Alain Morice, anthropologue au CNRS, réagit à l'utilisation de pistolets Taser au centre de rétention de Vincennes, confirmée par la police, mardi 26 février.
Un pas en avant a ainsi été franchi dans la nuit du 11 février 2008 avec l'apparition du Taser comme moyen de répression. Nous avons en effet appris par la presse et par Internet que des tirs au fusil Taser auraient été effectués récemment au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, près de Paris.
Ce CRA est actuellement le site d'une résistance ardue et courageuse de la part de personnes de nationalité étrangère en instance d'expulsion, qui affirment être soumises à de mauvais traitements systématiques et à des conditions de détention dégradantes. Débordées par la situation, les forces de police semblent ne plus maîtriser la situation, ce qui se traduit par une surenchère d'insultes racistes et d'exactions physiques. Ajoutons que ces lieux sont tenus au secret, ou presque.
Des enseignements politiques inquiétants peuvent être tirés de cette initiative.
Du point de vue de leurs fabricants comme de leurs utilisateurs, l'argument en faveur des Taser est que ce sont des armes destinées à neutraliser à distance les personnes dangereuses hors de tout contact physique, sans les tuer ni risquer sa propre vie. Or il se trouve que cette innocuité est contestée et que des sources concordantes imputent à ces instruments la cause de nombreuses morts ou lésions graves et invalidantes. La personne qui a été victime d'un tir de Taser au CRA de Vincennes a été évacuée dans un hôpital, ce qui, dans les conditions de mépris des personnes qui y règnent, démontre que les autorités ont craint une issue fatale.
Allons plus loin. Le Taser est en la circonstance introduit dans des lieux qui, selon la trompeuse formule officielle, ne relèvent pas de l'administration pénitentiaire. C'est-à-dire des zones de non droit où la justice n'exerce qu'exceptionnellement son droit de regard. Cette arme, encore une fois potentiellement meurtrière, a été utilisée pour mater une rébellion, complètement légitime, de personnes subitement privées des droits fondamentaux les plus élémentaires et soumises à un régime d'enfermement pire que celui de la prison de droit commun.
Pas de danger pour la sécurité des policiers
L'arme a été utilisée dans des circonstances carcérales où la sécurité des policiers n'était pas en danger. Alors pourquoi ? Et faut-il supposer que les autorités de la république contrôlent assez peu leurs agents de répression pour permettre que le Taser traîne n'importe où à la ceinture du policier ? Pourquoi pas demain dans les transports en commun ? Rappelons enfin que dans les CRA, nul citoyen ne peut pénétrer, hormis les parlementaires (qui ne s'y bousculent pas) et les bénévoles de la Cimade, qui fait ce qu'elle peut et qui bien sûr ne risque pas d'être témoin des exactions qui se produisent quand elle a le dos tourné.
Les plus anciens se souviennent que les CRA ont fait suite à la découverte, à Marseille en 1975 de la prison clandestine d'Arenc, contrôlée entièrement par la police, où étaient séquestrés des travailleurs immigrés en instance d'expulsion. Depuis 1964, la police y régnait en maître à l'abri des regards, sur la seule base d'un règlement de police de 1938 autorisant l'internement des étrangers sans papiers.
Nous voici rendus à deux hypothèses hélas ! bien plausibles. D'abord, dans certains lieux tenus secrets, il peut se passer les pires horreurs, pourvu que cela ne transpire pas au dehors. Dans les CRA, la violence disproportionnée de la répression que subissent actuellement les étrangers en colère est visiblement une manière de leur dire : « Que cela ne sorte pas d'ici, ou vous allez le payer cher. »
Tester les Taser dans les CRA obscurs
Dans cette optique, vu que les CRA sont justement destinés à garder sous la main des personnes qu'on ne parvient pas à expulser, à tout instant le meurtre est à l'horizon comme moyen ultime de rétablir le silence de plomb qui doit régner sur ces centres. Ensuite, donc, il est permis de supposer que les fusils Taser, justement parce que controversés, sont testés là, dans d'obscurs CRA, à l'abri des regards de la société civile, par de zélés fonctionnaires qui croient bénéficier d'un privilège d'invisibilité, sur des populations que presque tout le monde méprise ou ignore.
Nous serions alors, toutes proportions gardées, dans une logique où les rapprochements historiques ne manquent pas en matière d'expérimentations dangereuses sur les personnes humaines. On nous objectera que l'intention n'est pas prouvée et que l'erreur sera blâmée. Nous objecterons à notre tour, avec hélas ! la certitude de n'être pas démenti par les faits, que le crime de jouer avec un engin de mort contre des détenus sans défense restera, comme toujours, impuni.

























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De marie 75 3563
13H12 | 28/02/2008 |
dernière minute : petite victoire, la lutte paye..
Il est cinq heures, Rennes s'éveille quand Madame Békay sort du CRA dans un véhicule de gendarmerie. Elle est toujours accompagnée de son bébé réveillé comme elle depuis plusieurs heures. Elle part en garde à vue en attendant sa comparution immédiate : elle a refusé son expulsion. Petite victoire. Que s'est-il passé ? Pour éviter l'expulsion de la mère et l'enfant prévue très tôt ce matin, les premiers soutiens sont arrivés vers minuit et demi en même temps que le compagnon de Madame Békay. Ils seront en tout une trentaine ; des militants du quotidien et cinq élus : le député Rogemont, le maire de Saint Jacques, Frédéric Bourcier, Marianne Chapdelaine et Nathalie Appéré, adjointe au maire de Rennes. Le député entre sans problème dans le CRA pour assurer la jeune femme et son bébé de son soutien ; le papa apporte les bagages à sa compagne qui allaite un bébé amaigri et visiblement pas en forme. Il sort du centre défait. Quelques coups de fil à la préfecture, pression des militants qui bloquent l'accès au CRA, présence de la presse : FR3, Ouest-France, etc. ; les RG sont là aussi, puis la police qui vient verbaliser les contrevenants. Qu'importe ! Forte de tout ce soutien, Madame Békay a refusé de partir. Elle n'a pas été expulsée en emmenant son bébé sous le bras, et si son compagnon est inquiet devant ce combat à armes inégales, il est aussi rassuré…pour ce matin. On ne lui a pas enlevé sa femme et son enfant. Tous au TGI pour la comparution immédiate qui aura lieu probablement dans l'après-midi !
http://sans-patrie.blog4ever.com/blog/articles-146716-144812.html
De françoise.V
p'tite lyonnaise | 14H02 | 28/02/2008 |
Des protestations existent (Cimade, LDH…)mais elles sont fort peu relayées…
Problème principal : les maltraitances dans les CRA et les zones d'attentes ne laissent généralement pas de traces, se font bien évidement en l'absence de la Cimade…du coup meme les personnes informées et indignées ne peuvent agir, faute de preuve.
Autres problèmes : les flics de la PAF sont assermentés, leur parole prime, quand aux co-détenus témoins, ceux qui échappent à l'expulsion se font oublier, on les comprend !
Il y a quelques années un tunisien tabassé au CRA de Lyon s'est fait en plus condamner pour outrage et rébellion, le tribunal a refusé de tenir compte d'un élément pour le moins troublant : la caméra video était comme par hasard tombée en panne à ce moment !
La seule action possible serait d'introduire dans le centre des citoyens-témoins, mais ça…