en images 11/03/2008 à 10h51

Groove au New Morning avec Roy Hargrove


Le trompettiste qui époussette le jazz façonnait une bulle acoustique, hors du temps et des frontières musicales, mercredi 5 février au New Morning. Roy Hargrove s’accorde un retour aux sources en formation serrée, après le succès de ses écarts vers le hip-hop et le R&B avec son groupe RH Factor.


Militant du jazz non référencé et anti intellectualiste, Roy Hargrove distille ses manifestes sonores depuis 1989. Formé à l’école new-yorkaise, le trompettiste s’illustre dans deux univers parallèles mais perméables l’un à l’autre. Tantôt électron libre du jazz de papa lorsqu’il joue avec le fin du fin (Herbie Hancock, Sonny Rollins, Slide Hampton), tantôt figure tutélaire pour la scène hip-hop érudite (Common, D’Angelo, Erykah Badu).

Janus des mélopées groovy, l’artiste n’a qu’une ambition : jouer depuis le fossé qui sépare la musique populaire de la musique plus confidentielle. Pour combler la faille, Hargrove tape du poing sur la partition :

« Le jazz doit être fun. »

Roy Hargrove n’écrit donc pas des chansons que l’on écoute en tapotant poliment du doigt sur son menton. Le pari est donc risqué dans un New Morning où le public scrute méticuleusement les solos virtuoses. Les adeptes du jazz feu d’artifice ont bien tenté en début de concert de ponctuer les élans individuels de « Ooooh (la belle bleue) ! “ et de ‘Aaaah (la belle rouge) ! , piquant du nez lorsque l’ensemble du quintet se mettait à l’unisson pour édifier un groove urbain implacable. Mais le silence audacieux des plus jeunes parmi l’assistance a fini par gagner le reste de l’assemblée. Un public muet comme pour partager la même évidence : le jazz de Hargrove s’écoute plus qu’il ne s’applaudit.

Vidéo : Raphaël Duroy et Pierre Jampy.

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  • benjamin.g
    • Posté à 19h59 le 11/03/2008
    • Internaute 15481

    du jazz sur rue89 : enfin !
    Merci pour cette longue vidéo très interessante.
    J’espère voir encore des comptes-rendus de concerts, entrevues de jazzmen/women, voire des « essais » (bien que l’absence de commentaire ne présage peut-être rien de bon ? a moins que tout le monde soit sans voix...).

  • survivant
    • Posté à 20h48 le 11/03/2008
    • Internaute 25864

    Bien, bien rue89 avec Marcus Miller, Biréli Lagrène, Thomas Dutronc ,le jeune Alexandre Cavaliere et tous les autres protiges du jazz la relève est assurée.

  • antonio Monteiro
    antonio Monteiro
    Musicien
    • Posté à 03h16 le 12/03/2008
    • Internaute 30082
      Musicien

    Bravo Rue89,on en redemande ! Merci.

  • fajade
    • Posté à 11h03 le 12/03/2008
    • Internaute 35568

    De la musique, qui plus est du jazz vivant, sonnant et trébuchant dans un journal.... j’en révais.

  • kane85
    kane85
    Dort avec toutes ses dents
    • Posté à 14h36 le 12/03/2008
    • Internaute 35160
      Dort avec toutes ses dents

    Petit moment de bonheur sur Rue 89. Merci.
    C’est une entracte qui fait plaisir.

  • ben100
    • Posté à 00h15 le 13/03/2008
    • Internaute 32928

    « Militant du jazz non référencé et anti intellectualiste »

    Il est pathétique de lire de telles idioties, enfin la première passe encore mais la deuxième rappelle les heures sombres du populisme, ou encore l’époque ou le musicien noir servait à divertir.

    par pitié sortez des clichés de la télé...

    Le jazz vaut beaucoup mieux que ça.

    • Raphaël Duroy
      Raphaël Duroy répond à ben100
      Rue89
      • Posté à 09h52 le 13/03/2008
      • Internaute 1447
        Rue89

      quel rapport avec l’époque, comme tu le dis, le musicien noir servait à divertir. ? ? ? je crois que c’etait juste un référence au fait que roy ne joue pas que du jazz, et le teinte parfois de RnB, ou de hip hop de la même manière Miles Davis avait sortit doo bop, tu n’aurais pas dis que c’etait du jazz « non référencé et anti intellectualiste ? mais de la funk ? je ne comprend pas bien... c’etait juste pour râler ? ? ? et puis quel rapport avec le télé, qui ne montre pour le coup que du jazz référencé et intellectualiste ? si tu avais été au concert Ben, tu aurais vu que roy et son quintet, ne jouaient pas effectivement du jazz au sens classique du therme, metant plus l’accent sur l’impro, et retombant, à merveille, aprés de grandes montées et descentes, sur les themes classiques. paf ! 

    • Etienne Rouillon
      • Posté à 13h17 le 13/03/2008
      • Internaute 35467

      Cher ben100  Ne sombrons pas dans le cliché du fan de jazz pointilleux pour l’art d’être un tantinet tatillon.  Si j’ai parlé d’ « intellectualisme » c’est au sens lexical premier, c’est à dire un courant de pensée qui subordonne toute forme de production à l’intelligence. Refuser une part d’autonomie et de hasard dans le jazz me paraît, sinon pathétique, pour le moins incohérent. Voilà pour le choix du mot « intellectualisme ». Pour ce qui est du discours je m’appuie sur l’entretien que Roy Hargrove nous a accordé et sur une citation présente sur le site de son label : Lien On peut grossièrement traduire le passage en question : « Les gens prêtent une oreille sourde au Jazz. C’est en partie la faute de Jazzmen qui veulent paraître trop cérébraux. Ils n’ont aucun plaisir à jouer et c’est pourquoi les gens ne viennent plus les voir jouer en live. » Si l’association de « too cerebral » et « anti-intellectualisme » vous a froissé, parler de populisme m’a un petit peu gratté au niveau des oreilles. Mais rapprocher mon discours d’une « époque où le musicien noir servait à divertir »… c’est fort de café (ceci n’est pas un jeu de mot colonialiste).  Idiotement vôtre,Etienne Rouillon Ps : à l’heure où le jazz passe à la télé je suis malheureusement couché.

  • ben100
    • Posté à 23h18 le 13/03/2008
    • Internaute 32928

    En ce qui me concerne je suis choqué par cette notion de cérébralité ou non du jazz (d’ailleurs cela vaut pour tout autre forme d’art) et je remarque que ceux qui pratiquent ce discours n’ hésitent pas souvent à verser dans la musique d’ascenceur au nom du « plaire au plus grand nombre », surtout caresser le public dans le sens du poil, éviter de le bousculer, de le faire réfléchir. Le be bop n’est pas moins « intellectuel » que foucault si toutefois on accepte de voir le jazz comme une forme d’art à part entière et pas un simple divertissement « pour amuser le bourgeois ». Le bop est même très complexe mais on s’en contrefiche. Ce qui importe, c’est si cela nous émeut. Quant à cette sombre histoire de jazz « non referencé », je ne comprends le sens : surtout venant d’une musique comme celle de roy hargove qui n’est pas franchement de l’avant gardées et rentre dans les cases dont on se fout royalement, (attention cela n’est pas une critique). ce sont souvent les critiques qui étiquettent, et quand ça n’est pas le cas on frôle l’argument marketing... Quand au jazz ça n’est certainement pas à montreux aujourd’hui ou à la télé qu’il faut l’entendre. Et lire thomas dutronc ou cavalière comme références du jazz actuel m’attriste. on est décidément bien loin de coltrane, parker, zorn, ornette coleman et tant d’autres bien
    vivants. A bon entendeur...