Dans son discours à Dakar cet été, le Président dissertait sur les handicaps de « l'homme africain ». Deux livres lui répondent.

Voici deux livres que Nicolas Sarkozy pourrait utilement consulter ce mercredi, pendant les quelques heures de vol entre Paris et N'Djaména. Deux ouvrages qui le flatteront : ils ont tous deux été écrits en réaction à son discours de Dakar l'an dernier, qui avait déjà fait couler pas mal d'encre. Mais qui l'agaceront, aussi, assurément car ce sont d'implacables réquisitoires contre ce rendez-vous manqué de Nicolas Sarkozy avec l'Afrique.
Les titres sont eux-mêmes explicites : « L'Afrique répond à Sarkozy, Contre le discours de Dakar », rédigé par un collectif d'intellectuels africains, et « L'Afrique humiliée », signé par Aminata Traoré, ancienne ministre malienne de la Culture, devenue l'une des intellectuelles africains les plus engagées en faveur d'une « rupture mentale » entre le continent noir et l'ancienne puissance coloniale.
Le passage qui avait le plus choqué, c'est évidemment le passage où Nicolas Sarkozy explique aux Africains que « le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire. (…) Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès ». L'« homme africain » n'a pas apprécié.
« La francophonie, escroquerie planétaire »
Le paradoxe de « L'Afrique répond à Sarkozy », c'est qu'il n'a pas été écrit que par de jeunes excités anti-Sarko, que l'on pourrait laisser à leur marginalité. Au contraire : le coordinateur de l'ouvrage, Makhily Gassama, fut conseiller du président sénégalais Léopold Sedar Senghor et responsable de plusieurs instances de la Francophonie. Il est également professeur de lettres, animateur de radio…
C'est dire que sur la relation franco-africaine, il a tout vu. Or, sous sa plume, on tombe sur ce jugement sur « le vaste mensonge de la francophonie, cette honteuse escroquerie planétaire ».
De tous ces textes, ce qui ressort c'est à quel point Nicolas Sarkozy a raté une magnifique occasion de rompre avec plusieurs décennies de ce qu'on a baptisé du méchant mot de « Françafrique ». Pendant la campagne électorale, il avait promis cette « rupture », y compris sur la politique africaine, et son ministre de la coopération, Jean-Marie Bockel, s'est exclamé en janvier dans Le Monde : « La Françafrique est moribonde. Je veux signer son acte de décès. » Et d'exprimer son impatience vis-à-vis d'une « rupture [qui] tarde à venir ».
Comme l'écrit l'un des contributeurs du livre, Mwatha Musanji Ngalasso, professeur de sociolinguistique à Bordeaux3, « on attendait (…) la rupture. Ce fut la cassure » :
« Nicolas Sarkozy a rassuré les pouvoirs en place. Mais il s'est aliéné les jeunes, les dirigeants de demain. Rarement président français aura fédéré autant de voix contre lui, tant il a été critiqué, conspué, vilipendé au sein même du “pré carré‘ francophone.’
Ce linguiste a trouvé le discours « arrogant », « paternaliste », « néocolonialiste », « fumeux », « archaïque », « ringard », « démagogique à souhait », etc. Fermez le ban. Excessif ? Injuste ? Ces lignes doivent être prises pour ce qu'elles montrent : la blessure ouverte par un discours (dû à la plume du conseiller de l'Elysée, Henri Guaino) à côté de la plaque.
Aminata Traoré et le racisme de l'Occident
Chez Aminata Traoré aussi, les mots sont rageurs. Ecrits vite, parfois mal, ils disent sa colère après le discours de Dakar.
Abordant pêle-mêle l'immigration choisie, Brice Hortefeux, le Mali, sa production de coton et les clandestins de Ceuta, Aminata Traoré désigne le mal par un mot simple : racisme. L'Occident n'aime pas les Noirs, le président français a transmis. Ses phrases dégoulinaient, écrit-elle, de condescendance et d'ignorance. Parfois de cynisme.
Lorsqu'il a assuré à la jeunesse africaine qu'elle n'était pas une oubliée de l'aventure humaine, Nicolas Sarkozy oubliait alors ceux qu'il jette dehors, ceux qu'il empêche de voyager, ceux qui sont mis au ban des sociétés blanches.
De longs passages sont consacrés aux parcours de ces jeunes maliens ou sénégalais, morts pour avoir tenté de quitter l'Afrique. Parfois sous les balles des policiers aux frontières entre le Maroc et l'Espagne. Ce qu'elle appelle « la sous-traitance de la violence » au Maghreb est ce que l'Europe désigne comme la lutte commune de la Méditerranée contre l'immigration illégale.
Elle observe qu'après son allocution, certains ont applaudi Nicolas Sarkozy. Une réaction analysée comme un syndrome du « bourreau aimé et révéré ». Au coeur de la singulière relation entre la France et l'Afrique, Aminata Traoré dénonce cet indépassable mépris des uns et ce surprenant déni de l'autre :
« Le pire est que nous, Africains, ne voulons souvent pas admettre la résurgence du racisme anti-Noirs, de peur de devoir se battre contre un adversaire redoutable parce que extrêmement puissant : la France et l'Europe unies dans un même combat. »
Après ce mauvais départ, Nicolas Sarkozy peut-il retrouver les voies et moyen d'un dialogue avec l'Afrique et les Africains ? Ce n'est pas son escale tchadienne qui l'y aidera : son principal objectif est d'obtenir la grâce d'Idriss Deby pour les six membres de l'Arche de Zoé, un événement qui a, là encore, choqué de nombreux africains et brouillé l'image de l'ancienne puissance coloniale, prédatrice enrobée de bons sentiments. Et le soutien à un autocrate arrivé au pouvoir par les armes, alors que règne encore la plus grande incertitude sur le sort d'opposants civils disparus pendant les récents combats, n'est pas de nature à assurer la moindre « rupture ».
Renouer avec l'Afrique devrait pourtant être une priorité de la diplomatie sarkozyenne, à condition que Paris soit vraiment capable de tourner la page de la Françafrique.
Zineb Dryef et Pierre Haski
► L'Afrique humiliée, d'Aminata Traoré, éd. Fayard, 294 p., 18€.
► L'Afrique répond à Sarkozy, Contre le discours de Dakar, ouvrage collectif. ed. Philippe Rey, 479 p., 19,80€.


























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De Azza
Ingénieur en informatique scientifi... | 16H44 | 27/02/2008 |
Il y a quelques années, je suis venu, comme beaucoup, assister à la cérémonie donnée en l'honneur de François Xavier Verschave tout récemment disparu. C'était dans le Vième arrondissement de Paris.
Il y avait beaucoup de monde mais je n'avais pas pu ne pas remarquer Yorongar qui expliquait le rôle qu'avait joué pour lui, en tant qu'opposant démocrate Africain, ces quelques Français qui s'étaient manifestés pour dire qu'ils n'acceptaient pas ce que la France commettait en leurs nom.
Verschave avait précédement du faire face à un terrifiant procès pour offense à chef d'état étranger intenté par Sassou N'Guesso (le Draculescu du Congo Brazzaville), Omar Bongo (le pote à Sarko) et le Warlord Idriss Deby (tous représentés au tribunal par le roi des avocats des causes pourries : Vergès).
Yorongar est un très ancien opposant à Déby. Il a été arrété et torturé plusieurs fois. Il a même été invité en France par l'assemblée nationale afin de pouvoir se faire soigner des blessures infligées pendant ses détentions. En particulier des coups de barre de fer dans le dos. Si Deby n'avait pas triché aux dernières élections, avec encore une fois l'appui de Paris (Ah Chirac ! ! ! ), Yorongar serait certainement aujourd'hui le président du Tchad.
Mais aujourd'hui, il est peut être mort.
Et ça, ça me fait vraiment mal.
Alors, vas-y Sarko, vas lui lêcher les pompes à Deby… Au moins, cela nous éclaire sur ce que tu vaux vraiment.
Quand à vous Bernard Kouchner et Rama Yade, ça vous fait quoi de vous retrouver aujourd'hui avec cette affaire sur les bras ? vous vous sentez comment ?
Mais répondez nous bon sang !
Ne venez plus jamais nous parler de vos convictions et de vos idéaux !
De martin citron
stagiaire en Colombie | 18H40 | 27/02/2008 |
Sarkozy et l'Afrique ou la continuité, sans rupture.
Le soutient aux dictateurs corrompus du continent(mais qui nous laissent bien piller le pays)ça continue
Les ventes d'armes aux dictateurs ça continue
L'exploitation de l'Afrique ça continue.
Depuis l'époque de l'esclavage, on a touours cherché a exploiter l'Afrique et les africains. D'une manière ou d'une autre on a toujours réussi et on s'en est mis plein les poches. Comment est-on devenu un pays riche ? En exportant du vin ? En vendant nos chefs cuisiniers a l'étranger ? Ou en pompant tout ce qu'on pouvait de l'Afrique pour avoir des matières premieres, des ressources, qu'on a jamais eu chez nous ?
On peut etre fier de notre histoire hein Sarko. Pas de repentance non monsieur nous on a fait que le bien sur terre.
La colonisation c'est quoi un « détail » de l'histoire pour vous ? Mais bien sur on est allés en Afrique pour apporter paix, civilisation et culture a des gens qui nous avaient rien demandé a grands coups de fouet. En échange on a juste un petit peu tout pillé sur place, exploité toutes les ressources et utilisé la main d'oeuvre locale.
Certains disent « on a construit des hopitaux, des routes…. » mais bien sur. Les routes, les voies ferrées il en fallait bien pour relier les ports cotiers aux mines et au plantations françaises situées au coeur du pays. Les hopitaux pourquoi ils ont été construit la ou il y avait des colons ? Ben parceque c'était pour eux justement, pas pour les africains.
Tout ce qu'on a fait la bas on l'a fait pour nous et dans notre interet, les autochtones le seul droit qu'ils aient eu c'est de fermer leur gueule et d'aller bosser pour nous.
Après c'est sur quand ils nous ont enfin virés(a jute titre) les infrastructures elles sont restées, forcément on pouvait pas repartir avec.
Après on laisse la situation empirer, on soutient les dictateurs qui prennent le pouvoir contre la posibilité de continuer l'exploitation. C'est plus discret mais la finalité reste la meme. Et en plus on peut profiter des conflits pour vendre tout plein d'armes, ça fait toujours des sous en plus et comme ça on récupère d'un coté ce qu'on donne de l'autre.
Toutes ces pratiques sont dégueulasses, ça me fait honte de voir ce qui se passe la bas, de savoir que mon pays se comporte comme ça.
VIVE LA PATRIE DES DROITS DE L'HOMME ! ! !
De destribat
anti-corruption | 18H43 | 27/02/2008 |
Ce mal de l'Afrique Francophone, cette FrançAfrique, De Gaulle en est le créateur afin de maintenir l'Afrique dans la zone Franc et permettre aux entreprises Françaises d'exploiter les matières premières du continent noire, faciliter le rapatriement des capitaux des entrepreneurs Français en France (parité fixe FF - CFA et aujourd'hui Euro - CFA).
De cette création découlent tous les putschs en Afrique. Les seules fois où l'Afrique a soufflé un petit peu coïncident avec les périodes de cohabitation. En 2002, fin de la cohabitation avec Jospin, Chirac est seul aux affaires, les coups d'état reprennent en Afrique (Côte d'Ivoire septembre 2002)
Sarko ne fait que suivre le mouvement. Même Mitterrand qui a tant critiqué ce système n'a pas pu y mettre fin et pourtant il disait : « .. C'est une immense tromperie que de faire croire, comme le font certains aujourd'hui, que De Gaulle a permis la décolonisation de l'Afrique ». (Laure Adler -L'année des adieux, Edit, Flamarrion, 1995)
La FrançAfrique ne sert pas la France, mais un groupe d'affairistes et quelques multinationales. On utilise les moyens de l'état (armée, services secret, ambassades et consulats) au profit de ELF et pour certaines entreprises d'amis.
Houphouêt-Boigny, grand apôtre de la FrançAfrique aurait dit un jour à un homme d'état Français ; » Vous allez payer un jour ce que vous nous faites ». Bizarre pour quelqu'un qui semblait se plaire dans cette situation. Cette phrase semble montrer que nombreux sont les chefs d'états qui ont été embarqués de force dans cette aventure à part Sékou Touré dont le pays à payer le prix fort.
De ferrero
receptionniste a l'ambassade | 22H15 | 27/02/2008 |
ASPECT POSITIFS de la politique Africaine de Sarko.
lors d'une rencontre avec Boubacar Boris Diop (un des auteurs de livre, réponse au discours…), lors d'un débat, ici à la bibliothèque de talence, près de bordeaux. Je lui ai demandé, s'il ne pensé pas que le discours de sarkozy et son attitude globale vis a vis de l'afrique, ne pouvais pas comporter des aspects positifs. Il m'a confirmé ma vision, soit que c'etait une des options pour l'afrique, soit la cassure franche qui s'opère actuellement. Donc, même si l'on ne réalise pas aujourd'hui, probablement qu'au final c'est la france qui regrettera le plus cette cassure. Surtout dans un monde ou les ressources seront la clef du pouvoir, et ou les etats unis auront peut-être un président d'origine africaine.
Plutot que de regarder notre nombril, observons ce qui se passe dans le monde, Etats Unis, Australie… et réfléchissons un peu, histoire… pour une fois… de faire les bon choix.