Pius Njawe est un des pionniers de la presse indépendante en Afrique. Le Messager, hebdo puis quotidien, a une longue histoire de conflit avec la censure et les pressions.
Alors que les violents incidents de Douala et Yaoundé ont déjà fait au moins 12 morts, mêlant protestations contre la hausse des prix et contre la tentative du président Paul Biya de se maintenir au pouvoir en changeant la constitution, Pius Njawe a titré son éditorial : » Arrêtez le massacre » . Nous en reproduisons à titre de document les principaux extraits.
Ce que Le Messager redoutait et n'a eu de cesse de le dire depuis le fameux arrêté du gouverneur Fai Yengo Francis interdisant les manifestations publiques dans le Littoral commence à se vérifier.
Jour après jour, la violence monte d'un cran lors des accrochages entre les populations et les forces de l'ordre. Si l'on n'avait déploré jusque-là que des blessés plus ou moins graves et des dégâts matériels importants, Douala a enregistré ses premiers morts ce week-end.
Comme on le voit, la situation commence ainsi à prendre des proportions inquiétantes, de nature à rappeler les fameuses années de braise, et notamment celle des « villes mortes » ou l'on avait, à en croire l'opposition de l'époque, enregistré entre deux cent et quatre cent morts.
Suffisant, en tout cas, pour tirer sur la sonnette d'alarme. Et placer chaque acteur face à ses responsabilités devant les hommes, devant l'histoire et devant le Bon Dieu.
Des médias fermés pour » exercice illégal de la profession de diffuseur »
La première responsabilité dans cette nouvelle escalade de violence qui risque de durer longtemps, incombe à l'administration, et donc au gouvernement.
Laquelle responsabilité se décline en des actes réglementaires pris ces derniers temps pour limiter la liberté d'expression et restreindre la liberté de la presse, notamment sous la griffe du ministre de la Communication, Jean-Pierre Biyiti bi Essam, qui a ordonné jeudi la fermeture d'Equinoxe TV, puis celle de Radio Equinoxe le jour suivant, pour « exercice illégal de la profession de diffuseur… ».
Cette responsabilité se décline également dans l'utilisation abusive faite des forces de sécurité pour imposer le respect de ces actes. Exemple : à Bamenda le 15 février, on a déployé au même moment les forces de police, de gendarmerie et même les militaires, lesquelles avaient envahi tous les artères de la ville.
La même mobilisation des forces de sécurité s'observe à Douala depuis deux semaines, notamment à Bepanda où l'on voulait empêcher le Combattant Mboua Massock de tenir un meeting pour demander le départ de Biya avant 2011, et au rond-point Dakar où était prévu un meeting du SDF Littoral contre la modification de la Constitution.
N'est-ce pas là une façon bien ridicule d'utiliser le marteau pour tuer une mouche ? Ce d'autant plus que les populations, à chaque fois, n'étaient même pas informées de l'objet du déploiement de ces forces ; c'est en voyant leur ville assiégée que celles de Bamenda se sont rendues compte de l'appel à la ville morte, tandis qu'à Bépanda, il a fallu que les habitants se voient refuser l'accès à leurs domiciles pour réaliser qu'il se préparait quelque chose, notamment le meeting de Mboua Massock.
Les forces de l'ordre ont aussi leur part de responsabilité
Il y a ensuite la responsabilité des forces de l'ordre. Qui semblent minimiser, ou qui ne mesurent pas assez le degré de cette responsabilité qui leur incombe dans la gestion de conflits, notamment à un moment aussi crucial que celui que traverse le pays aujourd'hui. Interpellations arbitraires, provocations inutiles, etc. sont souvent à l'origine des violents accrochages entre elles et les populations.
Il y a enfin la responsabilité des populations elles-mêmes. La loi a fixé les conditions d'organisation de manifestations publiques au Cameroun ; cela ne coûte pas grand'chose d'en demander chaque fois que l'on veut en organiser, quitte à se faire accompagner d'un huissier de justice pour en constater l'effectivité ou le refus de délivrer le récépissé de dépôt le cas échéant.
Même si ces prédispositions ne garantissent pas la non intervention brutale des bidasses, au moins, elle vous couvre aux yeux de l'opinion et devant l'histoire. Or certains ont souvent prêté le flanc à la provocation et donné argument pour justifier la répression, en ne déclarant pas leurs manifestations. C'est vrai que dans le contexte actuel, une telle demande de manifestation aurait été irrecevable à cause de l'arrêté du gouverneur…
Les populations agissent généralement en position de légitime défense
Par ailleurs, on a vu, au cours des accrochages entre manifestants et forces de l'ordre, des gens s'attaquer à des biens publics ou privés, tels les infrastructures, les magasins, etc.
Dans le quartier de Dakar samedi soir, les populations aux mains nues, surprises par l'attaque des gendarmes, ont dû se servir des étals des petits commerçants qui bordent les rues pour riposter aux armes de guerre et autres gaz lacrymogène utilisés contre elles.
Dégâts collatéraux, mais dégâts à déplorer, tout de même ! Tout comme ces chaussées sur lesquelles les mêmes populations ont brûlé de vieux pneus et les bois des étals pour manifester leur mécontentement.
Mais pour être juste dans l'analyse, il faut bien relativiser la part de responsabilité des populations qui, généralement, agissent en position de légitime défense face à des forces de sécurité armées et équipées avec l'argent de leurs impôts. « A hungry man is an angry man » [ » Un homme affamé est un homme en colère » , ndlr], disent les Anglo-Saxons.
L'utilisation de cet arsenal intervient dans un contexte de mécontentement quasi-généralisé. D'une part, parce que la vie devient de plus en plus chère alors que le pouvoir d'achat stagne depuis au moins deux décennies, et d'autre part, probablement, parce que la majorité des Camerounais ne veulent pas d'une modification de la Constitution pouvant permettre à Paul Biya, accusé d'être à l'origine des nombreux maux qui minent le pays et rendent la vie si dure, de pouvoir briguer un nouveau mandat à la tête de leur pays.
Or cette manière de répondre à leurs récriminations peut suggérer des idées du genre : « Déjà on ne mange pas à notre faim, on ne peut pas envoyer nos enfants à l'école ou les soigner, et maintenant on ne peut même plus parler ou marcher ! ».
Une nouvelle génération de contestataires se forme. Une armée d'enfants
En tout cas, cette répression sauvage qu'on oppose à l'ardent désir du peuple à s'exprimer à sa manière (pacifique) sur une question aussi essentielle que la modification de la Loi fondamentale de notre pays, est de nature à faire exploser des frustrations longtemps accumulées.
Et le spectacle de ces enfants de 8 à 12 ans faufilant dans les quartiers pour ravitailler en pierres, gourdins et autres morceaux de bois leurs aînés du « front » montre bien comment une nouvelle génération de contestataires est en train de se former sous nos yeux ; une véritable armée d'enfants soldats que nous risquons d'avoir du mal à contrôler demain, alors que nous les auront préparés à cela en utilisant nos armes pour réduire au silence leurs parents aux mains nues.
Autant rappeler à tous ceux qui, dans ce pays, continuent à penser que la force brutale et la répression aveugle sont les seuls arguments à opposer à ceux qui veulent s'exprimer sur certaines questions de la vie nationale, que s'ils ne se trompent pas de pays, ils se trompent sûrement d'époque et d'adversaires.
(Publié le 25 février 2008.)
► Lire aussi : Cameroun : à Douala, la grève des transporteurs vire à l'émeute




















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De Infovite
Plébéien. | 19H24 | 28/02/2008 |
Merci pour la diffusion de cet appel qui témoigne que la résistance face à l'arbitraire peut aussi avoir comme origine de courageux journalistes.
http://info-espress.over-blog.com/
à Infovite
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 01H24 | 29/02/2008 |
Tchad, Kenya, Zimbabwe… Cameroun. Est-ce qu'on va finalement comprendre que l'Afrique ne marche pas ? NON l'Afrique ne s'en sortira pas seule. Ce qu'a détruit la colonisation ne se rebâtira pas tout seul. La communauté internationale doit arrêter le politiquement correct et reprendre charge du développement de l'Afrique. Demain ou attendre 50 millions de morts de plus ?
http://geocities.com/newsociety_2000/414.html
Pierre JC Allard
De dalun
19H43 | 28/02/2008 |
si internet peut etre le relai ces faits..il est nécéssaire que ce média reste vecteur de témoignages …ensuite : des bas , des hos . ! ce qui me coute ,coute à l'autre..
à dalun
De dalun
22H45 | 28/02/2008 |
et rajouter le courage dont fait preuve cette personne ! .ceci EST un témoignage ..merci .
De weby_love
20H41 | 28/02/2008 |
Quel témoignage !
Je trouve ca trs important que l'on relate les prémices d'une bombe , tout comme les banlieues si on le fait pas aprés on s'étonne que ca nous pete a la figure ….
Au lieu d'nous formater l'esprit avec Ingrid B ,on devrait au moins titrer ce genre d'infos, sa vie ne vaut pas plus qu'une vie Africaine .
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 22H52 | 28/02/2008 |
Peut-être weby_lowe, mais il a fallu atendre ce 28 pour lire ceci :
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/cameroun_361/france-…
sur le portail de la diplomatie française…
Fallait pas se fâcher avec le Cameroun. Surtout après ces « disparitions »
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2008/02/le-cameroun-acc.html
à la filiale locale de la Société Générale (encore elle…).
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
De Humain_malgre_vous
00H44 | 29/02/2008 |
Tout a fait d'accord avec Weby_love. C'est important de relater les premices d'une bombe.. Mais alors que faites vous du baril de poudre sur lequel la France et ses citoyens mi-indifferents, mi-consentents sont assis au Tchad ? Assassinat, d'opposant,vols,viols,exactions,corruption sur une echellejamais egalee…Reparlons-en quand tous les crimes de l'ami Deby seront reveles au monde …On en reparlera. Devant la CPI j'espere.En attendant, mes amities a votre speedy Gonzales de PR ….
Amities
De Parisienne de Xian
02H16 | 29/02/2008 |
Je me souviens très bien du temps, pas si vieux que cela, où Pius Njawe était derrière les barreaux pour avoir déjà protesté et fait son boulot de journaliste. Au point que sa santé et sa vie semblaient en danger…
Quel plaisir de le lire à nouveau ! Pas mécontente de le voir à nouveau au travail, dénonçant ce qui mérite de l'être.
Bon, allez, encore une pensée pour les journalistes érythréens détenus depuis 2001, enfin les survivants (il semble que beaucoup aient succombé), ils auraient eux aussi une dictature à dénoncer.
De TARPON
13H57 | 29/02/2008 |
Mais que fait Yannick ?
à TARPON
De martin citron
stagiaire en Colombie | 22H20 | 29/02/2008 |
Hors sujet.
PS : blaireau
De ibouse28
14H35 | 29/02/2008 |
« En tout cas, cette répression sauvage qu'on oppose à l'ardent désir du peuple à s'exprimer à sa manière (pacifique) sur une question aussi essentielle que la modification de la Loi fondamentale de notre pays, est de nature à faire exploser des frustrations longtemps accumulées. »
Tout d'abord, qu'est-ce qu'on à faire d'une loi fondamentale où l'indépendance nationale et la souveraineté du peuple camerounais sont bafouées par la France ? Le Cameroun - du dictateur Paul Biya soutenu par la France - n'a jamais été indépendant. Pourquoi, diable, la démocratie dans ce pays ? Comment le dictateur Paul Biya peut-il respecter les Droits individuels du peuple Camerounais, alors que les Droits collectifs sont bafoués par l'ancienne puissance colonisatrice, la France ? Comment peut-on respecter les Droits individuels de l'homme ou la liberté de la presse, alors que les Droits collectifs du peuple camerounais sont tous piétinés et souillés par la France ? Et pourtant, il n » y a jamais eu de liberté individuelle sans liberté collective.
Le Cameroun est sous le néo-colonialisme le plus absolu. Il faut donc unir le peuple camerounais et arrêter cette démocratie qui en trompe l'oeil. Dans toute l'Afrique, il faut arrêter cette démocratie qui a fait du mal à l'Afrique. Sans aller jusqu'à dresser un bilan, sans qu'il soit nécessaire d'invoquer ici tous les chiffres ou de citer tous les exemples, ce multipartisme - appelé démocratie - a fait des ravages
en Afrique. La démocratie ne se fait pas dans la pagaille, car elle est dangereuse si un seul ingrédient n'est pas respecté : l'INDEPENDANCE NATIONALE.
Quant à la démocratie, elle n'existe pas en Afrique. Car, celle-ci de naîtra pas d'une résolution adoptée dans une conférence néocoloniale, comme ce « Sommet de la Baule », où la France de Mitterand, qui a génocidé les Tutsis du Rwanda, a fait semblant de croire qu'on pouvait obliger un peuple à devenir démocrate du jour au lendemain, alors que sa dignité est piétinée. La démocratie est une réalité qui doit se conquérir à l'intérieur de l'Afrique par les Africains eux-mêmes, et pas autrement.
Donc, il faut que les Camerounais se soulèvent, en un seul homme, pour mettre hors d'état de nuire la France et son dictateur Paul Biya. Ce ne serait pas indigne !
à ibouse28
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 18H21 | 29/02/2008 |
@ Ibouse28 : Je suis de tout coeur avec vous, mais ce que vous proposez n'est pas possible. La nature humaine ne fonctionne pas ainsi. Allez plutôt voir le lien ci-dessous pour une solution respectueuse et RÉALISTE.
http://geocities.com/newsociety_2000/414.html
Pierre JC Allard
De TARPON
15H12 | 29/02/2008 |
nous on a Sarkozy,quand les camerounais ,les tchadiens vont ils enfin se soulever pour venir à notre secours ?
De martin citron
stagiaire en Colombie | 22H28 | 29/02/2008 |
En tout cas Pius Njawe fait preuve d'un réel courage, il nous permet d'etre informés et c'est vriament important. C'est des gens comme lui qu'il faudrait décorer de la légion d'honneur.
Ah non il est contre Paul Biya, notre bon copain. Ça va pas etre possible alors on a trop d'entéret en jeu dans cette colonie qui ne dit pas son nom.
A quand un discours de Yaoundé pour que Sarko nous donne sa version de la démocratie en Afrique ? Et de la liberté d'expression ?
Après les déboires de Deby et ses opposants(aucune réaction française, l'Allemagne est plus inquiete aue nous), la démocratie selon Biya ? Nos chers amis « démocrates » africains sont remuants en ce moment.
Et la France brille par son silence.
De ibouse28
00H04 | 01/03/2008 |
« A quand un discours de Yaoundé pour que Sarko nous donne sa version de la démocratie en Afrique ? Et de la liberté d'expression ? »
Les pays francophones d'Afrique, qui ne sont pas respectables, sont comme la France. Sarko préfère les Bush et Anglosaxons, après la mort annoncée de la langue et de la culture françaises.
De vince_p
12H41 | 01/03/2008 |
Avec 2 articles sur ce qu'il se passe au Cameroun, vous faites jeu égal avec Libération. Ces 2 articles vous classent vainqueurs ex aequo du traitement de ces émeutes !
On parle de plusieurs dizaines de morts. Le fils d'un manifestant aurait été assassiné par mesure de représailles. Les gendarmes sont allés le débusquer à son domicile et l'auraient froidement abattu !
C'est un peu court 2 articles sur 2 semaines d'évènements ! Merci d'en parler mais quand même…