Dans le rétro, avec l'INA

Cinquante ans d'interventions militaires françaises en Afrique

D’un côté, Nicolas Sarkozy déclare que "les temps ont changé et que la France n’a pas à jouer un rôle de gendarme en Afrique". De l’autre, son ministre de la Défense, Hevé Morin, assure que Paris continuera "bien entendu à avoir une implantation" et à "faire de la formation, à participer à l’organisation des forces". Rien de changé donc. De ces cinquante dernières années d’interventions militaires françaises sur le continent, Rue89 a retrouvé les images grâce à l’INA.

1961  : "Tous les matins, Libreville fête son grand homme, Léon M’ba"

Avant l’inénarrable Omar Bongo, la France a longtemps soutenu le premier président du Gabon  : Léon M’ba. Arrivé au pouvoir en 1961, il est renversé trois ans plus tard. Des parachutistes français sauvent son régime et le remettent en selle. A sa mort, en 1967, son vice-président, alors âgé de 32 ans, lui succède et devient le plus jeune chef d’Etat du monde. Dans les images qui suivent, le Gabon fête son premier anniversaire d’Etat "indépendant". Les commentaires sont… d’époque.

1978  : "La première mission est de libérer Kolwezi"

Là encore, Nicolas Sarkozy fait jouer la mémoire et souhaite "que le 30e anniversaire de l’opération de Kolwezi soit l’occasion de rendre hommage aux militaires français qui, depuis trente ans, participent aux opérations extérieures". Le 18 mai 1978, le 2e REP (Régiment étranger de parachutistes) de la Légion étrangère a sauté sur cette ville minière du Zaïre pour secourir des otages européens aux mains des rebelles katangais. En révolte contre le dictateur Joseph-Désiré Mobutu, ils étaient parvenus à rallier une partie de l’armée zaïroise. Intervention réputée "propre" et réussie, la bataille de Kolwezi est mythifiée (pour son but humanitaire) mais aussi dénoncée pour les exactions qui y auraient été commises par certains légionnaires.

1983  : Des Jaguar français à la rescousse d’Hissène Habré

Ex-dictateur tchadien, toujours poursuivi pour ses exactions et violences contre des milliers de personnes, Hissène Habré a bénéficié du soutien de la France durant les années 80. Arrivé au pouvoir par la force en 1982, il a très vite besoin de l’aide franco-américaine pour combattre la Libye, qui occupe le nord du pays. En août 1988, Paris envoie dix avions -des Jaguars et des Mirages- pour lutter contre l’offensive aérienne de Kadhafi.

1994  : La dramatique opération turquoise

En juin 1994, les militaires français débarquent dans un Rwanda où le génocide est largement entamé. Leur mission de protection est encore aujourd’hui très controversée. Pourtant, la télévision française ne décrit que leur rôle humanitaire. Sur place, nombreux sont ceux qui ont dénoncé l’impartialité malvenue des militaires et l’inaction face aux crimes de masse. Des plaintes pour viol et participation aux massacres ont également été déposées contre plusieurs soldats français.

2003  : MAM scelle la "réconciliation" avec la Côte d’Ivoire

En septembre 2002, la Côte d’Ivoire, jusqu’alors plutôt prospère et sereine, bascule dans la guerre civile. La France intervient. D’abord engagée uniquement dans la protection de ses ressortissant, la force Licorne doit rapidement honorer les accords entre Paris et Abidjan  : intervenir en cas de tentative de déstabilisation. Ce qu’elle ne fait pas. Les relations se tendent alors rapidement avec Laurent Gbagbo, qui accuse son homologue français de soutenir la rébellion. Durant plusieurs mois, une vaste colère antifrançaise s’exprime dans les manifestations de la rue ivoirienne. Quelques mois après une réconciliation factice entre les deux pays, en novembre 2004, l’armée française tire sur une foule hostile.


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cooper59 | pour la decroissance !
10H16 04/03/2008

tres bel article , un peu d’histoire ! jusqu’a la derniere operation pour sauver « Deby le mental » ! maintenant si Sarko decide de sortir de notre politique d’aide aux dictateurs en peril , et bien tant mieux ! peu importe la couleur du chat pourvu qu’il chasse les souris !

 
Soh
18H27 04/03/2008

Vraiment intéressant comme article.

En parallèle, il faudrait une carte des intérêts économiques de la France en Afrique. Et à quels pays africain vend on des armes?
Bien que ces interventions peuvent répondre à des besoins géopolitiques.

Qui a des références de bons bouquins sur les relations économiques entre la France et l’Afrique? Y en a-t-il d’écrits par des africains?

 
Azza
11H59 10/03/2008

« La Françafrique » de FX Verschave est un livre indispensable pour comprendre le fonctionnement des relations entre la France et l’Afrique. Ce n’est pas à proprement parler un bouquin d’économie au sens « classique » du terme, mais la relation France-Afrique n’est pas uen relation strictement économiqe au sens « classique » du terme.

Sinon, il y a l’excellent « La france contre l’Afrique, Retour au Cameroun » de Mongo Beti, malheureusement difficile à trouver.

 
zealoth75 | Publicitaire
01H40 05/03/2008

France et Afrique ? France contre Afrique ? France en Afrique …
Cet excellent article met en lumière les relations historiques quasi-fusionelles avec ce continent qui a toujours suscité l’interêt (les interêts ?) de nos gouvernements successifs !
En tout cas , il est plus que temps de laisser les africains et leur gouvernements LEGITIMES (je ne parle bien sur pas des dictatures encore trop nombreuses sur le continent) devenir maitres de leur destin . Les africains sont adultes, n’en déplaise à messieurs Guéan et Sarkozy, il suffit juste de les rencontrer pour s’en apercevoir !

 
Azza
11H56 10/03/2008

Il faudrait aussi ajouter la sanglante répression contre l’UPC de Ruben Um Nyobe au Cameroun en 1962 (peut être plusieurs centaines de milliers de victimes), les multiples interventions aux Comores (il est vrai derrière de paravent mercenaire). Si on ajoute les plans tordus comme les livraisons d’armes pendant la guerre du Biafras ou la lamentable tentative de sauvetage de Mobutu en 1994 (où Pasqua et ses potes sont aller recruter du mercenaire Serbe désoeuvré après la fin des massacres en Bosnie), et tant d’autres opérations indirectes mais pourries, cela fait beaucoup.

On ne peut pas en effet se limiter aux interventions militaires « officielles ». De nombreuses opérations « privées » ont en fait été des opértations orchestrées par l’Elysée. Beaucoup de militaires Français ont en effet eu la possibilité de participer a certaines opérations en tant que mercenaires pendant des périodes de mises en disponibilités.