Alex de la Iglesia est un cinéaste peu commun. Comme Quentin Tarantino, l'auteur du « Crime farpait » ou du « Jour de la bête » aime partager son goût pour le cinéma de genre. Mais avec « Crime à Oxford », qui sort le 26 mars, il se retrouve à diriger un gros casting sur un tournage hors d'Espagne, en Grande-Bretagne, dans l'univers de la recherche mathématique. Il revient sur ce tournant dans sa carrière.

Pourquoi avez-vous adapté le roman « Mathématiques du crime » de Guillermo Martinez ?
Ça a commencé quand j'ai lu une mauvaise critique de ce roman dans une revue, je me suis dit que ça devait être bon pour une adaptation. Et après, environ six mois plus tard, mon producteur m'a demandé si je voulais adapter ce roman.
Je ne voulais pas, je pensais que ce serait trop complexe, trop mental -tout est basé sur l'esprit des personnages, il n'y a pas d'action, ou plutôt l'action est dans les dialogues. Mais je me suis dit que cela pourrait être un vrai challenge. J'ai dit oui, car je pensais car ça allait être un défi, techniquement parlant.
Comment s'est déroulé le tournage du film ?
J'avais quelques appréhensions, car je n'avais jamais travaillé en Angleterre, avec des acteurs anglais. J'avais déjà travaillé avec des Américains, aux Etats-Unis, mais c'était avec une équipe espagnole. Cette fois, on a tourné en Angleterre, avec une équipe anglaise et des acteurs anglais, et avec beaucoup de dialogues ! C'était un gros challenge pour moi, mais en une semaine, je me suis senti à l'aise. John Hurt et Elijah Wood sont très professionnels, tout le monde était attentionné et concentré. J'ai d'ailleurs envie de recommencer à travailler avec une équipe anglaise.
Après « Le Crime farpait » et « Crimes à Oxford », où en êtes-vous avec cette obsession du crime parfait ?
Je m'y intéresse entre autres par ce que c'est une sorte de symbole du travail de cinéaste. Penser à un crime parfait, c'est penser à un film parfait. Et pourquoi j'ai fait le même film deux fois ? Je ne suis pas quelqu'un avec une seule personnalité. Je crois qu'il y a plein de réalisateurs en moi, et je pense que j'essaye de faire le même film mais avec des points de vus différents.
Vous êtes plus habitué aux comédies, même noires. « Crimes à Oxford » n'en est pas une, mais vous avez quand même parsemé le scénario de scènes burlesques. Je pense notamment à la scène avec les spaghettis…
Effectivement, ça ne fait pas partie du roman. Vous savez, je n'aime pas transformer un film en comédie sans raison. Là, j'ai essayé d'humaniser le roman. Je me suis efforcé à ce que le scénario soit réaliste, à rendre les personnages concrets.
Les gens blaguent, parlent, font des choses drôles parfois, y compris quand ils font l'amour. J'aime bien coller à cette idée, et tenter de décrire des personnages plein de vie, passionnés. C'est une bonne chose dans les films européens. Les personnages font des choses étranges… comme tous les gens normaux.
Au Etats-Unis, vous ne verrez pas ce type de scènes, les spaghettis sur la poitrine… Si ça n'est pas le cadre du script, alors ils diraient non. Ils travaillent de façon plus codifiée.

On a l'impression d'une grande évolution dans votre façon de filmer…
Non. Il y a certains réalisateurs qui vont faire un film pour aller dans une certaine direction, intentionnellement. Moi, je ne suis pas un parcours pré-établi. Pour ce film, je crois vraiment que j'ai essayé de sortir de mon point de vue habituel.
Il y a plein de gens qui ne font pas à chaque fois le même film. Regardez Sidney Lumet… Il a fait des comédies, des thrillers, des films sur des avocats, et là, le dernier qu'il a tourné est incroyable. Vous savez, je déteste quand les critiques disent : « Ce réalisateur n'a pas de style. » Bien sûr qu'il a un style, son style c'est de faire des bon films.
Le film, dont l'intrigue repose sur les mathématiques, est très documenté…
Merci. Effectivement c'est simple d'accès mais très précis au niveau des mathématiques. Nous avons quand même dû transformer les noms, le théorème de Fermat devient le théorème de Bermat : Andrew Wiles, qui a réussi à démontrer la conjecture de Fermat, n'a pas voulu apparaître dans le film. Le personnage est donc devenu Andrew Wilkins.
Le personnage de Podorov qui réclame la paternité de la méthode de démonstration est aussi basé sur une histoire vraie ?
Non, ce personnage est dans le roman, mais il est du domaine de la fiction. Il est vrai que quand Andrew Wiles s'est mis à travailler sur la conjecture de Fermat, il a pris comme angle d'attaque celui sur lequel travaillait Yutaka Taniyama depuis 1955.
Les idées circulent, et il y a des doutes sur la méthode employée par Wiles pour faire sa démonstration en 1994. On a utilisé ce personnage de Podorov au final pour incarner cette rivalité sinistre qui règne dans les universités.
Il est vrai aussi qu'Andrew Wiles a gardé le secret sur ses travaux durant sept ans. Taniyama s'est suicidé au final. Les pressions sont belles et bien présentent dans ces sphères et le monde des mathématiques est très particulier, étrange, un peu hors du monde.
Vous avez également en projet un film qui s'intitulerait « Think about Disney ». Qu'en est-il ?
Oui, c'est un scénario que l'on a écrit avec Jorge (Guerricaechevarría) il y a quatre ans. C'est un beau projet mais nous avons besoin de temps et d'argent pour le faire. Quand on veut faire un film coûteux, il vous faut une grosse cible, toucher une large audience. Vous ne pouvez pas faire un film étrange avec autant d'argent.
C'est un film qui se fera, mais la priorité était de prouver que je pouvais tenir un thriller. Et travailler ensuite sur « La Marque jaune », qui est aussi un film assez difficile à adapter.
Vous avez un peu ouvert la voie du cinéma de genre en Espagne, que vous inspire la nouvelle génération ?
A l'époque du « Jour de la bête » j'étais un peu seul. Aujourd'hui, c'est vrai qu'il y a une nouvelle génération de réalisateurs, Amenabar, Balaguero, Plaza, « L'Orphelinat », produit par Guillermo del Toro, qui est un succès en Espagne, il y a quelques films qui vont sortir, dont le film « Los Cronocrimenes de Nacho Vigalondo », qui est un film de science fiction très intéressant. Tous ces noms forment une génération qui n'était pas présente il y a quinze ans.
► Crime à Oxford de Alex de la Iglesia - avec Elijah Wood, John Hurt, Dominique Pinon - 1h43 - en salles le 23 mars.
Photo : Pierre Wetzel (www.e-photographie.net).


























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De déluge
menuisier | 20H46 | 11/03/2008 |
La dernière fois où je me suis vraiment marrer en voyant un film, c'était « le crime farpait » (y a eut aussi « Hot fuzz »). Le dernier chef d'oeuvre que j'aie vu, c'était « les fils de l'homme », le précédent c'était « le labyrinthe de pan ». J'aurai vraiment du mal à me passer de ces hyspanophones.
De ringold
01H15 | 12/03/2008 |
et moi j'ai vraiment du mal avec les fautes d'auretografes !
à ringold
De Yann Guégan
Rue89 | 10H44 | 12/03/2008 |
Je vous rappelle la règle : on peut se plaindre des fautes d'orthographes dans les articles de Rue89… à condition d'indiquer lesdites fautes, afin que les webmasters puissent les corriger dans la foulée ; -)
De InitialsBB
journaliste | 11H01 | 12/03/2008 |
Très bon focus car Alex de la Iglesia est certainement l'un des cinéastes les plus intéressants de sa génération (tous pays confondus). C'est une sorte de Jean-Pierre Jeunet hispanique. Il a en commun avec le réalisateur du Fabuleux Destin d'Amélie « petit-canasson » et d'Alien 4 une façon de filmer reconnaissable entre 1 000, un humour particulier (franchement noir pour de la Iglesia) et Dominique Pinon, au générique du Crimes à Oxford.
En Espagne, De la Iglesia est d'ailleurs très connu. Ses film sont produits par TVE, sorte de France Télévisions espagnol, et El País Semanal, le supplément hebdomadaire d'El País (Le Monde 2 version hispanique) lui a consacré sa une du 6 janvier. L'interview, toujour trouvable en v.o. non sous-titrée sur le site d'El País (j'ai fait le test, voilà le résultat : http://www.elpais.com/diario/eps/ ? d_date=20080107) , était titrée : « “Reírte de lo que no puedes es lo más divertido”. Rire de ce dont tu ne peux pas rire est la chose la plus drôle. Voilà qui résume farpaitement l'univers d'Alex De La Iglesia.
De Tomas Milian
Monteur (psychotronic man) | 11H07 | 12/03/2008 |
Il y a une petite coquille :
L'Orphelinat est produit par Guillermo del toro et réalisé par Juan Antonio Bayona.
à Tomas Milian
De Yann Guégan
Rue89 | 13H07 | 12/03/2008 |
C'est corrigé, merci !
à Yann Guégan
De hahele
Etudiante | 14H43 | 18/03/2008 |
Autre petite coquille :
Les pressions sont belles et bien présentent
==> Les pressions sont bel et bien présentes
(emploi adverbial de bel et bien)
De indfrisable
11H57 | 12/03/2008 |
A priori, le film mathématique me semble douteux. Avec Cube, j'avais sérieusement mis en doute l'émotion sauvage du film de terreur que me procurait par exemple Massacre à la tronçonneuse. Cube est sec, pauvre en image. Ce n'est pas un film selon moi. Tout juste bon à passer à la télé. La série qui a suivi en fait état. Le ressort des logiques de crime me semble cacher une pauvreté poétique du genre. Voici ce qu'on lit en quatrième de couverture du livre de Jean Baudrillard « Le crime parfait » :
« Ceci est l'histoire d'un crime - du meurtre de la réalité. Et de l'extermination d'une illusion - l'illusion vitale, l'illusion radicale du monde. Le réel ne disparaît pas dans l'illusion, c'est l'illusion qui disparaît dans la réalité intégrale.__Si le crime était parfait, ce livre devrait être parfait lui aussi, puisqu'il veut être la reconstitution du crime.__Hélas, le crime n'est jamais parfait. D'ailleurs, dans ce livre noir de la disparition du réel, ni les mobiles ni les auteurs n'ont pu être repérés, et le cadavre du réel lui-même n'a jamais été retrouvé. »
N'importe quel film dont le sujet serait un crime parfait ne pourrait reconstituer parfaitement ce crime, car en parler est d'emblée le rendre imparfait : il n'aura aucunement constitué le secret savamment gardé du crime tellement parfait qu'il n'arrive pas à l'idée du soupçon. Il est impensable. Le cadavre de l'illusion du monde peut ressurgir de temps à autre mais le cinéma participe de la réalité intégrale, même quand il cherche à en dénoncer les tenants et aboutissants : Matrix. Mais l'intention de perfection, même mathématique masque un défaut initial, une permanence contre artistique.
De InSitu
17H59 | 12/03/2008 |
Jean Baudrillard, j'adore.
Mais Crimes à Oxford ne va pas aussi loin… Je crois qu'il aurait même tendance à aller moins loin, plus fédérateur, plus lisse pour mieux se glisser dans les flux. Alex wanna play big. Mais ça fonctionne son thriller, une belle galerie de personnages.