Lorsque j'ai déballé les premiers exemplaires de mon livre, « Petite Anglaise », tiré du blog du même nom, c'était une évidence pour moi que mon ex-employeur devrait être parmi les heureux élus à recevoir une copie dédicacée. Stylo en main, j'hésitais entre « Merci pour tout ! “ ou bien ‘Jamais je n'aurais pu réaliser mes rêves sans vous’.
Vous vous souvenez peut-être de ‘l'affaire Petite Anglaise’, tel qu'elle a été baptisée par Maître Eolas, l'avocat blogueur qui en a fait une cause célèbre.
Rappelons les faits : en avril 2006, le cabinet britannique d'experts-comptables où j'exerçais depuis quatre ans mon métier de secrétaire bilingue a pris connaissance de l'existence de mon blog, un journal pas si intime où quelques milliers de lecteurs se rendaient tous les jours pour lire les petites vignettes de ma vie quotidienne de maman célibataire expatriée à Paris.
En rentrant de ma pause déjeuner, j'ai été convoqué par l'un des associés du cabinet. Il a glissé entre mes mains un courrier m'avisant de ma mise à pied conservatoire (terme que j'ai dû chercher dans mon dictionnaire en rentrant, déboussolée, à la maison). ‘Nous estimons que votre blog nuit à l'image de notre cabinet’, m'a-t-il expliqué, en prononçant le mot ‘blog’ comme s'il s'agissait de quelque chose de malsain, voire insalubre. Mon licenciement -pour faute grave- était envisagé, et je serais convoquée à un entretien préalable, dix jours plus tard.
Ce soir-là, j'ai passé en revue tous mes billets portant sur le travail
Affolée, j'ai proposé de retirer le peu que j'avais écrit sur la vie du bureau de mon blog, mais la décision était formelle. On m'a accordé cinq minutes -de quoi rassembler mon sac, le gribouillage de ma fille collé au-dessus de mon bureau, mon manteau, mon Bescherelle- et ensuite on m'a conduite à la porte.
Ce soir-là, j'ai passé en revue tous mes billets portant sur le travail.
J'avais décrit l'ambiance ‘so british’ des lieux : le portrait de la reine dans un couloir, la présence de chocolat Cadbury's et de thé Tetley dans la cuisine.
J'avais partagé quelques anecdotes auto dérisoires, telle ma chute dans les escaliers du bureau (je me suis évanouie et j'aurais ronflé), ou le jour où, en réglant le matériel de vidéoconférence, j'aurais diffusé par inadvertance mon décolleté.
J'ai rougi, certes, en lisant ma description de l'associé qui m'avait notifié de ma mise à pied : ‘de la vieille école, un amateur de fixe-chaussettes… avec la fâcheuse habitude de traiter les secrétaires bac+4 de dactylos’).
Je regrettais également d'avoir raconté mon absence du bureau -le temps d'un après-midi- pour rencontrer un amant dans un hôtel.
A mon sens, il y avait suffisamment de pièces à conviction pour me valoir un entretien disciplinaire. Mais certainement pas de bonnes raisons à m'écarter brusquement des lieux et m'accuser d'avoir terni l'image de l'entreprise. Mon blog était, après tout, anonyme (même s'il m'était arrivé de publier une photo ou deux), et je n'avais jamais identifié ni mon employeur, ni quiconque de son personnel, n'ayant même pas dévoilé son activité. Un passage devant les prud'hommes allait certainement s'imposer.
La presse anglaise s'est amusée à reproduire les billets ‘compromettants’
Munie de ma lettre de licenciement (dans laquelle, finalement, mon ex-employeur a opté pour un licenciement pour ‘cause réelle et sérieuse’, citant comme motif principal une ‘perte de confiance’ à mon égard), j'ai rencontré plusieurs avocats. Non seulement pour parler d'une éventuelle assignation devant les prud'hommes, mais pour m'assurer qu'il ne pourrait pas y avoir de poursuites judiciaires si je parlais de mon licenciement sur mon blog.
Une fois ce point vérifié et le solde de tout compte encaissé, j'ai décidé de saisir les prud'hommes -par principe, même si mon avocat semblait loin d'être sûr que j'obtiendrai gain de cause- et de raconter ma mésaventure sur mon blog.
Dans les jours qui ont suivi, mon blog a été inondé de visiteurs du monde entier. La presse anglaise s'est amusée à reproduire les billets ‘compromettants’ en me baptisant ‘la Bridget Jones parisienne’. Parcourant mes centaines d'emails de soutien, je suis tombée sur un message provenant d'une maison d'édition britannique : ‘Vous voulez écrire un livre tiré de votre blog ? D'autres ont suivi et, après une vente aux enchères, j'ai fini par signer un contrat pour écrire deux livres édité par Penguin, poids lourd de l'édition anglaise.
Mon passage aux prud'hommes a eu lieu en mars 2007 (lorsque j'étais en train d'écrire le dernier chapitre de mon livre), et quand le conseil a rendu son délibéré, mon ex-employeur s'est vu condamné à me verser un an de salaire de dommages intérêts.
En effet, il n'a su apporter aucun élément de preuve pouvant démontrer que l'écriture du blog Petite Anglaise a nui soit à mon travail, soit à l'image du cabinet. Maître Eolas n'était pas le seul à remarquer que le cabinet s'était tiré une balle dans le pied : Si dommage à leur réputation il y a eu, elle ne résulte que de leur décision de licenciement qui a attiré sur eux l'attention des blogs et de la presse internationale.’
A peine deux ans plus tard, voilà ‘Petite Anglaise’ confortablement installé au rayon biographie des libraires anglaises, avec des éditions à paraître dans neuf autres pays courant 2008. Pour ma part, je ne peux pas m'empêcher de penser que mon ex-employeur m'a fait une fleur le jour où il a découvert mon blog et pris la malheureuse décision de me licencier.
► Petite Anglaise. In Paris. In Love. In Trouble de Catherine Sanderson - éd. Michael Joseph -362 p.




















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De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 13H03 | 12/03/2008 |
Pour ceux qui veulent mettre un visage sur ce phénomène qu'est devenue Catherine Sanderson, c'est ici :
http://blog.belleville-paris.info/dotclear/index.php ? 2008/03/07/1865-pou…
au Café chéri(e), à Belleville.
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
De patrick114
psychiatre à st anne | 13H14 | 12/03/2008 |
y'en a qu'on de la chance
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 13H16 | 12/03/2008 |
Apprenez à votre ex-patron ce proverbe : « quand on crache en l'air, ça vous retombe sur la gueule »
Hélas, pour un cas heureusement conclu comme le vôtre, combien de gens broyés…
à compte supprimé 22
De Pierrrrre
14H29 | 12/03/2008 |
« quand on crache en l'air, ça vous retombe sur la gueule »
==> sauf pour ceux qui savent être dans le vent, ils s'en sortent toujours aussi secs.
à Pierrrrre
De PonG
rationaliste fondamentaliste à Pari... | 15H13 | 12/03/2008 |
Incroyable Pierrrrre, j'ai aimé votre post. : )
Allez, cinq pastilles.
à Pierrrrre
De Azrael
16H07 | 12/03/2008 |
Ou, puisqu'ils causent british, comme le disait le grand blond des Freaks Brothers : « Smoking dope and drinking beer is like pissing into the wind »
à Pierrrrre
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 16H33 | 12/03/2008 |
Idem Pierre, votre message ne sera pas replié visiblement ; -)
à Pierrrrre
De jardin
Psychologue retraitée | 05H22 | 13/03/2008 |
Mais dans ce cas, pour éviter de cracher contre le vent, ne pas cracher sans s'être assuré que le vent n'est pas en train de tourner. Ce que semble bien avoir oublié l'employeur de mademoiselle.
Sympa, quand même, qu'au moins une personne se sorte bien de cette maltraitance qui se généralise, merci à elle de venger les autres, ceux qui en crèvent, au sens figuré, certes, mais aussi au sens propre.
à Pierrrrre
De Révolutiona
Hawwah | 17H55 | 13/03/2008 |
Amis poètes, bonjour !
Cela s'appelle des « opportunistes », et hélas, tout le monde ne l'est pas : ceci expliquant cela !
à compte supprimé 22
De JACOU43
(filouzophe) | 09H32 | 13/03/2008 |
Oouah p'tain, elle est bonne ! (1)
(1) en promo
De Abdelkrim Bourguignon
Bras Gauche de Jeanne Calmant | 13H22 | 12/03/2008 |
L'arroseur arrosé. En tout cas ça reflète bien la mentalité de tout un pan de la société anglaise, méprisante, surtout envers les Français. Là-bas on passe pour des gens pas sérieux, qui ne savent pas travailler, pas plus intelligents que la moyenne, qui n'aiment pas prendre de bains, malhonnêtes, pas professionnels, courreurs de juppons et j'en passe et des meilleures. Ceux qui travaillent en Grande Bretagne confirmeront.
à Abdelkrim Bourguignon
De DBL8
Retraité | 13H32 | 12/03/2008 |
Il doit y avoir beaucoup de patron UK en France !
Un viré de la FNAC pour stress.
à Abdelkrim Bourguignon
De JoTak
14H04 | 12/03/2008 |
J'ai bossé 2 ans là-bas jusqu'en 2006 et je ne confirme pas. Faisons attention avec les clichés, la boîte qui m'avait embauché cherchait des Français pour leurs « bonnes qualités de travailleurs ».
à JoTak
De Abdelkrim Bourguignon
Bras Gauche de Jeanne Calmant | 14H18 | 12/03/2008 |
Wow ! ! À Londres ? ! Bizarre… Ça m'étonne quand même. J'ai eu aussi d'autres echos de potes français qui ont aussi travaillé à Londres et ils ont eu aussi l'amère surprise de subir ces préjugés.
à JoTak
De keumar
Indé | 19H47 | 12/03/2008 |
Totalement d'accord.
C'est la vision des torchons comme le Sun qui est décrite + haut.
J'ai de nombreux amis londoniens qui décrivent cette vision des français comme celle des « beaufs » anglais.
à Abdelkrim Bourguignon
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 14H25 | 12/03/2008 |
« Là-bas on passe pour des gens pas sérieux, qui ne savent pas travailler, …. pas professionnels, »
Je ne sais s'ils nous voient comme ça mais concernant les critiques que j'ai relevées, je dirais que c'est l'inverse. Pour preuve on vous donne des responsabilités même si vous n'avez pas la formation, dans certains domaines c'est inquiétant.
Ils sont tellement professionnels qu'ils ont perdu par deux fois des fichiers numériques envoyés par la poste en envoi simple, ils envoient aussi par ce même procédé les passeports dont beaucoup se baladent dans la nature, certains facteurs sont capables de déposer, en votre absence, devant votre immeuble (oui j'ai bien dit devant votre immeuble) un colis ou une lettre grand format qui ne rentre pas dans votre boîte aux lettres. Des milliers de courriers et de colis se sont ainsi perdus, à tel point qu'après ce scandale, des citoyens ont créé une association d'usagers des postes.
Il y a eu un documentaire à la télévision où des employés des impôts ont témoignés à visage couvert, disant qu'ils réclamaient des redressements sans vérifications justifiées.
Un autre documentaire a fait du bruit sur l'état d'hygiène (caméra cachée) de certains hôpitaux et de leur personnel.
Tous ces dysfonctionnements sont souvent dûs au manque de formation et au rendement demandé.
à Les Chats
De Abdelkrim Bourguignon
Bras Gauche de Jeanne Calmant | 14H54 | 12/03/2008 |
Pour les colis, je confirme ! Ça m'est arrivé deux fois, j'ai acheté un ordinateur portable par Internet et j'ai trouvé le colis un soir en rentrant du boulot devant la porte d'entrée. Même chose pour un livre aussi acheté sur Internet. En France il serait resté en sûreté à la Poste et ils auraient mis un avis dans la boîte aux lettres pour aller chercher le colis.
à Abdelkrim Bourguignon
De Bubulle
00H16 | 13/03/2008 |
Non, en France on vous laisse aussi les colis n'importe où ! J'ai eu le cas à Toulon. Des colis ou du courrier posés sur les boites à lettre ou glissés sous la porte de l'immeuble - qui ne fermait pas à clé. J'ai une montre - destinée à ma fille - qui fut perdue par la poste et qui nous aurait été soit disant remis en main propre contre signature. le problème c'est que l'on a jamais vu ce fameux facteur… a priori cet âne avait déposé le colis sur notre boite à lettre et avait signé à notre place. Donc une poste impeccable en France, ça n'existe pas plus qu'ailleurs. Sans parler de celui qui ne se donne même pas la peine de sonner pour remettre le colis, il dépose sans chercher plus loin son petit billet de passage. Donc, non, la Poste n'est pas mieux qu'ailleurs.
à Abdelkrim Bourguignon
De KrazyKitty
16H06 | 12/03/2008 |
Catherine Sanderson étant anglaise, je doute que ce genre de préjugés lui aient été appliqués…
De Infovite
Plébéien. | 13H21 | 12/03/2008 |
A tous (sans sirop), y a plus qu'à « bosser » sur nos blogs !
PS : Néanmoins et malheureusement,il existe toujours une possibilité de se faire virer même sans blog…
http://info-espress.over-blog.com/
De planif
13H48 | 12/03/2008 |
http://blog.belleville-paris.info/dotclear/index.php ? 2008/03/12/1892-vir…
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Good luck Catherine - See you at the Wistro ; -}
De Ano-Nyme
delateur privé | 14H13 | 12/03/2008 |
Il aurais du vous attaquer pour manque de finesse ou pour avoir du temps a perdre a bloguer .. Mais bon si en plus vous en faites un livre ….
La vie est belle quand elle est futile ….
A quand la petite arabe ca sera surement aussi leger isn't it ?
à Ano-Nyme
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 14H34 | 12/03/2008 |
Elle n'a jamais dit qu'elle bloguait sur le temps du travail !
à Les Chats
De Hatamoto
14H46 | 12/03/2008 |
Quand bien même elle blogue ou non sur son lieu de travail, l'employeur aurai du prouver en quoi cela aurai nuit à son travail.
Au boulot l'utilisation d'internet est tout à fait normal, on ne peut pas vous virer pour ça, même si vous êtes entrain de poster sur Rue89 ^^
Maintenant, attention, autant on ne peut utiliser cet argument pour vous virer, autant cela pourrai être un déclencheur malheureusement.
à Hatamoto
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 15H56 | 12/03/2008 |
Vous êtes sûr Hatamoto ? Ils peuvent toujours dire que pendant que vous bloguez vous ne travaillez pas, alors que vous êtes payé pour ça, ce qui me semble assez logique, mais bon ça dépend du travail que l'on fait.
De DidierB63
Devant un écran | 14H17 | 12/03/2008 |
C'est heureusement un histoire qui finit bien. Félicitation !
Pour ma part, mon blog n'existait pas quand je me suis fait virer, donc, je n'écrirais pas de livre tiré de mon blog.
http://polemiquons.over-blog.com/
à DidierB63
De Révolutiona
Hawwah | 00H49 | 13/03/2008 |
Quel dommage ! (humour ! )
De chinois contrarié
Pékin moyen... | 14H56 | 12/03/2008 |
Félicitations Catherine, vous valez plus qu'eux et vous avez raison, ils vous ont rendu service en vous virant…
C'est quand même triste de voir ce beau secteur privé tellement « vendu » par nos gouvernants… et pourtant si pourri et presque indécent… c'est vraiment triste, mais vous êtes jeune et jolie,l'avenir vous appartient.
Je compte sur vous pour relever ce nouveau défi, et je n'inquiète pas vraiment pour cela…
Merci pour tout, ça fait du bien de voir une histoire qui finit bien, surtout par les temps qui courrent…
De Annie
15H09 | 12/03/2008 |
Une histoire fantastique ! J'espère que vos employeurs s'en mordent tous les jours les doigts et je vous souhaite une grande carrière littéraire.
à Annie
De Les Chats
En grève du zèle contre le nettoyeu... | 15H45 | 12/03/2008 |
Hélas ce n'est pas toujours le cas : l'intérimaire de Brigitte Lozerec'h