Alors que le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies se réunit depuis lundi, et pour 4 semaines, à Genève, un manifeste signé par une série de personnalités tire à boulets rouges sur l'institution. Craignant que la diffamation des religions soit reconnue comme une forme de racisme, les signataires s'en prennent à Doudou Diène, l'expert onusien en charge du racisme.
Souvenez-vous. En 2001 dans la ville sud-africaine de Durban, la conférence de l'ONU contre le racisme donna lieu à des manifestations prônant la destruction d'Israël et à une déclaration de la société civile considérée comme antisémite. La conférence évita in extremis le naufrage par l'adoption à l'unanimité d'une déclaration finale et d'un plan d'action dont le contenu suscita le soulagement du gouvernement israélien qui s'était pourtant retiré des négociations, tout comme les Etats-Unis.
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Aujourd'hui, les esprits s'enflamment à nouveau avec la conférence de suivi de Durban prévue l'année prochaine et confiée au Conseil des droits de l'homme.
Des personnalités indignées
Dernier épisode de cet affrontement de plus en plus aigu : la publication dans la presse d »une tribune intitulée » L'ONU contre les droits de l'homme » et signée par une série de personnalités comme Elie Wiesel, Georges Charpak, Alain Finkielkraut ou Claude Lanzmann. Un manifeste lancé par la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA)
Le texte dénonce avec vigueur le Conseil des droits de l'homme (CDH) :
» Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s'y constituent, les discours qui s'y tiennent, les textes qui s'y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d'expression, légitiment l'oppression des femmes et stigmatisent systématiquement les démocraties occidentales. Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l'encontre de ses principes fondateurs » .
Les signataires s'en prennent aussi à Louise Arbour, Haut-commissaire aux droits de l'homme et tout particulièrement à Doudou Diène, rapporteur spécial de l'ONU sur les formes contemporaines de racisme en lui reprochant une série de propos.
Voile et laïcité
Le manifeste assure que :
» Doudou Diène déclare d'ores et déjà qu'énoncer une critique contre le port de la Burqa [vêtement qui couvre l'entier du corps] constitue une agression raciste et que la loi française contre le port des signes religieux à l'école participe du racisme antimusulman, renommé islamophobie occidentale » .
Réponse de l'intéressé joint en Inde vendredi :
» Cette information est tout simplement fausse. Dans mes rapports, j'ai écrit que la loi française interdisant le voile dans les écoles publiques était une mesure discriminatoire qui remet en question le droit garanti par les instruments internationaux des expressions de la liberté religieuse » .
Selon les signataires, Doudou Diène aurait également affirmé que » la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste » .
» Je n'ai jamais dit une telle chose, s'indigne l'expert indépendant. Comme rapporteur spécial.
» j'ai constaté que dans certains pays, la laïcité était pratiquée de manière absolue et contraire aux instruments internationaux et que certains groupes utilisent la laïcité pour s'opposer à l'expression de la liberté religieuse. Dans tous mes rapports, je préconise la recherche d'un équilibre entre liberté religieuse et liberté d'expression. J'ai toujours reconnu que la laïcité (séparation de l'Eglise et de l'Etat et neutralité de l'Etat par rapport aux religions) constitue un progrès très important » .
La critique des religions De manière plus générale, les signataires craignent la teneur des textes qui seront adoptés lors du forum Durban 2.
» Si le blasphème devait être assimilé à du racisme, si le droit à la critique de la religion devait être mis hors la loi, si la loi religieuse devait s'inscrire dans les normes internationales, ce serait une régression aux conséquences désastreuses, et une perversion radicale de toute notre tradition de lutte contre le racisme, qui n'a pu et ne peut se développer que dans la liberté de conscience la plus absolue » .
Une crainte relativisée par Doudou Diène :
» Nous avons été très attentifs à ne pas toucher au blasphème en lui-même. Ce que je dis, y compris dans le rapport que je vais présenter lors de cette session : la liberté d'expression doit être garantie comme fondement de la démocratie. Mais elle ne doit pas mener à l'incitation à la haine religieuse et raciale. Un énoncé qui figure très clairement dans le pacte international sur les droits civils et politiques, l'un des deux piliers de la charte internationale des droits de l'homme » .
Une conférence en péril
Reste que les négociations préparatoires à la conférence de suivi de Durban sont de plus en plus tendues. En cause : l'inclusion de la diffamation des religions comme nouvelle forme de racisme. Minoritaires au sein du CDH, les pays occidentaux s'y opposent, alors que les pays africains et islamiques demandent cette inclusion. Résultat : le Canada s'est retiré, tout comme Israël. Et la France menace de le faire.
Des retraits qui inquiètent Doudou Diène :
» Devant la montée de toutes les formes de racisme dans le monde, que ce soit l'antisémitisme, le racisme contre les Noirs ou les nouvelles formes de discrimination raciale qui font suite au 11 septembre, il est absolument nécessaire de tenir une nouvelle conférence sur le racisme pour montrer que la communauté internationale se mobilise contre ce péril. En cas d'échec, les forces qui instrumentalisent le racisme auront le sentiment d'avoir la liberté d'agir » .
En partenariat avec SwissInfo.ch, et avec : 




















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De Ellington
08H31 | 05/03/2008 |
Le sujet est certes explosif et chaque mot doit être pesé. Les démocraties sont bien mal armées pour faire face aux intransigeances et intégrismes de toutes origines, religieux ou politiques. Comment concilier liberté (de culte, de réunion…) et préservation des droits laics ? Au nom de la liberté religieuse, certains groupes revendiqueront le droit à des pratiques que d'autres jugeront « liberticides ».
Les principes généraux des droits de l'homme (et de la femme) doivent rester supérieurs à toutes règles ou traditions (qu'elles soient religieuses ou communautaires) sous peine de sombrer dans une anarchie obscurantiste où chaque chapelle revendiquera sa propre « charia ».
Les politiques éclairés doivent avoir le courage de deféndre ces principes sans faiblesse, sans craindre de s'aliéner les fractions marginales des opinions qui de toute façon, ne leur en seront jamais reconnaissantes.
De athénaïs
09H12 | 05/03/2008 |
Quand on fait l'amalgame entre la critique des religions et le racisme, on touche le fond !
S'il n'y avait pas la laïcité en France, la France serait un état catholique ! Ne nous voilons pas la face (sans jeu de mot…) Ce qui signifie que comme en Espagne sous les franquistes, en France on serait catholique ou rien !
La tolérance religieuse, l'accpetation del'athéisme sont les conséquences directes de la laïcité. Ceux qui combattent la laïcité combattent dans le même temps toute cette tolérance.
Connaissons nous un état qui associe sphère politique et religieuse qui soit religieusement tolérant ?
Il y a eu la France avec l'édit de Nantes, mais ça n'a pas duré.
Décidément, ils n'ont pas changé tous ces curés, mollahs et rabbins, ils restent les champions de l'obscurantisme.
Laissez nous blasphèmer en paix et allez soummetre vos âmes dociles ailleurs ..
De fflloorraa
09H33 | 05/03/2008 |
Ménager les sensibilités, particulièrement exacerbées quand il s'agit de religion, a toujours été un exercice particulièrement délicat.
Officialiser la diffamation des religions comme nouvelle forme de discrimination demande un encadrement étroit. Mais qui va juger de ce qu'est diffamer une religion ? La porte est ouverte à toute sorte d'interprétations extrêmistes, et ce pour toutes les religions.
Bien sur, créer une tribune au niveau mondial où tous les acteurs puissent s'exprimer est absolument indispensable. Les nouveaux enjeux transnationaux nécessitent des réponses, impulsées par une gouvernance mondiale, voir une forme inédite de gouvernement. La religion, logique déjà plus qu'expérimentée, n'est sans doute pas le socle sur lequel bâtir une voie mondiale.
actu-et-enjeux.over-blog.com
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 09H37 | 05/03/2008 |
Il y a clairement un bug à l'ONU sur les droits de l'homme. Avec la Chine et la Russie en membres permanents du Conseil de Sécurité (sans oublier l'Amérique de Bush-Cheney pendant la période 2001-2009), on peut difficilement s'attendre à une lutte sans merci.
La liste des pays membres de la Commission des Droits de l'Homme prête parfois à sourire : http://www.unhchr.ch/html/menu2/2/chrmem.htm.
Faut-il pour autant tirer sur l'ambulance ? Ces attaques personnelles appuyent avec pertinence sur les responsables les plus ambivalents, et c'est préférable à un dénigrement en bloc de l'institution.
De yves C
informaticien quadra | 10H11 | 05/03/2008 |
Bonjour,
M Dienne dit : « Dans mes rapports, j'ai écrit que la loi française interdisant le voile dans les écoles publiques était une mesure discriminatoire qui remet en question le droit garanti par les instruments internationaux des expressions de la liberté religieuse ».
Je tiens à affirmer que la loi ne s'oppose pas au voile en tant que tel mais à un signe religieux ostentatoire qui participe au prosélytisme religieux au même tire que la kippa, une croix portée au dessus des vêtements ou un habit bouddhiste et j'en passe.
Ce que dit la loi française c'est que l'école publique, laïque et républicaine est le lieu de l'instruction et de l'éducation du citoyen et que la croyance est du domaine de la sphère privée et n'a donc pas sa place à l'école.
Imaginons qu'une religion (ou secte) prône le refus du port des vêtements pour la simple raison que lors de sa création par une (ou plus sieurs) divinité(s) l'homme a été créé sans vêtements. M Dienne dirait il que le fait de refuser à quelqu'un de venir nu à l'école est « discriminatoire » ? Non et pourtant où est la différence ?
De jacques raffaelli
rédacteur en chef | 12H58 | 05/03/2008 |
Cette confusion volontaire entre racisme et discrimination religieuse est caractéristique de l'offensive idéologique que mènent tous les intégrismes pour tenter par des moyens légaux d'imposer leurs doctrines.
Il ne s'agit en rien du respect des personnes. Dans les cas de « blasphème » ou celui des caricatures du prophète ce ne sont pas des êtres humains vivants qui sont visées mais bien des concepts qui sont soumis à la critique.
Si l'attaque contre des personnes physiques est condamnable, leur croyances ne sont que des concepts abstraits et tout concept peut être critiqué, attaqué, nié ou remis en question. C'est la le fondement même de la liberté d'expression.
Cette tribune lancée par ces personnalités est salutaire car chaque fois que l'on cède sous la pression ou par complaisance sur le terrain idéologique c'est la liberté de penser qui est amoindrie.
C'est bien sur ce terrain idéologique qu'un combat doit être mené.
La mollesse, pour ne pas dire plus, des réactions de certains gouvernements face à l'affaire des caricatures est dangereuse car elle permet à ces intégrismes de tout bord de prospérer en faisant glisser sur le terrain de l'humain ce qui n'est que de l'ordre de l'idéologie.
Que certaines organisations anti-racistes, en pleine confusion, dévoient à ce point leurs missions est aussi très grave car elles participent alors de cette offensive pseudo victimaire et ouvertement idéologique qui ne fait que renforcer l'obscurantisme.
De fred burnand
19H16 | 05/03/2008 |
A ceux qui pensent que Doudou Diène est un sous-marin des islamistes, voici ce qu'en dit UN Watch, une ONG affiliée à l'American Jewish Committee et très en pointe dans la dénonciation des dérives qui apparaissent dans les préparatifs de Durban 2 : « Today, another high UN official is showing courage. In a report to be delivered this morning before the Human Rights Council, Doudou Diene, its expert on racism, discusses his official demand for Iran to explain what he courageously identifies as Ahmadinejad's anti-Semitism. »
La suite, ici
http://www.unwatch.org/site/c.bdKKISNqEmG/b.1289203/apps/s/content.asp ? c…
Frédéric Burnand
De Servais-Jean 4591
HS | 00H40 | 06/03/2008 |
La conférence de l'ONU contre le racisme et le Conseil des droits de l'homme des nations Unies s'occupent de ce qui n'est pas de leur compétence.
Que vient faire le voile islamique dans leurs discutions, veulent-ils régenter toutes les décisions des états, veulent-ils imposer un point de vue unique de civilisation ? …
Qu'ont-ils à dire aux peuples d'Afrique, d'Amazonie, d'Océanie qui vivent nus et qui ont des rites religieux que nous ne connaissont pas ?
Ces conférenciers et conseillés doivent rester parqués dans leur univers et leurs compétences, mais peut-être qu'ils ne savent pas eux-même ce qu'ils doivent faire, auquel cas il convient de les considérer comme des incapables qui ont été mis dans ces instances pour s'en débarasser.