Moins de militaires, plus de transparence : le Président annonce une nouvelle politique africaine. Sans préciser sa méthode.

Ce n'est plus la « rupture », mais la « rénovation ». Au Cap, devant les parlementaires sud-africains, Nicolas Sarkozy a prononcé un discours à l'opposé de celui qu'il avait livré à Dakar, et qui avait tant fait couler d'encre. L'Afrique des années 60, c'est fini, dit en substance le président de la République, y compris sur le plan militaire. Comment ? C'est moins clair.
« La France n'a pas à jouer un rôle de gendarme en Afrique »
Pour sa seconde tournée africaine, le président français a voulu trancher dans le vif. L'information est tombée jeudi matin, dans un entretien au journal The Star :
« Je pense que les temps ont changé et que la France n'a pas à jouer un rôle de gendarme en Afrique. C'est le rôle de l'Union africaine et des organisations régionales africaines. »
Annonce surprise, car dans la journée à Paris, tous les porte-parole des ministères concernés (Défense et Affaires étrangères) renvoient vers l'Elysée ou, plus insolite, vers… leurs homologues. Visiblement, la présidence n'a prévenu personne.
Du côté des armées, une certaine fébrilité pointe, le chef de l'Etat ayant prévu de jouer la « transparence » en publiant « tous les accords ». C'est un secret de polichinelle, mais il va de soi que certaines clauses secrètes des accords militaires sont toujours en vigueur. Les lecteurs de Rue89 ont pu les découvrir il y a quelques mois. Au Tchad et ailleurs.
Une fois arrivé en Afrique du Sud, après une escale à N'Djamena, Nicolas Sarkozy a donc précisé son idée, devant les parlementaires sud-africains rassemblés au Cap, sous la forme de quatre propositions. (Voir la vidéo.)
La deuxième proposition de Nicolas Sarkozy a dû faire tousser dans les état-majors, car elle admet implicitement que, pour le moment, tous les textes ne sont pas publics :
« Deuxième proposition, je vais refonder nos relations sur un principe qui n'existait pas et que j'imposerai, le principe de la transparence. La transparence, c'est la meilleure garantie pour des relations solides et durables, le meilleur antidote aux fantasmes et aux incompréhensions.Contrairement à la pratique passée, j'annonce au parlement d'Afrique du Sud que tous les accords de défense entre la France et les pays africains seront intégralement publiés. J'associerai également étroitement le parlement français aux grandes orientations de la politique de la France en Afrique. »
A bien lire ce discours, la notion de « transparence » comporte une nuance. Si le président de la République s'engage à publier « intégralement » tous les « accords de défense », cela exclut de facto les autres accords militaires. Or, seuls sept pays africains sont encore signataires d'accords de défense.
Les autres sont liés par des accords de coopération militaire ou des accords d'assistance technique. Dernier exemple, le Tchad, où Paris a pu fournir munitions et informations au régime du président Déby grâce à un accord bilatéral « d'assistance technique et de renseignement ». Un signe de continuité pour Marielle Debos, doctorante au Ceri :
Hubert Védrine : « Une bonne orientation »
La proposition du président Sarkozy n'a pas suscité de réactions courroucées de l'opposition. Comme si, au fond, chacun savait que les acteurs sont prêts à un profond changement.
Hubert Védrine, le premier, salue une « bonne orientation » car, selon l'ancien ministre socialiste des Affaires étrangères, il « faut remettre à jour les relations entre la France et l'Afrique » :
Deuxième point essentiel, aux yeux de celui qui conduisit la politique étrangère de 1997 à 2002, la nécessité de relancer une véritable « politique africaine ». Pour Hubert Védrine, la « pression des Chinois et des Américains » rend nécessaire un nouvel engagement. Faut-il impliquer le Parlement dans cette réforme ? Certainement, dit-il, mais ce n'est pas simple :
Troisième point : la méthode. Le hiérarque socialiste, qui a déjà eu plusieurs contacts avec l'Elysée depuis le 6 mai 2007, propose d'associer le Parlement à cette réflexion, au sein « d'une commission bipartisane ». Et si Nicolas Sarkozy lui proposait de conduire cette réflexion ? « Je ne crois pas qu'il y pense, assure Hubert Védrine, et moi non plus » :
Les militaires joueront-ils le rôle de locomotive ou de wagons ?
Nicolas Sarkozy s'intéresse-t-il à l'art de la guerre ? Pas sûr. En tout cas, le président de la République n'est pas connu pour son tropisme africain, à l'inverse de tout ces prédécesseurs. Que feront les militaires dans cette réforme des accords militaires ? Si l'on se réfère aux dernières déclarations publiques sur le sujet, il n'est pas certain qu'elle soit du goût de tous les généraux.
Dans un rapport du Sénat en 2006, le chef d'état-major des armées avait donné un point de vue sinueux et prudent :
« Enfin, le général Henri Bentegeat a abordé la problématique des accords de défense liant la France et sept Etats africains. Il a rappelé que, pour la plupart, ces accords remontaient aux années ayant immédiatement suivi les indépendances.“Il a précisé que dans tous les cas, la France conservait la possibilité d'apprécier, en fonction de la situation, si la demande éventuelle d'un Etat répond bien aux critères de mise en oeuvre de l'accord.
Il a estimé que la révision de ces accords de défense donnerait lieu à des débats complexes et comporterait sans doute plus d'inconvénients que d'avantages. Par ailleurs, il a évoqué le bilan en demi-teinte de la coopération militaire et de défense, en dépit de l'aide réelle à la mise en place de capacités opérationnelles.”
Mais le lobby des “Africains” pèsent toujours lourd au sein des forces armées. On le sait peu, mais les militaires stationnés dans les bases militaires (Dakar, Libreville, Djibouti, N'Djaména, Bangui et Abidjian), que l'Elysée veut aujourd'hui réduire à quatre, sont payés sur le chapitre des “opérations extérieures”. Avec double, voire triple solde.
Un sacré fromage aujourd'hui partagé par 9 000 hommes. Pour Marielle Debos, la situation du Tchad est de ce point de vue “exemplaire”, puisque cela fait plus de vingt ans qu'un millier d'hommes sont déployés dans le cadre de l'opération Epervier.
Le Tchad, encore couvert par l'un de ces accords secrets dont Nicolas Sarkozy aimerait bien se débarrasser.




















5
De Bardamu
difficile | 20H57 | 29/02/2008 |
La France a tout intérêt à se désengager d'une Afrique chaque jour plus ubuesque, qui accuse l'Occident de tous ses maux et utilise l'alibi de la colonisation pour masquer ses propres incapacités à gérer son destin.
De martin citron
stagiaire en Colombie | 20H58 | 29/02/2008 |
Personnellement je suis très très sceptique.
Je pense que c'est surtout un beau discours mais j'ai beaucoup de doutes sur les actions qui vont suivre.
En meme temps ce serait pas la première fois que notre président dit un truc et en fait un autre.
Enfin si son idée révolutionnaire c'est dire « regardez on a un accord avec la Cote d'Ivoire, avec Djibouti… » c'est pas une super avancée, on le savait déjà. Ce qui serait mieux c'est qu'on arrete de soutenir les dictateurs et donc non pas seulement rendre publics tous les accords(meme ceux de coopération militaire) mais aussi les renégocier et éventuellement les supprimer quand ils servent a proteger des dictateurs.
Et ça je crois pas qu'il en ait parlé.
De gateway
22H03 | 29/02/2008 |
L'Union européenne semble aussi vouloir augmenter ses capacités d'intervention en Afrique . Au Congo par exemple , l'année dernière , avec des programmes dans le secteur de la sécurité (Eusec (réforme globale), Eupol (formation de la police) et Eufor-RDCongo) .
Et d'ailleurs Sarkozy a envoyé des signaux a ses partenaires européens en leur disant qu'il voulait profiter de la présidense française pour relancer une coopération militaire entre L'Europe et l'Afrique .
La France lâche du lest sur le plan national , mais va en fait continuer dans un cadre européen
De lamichael
23H08 | 29/02/2008 |
Proverbe Africain qui dit :
« Quand les éléphants se battent,c'est toujours les fourmis qui trinquent. »
Le peuple d'Afrique et le peuple de France subissent,payent,pleurent encore,
et pour longtemps( ? ),les combats de leurs dirigeants.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 00H34 | 01/03/2008 |
Reconnaissons d'abord qu'il serait tout de même assez surprenant que ce soit finalement Sarkozy qui finisse par appliquer les ambitions de Jean-Pierre Cot, viré du premier gouvernement socialiste en 1981 pour avoir eu (si mes souvenirs sont exacts) de semblables tentations.
Comme le souligne Védrine, on ne voit pas bien au nom de quoi ces orientations (à supposer qu'elles soient suivies d'effets) pourraient être contestées. De ce point de vue, ma seule réticence concerne l'habitude que Sarkozy nous a (déjà) donnée de prendre ses propos avec des pincettes, tant il est vrai qu'il parle souvent plus vite qu'il ne devrait. Comment savoir s'il s'est assuré de pouvoir tenir les engagements qu'il a pris ? La surprise des militaires, de ce point de vue, indique assez les résistances auxquelles il risque de se heurter.
Le pré carré africain a trop souvent par le passé ressemblé à une concession que nous octroyaient les Etats-Unis pour intervenir là où nous étions mieux placés qu'eux.
Donc, au-delà de la satisfaction qu'on peut éprouver à cette annonce, reste à déterminer les critères qui présideront à une nouvelle politique africaine.
Sous cet angle, deux questions se posent : quel intérêt la France peut-elle trouver à une politique africaine ? Mais surtout, quel intérêt les états africains et leurs dirigeants pourraient-ils avoir à poursuivre une coopération avec une France devenue plus sourcilleuse ?
Finalement, la question qui me vient à l'esprit est la suivante : une telle déclaration n'est-elle pas que le masque vertueux d'une pure et simple volonté de désengagement politique et militaire ?
Une telle perspective indiquerait peut-être une salubre prise de conscience du gouvernement français, à savoir que notre pays n'a plus vraiment les moyens de s'offrir une politique néo-coloniale onéreuse et dont les bénéfices deviennent de moins en moins évidents. Il est trop tôt pour juger si ce serait une bonne ou une mauvaise chose pour les Africains : cela dépend de trop de paramètres.
En revanche, il est certain que cela créerait une situation radicalement nouvelle.