A la Une 01/03/2008 à 19h27

L'ombre du mot « shoah » plane au-dessus de Gaza

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

L'offensive israélienne fait 70 morts palestiniens à Gaza. Et un mot malheureux enflamme les passions : « shoah ».


A Gaza, une maison détruite par un missile israélien (Salem/Reuters).

C'est Matan Vinaï, vice-ministre israélien de la défense, qui l'a employé pour menacer les Palestiniens de Gaza s'ils ne mettent pas fin aux tirs de roquettes sur la ville israélienne d'Ashkélon :

« Plus les tirs de roquettes Qassam s'intensifieront, plus les roquettes augmenteront de portée, plus la shoah à laquelle il s'exposeront sera importante, parce que nous emploierons toute notre puissance pour nous défendre. »

Certes, comme l'a aussitôt précisé un porte parole israélien, le mot « shoah » en hébreu signifie littéralement « catastrophe ». Mais si un ministre israélien ne connait pas la charge émotionnelle de ce mot, employé pour désigner l'holocauste des juifs pendant la deuxième guerre mondiale, ce serait surprenant. Un dérapage verbal qui risque de coûter cher à Israël.

Résultat : aussi bien le chef du Hamas en exil, Khaled Meshal, que le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, ont accusé Israël de déclencher un « holocauste » contre les Palestiniens. L'excès de langage d'un ministre israélien aura réussi à provoquer une escalade verbale incontrôlée et faisant perdre leur sens aux mots, qui en ferait presque oublier l'escalade, bien réelle et bien mortelle, sur le terrain des opérations.

L'ampleur des représailles israéliennes et le nombre des victimes -dimanche matin, on parlait de 70 morts depuis samedi-, sans équivalent depuis que le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza l'an dernier, sonne vraisemblablement le glas du moindre espoir d'aboutir à un accord de paix israélo-palestinien avant la fin de l'année, comme le souhaitaient les participants à la Conférence d'Annapolis, aux Etats-Unis, à la fin de 2007, et comme l'avait répété George Bush lors de sa tournée au Proche-Orient, en janvier. Ces derniers jours, les propos les plus pessimistes sur ce calendrier commençaient déjà à filtrer. Dimanche, le président Mahmoud Abbas a suspendu toute négociation avec Israël.

Ce processus était de toutes les manièrs mort-né à partir du moment où il excluait la bande de Gaza, dans laquelle l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas n'a pas… d'autorité. Elle en a en effet été chassée l'an dernier par les islamistes du Hamas, dont la principale force est un pouvoir de nuisance considérable. En orchestrant l'ouverture de la frontière avec l'Egypte en janvier, et en poursuivant ses tirs de roquettes sur les villes israéliennes à partir de la bande de Gaza, le Hamas reste un acteur incontournable, qui empêche l'Autorité palestinienne de Ramallah de faire ce qu'elle veut. Aujourd'hui encore, le Hamas peut dénoncer Mahmoud Abbas comme un « collabo » alors que les Palestiniens meurent par dizaines sous les balles israéliennes. Khaled Mechaal, exilé à Damas, a ainsi affirmé :

« Le président palestinien est en train de couvrir l'Holocauste de Gaza, volontairement ou involontairement. »

Dans cette situation, le choix d'Israël est paradoxal. Car il est peu probable que l'Etat hébreu ait l'ambition de régler militairement une situation comme celle de ces lanceurs de roquettes noyés dans la masse des camps de réfugiés comme Jabalyia, dans la bande de Gaza. Et cette radicalisation éloigne encore un peu plus toute solution politique. Résultat : plus de morts, plus de haines accumulées, et des mots comme « shoah » et « holocauste » qui se banalisent dans le vocabulaire guerrier d'une région qui n'en avait pas besoin.

Et, comme d'habitude, une communauté internationale qui compte les morts mais est totalement impuissante, paralysée par l'argument israélien de la légitime défense, décrédibilisée par sa passivité permanente dans cette partie du monde. Bref, un samedi noir pour le Proche-Orient et pour le monde.

► Mis à jour le 02/03/2008 à 10h45 : le nombre de morts depuis samedi est estimé à 70 et l'Autorité palestinienne a suspendu les négociations de paix avec Israël.

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  • sinclair
    • Posté à 23h27 le 01/03/2008

    On se croirait a Paris Match le poids des mots le choc des photos(ancien modèle). Réflexion niveau séquence émotion.

    Shoah pour moi mot hébreu qui n'a pas de sens. En fait mot a la mode pour extermination des juifs dans des camps par les nazis allemand (solution finale pour ces derniers) débutant fin 1941. En fait Hitler des mai 41 en avait trace les contours. Personne ne savait soit disant.

    Y a t il tentative d'extermination des palestiniens ? pense pas non !

    Y a t il des palestiniens vivant et travaillant en Israël ? oui
    Des Israéliens vivant et travaillant en Palestine ? Non
    J'ai encore devant les yeux les images de ce soldat littéralement dépecé et traîne par la foule palestinienne.

    Quand je vois une majorité de Français qui approuve la mesure de rétention sous prétexte que même en ayant purge sa peine le coupable n'est pas quitte et peut menacer la vie de son enfant, On se dit mais non de nom que penserait il si des ennemis lui balançaient tout le temps des rockets sur sa progéniture et lui-même aux fins de l'occire.

    Ah au fait notre président sans réfléchir je pense a dit « Je m'engage à ne jamais serrer la main de quiconque ne reconnaîtrait pas Israël ». Hors a part seuls l'Égypte, la Jordanie, la Mauritanie et l'Autorité palestinienne ont reconnu l'état d'Israël pour les pays arabes. Il a déjà fauté plusieurs fois.

    Je suis très déçu par le niveau de réflexion ici. D'ici a ce que l'on parle d'épuration ethnique ! pourquoi pas tant qu'on y est. Prendre un mot pour ranimer la flamme d'une haine qui n'en a pas besoin, super !

    NB je n'ai aucun, lien ni de pret ni de loin avec le peuple juif ou les istraeliens

  • jomsom
    • Posté à 23h35 le 01/03/2008
    • Internaute

    A une certaine époque, feu Yasser Arafat était pret à reconnaitre l'état d'Israel, occasion avortée par ses dirigents et pourquoi ces derniers sont contre une force d'interposition de l'ONU, pouvant dans un premier temps arreter les massacres des 2 cotés et permettant peut etre dans une ambiance plus sereine,que puisse se dégager une voie...

  • FdT
    FdT
    • Posté à 01h29 le 02/03/2008

    Tant que les Palestiniens et les Israéliens ne se mettront pas d'accord afin de créer un Etat unique laïque Israélo-palestinien sur le modèle fédéral à l'image de la confération helvétique par exemple ce conflit s'éternisera. La viabilité d'un état palestinien grand comme un mouchoir de poche et fragmenté est utopique.
    De plus que l'on juge l'état d'Israël légitime ou non, à l'heure actuelle nous n'avons guère d'autres choix d'accepter un fait accompli : Israël existe. Nier cette existence en souhaitant le démantèlement de cet état serait une nouvelle source de drames humains ce qui ne saurait être accepté. On ne réparera pas cette injustice historique subie par les Palestiniens en provoquant de nouveaux massacres et déplacements de population, par conséquent l'unique compromis humainement acceptable serait la création d'un état fédéral israélo-palestinien avec le droit au retour de tous les réfugiés palestiniens.
    Un tel état ne pourra être viable qu'en instaurant une stricte laïcité...

    Cette idée est-elle utopique ? Peut être mais pas plus que la création d'un micro-état palestinien fragmenté.
    La légitime rancoeur des Palestiniens vivant dans des conditions qui sont une insulte à la dignité humaine n'aidera certainement pas à l'acceptation d'une telle idée non plus, pas plus que les tristes évènements actuels...

  • athénaïs
    • Posté à 05h18 le 02/03/2008

    Matan Vinaï fait de la provocation,
    Les dirigeants Israëliens n'en sont pas à leur première provocation.Cela fait partie de leur stratégie. Envenimer les choses, les rendre incompréhensibles obliger toujours à revenir sur le débat de savoir « Qui a commencé ? Qui est le salaud ? “ , comme si c'était le vrai débat. Et toujours se faire passer pour les victimes.
    mais comment veut-on que de pareils propos soient reçus en Palestine alors que les Palestiniens sont niés, tués, emprisonnés sur leur propre territoire ?

    Comment veut-on que de pareils propos soient reçus dans le monde entier et notamment dans les pays musulmans ?

    Je suis tout à fait d'accord avec Braham 33 pouir dire que les palestiniens sont abandonnés et ont la conscience aigüe de ne pouvoir compter que sur eux même....Comment peut-on, alors qu'on les laisse si démunis, espérer qu'ils aillent s'assoir par terre en remerciant les israëliens et totue la communauté internationale du sort que nousleur avons fait.

  • lolomen
    lolomen
    94
    • Posté à 12h56 le 02/03/2008
    • Internaute
      94

    SHOA un mot de plus en plus employé durant ces dernières semaines. Il ne faudrait pas que la conscience collective se détourne de l'importance de ce mot et surout de son histoire. La Shoa ne s'inscrit pas uniquement en Israël mais elle fait partie de l'histoire de l'humanité. Les autorités Israelienne et Palestiniennes dans leur manière de s'exprimer exposent la région à la guerre des mots qui ne sera pas sans conséquence grave sur le terrain de l'expression des armes.
    Par ailleurs, ce désordre sémantique peu approprié à préserver ce que réprésente la SHOA pour les futurs générations est incontestablement scandaleux.