'a jamais été.
Ni en tant que patient (ou parent de patient), ni en tant que soignant.
Désolé, mais de deux choses l'une :
- soit cette dame, pour laquelle j'ai par ailleurs toute la compassion du monde, veut à tout prix, pour aller vite, « en finir », et le suicide est une liberté à laquelle elle a « droit » comme tout un chacun.
- soit elle est ici une militante, par exemple d'associations qui militent pour une législation autorisant l'euthanasie active, et je ne vois pas au nom de quoi toute une société, sous le coup de la compassion précisément, cèderait immédiatement, sans réfléchir aux conséquences possibles voire probables de la mise en place d'une telle législation.
Quant au mot « liberté », dont certains se gargarisent concernant de telles affaires, il est en l'occurrence piégé, et l'emploi que certains en font ici est à sens unique, ne prenant en compte que la « liberté de mourir » de l'intéressée, et ignorant par exemple, excusez du peu ! , la liberté de ne pas être contraint de donner la mort des personnels soignants.
Que Mme Sebire elle-même, ou ses proches s'ils le désirent, ou les militants des associations dont je parlais, se procurent donc dans le commerce une ampoule de n'importe quel produit potentiellement létal (très facile), et la lui injectent.
Nul n'est besoin d'avoir fait des études de médecine pour lui rendre ce « service ».
[ Je précise, pour prévenir par avance certaines objections, que je ne crois ni en Dieu ni au Diable ].

Portrait de Gotch

à Clarence Portrait de Clarence De Gotch 15306

ancien ouvrier de la banque | 09H56 | 14/03/2008 | Permalien

Bonjour ! Toujours ce robuste bon sens ! Je pense que, la plupart du temps, les gens ne savent pas à quel point c'est facile….
En revanche, expliciter ici ce pourquoi serait à coup sûr réprimable par la loi….

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