critique

Vlaminck, un fauve anarchiste prend d'assaut le Sénat

'La Fille du rat mort' et 'Autoportrait' de Maurice de Vlaminck.

"Ce que je n’aurais pu faire dans la société qu’en jetant une bombe -ce qui m’aurait conduit à l’échafaud- j’ai tenté de le réaliser dans la peinture, en employant de pures couleurs sortant de leur tube. J’ai satisfait ainsi à ma volonté de détruire, de désobéir, afin de recréer un monde sensible, vivant et libéré."

Savait-on que Maurice de Vlaminck avait été un anarchiste, un vrai, fervent libertaire et auteur de nombreuses professions de foi  ? Une exposition au musée du Luxembourg, à Paris, est l’occasion de redécouvrir le maître du fauvisme.

Ses rouges vermillon nous mettent sur la voie  : c’est bien une révolution de la peinture qu’a menée la bande de jeunes lions découverts dans une salle du Salon d’automne de 1905, et que le critique d’art Louis Vauxcelles qualifia, avec mépris, de "fauves".

Il faut se précipiter dans le musée qui jouxte le Sénat et juger sur pièces. Vlaminck, mort il y a cinquante ans, n’a été que peu exposé. Un catalogue raisonné de ses œuvres fauves vient d’être publié par le Wildenstein Institute. C’est avec joie qu’on s’en met plein les yeux de cette fête de couleurs pures.

Il faut découvrir ses tableaux "en vrai", en trois dimensions, pour partager le plaisir que prenait Vlaminck à jouer avec la matière et les couleurs. On ne se souvenait pas que cela pouvait être aussi beau.

Le retour offensif de la couleur, une révolution picturale

Tout commence par un choc, nous dit Vlaminck, à la vue de la fameuse exposition des tableaux de Van Gogh en 1901, chez Bernheim-Jeune. Il cherche même à en acheter un, sans succès, faute d’avoir pu réunir 500 francs, une somme importante à l’époque.

Van Dongen, un autre fauve à Monaco


Kees Van Dongen, débarqué de sa Hollande natale, s’était installé au Bateau-Lavoir, en face de chez Picasso. Quarante ans après sa mort (sur le Rocher), une grande rétrospective de ses oeuvres sera proposée au Nouveau Musée national de Monaco à partir du 25 juin.

A l’époque, le mouvement nabi a déjà "envoilé" les toiles, en dissolvant les couleurs, et l’impressionnisme a lui aussi chamboulé les codes. Et puis il y a ces jeunes gens, à la recherche d’autre chose.

De couleurs qui modèlent l’espace, sans souci de réalisme, ni de perspective, ni d’anciennes figures. D’aplats de couleurs pures, étalés au couteau même. Ces fauves, réunis à la faveur d’un bon mot, ne formaient pas une école ou un groupe, mais ont chacun à leur manière participé au retour offensif de la couleur, à la recherche d’une réalité authentique.

On dit que ce fut Matisse qui en fut à l’origine, mais Matisse aimait bien dire qu’il était à l’origine de tout. Vlaminck restera sédentaire à Chatou où il s’est installé, ne fera que peu de voyages, et ses couleurs chatoyantes, c’est à la nature des bords de Seine qu’on les doit. A partir de 1906, le marchand de tableaux Ambroise Vollard lui achète tout son atelier.

Vlaminck, un instinct fauve, exposition au musée du Luxembourg, 19, rue de Vaugirard, Paris VIe - jusqu’au 20 juillet - lun. et ven. de 10h30 à 22h, mar., mer., jeu. et sam. de 10h30 à 19h, dim. de 9h à 19h - Rés.  : 08-92-684-694 - 6€/11€ - plan.

'Les Péniches à Chatou' de Maurice de Vlaminck.


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Duvdevan | Juriste
14H45 05/03/2008

L’exposition des oeuvres de Vlaminck a enfin lieu. On pourrait reprocher néanmoins à cette exposition un manque d’accessibilité pour les novices et des tarifs un peu trop élevés (12 euros de place et 4,50 euros d’audio-guide). La culture a un prix…

 
Yann Guégan | Rue89
16H32 05/03/2008

Bonne remarque, je viens d’ailleurs d’ajouter les informations pratiques sur cette exposition à la fin du papier.

 
Natha | comédien
16H47 05/03/2008

« à la fin du papier »

c’est rigolo de voir cette tournure arriver ici, c’est assez attendrissant. N’y voyez rien de sarcastique, ça m’a juste intrigué comme lapsus.

Je ne connaissais pas très bien Vlaminck, en revanche j’adore Van Dongen, dont j’invite chacun à voir les tableaux dans la collection du musée d’art moderne de Paris, partie gauche du palais de Tokyo, la visite des collecs est gratuite.

 
Yann Guégan | Rue89
23H17 05/03/2008

Je comprends votre réaction :-)

Mais « papier » est un terme du métier qui n’est pas utilisé qu’en presse écrite. On parle aussi de « papier radio »…

 
pijdenuit
19H17 05/03/2008

je suis entièrement d’accord avec vous. La culture c’est pour les riches !

 
Les Chats
20H58 05/03/2008

Les musées sont gratuits le dimanche (ou seulement le 1er dimanche de chaque mois)

 
Utilisateur désinscri
20H47 05/03/2008

vous plaisantez, 12 euros pour l’entrée, ce n’est pas cher tenant compte de ce que l’on voit/visite/apprend ; si vous allez en groupe (en famille ou avec des amis) vous pouvez avoir une réduction, tous les musées le font; de toute façon, vous n’allez sûrement pas tous les jours voir une exposition, donc dire que 12 euros est un tarif trop élevé… en plus, l’organisation d’une exposition et le prêt des tableaux ne se font pas gratuitement; je ne comprends pas ce que vous appelez « un manque d’accessibilité pour les novices »; si je peux vous renseigner…

 
athica
11H14 06/03/2008

« 12 euros pour l’entrée, ce n’est pas cher tenant compte de ce que l’ont voit/visite/apprend »
D’accord avec vous, c’est juste un peu plus cher qu’une place de ciné, enfin…si on habite à Paris !!!!
Dommage pour les pauvres qui vivent en province…

 
Utilisateur désinscri
11H29 06/03/2008

sûrement, vous avez raison, vivre en province vous coupe de certaines choses, mais…

le catalogue de l’exposition n’est pas cher ( 35 euros si mes souvenirs sont exacts) par rapport aux prix pratiqués lors des expositions (le prix tourne autour de 50 euros) ; ceci pour vous dire : pour vous consoler de ne pas pouvoir vous rendre à l’exposition, achetez le catalogue si vos moyens vous le permettent ; c’est ainsi que j’ai fait pour une exposition au musée Dini à Villefranche-sur-Saône (je ne pouvais pas y aller, le train + l’hôtel = trop cher pour moi)

 
athica
11H45 06/03/2008

Je n’ai même plus les moyens de me payer un catalogue d’expo, alors je le demande au père noël ou pour mon anniversaire. Les expositions au palais du Luxembourg sont généralement bien organisées (pour celles que j’ai vu),et mettent très bien les oeuvres en valeur, alors c’est très frustrant de ne pas pouvoir y aller surtout que l’art c’est mon boulot (enfin si j’en avait un!).

 
Utilisateur désinscri
13H02 06/03/2008

écoutez, moi non plus je n’ai pas les moyens (sans travail, petit chômage, la totale pour devenir folle!);
mais, ce que je vais faire, et avec plaisir, je vous offrirai le cataloque Vlaminck de l’exposition et vous l’enverrai ; alors, envoyez-moi votre adresse ; pour ne pas l’indiquer ici, vous pouvez m’envoyer un mail par l’intermédiaire de rue89
bien à vous

 
athica
14H03 06/03/2008

Merci Marta vous êtes très gentille ! Mais c’est bientôt mon anniv’ et ma maman va me l’offrir…
En fait j’ai de la peine quand je pense qu’il y a 7 ou 8 ans (déjà) j’étais simple étudiante avec un boulot d’étudiante et tout ce qui va avec, et avec une amie nous avons quand même pu nous payer 3 jours aux Pays Bas pour aller voir la restrospective sur Bosch. Aujourd’hui je n’ai même plus les moyens d’aller à Paris pour voir une expo : problème du pouvoir d’achat ! Enfin bon quand j’aurai retrouvé un emploi, je pourrai me re-faire plaisir !
Merci encore à vous.

 
Utilisateur désinscri
20H28 06/03/2008

chère athica, c’est encore moi ;
si j’ai bien calculé, vous êtes encore jeune ( peut-être la trentaine? ) donc la vie est devant vous ; ne baissez pas les bras ! surtout, gardez le moral en continuant de vous instruire, d’apprendre des choses nouvelles, de ne pas vous appitoyer sur vous-mêmes, combattez le destin, accrochez-vous à la vie ; vous dites que vous avez de la peine en pensant qu’il y a 7 ou 8 ans… et alors, c’est un beau souvenir, la retrospective de Bosch, et qui peut vous réchauffer le coeur dans des instants difficiles, tout comme un livre grave plein d’enseignement;
je ne vous fais pas de la morale, juste un peu d’encouragement, moi-même j’ai passé des moments très, très durs mais je me disais toujours : il n’y a pas de problèmes dans la vie, il y a des solutions et il faut les chercher ; c’est comme un changement d’optique qui permet de voir les choses sous un angle positif et de réagir positivement
bien à vous

 
athica
13H27 09/03/2008

Chère Marta,
votre message me touche et me remonte le morale (je viens de recevoir une réponse négative pour un emploi qui me plaisait beaucoup!). A la naissance de mon fils j’ai préféré m’occuper de lui plutôt que d’aller travailler et financièrement ça commence à se faire sentir ; mais si c’était à refaire je le referai. J’ai des projets pour les mois à venir et ne me laisserai pas abattre tant que je n’aurai pas exploré toutes les pistes…
Merci pour vos encouragements Marta

 
Network 23 | identité perdue dans mes papiers
11H58 06/03/2008

« c’est juste un peu plus cher qu’une place de ciné »…

P’t’être pour ça qu’on va plus à l’UGC ou au Gaumont?

gardons nos 5 euros pour les salles arts & essais ou les festivals, parce que sinon…

 
pikasso02
12H56 06/03/2008

Pas l’exposition des oeuvres de Vlaminck!!! Celles de Vlaminck jusqu’à la guerre 14-18. Vlaminck a peint de nombreuses autres peintures entre 1918 et 1958 année de sa mort. Important je crois de noter!

 
Ehim
14H53 05/03/2008

 » Déclaration des Anarchistes accusés devant le Tribunal correctionnel de Lyon.
19 janvier 1883 (Procès des 66).

Ce qu’est l’anarchie, ce que sont les anarchistes, nous allons le dire :
Les anarchistes, Messieurs, sont des citoyens qui, dans un siècle où l’on prêche partout la liberté des opinions, ont cru de leur devoir de se recommander de la liberté illimitée.
Oui, Messieurs, nous sommes, de par le monde, quelques milliers, quelques millions peut-être - car nous n’avons d’autre mérite que de dire tout haut ce que la foule pense tout bas- nous sommes quelques milliers de travailleurs qui revendiquons la liberté absolue, rien que la liberté, toute la liberté !
Nous voulons la liberté, c’est-à-dire que nous réclamons pour tout être humain le droit et le moyen de faire tout ce qui lui plaît, et ne faire que ce qui lui plaît ; de satisfaire intégralement tous ses besoins, sans autre limite que les impossibilités naturelles et les besoins de ses voisins également respectables.
Nous voulons la liberté, et nous croyons son existence incompatible avec l’existence d’un pouvoir quelconque, quelles que soient son origine et sa forme, qu’il soit élu ou imposé, monarchique ou républicain, qu’il s’inspire du droit divin ou du droit populaire, de la Sainte-Ampoule ou du suffrage universel.
C’est que l’histoire est là pour nous apprendre que tous les gouvernements se ressemblent et se valent. Les meilleurs sont les pires. Plus de cynisme chez les uns, plus d’hypocrisie chez les autres !
Au fond, toujours les mêmes procédés, toujours la même intolérance. Il n’est pas jusqu’aux libéraux en apparence qui n’aient en réserve, sous la poussière des arsenaux législatifs, quelque bonne petite loi sur l’Internationale, à l’usage des oppositions gênantes.
Le mal, en d’autres termes, aux yeux des anarchistes, ne réside pas dans telle forme de gouvernement plutôt que dans telle autre. Il est dans l’idée gouvernementale elle-même; il est dans le principe d’autorité.
La substitution, en un mot, dans les rapports humains, du libre contrat, perpétuellement révisable et résoluble, à la tutelle administrative et légale, à la discipline imposée; tel est notre idéal.
Les anarchistes se proposent donc d’apprendre au peuple à se passer du gouvernement comme il commence à apprendre à se passer de Dieu.
Il apprendra également à se passer de propriétaires. Le pire des tyrans, en effet, ce n’est pas celui qui nous embastille, c’est celui qui nous affame; ce n’est pas celui qui nous prend au collet, c’est celui qui nous prend au ventre.
Pas de liberté sans égalité ! Pas de liberté dans une société où le capital est monopolisé entre les mains d’une minorité qui va se réduisant tous les jours et où rien n’est également réparti, pas même l’éducation publique, payée cependant des deniers de tous.
Nous croyons nous, que le capital, patrimoine commun de l’humanité, puisqu’il est le fruit de la collaboration des générations passées et des générations contemporaines, doit être à la disposition de tous, de telle sorte que nul ne puisse en être exclu; que personne, en revanche, ne puisse accaparer une part au détriment du reste.
Nous voulons, en un mot, l’égalité; l’égalité de fait, comme corollaire ou plutôt comme condition primordiale de la liberté. De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins ; voilà ce que nous voulons sincèrement, énergiquement; voilà ce qui sera, car il n’est point de prescription qui puisse prévaloir contre les revendications à la fois légitimes et nécessaires. Voilà pourquoi l’on veut nous vouer à toutes les flétrissures.
Scélérats que nous sommes ! Nous réclamons le pain pour tous, le travail pour tous; pour tous aussi l’indépendance et la justice. »

http://ehim.over-blog.com

 
brogilo | in angulo
17H39 05/03/2008

Bonjour Ehim,

Je ne voudrais pas casser l’ambiance, ton texte sur l’anarchie est un beau texte, mais je tiens quand même à rappeler la visite officielle en Allemagne que fit Vlaminck en novembre 1941 à l’invitation de Goebbels et d’Arno Brecker.

Certes, il n’y alla pas seul, d’autres « dignes représentants de l’art français authentique » furent conviés.

Une dizaine de jours aux frais du Reich, ça ne se refuse pas.

Belmondo, Othon Friesz, Landowski, Dunoyer de Segonzac, Van Dongen, André Derain, pour ne citer que les plus célèbres d’entre eux, acceptèrent de se prêter ainsi à la propagande nazie.

Comme quoi les voies de l’anarchie sont impénétrables : on peut passer de l’explosion salvatrice de la jeunesse à une oeuvre croûteuse et brunâtre en l’espace de quelques décennies.

Autour de 1900, Vlaminck et Derain échangeaient toutes sortes de lecture du style : « Force et matière » de Ludwig Büchner ou « L’Unique et sa Propriété »de Kaspar Schmidt (Max Stirner), et collababorèrent à des revues telles que « L’assiette au beurre » ou « Libertaire ».

Disons qu’ils ont fini tous les deux très loin de tout ça.

 
Tiphainemmanuelle | optimisteparcequellelevautbien
17H46 05/03/2008

merci pour le petit cours
pensez -vous que dans le cours d’histoire de l’Art que le ministre de la deséducation Nationale veut instituer en primaire on parlera de ce qui dérange ..

 
brogilo | in angulo
18H39 05/03/2008

Non.

 
Marlene Belilos | Journaliste
12H47 06/03/2008

Bonjour Brogilo,
Contente de voir que vous êtes toujours attentif.
Pour le voyage d’automne, il faut savoir qu’un film a été fait sur ce suje, avec ce titre. Il a été co-produit par TV5 et diffusé sur cette chaîne, où je travaillais.
Maintenant pour l’expo, elle n’est pas tronquée, elle s’arrête à la fin de la 1ère guerre mondiale, à la fin de ce qui a été-comme vous le savez- la fin du mouvement fauve.
Merci pour toutes les précisions que vous amenez.
Marlène Belilos
Pour le prix des expos.. oui, il y a des solutions, amis du Musée…abonnements.. etc;.

 
brogilo | in angulo
14H12 06/03/2008

Merci Marlène, c’est toujours un plaisir de vous lire. Vous savez porter un regard frais sur les choses.

 
brogilo | in angulo
15H28 06/03/2008

@ Marlène Belilos,

Me vient soudainemnt l’idée que le modèle de « La fille du rat mort » que vous mettez en exergue est le même que celui qui posa pour « La femme en chemise » d’André Derain.

Si j’étais fort comme Skalpa, je la mettrai en lien. A défaut on peut la retrouver sur Google Image.

Ces deux tableaux étant à rapprocher, me semble-t-il, de
« La femme au chapeau » d’Henri Matisse, de la même année.
(elle aussi on peut la retrouver sur Google Image).

 
pikasso02
10H34 07/03/2008

Bonjour brogilo
qui est Skalpa, ça m’intéresse! Merci.

 
brogilo | in angulo
12H41 07/03/2008

Bonjour pikasso02

« qui est Skalpa, ça m’intéresse! Merci. »

Skalpa était sur ce forum le 05:03:2008 à 18h57.

Une des particularités de ce monsieur est qu’il fait

passer des images dans ses commentaires.

Une technique qui nous serait bien utile à toi et à

moi pour étayer nos dires, quelques fois.

Imagine les reproductions conjointes de « La fille du

rat mort » de Vlaminck (906), de « La femme

en chemise » d’André Derain (1906), du « Portrait de

Madame Matisse » de Matisse (1905) + , bonus,

« La femme aux bijoux » de Picasso (1901) et

« Pierreuse, la main sur l’épaule »(1901) du même,

tout cela sur une même page, cela aurait sacrément

de la gueule…

Mimétisme en majesté ou je ne m’y connais pas!!!!!

 
Utilisateur désinscri
12H58 07/03/2008

pardon, je m’y mêle - une très bonne idée qui intéresserait les autres aussi
pourquoi vus ne le proposez pas à Skalpa ?
bonne journée

 
brogilo | in angulo
13H29 07/03/2008

Cela a déjà été demandé à Skalpa qui a renvoyé les gens vers des sites expliquant comment faire. A l’époque, pris par le temps, je n’ai pas noté.

 
brogilo | in angulo
13H23 07/03/2008

A propos de mimétisme, de la rivalité qui en découle et de la violence inhérente à tout ça, je ne résiste pas à un dernier copié-collé : La description très « frappante » que fit Fernande Olivier de quelques-uns des protagonistes qui nous occupent, à l’époque du Bateau-Lavoir à Montmartre (qu’Apollinaire n’appelait pas pour rien Montmerde, je crois…)

Vlaminck prend une leçon de boxe.

Derain, Vlaminck et Braque formaient un trio étonnant et surtout important. Leur aspect faisait se retourner les passants. Très grands tous trois, les épaules larges, ils donnaient une rare idée de puissance physique.

Derain était le plus grand. Mince, élégant, le teint vif,les cheveux noirs, plaqués. D’un chic anglais, un peu voyant. Gilets de fantaisie, cravates de couleurs crues, vertes ou rouges. Toujours la pipe à la bouche, flegmatique, railleur, froid, raisonneur.

Braque, moins haut, tête puissante de nègre blanc, , épaules et cou de boxeur, le teint très brun, les cheveux noirs, frisés, les moustaches rasées, il était plus lourd. Une expression souvent voulue de brutalité, de grossièreté dans la voix, dans les gestes. Sans élégance, mais aisé dans d’amples vêtements de confection. Comme cravattes, de petites ficelles noires
aux noeuds lâches comme on en voit aux paysans normands. Un peu négligé ou voulant le paraître. Les traits marqués profondément et, comme je l’ai déjà dit, d’une intelligence subtile, s’adaptant très facilement,
méfiant adroit, rusé, en un mot, le vrai type du Normand.
Vlaminck était plus lourd, plus simplement lui-même. Massif, blond, presque roux. Expression assez brutale, têtue, l’air de quelqu’un qui sait où il veut aller. Des yeux bleus quelquefois naïfs souvent étonnés.
Très sûr de lui , il semblait stupéfait quand, à la fin d’une discussion, on lui prouvait qu’il se trompait.
Ancien coureur cycliste, il était très fort et se croyait naturellement invincible. Quand, sans argent, il était forcé de regagner Chatou à pied la nuit, il disait avoir eu quelques fois à se défendre, en chemin, contre des agresseurs et s’en être toujours tiré favorablement, par sa seule force physique.

Il niait l’adresse, la valeur de la boxe contre la seule force brutale, jusqu’au jour où Derain et Braque, qui boxaient assez régulièrement, lui infligèrent tour à tour une sérieuse défaite. Nous le rencontrâmes, quittant l’atelier de Derain, le nez comme une pomme de terre, en assez piteux état, mais absolument convaincu.

Picasso était attiré par la boxe. Il en aimait les combats qu’il suivait assidûment. Il aurait voulu boxer. Mais il détestait recevoir des coups, voire en donner. Il prît chez Derain une seule leçon, je croisd. Mais elle lui suffit pour toute sa vie.

Ils sortaient souvent tous les quatre, Picasso tout petit auprès d’eux. Mais, étant trapu, il donnait une impression de force physique, peu justifiée du reste. Picasso était fier d’être pris pour un boxeur, grâce à
ses trois compagnons.

En somme, Picasso, s’il a toujours désiré la gloire, la désirait pour une autre cause que celle qui le favorisait. Max Jacob ne disait-il pas de lui, un jour, qu’il aurait préféré la gloire d’un Don Juan à celle d’un artiste célèbre? il aimait l’attention des femmes et s’en montrait très flatté, quelles qu’elles fussent, d’où qu’elles vinssent. Cela d’ailleurs lui suffisait souvent, car sa paresse naturelle, son horreur des complications, lui firent souvent abréger ses aventures.

Picasso et ses amis
Fernande Olivier.

 
pikasso02
18H12 07/03/2008

Juste pour indiquer que Fernande Olivier fut la compagne de Picasso pendant six ans (1905-1911) Tous les lecteurs ne sont pas censés connaître cette Fernande Olivier.

 
Utilisateur désinscri
20H43 09/03/2008

et pourquoi employez-vous le démonstratif « cette » Fernande Olivier, elle n’était pas une chose, un objet

 
pikasso02
10H51 10/03/2008

Parce que je suis le DIABLE marta, le DIABLE!!!

 
Utilisateur désinscri
11H29 10/03/2008

à juger d’après votre photo, assez floue, sur votre blog, certains de vos traits pourraient être attribués à un diable - faites du mimétimse ! (ha! ha! ha! pas méchants)

 
pikasso02
15H29 07/03/2008

A brogilo. Merci pour ta réponse. Ces oeuvres là se ressemblent. Mais cela est déjà écrit dans les ouvrages de peinture. En 1900, tous les peintres faisaient du post-divisionnisme. Normal que leurs oeuvres se ressemblent. C’est ce que je voulais dire, mais déjà dit, quand je parle d’un Vlaminck pastichant le style, la manière de peindre de Van Gogh. Picasso a fait de même, et Matisse. MA THESE S’INTERESSE A CE QUI N’EST PAS CONNU. Là est la différence. Loin de moi, l’idée que tu ne saches pas ce qu’est le mimétisme. Remarque hors sujet: le titre « Pierreuse la main sur l’épaule » fut donné par Piere Daix et Boudaille. A Barcelone, ce tableau est connu comme »L’attente » ou « Margot ». Le titre retenu par Josep Palau i Fabre, un ami de Picasso, est « Morphinomane ».A+

http://pikasso02.skyrock.com/

 
pikasso02
23H27 05/03/2008

Répondre simplement non, je suis étonné de toi brogilo.
Un peintre a une vie. Tout ce qu’il a fait compte pour un artiste qui a la chance d’être libre. Pour ceux qui n’auraient jamais lu Vlaminck, « Portraits avant décès » fut publié en 1943. Ce qu’il passe à Picasso, mérite d’être lu. Y compris à l’école, si un jour des professeurs d’histoire des arts sont formés à l’université. En attendant, c’est comme Wikipédia, c’est le public qui apprend ce qu’il sait ou croit savoir à nos chères têtes blondes! Je plaisante! Seulement à la fin!
En 1958, quand Vlaminck est mort, il aurait dit selon Héléne Parmelin, la femme d’Edouard Pignon, « C’était un beau salaud!…Mais j’aime mieux un salaud vivant qu’un salaud mort » (Propos sur l’art, Gallimard)

 
brogilo | in angulo
18H37 05/03/2008

Entre 1901 et 1918, Derain « le cérébral » et Vlaminck « l’instinctif » n’ont cessé de s’écrire.
Malheureusement ne restent à notre disposition aujourd’hui que les lettres du « cérébral ».

En voici une, que je trouve fort belle, où Derain, sous les drapeaux, répond à la peine de Vlaminck qui vient de perdre un enfant.

Mon vieux Maurice,

Ta lettre m’arrive ce soir au lendemain d’une triste garde passée à claboter dans la boue des factions trop longues.
Te dire tout ce qu’elle me fait défiler dans la tête. Je t’en prie, ne crois pas mes phrases toutes faites. Mais c’est vraiment vrai.
A ce moment où je me rends si bien compte que, tout deux, nous avons bu du poison.
Et si je veux t’expliquer ce poison, je ne pourrai.
Le poison de se vouloir compliqué, féroce, quand il faut être bon, de se composer, de se maquiller une âme
comme on se maquille un visage au lieu de porter franchement les masques de notre misère, le poison d’être et paraître.
Et dans cette volonté que j’ai de revenir l’homme simple qui pleure, qui rit, qui avoue bêtement sa souffrance, le poison n’est-il pas trop ancré?
N’est-ce pas lui qui tourmente méchamment,
Et vois-tu où nos haines se portent maintenant, sur les hypocrites, les lâches, les menteurs, les voleurs de notre pensée et de notre vie. Et ils sont légions ceux-là, traqués partout, dans tous les coins, dans tous, par la vie qu’ils ont construite à leur image.
Dans ces longues heures de régiment où personne ne me parle.
Comme je voudrais que l’on me parlât. Où j’entends, tous les jours, gaspiller et gâcher tout ce pour quoi j’ai une profonde vénération.
Et gaspiller, gâcher justement parce que je vois qu’ils en causent et qu’ils n’y pensent pas, qu’ils ne le sentent pas et qu’ils croient le sentir.
Voilà le poison. Alors j’ai ri moi même de ma vénération et j’ai cru vivre sur la grimace que je lui faisais. Croyant aussi ma grimace plus grimace que les autres, ce qui était peut-être vrai. mais on ne vit pas éternellement de grimaces et le cabotin qui joue Tartuffe doit avoir de rudes détentes dans la coulisse.
Tout ce que je te dis là, combien cela le sent, ce que je te dis et combien cela montre que je suis incapable de t’écrire, sans égoïsme, une bonne lettre de brute qui prend bien part à ta peine.
Nous voulons aller sans masque quand les autres sont déguisés et nous voulons mettre nos masques quand ils les ont retirés.
Nous sommes démangés du désir d’être francs et nous ne le pouvons pas, parce que nous ne voudrions pas nous tromper nous-mêmes.
Comme tu as dû passer affreuse cette nuit où tu voyais agoniser ce meilleur de toi-même que tu rêvais.
Je sais que je n’ai aucune consolation à t’apporter, si ce n’est celle d’une bonne amitié que tu dois savoir. Toutes les autres pensées, tu les as certainement eues et, dans tout ce petit être, il n’y a rien que de toi, puisque tu souffrais de lui et que tu forgeais déjà sa souffrance à la tienne. C’est un jour qui a cassé net et les jours, les nuits n’amènent qu’une suite pleine de tracas et d’ennuis.
Je ne te proposerai pas, pour adoucir ta souffrance, des peines encore plus compliquées, plus intimes, plus
affreuses! c’est le cliché « grimace ». Mais assure plutôt bien à ta femme que je suis de coeur avec vous.
Ecris-moi bientôt, si cela ne te dérange pas trop.
Je crois que je te verrais dans une quinzaine de jours, peut-être avant.
En attendant, essaie de te fortifier et de prendre ce malheur solidement. Je vous serre bien la main, à toi et à ta femme.

Votre ami,

André derain

 
Lanonyme | courageux
20H18 05/03/2008

Vous n’abordez pas la question du mimétisme avec Picasso ?
Une impasse volontaire ?

 
pikasso02
23H12 05/03/2008

Si, un peu plus bas!
Désolé, je suis en retard!A+

 
Heureux Nouveau.
13H05 06/03/2008

Ach ! Von Brogilo !
On tédonss la beste prune, et on fé kopin, kamarad afec Lily Marléne !
Troll teu gauchiss, ness ba ?

« Vor der Kaserne

Quand le jour s’enfuit
Vor dem grossen Tor

La vieille lanterne
Stand eine Lateme

Soudain s’allume et luit
Und steht sie noch davor

C’est dans ce coin-là que le soir
So wolln wir da uns wiedersehen

On s’attendait remplis d’espoir
Bei der Laterne wolln wir stehn

Tous deux Lily Marlène
Wie einst Lili Marleen

Tous deux Lily Marlène
Wie einst Lili Marleen »

 
Utilisateur désinscri
15H54 06/03/2008

votre traduction ne correspond pas au texte allemand !
mais alors pas du tout! et vous ne mettez pas les ponctuations nécessaires à la bonne compréhension du texte ; je les ai mis là où il fallait les faire

Vor der Kaserne
Devant la caserne

Vor dem grossen Tor
Devant le grand portail

Stand eine Laterne
Il y avait une lanterne

Und steht sie noch davor
Et elle y est encore.

So wolln wir da uns wiedersehen
Nous voulons nous y revoir,

Bei der Laterne wolln wir stehen,
Près de la lanterne, nous voulons nous tenir

Wie einst Lili Marleen
Comme jadis, Lili Marleen

Wie einst Lili Marleen
Comme jadis, Lili Marleen

 
Heureux Nouveau.
17H21 06/03/2008

pien , beutide Marta ! ( skuzi , chai ein rhubeu !)
Arch ! pitin de kopier kolé atteint de traititude !
Che ne barle ba la langue de Dante, alors kross boulette !
 Merci!

 
Utilisateur désinscri
17H41 06/03/2008

pourriez-vous me répondre en français ? ou en allemand ? ou en italien ? je ne comprends pas votre humour, si haumour il y a

 
Lanonyme | courageux
20H42 06/03/2008

Bonsoir,
Ayant jadis été stagiaire à Arte (service des versions sous-titrées),je pense être en mesure de vous éclairer.

Cet individu, outre le fait de moquer un accent germanique,semble également fort enrhumé.
Pour lui , italien et allemand parlent la même langue depuis la dernière guerre.
Laissons le à son ignorance et à ses représentations.
Il voit en vous cet « ange bleu » qui vient illuminer sa triste existence, et s’excuse d’avoir copié-collé un texte auquel il n’entrave que couic !
Voilà.
En espèrant que ma modeste contribition vous aura été aidante .
Lanonymement votre.

 
Utilisateur désinscri
17H14 08/03/2008

bonjour,

merci pour votre explication qui est aussi un compliment que vous me faites ;

j’aurais préféré avoir celle de l’auteur du post, pour voir s’il a assez de courage pour sortir de derrière son masque et parler ;

et, pour vous dire toute la vérité, en lisant votre réponse, la première idée qui me soit venue à l’esprit était que vous et l’auteur du post en question n’êtes qu’une même et seule personne ;

si je me trompe - mais une voix me dit que non - répondez-moi

merci

 
Utilisateur désinscri
20H53 05/03/2008

je ne connaissais pas le « détail brun/noir » du séjour des artistes français aux frais du Reich ; merci pour cette information ; pourriez-vous, s’il vous plaît, m’indiquer l’ouvrage/des documents où il en question ?
 merci

 
brogilo | in angulo
12H08 06/03/2008

Bonjour Marta,

Je ne sais pas s’il existe quelque chose d’entièrement consacré à ce sujet, je ne le crois pas. Mais l’événement a été évoqué, de manière fort succincte dans plusieurs ouvrages.

Le premier qui me vienne à l’esprit :

« André derain, Le peintre du trouble moderne » publié par le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris pour la rétrospective de 1994.

Mais aussi le livre de Pierre Cabanne, « André Derain », infiniment plus explicite, même si teinté de picassolâtrie:
Au chapître « Un voyage qui pésera lourd… », pas moins de six pages sont consacrées à l’expédition outre-Rhin.

 
Marlene Belilos | Journaliste
12H49 06/03/2008

Chère Marta,
Il existe un film sur le voyage d’automne(ma réponse à Brogilo).
L’expo s’arrête avec la fin du mouvement fauve.
Pour les prix: il existe des arrangements : abonnements amis du Muséee.. mais j’en parlerai aussi
Amicalement
Marlène Belilos

 
brogilo | in angulo
13H09 06/03/2008

Bonjour Marlène,

Si j’ai parlé du voyage en Allemagne, c’est uniquement parce qu’Ehim a posté sur l’Anarchie, or il ne me semblait inutile de préciser que Vlaminck a fini très à droite de l’Anarchie, un peu à la manière de Céline.

 
Utilisateur désinscri
13H15 06/03/2008

merci à vous et à Brogilo pour la réponse
j’ai une autre question pour Marlene :

dans les années 80-85 (eh oui! cela paraît loin!) j’ai vu un documentaire d’un réalisateur argentin sur la vie et l’attitude des intellectuels français sous l’occupation à Paris ; évidement, et pour des raisons que vous devinez, il n’est pas resté longtemps à l’affiche, et si mes souvenirs sont exacts, il avait soulevé des polémiques

auriez-vous la possibilité de me trouver des précisions :

le titre du documentaire
le nom du réalisateur
la date exacte de sa projection
la possibilité de consulter des archives concernant ce documentaire

beaucoup de questions! j’en ai besoin plus ou moins personnellement

merci

 
Marlene Belilos | Journaliste
14H13 06/03/2008

oui, je vais chercher

 
Utilisateur désinscri
19H51 06/03/2008

chère Marlène, vous êtes plus qu’un amour ! si vote recherche demande du temps et que votre article et les commentaires changent de page, vous pouvez toujours m’envoyer un mail que vous trouverez à rue89
merci encore une fois