Pourquoi la décision du Président Bush, il y a un an, d'envoyer 30000 hommes de plus en Irak, a-t-elle été baptisée "The Surge" (la déferlante)? Je ne sais pas qui a inventé cette appellation, mais ce mot évoque des images de la mer, d'une vague qui monte, et puis qui descend.
La deuxième partie est cruciale. Et ce qui rendait "The Surge" différent d'un déploiement de troupes classique, c'est qu'il devait être temporaire. En fait, "The Surge" a été "vendu" comme faisant partie d'un plan plus vaste de retrait des troupes. C'était également, implicitement, le fruit d'un accord entre Bush et la majorité des Américains qui veulent sortir d'Irak.
L'accord était en ces termes: laissez-moi envoyer encore quelques soldats pour sécuriser Bagdad, et ensuite tout le monde, ou presque tout le monde, rentrera à la maison. En d'autres termes, vous devez augmenter le nombre de troupes de manière à le réduire. C'est si pervers que ça peut sembler génial, comme si ça sortait de l'Art de la guerre de Sun Tzu. Et avec le général David Petraeus [commandant en chef américain en Irak, ndlr], l'administration Bush a généré son propre Sun Tzu, un brillant stratège militaire.
Cafés latte dans les rues de Bagdad
On considère généralement aux Etats-Unis que Bush a remporté son pari. Que "The Surge" est un grand succès. Choisissez votre unité de mesure: les attaques contre des soldats américains, les voitures piégées, la mort de civils, les crevasses sur les routes... Elles sont toutes en baisse, en baisse, en baisse. Et les cafés crème vendus dans la rue sont en hausse, tandis que les représentations de Shakespeare par des compagnies de théâtre locales ont triplé.
Le scepticisme est comme des raisins amers. Si vous étiez contre "The Surge", vous avez deux options: la première est de reconnaître que vous aviez tout faux, la seconde est d'avoir l'air de ne pas supporter les bonnes nouvelles et de souhaiter le désastre. Trop d'opposants à cette guerre ont choisi la deuxième option.
Mais nous n'avons pas à polémiquer sur ce point ou à dire que "The Surge" n'a pas fonctionné. Le test est simple et inhérent au plan initial: est-ce que ça a permis de réduire le nombre de troupes à un niveau inférieur à ce qu'il était auparavant? La réponse est non. En fait, le Président Bush a lui-même défini le critère du succès lorsqu'il a annoncé "The Surge" il y a plus d'un an: "si nous augmentons notre soutien à ce moment crucial, et aidons les Irakiens à briser le cercle vicieux de la violence, nous pouvons accélérer le moment où nos hommes pourront rentrer". A ce moment-là, il y avait 130000 soldats américains en Irak. Bush a proposé d'en rajouter 20000. Et bien que Bush n'ait pas donné de calendrier ferme, il était entendu que l'exercice devait durer de six à huit mois.
The Surge et les mathématiques
L'été dernier, "The Surge" avait en fait ajouté quelque 30000 hommes de plus en Irak, portant le total des troupes américaines à environ 160000. Le plan était de revenir à 130000 hommes en juillet prochain, puis de continuer à décroître jusqu'à 100000 lorsque Bush quittera la Maison Blanche en janvier prochain.
Récemment, le général Petraeus a produit une autre idée géniale: il l'a appelée "la pause". Et l'administration Bush l'a aprouvée, ce qui signifie que le nombre de troupes américaines en Irak restera de 130000 pendant une période indéterminée. Donc le mieux que nous pouvons espérer, c'est que le nombre d'Américains qui risquent leur vie en Irak soit le même en juillet, et sans doute quand Bush s'en ira, qu'il y a un an. "The Surge" aura cru et décru, mais nous laisse au même point qu'il y a un an. Peut-être la situation à Bagdad et dans tout le pays s'est-elle améliorée, mais visiblement pas suffisamment pour se permettre de réduire un peu plus les effectifs américains en Irak.
Observez donc comme le critère de la réussite s'est progressivement réduit pour l'administration. Y a-t-il le moindre doute que si elle pouvait réduire les effectifs à 100000 hommes, et revendiquer ainsi la victoire, elle le ferait? La véritable comparaison n'est pas avec la situation il y a un an. Elle est avec celle qui prévalait avant que nous y allions.
Imaginez qu'on vous ait dit en 2003, qu'au moment où Bush achèverait son deuxième mandat, des dizaines de soldats américains et des centaines d'Irakiens mourraient chaque mois en Irak; que l'un des objectifs majeurs des Etats-Unis serait d'obtenir que le gouvernement irakien modère sa campagne de "dé-baathification" pour permettre aux anciens hommes de Saddam Hussein de reprendre les choses en main (parce qu'ils savent s'y prendre); et que "seulement" 100000 soldats américains seraient nécessaires pour maintenir cet équilibre...
Vous pourriez trouver plusieurs mots pour décrire cette situation, mais le mot "succès" n'est pas le premier qui vous viendrait à l'esprit.
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Le coût total des guerres en Irak et en Afghanistan pourrait atteindre 2 400 milliards de dollars d'ici 2017, selon un rapport officiel du Bureau du budget du Congrès américain (CBO) publié mercredi 24 octobre.
On oublie systématiquement, lorsqu’on parle de ces coûts, de signaler qu’il s’agit ni plus ni moins d’un transfert de fonds, des poches des contribuables américains vers les poches des propriétaires des industries sollicitées, fabricants d’armes, pétrolières, fournisseurs de services, etc.
Ces compagnies appartiennent à ceux qui soutiennent, inspirent et dirigent les Néo-conservateurs, tant aux Etats-Unis que dans le monde.
Vu sous cet angle, la stratégie militaire de Bush en Irak est un énorme "succès".
Comme le disait Eisenhower, les milliards de dollars du budget de la défense américain sont le résultat d’un "détournement" des autres budgets "sociaux"... Les millions d’américains vivant en dessous du seuil de pauvreté le doivent à la priorité donnée depuis des décennies au lobby militaro-industriel. Les tensions et dangers du monde actuel en sont aussi la résultante : car la moitié de ce budget, s’il était consacré au développement des économies arriérées, contribuerait largement à déminer de nombreux conflits régionaux. Des dizaines de millions d’humains, dans de très nombreux pays, verraient avec reconnaissance les Usa si, au lieu de donner la priorité à la vente d’armes, à l’installation de bases militaires, et au pillage de matières premières, ils organisaient le développement et la coopération.
Ce qu'il y a de remarquable dans les différents discours de l'administration américaine c'est leur adaptation constante aux circonstances pour rester positif malgré la réalité sur le terrain.
Ce qui est encore plus remarquable c'est l'oubli général, par les américains et le reste du monde des objectifs initiaux plus ou moins ambitieux (empêcher Saddam d'avoir la bombe, éliminer Al Qaida, ramener les boys à la maison), pour se contenter de victoires de comptables (y'a moins de morts ce mois-ci...)
Le "Lancet" évaluait il y a un an et demi à 600000 les morts civils irakiens. Aujourd'hui, suivant Michael Schwarz, ce sont plus d'un million de mort, 3 millions de blessés et 5 millions de réfugiés imputable à ce génocide... chaque jour ce sont entre 10000 et 20000 irakiens qui meurent suite aux bavures américaines . Comment arrêter çà?
Michael Kinsley a bien raison de signaler les chiffres qui circulent pour démontrer les progrès réalisés depuis le début du plan Patreus. On ne peut les ignorer, comme ignorer les milliards qui vont alimenter l'industrie américaine de l'armement. Voilà, mais la situation des irakiens ne serait-elle pas pire sous la dictature Hussein. Et est-ce que le nombre de soldats américain en Irak est-il le critère le plus pertinent pour juger le succès de cette campagne militaire? Une autre vision du conflit, peut-être moins politiquement correcte mais qui se défend, est à consulter sur contre-feux.com:
http://www.contre-feux.com/international/mais-ou-est-donc-passee-la-gue....
Curieux article qui mélange tout, reste ambigu et ignore certaines données fondamentales.
Une fois de plus on n’y parle que des soldats étatsuniens et de leurs chefs, en ignorant les populations.
Il me semble pourtant qu’ayant détruit le gouvernement de l’Irak, son armée, sa police et ses structures économiques, les États-unis se devaient d’atteindre certains des objectifs que M. Bush prétendait vouloir réaliser : la reconstruction d’un Irak stable et unifié avec la démocratie en prime. Or nous n’avons ici ni la vision (la volonté) ni les moyens nécessaires pour y parvenir. Au contraire.
Cet article se réjouit de la baisse du nombre des morts étatsuniens. Approuvons-le. Mais il attribue le profit au « Surge ». Stupide : les soldats ne sortent plus de leurs bases pourquoi mettre des bombes le long des routes ?
Il oublie également qu’au même moment, la milice chi’ite de Moqtada el Sadr a décrété 6 mois (reconduits récemment) de suspension des attaques.
Il oublie de dire que dans la province d’Anbar par exemple c’est à coup de milliers de dollars (et de fourniture d’armes) que les Sunnites se sont arrêtés temporairement de s’opposer au GI’s.
Il oublie de dire encore qu’à Basrah les Brits se sont planqués dans la base de l’aéroport dont ils ne sortent plus, que chez les Kurdes au nord, rares sont les soldats ‘étrangers’.
Bref les étatsuniens ne contrôlent à peu près que Bagdad et encore... la zone verte (en partie).
Deux phrases symptômatiques de cet article :
« Et avec le général David Petraeus, l'administration Bush a généré son propre Sun Tzu, un brillant stratège militaire. »
Ni l’auteur de l’article, ni Petraeus n’ont du lire le deuxième chapitre du livre de Sun Tzu, dit « de l’engagement » : « L'essentiel est dans la victoire et non dans les opérations prolongées. »
et celle-ci :
« On considère généralement aux Etats-Unis que Bush a remporté son pari. »
c’est le seul moment où Sun Tzu est appliqué : « l'art de la guerre est basé sur la tromperie »